ploum.net http://ploum.net/ Ce site n'est pas le site officiel. C'est un blog automatisé qui réplique les articles automatiquement De la brièveté de la vie et de la pérennité d’un blog https://ploum.net/2024-01-18-perennite-dun-blog.html http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?De-la-brièveté-de-la-vie-et-de-la-pérennité-d-un-blog Thu, 18 Jan 2024 01:00:00 +0100 De la brièveté de la vie et de la pérennité d’un blog

Cette année 2024 m’est particulièrement symbolique. En octobre, je fêterai les 20 ans de ce blog et ne serai plus très loin du million de mots publiés. Vingt ans qui ont fait de ce blog un élément central et constitutif de mon identité. Si je rêve d’être reconnu comme écrivain voire développeur ou scientifique, je resterai toujours avant tout un blogueur. Blogueur est d’ailleurs le premier qualificatif accolé à mon patronyme dans les médias ou sur Wikipédia.

Ironiquement, l’année de ces 20 ans de blog a commencé avec la plus longue indisponibilité que ce site ait jamais connue. Durant plusieurs jours, ploum.net a été complètement retiré du réseau. En cause, une attaque massive contre Sourcehut, mon hébergeur, forçant ce dernier à migrer en catastrophe vers une nouvelle infrastructure.

Si j’ai vécu la mise hors-ligne de mon blog comme une amputation, une perte d’une partie de mon identité, je sais fort bien que cela ne me porte aucun préjudice durable, que je ne perds aucune donnée. Ce genre d’incidents font partie de la vie et je tiens à remercier l’équipe de Sourcehut pour la transparence totale et le travail accompli ces derniers jours.

Cet événement m’a également fait prendre conscience à quel point l’œuvre de toute une vie pouvait disparaitre rapidement, dans l’indifférence la plus générale. Si j’espère que mes livres sur arbres morts continueront toujours à tomber aléatoirement d’une étagère ou être découverts chez des bouquinistes, mes écrits en ligne, eux, sont d’éphémères bouteilles à la mer susceptibles de couler dans les abysses de l’oubli au moindre incident.

Cette question m’obsède depuis que je suis papa : comment faire en sorte que mes écrits en ligne me survivent ?

Nom de domaine et indépendance

J’espère que mon blog sera encore consultable le jour inévitable où Facebook, Medium et Youtube auront été relégués avec Myspace et Skyblog dans l’armoire des souvenirs historiques du web. Et quand je vois Alias fêter les 15 ans de son blog, je pense ne pas être le seul. Les blogs sont les archives à long terme du web:

Concrètement, je fuis toutes les plateformes propriétaires et je lie tous mes écrits à mon propre nom de domaine : ploum.net. En fait, pour être sûr, je dispose même de trois noms, sur trois premiers niveaux différents: ploum.net, ploum.be, ploum.eu.

À court terme, cela peut être un mauvais calcul: les pages Facebook de mes amis décédés sont encore en ligne alors que les domaines expirent rapidement. Je dois donc préparer la transmission de ces domaines pour assurer qu’ils puissent me survivre.

Simplicité et minimalisme

Outre le nom de domaine, la première cause de mise hors ligne d’un site est généralement le manque de maintenance. Un Wordpress piraté, car une mise à jour n’a pas été faite. Une base de données incompatible avec une nouvelle version du CMS. Même les générateurs de sites statiques doivent être mis à jour, avec leur dépendance, et sont parfois abandonnés par les développeurs.

Pour résoudre ce problème, mon blog est depuis décembre 2022 autogénéré et ne produit que du HTML très simple, compatible avec la plupart des navigateurs passés, présents, futurs et sans ambiguïté. Chaque page est complètement indépendante et contient ses propres instructions CSS (42 lignes). Vous pouvez sauver un article de mon blog depuis votre navigateur et le réouvrir n’importe où, même sans connexion. Pas de JavaScript, pas de framework, pas de chargement dynamique, pas de fonte, pas d’appel extérieur. Ça parait extraordinaire de nos jours, mais c’est tellement simple à gérer que je me demande encore pourquoi on se casse la tête à apprendre et maintenir des couches de framework. Penser la pérennité peut avoir des bénéfices immédiats !

Autre point: je prends le plus grand soin à ce que les URLs de mes posts ne changent pas. Un lien vers un article devrait rester valide aussi longtemps que le nom de domaine existera.

Sources disponibles et distribuées

Les sources de mon blog sont écrites au format Gemtext, le format utilisé sur le réseau Gemini. La particularité de ce format est qu’il s’agit essentiellement de texte pur. Aussi longtemps que nous aurons des ordinateurs, ces fichiers pourront être lus.

Mes billets ainsi que le générateur Python pour créer les pages HTML sont disponibles via Git, un outil décentralisé bien connu de tous les développeurs et certainement appelé à exister pour les décennies qui viennent.

La commande

git clone https://git.sr.ht/~lioploum/ploum.net

vous donne accès à toutes les sources de mon blog, que vous pouvez générer avec un simple "python publish.py". Cela ne nécessite aucune dépendance particulière autre que Python3.

Mais que faire si sourcehut est indisponible ? Je me rends compte qu’il est nécessaire que je pousse mes sources sur plusieurs miroirs.

Miroirs ?

Parlons de miroirs justement. Une copie de mon site, version web et gemini, est disponible sur rawtext.club.

Mais ce miroir est « accidentel ». Rawtext.club est un petit serveur géré par un passionné que je remercie chaleureusement. C’est grâce à lui que j’ai pu explorer l’univers Gemini. Je ne peux lui imposer un hébergement sérieux ni compter sur sa pérennité.

Sebsauvage me fait également l’immense honneur de maintenir une copie de mes publications, pour le cas où je serais forcé de retirer du contenu:

Pour le futur, je réalise aujourd’hui qu’il serait pertinent que je trouve un hébergeur autre que Sourcehut, pouvant être synchronisé par Git et offrant également un hébergement Gemini. Je pourrais rediriger ploum.be ou ploum.eu vers ce serveur de secours.

Les mailing-lists

Si j’avoue préférer le RSS pour mon usage personnel, force est de constater que les mailing-listes offrent un avantage : vous gardez une copie de tous les anciens billets dans votre boîte mail. Chaque nouvel abonné est donc, sans le savoir, un nouvel archiviste de mes écrits.

J’envoie d’ailleurs une version "text-only" (pas de HTML) sur une seconde mailing-list dont les archives sont publiques. Défaut majeur : contrairement aux mailing-listes précitées, ces archives text-only sont hébergées par… Sourcehut, le même hébergeur que mon blog !

Le futur

Le protocole Internet (IP) a été conçu à une époque où on pensait que le stockage serait toujours très coûteux, mais que la bande passante serait essentiellement gratuite. Le principe d’IP est donc de transmettre aussi vite que possible les paquets de données et de tout oublier instantanément.

En conséquence, les protocoles s’appuyant sur IP, comme Gemini et HTTPS, sont particulièrement fragiles. La perte d’un seul serveur peut signifier la disparition définitive de sites entiers.

De nouveaux protocoles ou de nouveaux usages sont nécessaires pour transformer Internet depuis le simple "échange de données temps réels" en "archive planétaire". Cet usage d’archive planétaire va bien entendu à l’encontre des intérêts financiers actuels qui souhaitent que vous payiez, directement ou à travers la pub, à chaque fois que vous consultez le même contenu. Le « copyright », comme son nom l’indique, cherche à empêcher toute copie ! Mais, petit à petit, des solutions apparaissent, qu’elles soient nouvelles comme IPFS ou qu’il s’agissent de réflexion sur une utilisation de technologies préexistantes.

Tout cela est encore expérimental, mais je garde un œil et réfléchis à rendre ploum.net disponible sur IPFS.

Le présent

La pérennité des contenus en ligne est une quête complexe et longue haleine. Je vous invite à y penser pour vos propres créations. Que voulez-vous qu’il reste de vous en ligne dans quelques années ?

Paradoxalement, nous laissons trop de traces involontaires (des données personnelles, des commentaires écrits sous le coup de la colère, des critiques de produits sur Amazon) et nous perdons trop facilement ces œuvres auxquelles nous accordons de l’importance (combien de vidéos personnelles disparaitront avec la fin inéluctable de Youtube ?). J’ai moi-même le regret d’avoir perdu beaucoup de textes rédigés et publiés un peu partout avant l’existence de ce blog ou cédant aux sirènes de la mode, postés sur Google+, Facebook ou Medium.

J’en ai retenu une leçon majeure : on ne sait a priori pas quels contenus seront importants pour notre futur moi. Il est également primordial de dater les contenus. Avec l’année. Je ne compte plus les fiches de notes que j’ai retrouvées, mais que je peux ne raccrocher à rien, ne sachant même pas estimer à quelle année voire à quel lustre le texte se rapporte. Cette leçon est également ce qui motive ma tentative de pérennisation de mes écrits : je n’ai pas l’impression de n’avoir jamais écrit quelque chose qui mérite une préservation éternelle. Mais un historien du futur pourrait peut-être un jour trouver dans les écrits de ce blogueur obscur et oublié une information cruciale, glissée par hasard dans un billet et lui permettant de comprendre certains paradoxes de notre époque.

Pour cette mission, la technologie qui semble la plus robuste, la plus résistante pour traverser les siècles voire les millénaires reste le livre. Livres que ma famille collectionne et accumule dans tous les coins de notre logis. Des milliers d’auteurs, vivants ou morts, mondialement connus ou obscurs, qui continuent chaque jour à nous parler !

Si vous souhaitez m’aider dans ma quête de pérennité, je vous invite à acquérir, prêter, offrir ou abandonner sur un banc mes livres.

Car lorsque les ordinateurs seront éteints, seuls continueront à nous bercer, à nous parler les mots gravés sur le papier, ces éphémères imaginaires survivants à la prétention d’immortalité des corps décomposés.

Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.

Recevez directement par mail mes écrits en français et en anglais. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser mon flux RSS francophone ou le flux RSS complet.

Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens justement de publier un recueil de nouvelles qui devrait vous faire rire et réfléchir. Je fais également partie du coffret libre et éthique « SF en VF ».

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De la brièveté de la vie et de la pérennité d’un blog

Cette année 2024 m’est particulièrement symbolique. En octobre, je fêterai les 20 ans de ce blog et ne serai plus très loin du million de mots publiés. Vingt ans qui ont fait de ce blog un élément central et constitutif de mon identité. Si je rêve d’être reconnu comme écrivain voire développeur ou scientifique, je resterai toujours avant tout un blogueur. Blogueur est d’ailleurs le premier qualificatif accolé à mon patronyme dans les médias ou sur Wikipédia.

Ironiquement, l’année de ces 20 ans de blog a commencé avec la plus longue indisponibilité que ce site ait jamais connue. Durant plusieurs jours, ploum.net a été complètement retiré du réseau. En cause, une attaque massive contre Sourcehut, mon hébergeur, forçant ce dernier à migrer en catastrophe vers une nouvelle infrastructure.

Si j’ai vécu la mise hors-ligne de mon blog comme une amputation, une perte d’une partie de mon identité, je sais fort bien que cela ne me porte aucun préjudice durable, que je ne perds aucune donnée. Ce genre d’incidents font partie de la vie et je tiens à remercier l’équipe de Sourcehut pour la transparence totale et le travail accompli ces derniers jours.

Cet événement m’a également fait prendre conscience à quel point l’œuvre de toute une vie pouvait disparaitre rapidement, dans l’indifférence la plus générale. Si j’espère que mes livres sur arbres morts continueront toujours à tomber aléatoirement d’une étagère ou être découverts chez des bouquinistes, mes écrits en ligne, eux, sont d’éphémères bouteilles à la mer susceptibles de couler dans les abysses de l’oubli au moindre incident.

Cette question m’obsède depuis que je suis papa : comment faire en sorte que mes écrits en ligne me survivent ?

Nom de domaine et indépendance

J’espère que mon blog sera encore consultable le jour inévitable où Facebook, Medium et Youtube auront été relégués avec Myspace et Skyblog dans l’armoire des souvenirs historiques du web. Et quand je vois Alias fêter les 15 ans de son blog, je pense ne pas être le seul. Les blogs sont les archives à long terme du web:

Concrètement, je fuis toutes les plateformes propriétaires et je lie tous mes écrits à mon propre nom de domaine : ploum.net. En fait, pour être sûr, je dispose même de trois noms, sur trois premiers niveaux différents: ploum.net, ploum.be, ploum.eu.

À court terme, cela peut être un mauvais calcul: les pages Facebook de mes amis décédés sont encore en ligne alors que les domaines expirent rapidement. Je dois donc préparer la transmission de ces domaines pour assurer qu’ils puissent me survivre.

Simplicité et minimalisme

Outre le nom de domaine, la première cause de mise hors ligne d’un site est généralement le manque de maintenance. Un Wordpress piraté, car une mise à jour n’a pas été faite. Une base de données incompatible avec une nouvelle version du CMS. Même les générateurs de sites statiques doivent être mis à jour, avec leur dépendance, et sont parfois abandonnés par les développeurs.

Pour résoudre ce problème, mon blog est depuis décembre 2022 autogénéré et ne produit que du HTML très simple, compatible avec la plupart des navigateurs passés, présents, futurs et sans ambiguïté. Chaque page est complètement indépendante et contient ses propres instructions CSS (42 lignes). Vous pouvez sauver un article de mon blog depuis votre navigateur et le réouvrir n’importe où, même sans connexion. Pas de JavaScript, pas de framework, pas de chargement dynamique, pas de fonte, pas d’appel extérieur. Ça parait extraordinaire de nos jours, mais c’est tellement simple à gérer que je me demande encore pourquoi on se casse la tête à apprendre et maintenir des couches de framework. Penser la pérennité peut avoir des bénéfices immédiats !

Autre point: je prends le plus grand soin à ce que les URLs de mes posts ne changent pas. Un lien vers un article devrait rester valide aussi longtemps que le nom de domaine existera.

Sources disponibles et distribuées

Les sources de mon blog sont écrites au format Gemtext, le format utilisé sur le réseau Gemini. La particularité de ce format est qu’il s’agit essentiellement de texte pur. Aussi longtemps que nous aurons des ordinateurs, ces fichiers pourront être lus.

Mes billets ainsi que le générateur Python pour créer les pages HTML sont disponibles via Git, un outil décentralisé bien connu de tous les développeurs et certainement appelé à exister pour les décennies qui viennent.

La commande

git clone https://git.sr.ht/~lioploum/ploum.net

vous donne accès à toutes les sources de mon blog, que vous pouvez générer avec un simple "python publish.py". Cela ne nécessite aucune dépendance particulière autre que Python3.

Mais que faire si sourcehut est indisponible ? Je me rends compte qu’il est nécessaire que je pousse mes sources sur plusieurs miroirs.

Miroirs ?

Parlons de miroirs justement. Une copie de mon site, version web et gemini, est disponible sur rawtext.club.

Mais ce miroir est « accidentel ». Rawtext.club est un petit serveur géré par un passionné que je remercie chaleureusement. C’est grâce à lui que j’ai pu explorer l’univers Gemini. Je ne peux lui imposer un hébergement sérieux ni compter sur sa pérennité.

Sebsauvage me fait également l’immense honneur de maintenir une copie de mes publications, pour le cas où je serais forcé de retirer du contenu:

Pour le futur, je réalise aujourd’hui qu’il serait pertinent que je trouve un hébergeur autre que Sourcehut, pouvant être synchronisé par Git et offrant également un hébergement Gemini. Je pourrais rediriger ploum.be ou ploum.eu vers ce serveur de secours.

Les mailing-lists

Si j’avoue préférer le RSS pour mon usage personnel, force est de constater que les mailing-listes offrent un avantage : vous gardez une copie de tous les anciens billets dans votre boîte mail. Chaque nouvel abonné est donc, sans le savoir, un nouvel archiviste de mes écrits.

J’envoie d’ailleurs une version "text-only" (pas de HTML) sur une seconde mailing-list dont les archives sont publiques. Défaut majeur : contrairement aux mailing-listes précitées, ces archives text-only sont hébergées par… Sourcehut, le même hébergeur que mon blog !

Le futur

Le protocole Internet (IP) a été conçu à une époque où on pensait que le stockage serait toujours très coûteux, mais que la bande passante serait essentiellement gratuite. Le principe d’IP est donc de transmettre aussi vite que possible les paquets de données et de tout oublier instantanément.

En conséquence, les protocoles s’appuyant sur IP, comme Gemini et HTTPS, sont particulièrement fragiles. La perte d’un seul serveur peut signifier la disparition définitive de sites entiers.

De nouveaux protocoles ou de nouveaux usages sont nécessaires pour transformer Internet depuis le simple "échange de données temps réels" en "archive planétaire". Cet usage d’archive planétaire va bien entendu à l’encontre des intérêts financiers actuels qui souhaitent que vous payiez, directement ou à travers la pub, à chaque fois que vous consultez le même contenu. Le « copyright », comme son nom l’indique, cherche à empêcher toute copie ! Mais, petit à petit, des solutions apparaissent, qu’elles soient nouvelles comme IPFS ou qu’il s’agissent de réflexion sur une utilisation de technologies préexistantes.

Tout cela est encore expérimental, mais je garde un œil et réfléchis à rendre ploum.net disponible sur IPFS.

Le présent

La pérennité des contenus en ligne est une quête complexe et longue haleine. Je vous invite à y penser pour vos propres créations. Que voulez-vous qu’il reste de vous en ligne dans quelques années ?

Paradoxalement, nous laissons trop de traces involontaires (des données personnelles, des commentaires écrits sous le coup de la colère, des critiques de produits sur Amazon) et nous perdons trop facilement ces œuvres auxquelles nous accordons de l’importance (combien de vidéos personnelles disparaitront avec la fin inéluctable de Youtube ?). J’ai moi-même le regret d’avoir perdu beaucoup de textes rédigés et publiés un peu partout avant l’existence de ce blog ou cédant aux sirènes de la mode, postés sur Google+, Facebook ou Medium.

J’en ai retenu une leçon majeure : on ne sait a priori pas quels contenus seront importants pour notre futur moi. Il est également primordial de dater les contenus. Avec l’année. Je ne compte plus les fiches de notes que j’ai retrouvées, mais que je peux ne raccrocher à rien, ne sachant même pas estimer à quelle année voire à quel lustre le texte se rapporte. Cette leçon est également ce qui motive ma tentative de pérennisation de mes écrits : je n’ai pas l’impression de n’avoir jamais écrit quelque chose qui mérite une préservation éternelle. Mais un historien du futur pourrait peut-être un jour trouver dans les écrits de ce blogueur obscur et oublié une information cruciale, glissée par hasard dans un billet et lui permettant de comprendre certains paradoxes de notre époque.

Pour cette mission, la technologie qui semble la plus robuste, la plus résistante pour traverser les siècles voire les millénaires reste le livre. Livres que ma famille collectionne et accumule dans tous les coins de notre logis. Des milliers d’auteurs, vivants ou morts, mondialement connus ou obscurs, qui continuent chaque jour à nous parler !

Si vous souhaitez m’aider dans ma quête de pérennité, je vous invite à acquérir, prêter, offrir ou abandonner sur un banc mes livres.

Car lorsque les ordinateurs seront éteints, seuls continueront à nous bercer, à nous parler les mots gravés sur le papier, ces éphémères imaginaires survivants à la prétention d’immortalité des corps décomposés.

Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.

Recevez directement par mail mes écrits en français et en anglais. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser mon flux RSS francophone ou le flux RSS complet.

Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens justement de publier un recueil de nouvelles qui devrait vous faire rire et réfléchir. Je fais également partie du coffret libre et éthique « SF en VF ».

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Le bateau de bois de chauffage https://ploum.net/2023-12-13-le-bateau-de-bois-de-chauffage.html http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Le-bateau-de-bois-de-chauffage Wed, 13 Dec 2023 01:00:00 +0100 Le bateau de bois de chauffage

Il était une fois un groupe d’humains perdus au milieu d’un gigantesque océan. Aussi loin que remontait la mémoire, le gigantesque bateau de bois avait toujours navigué, aucune terre n’ayant jamais été trouvée ni même aperçue.

Le temps n’était jamais glacial, mais jamais trop chaud non plus. Souvent, un petit vent frisquet parcourait les cabines. Pour se réchauffer, les passagers de première classe avaient engagé ceux de troisième classe, les chargeant de découper le bois de la coque afin de le brûler dans leurs énormes poêles. Comme les cabines étaient bien plus confortables chauffées, l’idée vint aux premières classes de revendre aux passagers de seconde classe l’excédent du bois.

Le marché était juteux. Une partie de la tuyauterie du navire fut reconvertie en poêle à bois vendus à très bon prix afin d’équiper les cabines des secondes.

Naturellement, le bateau prenait désormais l’eau de partout. Un original aux cheveux en bataille émit l’idée d’arrêter de découper la coque si l’on ne voulait pas couler.

— Et mes profits ? dirent les premières.
— Et mon chauffage ? dirent les secondes.
— Et mon boulot ? dirent les troisièmes.
— Ben je ne sais pas trop. On pourrait mettre des pulls ?
– Ahaha, ricanèrent les premières. Un original qui ne connait rien au brûlage du bois et voudrait nous faire la leçon avec un pull !

Un instant désarçonné, l’original s’entêta.
— N’empêche que là, on coule. Les troisièmes classes seront bientôt sous eau.
— Tu as raison, déclara le capitaine. C’est une problématique importante. J’organise immédiatement une réunion dans le salon des premières classes. Nous envisagerons une solution.

Lorsqu’il redescendit quelques heures plus tard, le ventre bombé de petits-fours, le capitaine se fit interpeller par l’original qui s’était vu refuser l’accès au pont des premières.
— Alors capitaine ? Qu’allons-nous faire pour éviter que le bateau coule ?
— La réunion fut très productive. Nous allons construire désormais des poêles plus performants pour équiper les cabines qui n’en ont pas encore et pourront dès lors se chauffer avec moins de bois. D’ailleurs, nous envisageons de réduire graduellement la vitesse avec laquelle nous débitons le bois de la coque. Cela ne va pas plaire aux troisièmes, qui auront moins de travail, ni aux secondes, car le bois sera plus cher afin de compenser la perte de profit, mais il faut ce qu’il faut pour sauver le navire.
— Capitaine, vous êtes sûr que cela sera suffisant pour éviter de couler ?
— Ne t’inquiète pas, sourit malicieusement le capitaine. On a également demandé aux deuxièmes classes d’imaginer des pompes pour extraire l’eau du navire. Il y en a bien un qui va nous inventer ça, non ?
— Mais le temps presse…
— Et puis, qui sait… Si ça se trouve, on va bientôt découvrir un rivage, aborder une terre. Pourquoi s’en faire ?
— Pourquoi, en effet, murmura piteusement l’original en retirant ses chaussettes pour les essorer alors que l’eau commençait à monter dans les coursives.

Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.

Recevez directement par mail mes écrits en français et en anglais. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser mon flux RSS francophone ou le flux RSS complet.

Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens justement de publier un recueil de nouvelles qui devrait vous faire rire et réfléchir. Je fais également partie du coffret libre et éthique « SF en VF ».

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Le bateau de bois de chauffage

Il était une fois un groupe d’humains perdus au milieu d’un gigantesque océan. Aussi loin que remontait la mémoire, le gigantesque bateau de bois avait toujours navigué, aucune terre n’ayant jamais été trouvée ni même aperçue.

Le temps n’était jamais glacial, mais jamais trop chaud non plus. Souvent, un petit vent frisquet parcourait les cabines. Pour se réchauffer, les passagers de première classe avaient engagé ceux de troisième classe, les chargeant de découper le bois de la coque afin de le brûler dans leurs énormes poêles. Comme les cabines étaient bien plus confortables chauffées, l’idée vint aux premières classes de revendre aux passagers de seconde classe l’excédent du bois.

Le marché était juteux. Une partie de la tuyauterie du navire fut reconvertie en poêle à bois vendus à très bon prix afin d’équiper les cabines des secondes.

Naturellement, le bateau prenait désormais l’eau de partout. Un original aux cheveux en bataille émit l’idée d’arrêter de découper la coque si l’on ne voulait pas couler.

— Et mes profits ? dirent les premières.
— Et mon chauffage ? dirent les secondes.
— Et mon boulot ? dirent les troisièmes.
— Ben je ne sais pas trop. On pourrait mettre des pulls ?
– Ahaha, ricanèrent les premières. Un original qui ne connait rien au brûlage du bois et voudrait nous faire la leçon avec un pull !

Un instant désarçonné, l’original s’entêta.
— N’empêche que là, on coule. Les troisièmes classes seront bientôt sous eau.
— Tu as raison, déclara le capitaine. C’est une problématique importante. J’organise immédiatement une réunion dans le salon des premières classes. Nous envisagerons une solution.

Lorsqu’il redescendit quelques heures plus tard, le ventre bombé de petits-fours, le capitaine se fit interpeller par l’original qui s’était vu refuser l’accès au pont des premières.
— Alors capitaine ? Qu’allons-nous faire pour éviter que le bateau coule ?
— La réunion fut très productive. Nous allons construire désormais des poêles plus performants pour équiper les cabines qui n’en ont pas encore et pourront dès lors se chauffer avec moins de bois. D’ailleurs, nous envisageons de réduire graduellement la vitesse avec laquelle nous débitons le bois de la coque. Cela ne va pas plaire aux troisièmes, qui auront moins de travail, ni aux secondes, car le bois sera plus cher afin de compenser la perte de profit, mais il faut ce qu’il faut pour sauver le navire.
— Capitaine, vous êtes sûr que cela sera suffisant pour éviter de couler ?
— Ne t’inquiète pas, sourit malicieusement le capitaine. On a également demandé aux deuxièmes classes d’imaginer des pompes pour extraire l’eau du navire. Il y en a bien un qui va nous inventer ça, non ?
— Mais le temps presse…
— Et puis, qui sait… Si ça se trouve, on va bientôt découvrir un rivage, aborder une terre. Pourquoi s’en faire ?
— Pourquoi, en effet, murmura piteusement l’original en retirant ses chaussettes pour les essorer alors que l’eau commençait à monter dans les coursives.

Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.

Recevez directement par mail mes écrits en français et en anglais. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser mon flux RSS francophone ou le flux RSS complet.

Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens justement de publier un recueil de nouvelles qui devrait vous faire rire et réfléchir. Je fais également partie du coffret libre et éthique « SF en VF ».

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SF en VF, le coffret pour découvrir la science-fiction européenne https://ploum.net/2023-12-12-sf-en-vf.html http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?SF-en-VF-le-coffret-pour-découvrir-la-science-fiction-européenne Tue, 12 Dec 2023 01:00:00 +0100 SF en VF, le coffret pour découvrir la science-fiction européenne

« C’est l’histoire d’un écrivain belge, un écrivain suisse et un écrivain français qui vont en boîte. »

Bon, vu comme ça, ça ressemble à une blague. Mais attendez, ce n’est que le début ! Parce que les trois écrivains ont commis chacun un livre de science-fiction francophone et que si on assemble tous les titres de ces livres, on a, en tout et pour tout, un seul mot de français : le mot « projet ».

Excellente blague, non ?

L’histoire en question, c’est celle d’une boîte, ou plutôt un coffret intitulé « SF en VF » contenant trois romans de science-fiction francophone. Une idée parfaite de cadeau pour offrir ou se faire offrir si l’on souhaite découvrir ou faire découvrir la science-fiction européenne.

Trois livres, trois visions de la science-fiction.

Tout d’abord avec Ploum, le Belge qui pense qu’il faut un titre à consonance anglophone pour faire de la SF, mais ne peut s’empêcher de le franciser : « Printeurs ». Un roman dystopique et cyberpunk sur la face cachée du capitalisme de surveillance : publicités envahissantes, vie privée réduite à néant, attentats sponsorisés, chômeurs hypnotisés par les stars du petit écran tandis qu’en coulisses, les esclaves se tuent à la tâche pour produire les biens de consommation jetables.

On enchaîne ensuite avec le Suisse, Pascal Lovis et son « Projet Idaho ». Le seul titre en français. L’histoire d’un homme en vacances qui se réveille après une cuite magistrale et constate qu’il n’a plus de connexion au réseau. Plus de contacts. Plus d’amis. Et littéralement plus de chambre d’hôtel. Mais, très vite, l’histoire va prendre un tournant inattendu et vous entrainer dans un space opera endiablé. Le second tome, « Mémoires Spectrales », est disponible et clôt le cycle. Il explique également la raison du nom « Idaho » (car moi, je n’avais pas compris la référence à Dune).

Pour terminer en beauté, l’incontournable Thierry Crouzet et le premier tome de son projet démentiel : « One Minute ». Parce que ça pète plus en anglais. Pas de héros. Pas de trame narrative traditionnelle. Ici, le lecteur est invité à vivre et à revivre la même minute de l’histoire de la planète. Celle où l’humanité a soudainement compris, de Paris à Bangkok et de New York à Ouagadougou, qu’elle n’était plus seule. Qu’elle était en contact avec une intelligence extra-terrestre.

Trois livres. Trois pays. Trois accents. Trois histoires. Trois futurs.

Bref, un triple cadeau dans un superbe coffret argenté, à commander chez votre libraire ou, si ce n’est pas possible, directement sur le site de l’éditeur. Mais soutenez votre librairie favorite, elle en a bien besoin !

Le coffret « SF en VF » et les trois livres qui le composent
Le coffret « SF en VF » et les trois livres qui le composent

Notez que Pascal Lovis, le grand mage mauve, fait également partie du coffret régional « Fantasy Suisse » avec Aequilegia Nox et Stéphane Paccaud. De la magie et de la fantasy qui sent bon la raclette.

Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.

Recevez directement par mail mes écrits en français et en anglais. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser mon flux RSS francophone ou le flux RSS complet.

Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens justement de publier un recueil de nouvelles qui devrait vous faire rire et réfléchir. Je fais également partie du coffret libre et éthique « SF en VF ».

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SF en VF, le coffret pour découvrir la science-fiction européenne

« C’est l’histoire d’un écrivain belge, un écrivain suisse et un écrivain français qui vont en boîte. »

Bon, vu comme ça, ça ressemble à une blague. Mais attendez, ce n’est que le début ! Parce que les trois écrivains ont commis chacun un livre de science-fiction francophone et que si on assemble tous les titres de ces livres, on a, en tout et pour tout, un seul mot de français : le mot « projet ».

Excellente blague, non ?

L’histoire en question, c’est celle d’une boîte, ou plutôt un coffret intitulé « SF en VF » contenant trois romans de science-fiction francophone. Une idée parfaite de cadeau pour offrir ou se faire offrir si l’on souhaite découvrir ou faire découvrir la science-fiction européenne.

Trois livres, trois visions de la science-fiction.

Tout d’abord avec Ploum, le Belge qui pense qu’il faut un titre à consonance anglophone pour faire de la SF, mais ne peut s’empêcher de le franciser : « Printeurs ». Un roman dystopique et cyberpunk sur la face cachée du capitalisme de surveillance : publicités envahissantes, vie privée réduite à néant, attentats sponsorisés, chômeurs hypnotisés par les stars du petit écran tandis qu’en coulisses, les esclaves se tuent à la tâche pour produire les biens de consommation jetables.

On enchaîne ensuite avec le Suisse, Pascal Lovis et son « Projet Idaho ». Le seul titre en français. L’histoire d’un homme en vacances qui se réveille après une cuite magistrale et constate qu’il n’a plus de connexion au réseau. Plus de contacts. Plus d’amis. Et littéralement plus de chambre d’hôtel. Mais, très vite, l’histoire va prendre un tournant inattendu et vous entrainer dans un space opera endiablé. Le second tome, « Mémoires Spectrales », est disponible et clôt le cycle. Il explique également la raison du nom « Idaho » (car moi, je n’avais pas compris la référence à Dune).

Pour terminer en beauté, l’incontournable Thierry Crouzet et le premier tome de son projet démentiel : « One Minute ». Parce que ça pète plus en anglais. Pas de héros. Pas de trame narrative traditionnelle. Ici, le lecteur est invité à vivre et à revivre la même minute de l’histoire de la planète. Celle où l’humanité a soudainement compris, de Paris à Bangkok et de New York à Ouagadougou, qu’elle n’était plus seule. Qu’elle était en contact avec une intelligence extra-terrestre.

Trois livres. Trois pays. Trois accents. Trois histoires. Trois futurs.

Bref, un triple cadeau dans un superbe coffret argenté, à commander chez votre libraire ou, si ce n’est pas possible, directement sur le site de l’éditeur. Mais soutenez votre librairie favorite, elle en a bien besoin !

Le coffret « SF en VF » et les trois livres qui le composent
Le coffret « SF en VF » et les trois livres qui le composent

Notez que Pascal Lovis, le grand mage mauve, fait également partie du coffret régional « Fantasy Suisse » avec Aequilegia Nox et Stéphane Paccaud. De la magie et de la fantasy qui sent bon la raclette.

Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.

Recevez directement par mail mes écrits en français et en anglais. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser mon flux RSS francophone ou le flux RSS complet.

Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens justement de publier un recueil de nouvelles qui devrait vous faire rire et réfléchir. Je fais également partie du coffret libre et éthique « SF en VF ».

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Announcing Offpunk 2.0 https://ploum.net/2023-11-25-offpunk2.html http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Announcing-Offpunk-2-0 Sat, 25 Nov 2023 01:00:00 +0100 Announcing Offpunk 2.0

I’m happy to announce the release, last week, of Offpunk 2.0.

Offpunk is an offline-first command-line browser/RSS reader. You control it by typing command and it maintains a cache of all the networked resources to allow you to access them offline indefinitely.

If a non-cached resource is tentatively accessed, the URL is marked as to be fetched later. Running periodically "offpunk --sync" will fetch those resources and add them to your "tour" to remind you that you wanted to access it.

Screenshot

Mandatory screenshot showing Offpunk browsing Offpunk’s website. There’s a screenshot of Offpunk in the screenshot.
Mandatory screenshot showing Offpunk browsing Offpunk’s website. There’s a screenshot of Offpunk in the screenshot.

Switching the license to AGPLv3

Offpunk originally started as a branch then a friendly fork of AV-98. It was called AV-98-offline and, as such, shared the same BSD license.

During multiple discussions, Solderpunk and I came to the conclusion that AV-98-offline was becoming too different from the initial goal of AV-98. It was thus renamed Offpunk. At the same time, I grew increasingly convinced that we needed more copyleft software and that the AGPL license was better suited to protect the commons.

As a symbolic move, I’ve thus decided to switch Offpunk license from BSD to AGPLv3 but needed an opportunity to do so. The 2.0 release is such an opportunity.

Multiple independent tools

Like AV-98, Offpunk was one single big python file. I liked the simplicity of it. But it really became a mess and I wanted to offer Offpunk’s features as separate command-line tool. With Offpunk 2.0, you will thus have three new command-line tools:

- netcache : when given a URL, will download and cache this URL or only access the cache if the "--offline" option is provided.
- ansicat : will render an HTML, an RSS, a Gemtext or even a picture in your terminal, with various options.
- opnk : universal opener. Will try to render any file or any URL in your terminal. If it fails, it will fallback to xdg-open.

Those three commands should come with a man page and a "--help" but they are still quite new. To my own surprise, I found myself using "opnk" all the time. I don’t think anymore about how to handle a file, I simply give it to opnk.

Packaging those tools was a lot harder than expected and I want to thank all the contributors to this work, including Austreelis, David Zaslavsky and Jean Abou Samra.

Themes

The goal of Offpunk, through Ansicat, is to render web, RSS, gemini and gopher pages as coloured ANSI text in your terminal. Until now, those colours were hardcoded. With 2.0, they can be customised. See "help theme".

Screenshot of Offpunk customised with the worst possible colours I could find.
Screenshot of Offpunk customised with the worst possible colours I could find.

In offpunk, customisation can be made permanent by adding all the commands you want to run at startup in your .config/offpunk/offpunkrc file. Mine contains one single line: "offline", ensuring I use Offpunk only in offline mode.

Getting started

Using Offpunk daily as your main browsing/rss driver takes some learning. You need to get used to the Offpunk philosophy: adding elements to tour instead of clicking them, creating lists to read later, doing a daily synchronisation. It is not trivial.

The "help" command will probably be your best allies. The community also provide support on a user dedicated mailing-list.

If Offpunk becomes useful to you, the community is open. Contributions, documentation, blog post about how you use Offpunk, help to new users and packaging are warmly welcome. Sometimes, simple feedback is all it takes to make a developer happy. So don’t hesitate to contribute in one of our lists.

I’ve also started an experimental Matrix room on #offpunk:matrix.org. I have the belief that mailing-list is better suited for discussions but I’m giving this the benefit of doubt and willing to explore whether or not direct real-time discussion could help new users.

As a writer and an engineer, I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.

If you read French, you can support me by buying/sharing/reading my books and subscribing to my newsletter in French or RSS. I also develop Free Software.

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Announcing Offpunk 2.0

I’m happy to announce the release, last week, of Offpunk 2.0.

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If a non-cached resource is tentatively accessed, the URL is marked as to be fetched later. Running periodically "offpunk --sync" will fetch those resources and add them to your "tour" to remind you that you wanted to access it.

Screenshot

Mandatory screenshot showing Offpunk browsing Offpunk’s website. There’s a screenshot of Offpunk in the screenshot.
Mandatory screenshot showing Offpunk browsing Offpunk’s website. There’s a screenshot of Offpunk in the screenshot.

Switching the license to AGPLv3

Offpunk originally started as a branch then a friendly fork of AV-98. It was called AV-98-offline and, as such, shared the same BSD license.

During multiple discussions, Solderpunk and I came to the conclusion that AV-98-offline was becoming too different from the initial goal of AV-98. It was thus renamed Offpunk. At the same time, I grew increasingly convinced that we needed more copyleft software and that the AGPL license was better suited to protect the commons.

As a symbolic move, I’ve thus decided to switch Offpunk license from BSD to AGPLv3 but needed an opportunity to do so. The 2.0 release is such an opportunity.

Multiple independent tools

Like AV-98, Offpunk was one single big python file. I liked the simplicity of it. But it really became a mess and I wanted to offer Offpunk’s features as separate command-line tool. With Offpunk 2.0, you will thus have three new command-line tools:

- netcache : when given a URL, will download and cache this URL or only access the cache if the "--offline" option is provided.
- ansicat : will render an HTML, an RSS, a Gemtext or even a picture in your terminal, with various options.
- opnk : universal opener. Will try to render any file or any URL in your terminal. If it fails, it will fallback to xdg-open.

Those three commands should come with a man page and a "--help" but they are still quite new. To my own surprise, I found myself using "opnk" all the time. I don’t think anymore about how to handle a file, I simply give it to opnk.

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Themes

The goal of Offpunk, through Ansicat, is to render web, RSS, gemini and gopher pages as coloured ANSI text in your terminal. Until now, those colours were hardcoded. With 2.0, they can be customised. See "help theme".

Screenshot of Offpunk customised with the worst possible colours I could find.
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In offpunk, customisation can be made permanent by adding all the commands you want to run at startup in your .config/offpunk/offpunkrc file. Mine contains one single line: "offline", ensuring I use Offpunk only in offline mode.

Getting started

Using Offpunk daily as your main browsing/rss driver takes some learning. You need to get used to the Offpunk philosophy: adding elements to tour instead of clicking them, creating lists to read later, doing a daily synchronisation. It is not trivial.

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I’ve also started an experimental Matrix room on #offpunk:matrix.org. I have the belief that mailing-list is better suited for discussions but I’m giving this the benefit of doubt and willing to explore whether or not direct real-time discussion could help new users.

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The gift of time https://ploum.net/2023-11-10-the-gift-of-time.html http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?The-gift-of-time Fri, 10 Nov 2023 01:00:00 +0100 The gift of time

Maintaining a free software project is spending years of your life to solve a problem that would have taken several hours or even days without the software.

Which is, joke aside, an incredible contribution to the common good.

The time saved is multiplied by the number of users and quickly compound. They are saving time without the need to exchange their own time.

Free software offers free time, free life extension to many human living now and maybe in the future.

Instead of contributing to the economy, free software developers contribute to humanity. To the global progress.

Free software is about making our short lifetimes a common good instead of an economical product.

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The gift of time

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Which is, joke aside, an incredible contribution to the common good.

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Pourquoi sommes-nous tellement accros à Google Maps et Waze ? https://ploum.net/2023-11-03-logiciels-de-navigation.html http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Pourquoi-sommes-nous-tellement-accros-à-Google-Maps-et-Waze Fri, 03 Nov 2023 01:00:00 +0100 Pourquoi sommes-nous tellement accros à Google Maps et Waze ?

S’il y’a bien un logiciel propriétaire difficile à lâcher, c’est Google Maps. Ou Waze, qui appartient également à Google. Pourquoi est-ce si compliqué de produire un logiciel de navigation libre ? Ayant passé quelques années dans cette industrie, je vais vous expliquer les différents composants d’un logiciel de navigation.

Les briques de base d’un logiciel de navigation sont la position, les données, le mapmatching, le routing, la recherche et les données temps réel. Pour chaque composant, je propose une explication et une analyse des solutions libres.

La position

Le premier composant est un système de positionnement qui va fournir une coordonnée géographique avec, parfois, un degré de précision. Une longitude et une latitude, tout simplement.

Il existe plusieurs manières d’estimer une position. Le plus connu est le GPS qui capte des ondes émises par les satellites du même nom. Contrairement à une idée tenace, votre téléphone n’émet rien lorsqu’il utilise le GPS, il se contente d’écouter les signaux GPS tout comme une radio FM écoute les ondes déjà présentes. Votre téléphone n’a de toute façon pas la puissance d’émettre jusqu’à un satellite. Les satellites GPS sont, au plus près, à 20.000 km de vous. Vous croyez que votre téléphone puisse envoyer un signal à 20.000 km ?

Pour simplifier à outrance, le principe d’un satellite GPS est d’émettre en permanence un signal avec l’heure qu’il est à son bord. Votre téléphone, en captant ce signal, compare cette heure avec sa propre horloge interne. Le décalage entre les deux permet de mesurer la distance entre le téléphone et le satellite, sachant que l’onde se déplace à la vitesse de la lumière, une onde radio n’étant que de la lumière dans un spectre invisible à l’œil humain. En refaisant cette opération pour trois satellites dont la position est connue, le téléphone peut, par triangulation, connaître sa position exacte.

Fait intéressant: ce calcul n’est possible qu’en connaissant la position des satellites GPS. Ces positions étant changeantes et difficilement prévisibles à long terme, elles sont envoyées par les satellites eux-mêmes, en plus de l’heure. On parle des « éphémérides ». Cependant, attendre l’envoi des éphémérides complètes peut prendre plusieurs minutes, le signal GPS ne pouvant envoyer que très peu de données.

C’est la raison pour laquelle un GPS éteint depuis longtemps mettra un long moment avant d’afficher sa position. Un GPS éteint depuis quelques heures seulement pourra réutiliser les éphémérides précédentes. Et pour votre smartphone, c’est encore plus facile : il profite de sa connexion 4G ou Wifi pour télécharger les éphémérides sur Internet et vous offrir un positionnement (un « fix ») quasi instantané.

Le système GPS appartient à l’armée américaine. Le concurrent russe s’appelle GLONASS et la version civile européenne Galileo. La plupart des appareils récents supportent les trois réseaux, mais ce n’est pas universel.

Même sans satellite, votre smartphone vous positionnera assez facilement en utilisant les bornes wifi et les appareils Bluetooth à proximité. De quelle manière ? C’est très simple : les appareils Google et Apple envoient, en permanence, à leur propriétaires respectifs (les deux entreprises susnommées) votre position GPS ainsi que la liste des wifi, appareils Bluetooth et NFC dans le voisinage. Le simple fait d’avoir cet engin nous transforme un espion au service de ces entreprises. En fait, de nombreux engins espionnent en permanence notre position pour revendre ces données.

Si on coupe le GPS d’un appareil Android Google, celui-ci se contentera d’envoyer une requête à Google sous la forme : « Dis, je ne connais pas ma position, mais je capte le wifi grandmaman64 et superpotes89 ainsi qu’une télé Samsung compatible Bluetooth, t’aurais pas une idée d’où je suis ? ». Réponse : « Ben justement, j’ai trois utilisateurs qui sont passés hier près de ces wifis et de cette télé, ils étaient dans la rue Machinchose. Donc tu es probablement dans la rue Machinchose. » Apple fait exactement pareil.

Quelle que soit la solution utilisée, GPS ou autre, la position d’un smartphone est fournie par le système d’exploitation et ne pose donc aucun problème au développeur d’application. C’est complètement transparent, mais l’obtention d’une position sera parfois légèrement plus longue sans les services Google ou Apple propriétaires décrits ci-dessus.

Les datas (données cartographiques)

Ce n’est pas tout d’avoir une position, encore faut-il savoir à quoi elle correspond. C’est le rôle des données cartographiques, souvent appelées "data" dans l’industrie.

Obtenir des données cartographiques est un boulot inimaginable qui, historiquement, impliquait de faire rouler des voitures sur toutes les routes d’un pays, croisant les données avec la cartographie officielle puis mêlant cela aux données satellites. Dans les années 2000, deux fournisseurs se partageaient un duopole (Navteq, acquis par Nokia en 2007 et TeleAtlas, acquis par Tomtom en 2008). Google Maps utilisait d’ailleurs souvent des données issues de ces fournisseurs (ainsi que tous les GPS de l’époque). Dans certaines régions, le logo Navteq était même visible sur la cartographie Google Maps. Mais plutôt que de payer une fortune à ces entreprises, Google a décidé de lancer sa propre base de données, envoyant ses propres voitures sur les routes (et profitant de l’occasion pour lancer Google Street View).

La toute grande difficulté des data, c’est qu’elles changent tout le temps. Les sentiers et les chemins se modifient. Des routes sont ouvertes. D’autres, fermées. Des constructions se font, des quartiers entiers apparaissent alors qu’une voie se retrouve à sens unique. Parcourir la campagne à vélo m’a appris que chaque jour peut être complètement différent. Des itinéraires deviennent soudainement impraticables pour cause de ronces, de fortes pluies ou de chutes d’arbres. D’autres apparaissent comme par magie. C’est un peu moins rapide pour les automobilistes, mais tentez de traverser l’Europe avec une carte d’une dizaine d’années et vous comprendrez votre douleur.

En parallèle de ces fournisseurs commerciaux est apparu le projet OpenStreetMap que personne ne voulait prendre au sérieux dans l’industrie. On m’a plusieurs fois ri au nez lorsque j’ai suggéré que cette solution était l’avenir. Tout comme Universalis ne prenait pas Wikipédia au sérieux.

Ma région sur OpenStreetMap
Ma région sur OpenStreetMap

Le résultat, nous le connaissons : OpenStreetMap est aujourd’hui la meilleure base de données cartographiques pour la plupart des cas d’usage courant. À tel point que les géants comme Waze n’hésitent pas à les repomper illégalement. Sebsauvage signale le cas d’un contributeur OSM qui a sciemment inventé un parc de toutes pièces. Ce parc s’est retrouvé sur Waze…

Mais les applications utilisant OpenStreetMap doivent faire face à un gros défi : soit demander à l’utilisateur de charger les cartes à l’avance et de les mettre à jour régulièrement, soit de les télécharger au fur et à mesure, ce qui rend l’utilisation peu pratique (comment calculer un itinéraire ou trouver une adresse dans une zone dont on n’a pas la carte ?). Le projet OpenStreetMaps est en effet financé essentiellement par les dons et ne peut offrir une infrastructure de serveurs répondant immédiatement à chaque requête, chose que Google peut confortablement se permettre.

Le mapmatching

Une fois qu’on a la carte et la position, il suffit d’afficher la position sur la carte, non ? Et bien ce n’est pas aussi simple. Tout d’abord parce que la planète est loin de correspondre à une surface plane. Il faut donc considérer la courbure de la terre et le relief. Mais, surtout, le GPS tout comme les données cartographiques peuvent avoir plusieurs mètres d’imprécision.

Le mapmatching consiste à tenter de faire coïncider les deux informations : si un GPS se déplace à 120km/h sur une ligne parallèle située à quelques mètres de l’autoroute, il est probablement sur l’autoroute ! Il faut donc corriger la position en fonction des données.

En ville, des hauts bâtiments peuvent parfois refléter le signal GPS et donc allonger le temps de parcours de celui-ci. Le téléphone croira alors être plus loin du satellite que ce n’est réellement le cas. Dans ce genre de situation, le mapmatching vous mettra dans une rue parallèle. Cela vous est peut-être déjà arrivé et c’est assez perturbant.

Une autre application du mapmatching, c’est de tenter de prédire la position future, par exemple dans un tunnel. La position GPS, de par son fonctionnement, introduit en effet une latence de quelques secondes. Dans une longue ligne droite, ce n’est pas dramatique. Mais quand il s’agit de savoir à quel embranchement d’un rond-point tourner, chaque seconde est importante.

Le logiciel peut alors tenter de prédire, en fonction de votre vitesse, votre position réelle. Parfois, ça foire. Comme lorsqu’il vous dit que vous avez déjà dépassé l’embranchement que vous devez prendre alors que ce n’est pas le cas. Ou qu’il vous dit de tourner dans trente mètres alors que vous êtes déjà passé.

La recherche

On a la position sur la carte qui est, le plus souvent, notre point de départ. Il manque un truc important: le point d’arrivée. Et pour trouver le point d’arrivée, il faut que l’utilisateur l’indique.

Les recherches géographiques sont très compliquées, car la manière dont nous écrivons les adresses n’a pas beaucoup de sens : on donne le nom de la rue avant de donner la ville avant de donner le pays ! Dans les voitures, la solution a été de forcer les utilisateurs à entrer leurs adresses à l’envers: pays, ville, rue, numéro. C’est plus logique, mais nous sommes tellement habitués à l’inverse que c’est contre-intuitif.

Le problème de la recherche dans une base de données est un problème très complexe. Avec les applications OpenStreetMap, la base de données est sur votre téléphone et votre recherche est calculée par le minuscule processeur de ce dernier.

Ici, Google possède un avantage concurrentiel incommensurable. Ce n’est pas votre téléphone qui fait la recherche, mais bien les gigantesques serveurs de Google. Tapez "rue Machinchose" et la requête est immédiatement envoyée à Google (qui en profite pour prendre note dans un coin, histoire de pouvoir utiliser ces informations pour mieux vous cibler avec des publicités). Les ordinateurs de Google étant tellement rapide, ils peuvent même tenter d’être intelligent: il y’a 12 rue Machinchose dans tout le pays, mais une MachinChause, avec une orthographe différente, dans un rayon de 10km, on va donc lui proposer celle-là. Surtout que, tient, nous avons en mémoire qu’il s’est rendu 7 fois dans cette rue au cours des trois dernières années, même sans utiliser le GPS.

Force est de constater que les applications libres qui font la recherche sur votre téléphone ne peuvent rivaliser en termes de rapidité et d’aisance. Pour les utiliser, il faut s’adapter, accepter de refaire la recherche avec des orthographes différentes et d’attendre les résultats.

Le routing

On a le départ, on a l’arrivée. Maintenant il s’agit de calculer la route, une opération appelée « routing ». Pour faire du routing, chaque tronçon de route va se voir attribuer différentes valeurs : longueur, temps estimé pour le parcourir, mais aussi potentiellement le prix (routes payantes), la beauté (si on veut proposer un trajet plus agréable), le type de revêtement, etc.

L’algorithme de routing va donc aligner tous les tronçons de route entre le départ et l’arrivée, traçant des centaines ou des milliers d’itinéraires possibles, calculant pour chaque itinéraire la valeur totale en additionnant les valeurs de chaque tronçon.

Il va ensuite sélectionner l’itinéraire avec la meilleure valeur totale. Si on veut le plus rapide, c’est le temps total estimé le plus court. Si on veut la distance, c’est la distance la plus courte, etc.

À mon époque, l’algorithme utilisé était le plus souvent de type « Bidirectionnal weighted A-star ». Cela signifie qu’on commence à la fois du départ et de l’arrivée, en explorant jusqu’au moment où les chemins se rencontrent et en abandonnant les chemins qui sont déjà de toute façon disqualifiés, car un plus court existe (oui, on peut aller de Bruxelles à Paris en passant par Amsterdam, mais ce n’est pas le plus efficace).

Une fois encore, le problème est particulièrement complexe et votre téléphone va prendre un temps énorme à calculer l’itinéraire. Alors que les serveurs de Google vont le faire pour vous. Google Maps ne fait donc aucun calcul sur votre téléphone : l’application se contente de demander aux serveurs Google de les faire à votre place. Ceux-ci centralisent les milliers d’itinéraires demandés par les utilisateurs et les réutilisent parfois sans tout recalculer. Quand on est un monopole, il n’y a pas de petits profits.

Les données temps réels

Mais si on veut le trajet le plus rapide en voiture, une évidence saute aux yeux: il faut éviter les embouteillages. Et les données concernant les embouteillages sont très difficiles à obtenir en temps réel.

Sauf si vous êtes un monopole qui se permet d’espionner une immense majorité de la population en temps réel. Il vous suffit alors, pour chaque tronçon de route, de prendre la vitesse moyenne des téléphones qui sont actuellement sur ce tronçon.

L’artiste Simon Weckert avait d’ailleurs illustré ce principe en promenant 99 smartphones connectés sur Google maps dans un chariot. Le résultat ? Une rue déserte est devenue un embouteillage sur Google Maps.

Simon Weckert créant un embouteillage sur Google Maps en tirant 99 smartphones dans un petit chariot
Simon Weckert créant un embouteillage sur Google Maps en tirant 99 smartphones dans un petit chariot

Là, force est de constater qu’il est difficile, voire impossible, de fournir ces données sans espionner massivement toute la population. À ce petit jeu, les alternatives libres ne pourront donc jamais égaler un monopole de surveillance comme celui de Google.

Mais tout n’est pas noir, car, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les infos trafic ne nous permettent pas d’aller plus vite. Elles donnent une illusion d’optimalité qui empire le trafic sur les itinéraires alternatifs et, au final, le temps perdu reste identique. Le seul avantage est que la prévision du temps de trajet est grandement améliorée.

Ce résultat résulte de ce que j’appelle le paradoxe de l’embouteillage. C’est un fait bien connu des scientifiques et ignoré à dessein des politiciens que le trafic automobile est contre-intuitif. Au plus la route est large et permet à de nombreux véhicules de passer, au plus les embouteillages seront importants et la circulation chaotique. Si votre politicien propose de rajouter une bande sur le périphérique pour fluidifier la circulation, changez de politicien !

L’explication de ce phénomène tient au fait que lorsqu’il y’a un embouteillage sur le périphérique, ce n’est pas le périphérique qui bouche. C’est qu’il y’a plus de voitures qui rentrent sur le périphérique que de voitures qui en sortent. Or, les sorties restent et resteront toujours limitées par la taille des rues dans les villes.

En bref, un embouteillage est causé par le goulot d’étranglement, les parties les plus étroites qui sont, le plus souvent, les rues et ruelles des différentes destinations finales. Élargir le périphérique revient à élargir le large bout d’un entonnoir en espérant qu’il se vide plus vite. Et, de fait, cela rend les choses encore pires, car cela augmente le volume total de l’entonnoir, ce qui fait qu’il contient plus d’eau et mettra donc plus longtemps à se vider.

99 smartphones dans un bac à roulette: c’est tout ce que nous sommes pour Google
99 smartphones dans un bac à roulette: c’est tout ce que nous sommes pour Google

Les infotrafics et les itinéraires alternatifs proposés par Google Maps ne font pas autre chose que de rajouter une bande de trafic virtuelle (sous forme d’un itinéraire alternatif) et donc élargissent le haut de l’entonnoir. Les infos trafic restent utiles dans les cas particuliers où votre destination est complètement différente du reste de la circulation. Où si la congestion apparait brusquement, comme un accident : dans ce cas, vous pourriez avoir le bénéfice rare, mais enviable d’emprunter l’itinéraire de secours juste avant sa congestion.

La plupart du temps, les infotrafics sont globalement contre-productifs par le simple fait que tout le monde les utilise. Elles seraient parfaites si vous étiez la seule personne à en bénéficier. Mais comme tout le monde les utilise, vous êtes également obligé de les utiliser. Tout le monde y perd.

Leur impact premier est surtout psychologique: en jouant avec les itinéraires alternatifs, vous pouvez vous convaincre que vous n’avez pas d’autre choix que prendre votre mal en patience. Alors que, sans eux, vous serez persuadés qu’il y’a forcément une autre solution.

Les logiciels

Alors, se passer de Google Maps ? Comme nous l’avons vu, ce n’est pas évident. Le service Google Maps/Waze se base sur l’espionnage permanent et instantané de milliards d’utilisateurs, offrant une précision et une rapidité insurpassable. Quand on y pense, le coût de ce confort est particulièrement élevé. Et pourtant, Google Maps n’est pas la panacée.

J’ai personnellement un faible pour Organic Maps, que je trouve bien meilleur que Google Maps pour tout à l’exception du trafic routier : les itinéraires à pieds, en vélo et même en voiture hors des grands axes sont bien plus intéressants. Certes, il nécessite de télécharger les cartes. Inconvénient, selon moi, mineur, car permettant une utilisation même sans connexion. La recherche est, par contre, souvent frustrante et lente.

Mais le mieux est peut-être d’explorer les alternatives libres à Google Maps dans cet excellent article de Louis Derrac.

Et puis, pourquoi ne pas lutter contre la privatisation du bien commun qu’est la cartographie en apprenant à contribuer à OpenStreetMap ?

Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.

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Pourquoi sommes-nous tellement accros à Google Maps et Waze ?

S’il y’a bien un logiciel propriétaire difficile à lâcher, c’est Google Maps. Ou Waze, qui appartient également à Google. Pourquoi est-ce si compliqué de produire un logiciel de navigation libre ? Ayant passé quelques années dans cette industrie, je vais vous expliquer les différents composants d’un logiciel de navigation.

Les briques de base d’un logiciel de navigation sont la position, les données, le mapmatching, le routing, la recherche et les données temps réel. Pour chaque composant, je propose une explication et une analyse des solutions libres.

La position

Le premier composant est un système de positionnement qui va fournir une coordonnée géographique avec, parfois, un degré de précision. Une longitude et une latitude, tout simplement.

Il existe plusieurs manières d’estimer une position. Le plus connu est le GPS qui capte des ondes émises par les satellites du même nom. Contrairement à une idée tenace, votre téléphone n’émet rien lorsqu’il utilise le GPS, il se contente d’écouter les signaux GPS tout comme une radio FM écoute les ondes déjà présentes. Votre téléphone n’a de toute façon pas la puissance d’émettre jusqu’à un satellite. Les satellites GPS sont, au plus près, à 20.000 km de vous. Vous croyez que votre téléphone puisse envoyer un signal à 20.000 km ?

Pour simplifier à outrance, le principe d’un satellite GPS est d’émettre en permanence un signal avec l’heure qu’il est à son bord. Votre téléphone, en captant ce signal, compare cette heure avec sa propre horloge interne. Le décalage entre les deux permet de mesurer la distance entre le téléphone et le satellite, sachant que l’onde se déplace à la vitesse de la lumière, une onde radio n’étant que de la lumière dans un spectre invisible à l’œil humain. En refaisant cette opération pour trois satellites dont la position est connue, le téléphone peut, par triangulation, connaître sa position exacte.

Fait intéressant: ce calcul n’est possible qu’en connaissant la position des satellites GPS. Ces positions étant changeantes et difficilement prévisibles à long terme, elles sont envoyées par les satellites eux-mêmes, en plus de l’heure. On parle des « éphémérides ». Cependant, attendre l’envoi des éphémérides complètes peut prendre plusieurs minutes, le signal GPS ne pouvant envoyer que très peu de données.

C’est la raison pour laquelle un GPS éteint depuis longtemps mettra un long moment avant d’afficher sa position. Un GPS éteint depuis quelques heures seulement pourra réutiliser les éphémérides précédentes. Et pour votre smartphone, c’est encore plus facile : il profite de sa connexion 4G ou Wifi pour télécharger les éphémérides sur Internet et vous offrir un positionnement (un « fix ») quasi instantané.

Le système GPS appartient à l’armée américaine. Le concurrent russe s’appelle GLONASS et la version civile européenne Galileo. La plupart des appareils récents supportent les trois réseaux, mais ce n’est pas universel.

Même sans satellite, votre smartphone vous positionnera assez facilement en utilisant les bornes wifi et les appareils Bluetooth à proximité. De quelle manière ? C’est très simple : les appareils Google et Apple envoient, en permanence, à leur propriétaires respectifs (les deux entreprises susnommées) votre position GPS ainsi que la liste des wifi, appareils Bluetooth et NFC dans le voisinage. Le simple fait d’avoir cet engin nous transforme un espion au service de ces entreprises. En fait, de nombreux engins espionnent en permanence notre position pour revendre ces données.

Si on coupe le GPS d’un appareil Android Google, celui-ci se contentera d’envoyer une requête à Google sous la forme : « Dis, je ne connais pas ma position, mais je capte le wifi grandmaman64 et superpotes89 ainsi qu’une télé Samsung compatible Bluetooth, t’aurais pas une idée d’où je suis ? ». Réponse : « Ben justement, j’ai trois utilisateurs qui sont passés hier près de ces wifis et de cette télé, ils étaient dans la rue Machinchose. Donc tu es probablement dans la rue Machinchose. » Apple fait exactement pareil.

Quelle que soit la solution utilisée, GPS ou autre, la position d’un smartphone est fournie par le système d’exploitation et ne pose donc aucun problème au développeur d’application. C’est complètement transparent, mais l’obtention d’une position sera parfois légèrement plus longue sans les services Google ou Apple propriétaires décrits ci-dessus.

Les datas (données cartographiques)

Ce n’est pas tout d’avoir une position, encore faut-il savoir à quoi elle correspond. C’est le rôle des données cartographiques, souvent appelées "data" dans l’industrie.

Obtenir des données cartographiques est un boulot inimaginable qui, historiquement, impliquait de faire rouler des voitures sur toutes les routes d’un pays, croisant les données avec la cartographie officielle puis mêlant cela aux données satellites. Dans les années 2000, deux fournisseurs se partageaient un duopole (Navteq, acquis par Nokia en 2007 et TeleAtlas, acquis par Tomtom en 2008). Google Maps utilisait d’ailleurs souvent des données issues de ces fournisseurs (ainsi que tous les GPS de l’époque). Dans certaines régions, le logo Navteq était même visible sur la cartographie Google Maps. Mais plutôt que de payer une fortune à ces entreprises, Google a décidé de lancer sa propre base de données, envoyant ses propres voitures sur les routes (et profitant de l’occasion pour lancer Google Street View).

La toute grande difficulté des data, c’est qu’elles changent tout le temps. Les sentiers et les chemins se modifient. Des routes sont ouvertes. D’autres, fermées. Des constructions se font, des quartiers entiers apparaissent alors qu’une voie se retrouve à sens unique. Parcourir la campagne à vélo m’a appris que chaque jour peut être complètement différent. Des itinéraires deviennent soudainement impraticables pour cause de ronces, de fortes pluies ou de chutes d’arbres. D’autres apparaissent comme par magie. C’est un peu moins rapide pour les automobilistes, mais tentez de traverser l’Europe avec une carte d’une dizaine d’années et vous comprendrez votre douleur.

En parallèle de ces fournisseurs commerciaux est apparu le projet OpenStreetMap que personne ne voulait prendre au sérieux dans l’industrie. On m’a plusieurs fois ri au nez lorsque j’ai suggéré que cette solution était l’avenir. Tout comme Universalis ne prenait pas Wikipédia au sérieux.

Ma région sur OpenStreetMap
Ma région sur OpenStreetMap

Le résultat, nous le connaissons : OpenStreetMap est aujourd’hui la meilleure base de données cartographiques pour la plupart des cas d’usage courant. À tel point que les géants comme Waze n’hésitent pas à les repomper illégalement. Sebsauvage signale le cas d’un contributeur OSM qui a sciemment inventé un parc de toutes pièces. Ce parc s’est retrouvé sur Waze…

Mais les applications utilisant OpenStreetMap doivent faire face à un gros défi : soit demander à l’utilisateur de charger les cartes à l’avance et de les mettre à jour régulièrement, soit de les télécharger au fur et à mesure, ce qui rend l’utilisation peu pratique (comment calculer un itinéraire ou trouver une adresse dans une zone dont on n’a pas la carte ?). Le projet OpenStreetMaps est en effet financé essentiellement par les dons et ne peut offrir une infrastructure de serveurs répondant immédiatement à chaque requête, chose que Google peut confortablement se permettre.

Le mapmatching

Une fois qu’on a la carte et la position, il suffit d’afficher la position sur la carte, non ? Et bien ce n’est pas aussi simple. Tout d’abord parce que la planète est loin de correspondre à une surface plane. Il faut donc considérer la courbure de la terre et le relief. Mais, surtout, le GPS tout comme les données cartographiques peuvent avoir plusieurs mètres d’imprécision.

Le mapmatching consiste à tenter de faire coïncider les deux informations : si un GPS se déplace à 120km/h sur une ligne parallèle située à quelques mètres de l’autoroute, il est probablement sur l’autoroute ! Il faut donc corriger la position en fonction des données.

En ville, des hauts bâtiments peuvent parfois refléter le signal GPS et donc allonger le temps de parcours de celui-ci. Le téléphone croira alors être plus loin du satellite que ce n’est réellement le cas. Dans ce genre de situation, le mapmatching vous mettra dans une rue parallèle. Cela vous est peut-être déjà arrivé et c’est assez perturbant.

Une autre application du mapmatching, c’est de tenter de prédire la position future, par exemple dans un tunnel. La position GPS, de par son fonctionnement, introduit en effet une latence de quelques secondes. Dans une longue ligne droite, ce n’est pas dramatique. Mais quand il s’agit de savoir à quel embranchement d’un rond-point tourner, chaque seconde est importante.

Le logiciel peut alors tenter de prédire, en fonction de votre vitesse, votre position réelle. Parfois, ça foire. Comme lorsqu’il vous dit que vous avez déjà dépassé l’embranchement que vous devez prendre alors que ce n’est pas le cas. Ou qu’il vous dit de tourner dans trente mètres alors que vous êtes déjà passé.

La recherche

On a la position sur la carte qui est, le plus souvent, notre point de départ. Il manque un truc important: le point d’arrivée. Et pour trouver le point d’arrivée, il faut que l’utilisateur l’indique.

Les recherches géographiques sont très compliquées, car la manière dont nous écrivons les adresses n’a pas beaucoup de sens : on donne le nom de la rue avant de donner la ville avant de donner le pays ! Dans les voitures, la solution a été de forcer les utilisateurs à entrer leurs adresses à l’envers: pays, ville, rue, numéro. C’est plus logique, mais nous sommes tellement habitués à l’inverse que c’est contre-intuitif.

Le problème de la recherche dans une base de données est un problème très complexe. Avec les applications OpenStreetMap, la base de données est sur votre téléphone et votre recherche est calculée par le minuscule processeur de ce dernier.

Ici, Google possède un avantage concurrentiel incommensurable. Ce n’est pas votre téléphone qui fait la recherche, mais bien les gigantesques serveurs de Google. Tapez "rue Machinchose" et la requête est immédiatement envoyée à Google (qui en profite pour prendre note dans un coin, histoire de pouvoir utiliser ces informations pour mieux vous cibler avec des publicités). Les ordinateurs de Google étant tellement rapide, ils peuvent même tenter d’être intelligent: il y’a 12 rue Machinchose dans tout le pays, mais une MachinChause, avec une orthographe différente, dans un rayon de 10km, on va donc lui proposer celle-là. Surtout que, tient, nous avons en mémoire qu’il s’est rendu 7 fois dans cette rue au cours des trois dernières années, même sans utiliser le GPS.

Force est de constater que les applications libres qui font la recherche sur votre téléphone ne peuvent rivaliser en termes de rapidité et d’aisance. Pour les utiliser, il faut s’adapter, accepter de refaire la recherche avec des orthographes différentes et d’attendre les résultats.

Le routing

On a le départ, on a l’arrivée. Maintenant il s’agit de calculer la route, une opération appelée « routing ». Pour faire du routing, chaque tronçon de route va se voir attribuer différentes valeurs : longueur, temps estimé pour le parcourir, mais aussi potentiellement le prix (routes payantes), la beauté (si on veut proposer un trajet plus agréable), le type de revêtement, etc.

L’algorithme de routing va donc aligner tous les tronçons de route entre le départ et l’arrivée, traçant des centaines ou des milliers d’itinéraires possibles, calculant pour chaque itinéraire la valeur totale en additionnant les valeurs de chaque tronçon.

Il va ensuite sélectionner l’itinéraire avec la meilleure valeur totale. Si on veut le plus rapide, c’est le temps total estimé le plus court. Si on veut la distance, c’est la distance la plus courte, etc.

À mon époque, l’algorithme utilisé était le plus souvent de type « Bidirectionnal weighted A-star ». Cela signifie qu’on commence à la fois du départ et de l’arrivée, en explorant jusqu’au moment où les chemins se rencontrent et en abandonnant les chemins qui sont déjà de toute façon disqualifiés, car un plus court existe (oui, on peut aller de Bruxelles à Paris en passant par Amsterdam, mais ce n’est pas le plus efficace).

Une fois encore, le problème est particulièrement complexe et votre téléphone va prendre un temps énorme à calculer l’itinéraire. Alors que les serveurs de Google vont le faire pour vous. Google Maps ne fait donc aucun calcul sur votre téléphone : l’application se contente de demander aux serveurs Google de les faire à votre place. Ceux-ci centralisent les milliers d’itinéraires demandés par les utilisateurs et les réutilisent parfois sans tout recalculer. Quand on est un monopole, il n’y a pas de petits profits.

Les données temps réels

Mais si on veut le trajet le plus rapide en voiture, une évidence saute aux yeux: il faut éviter les embouteillages. Et les données concernant les embouteillages sont très difficiles à obtenir en temps réel.

Sauf si vous êtes un monopole qui se permet d’espionner une immense majorité de la population en temps réel. Il vous suffit alors, pour chaque tronçon de route, de prendre la vitesse moyenne des téléphones qui sont actuellement sur ce tronçon.

L’artiste Simon Weckert avait d’ailleurs illustré ce principe en promenant 99 smartphones connectés sur Google maps dans un chariot. Le résultat ? Une rue déserte est devenue un embouteillage sur Google Maps.

Simon Weckert créant un embouteillage sur Google Maps en tirant 99 smartphones dans un petit chariot
Simon Weckert créant un embouteillage sur Google Maps en tirant 99 smartphones dans un petit chariot

Là, force est de constater qu’il est difficile, voire impossible, de fournir ces données sans espionner massivement toute la population. À ce petit jeu, les alternatives libres ne pourront donc jamais égaler un monopole de surveillance comme celui de Google.

Mais tout n’est pas noir, car, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les infos trafic ne nous permettent pas d’aller plus vite. Elles donnent une illusion d’optimalité qui empire le trafic sur les itinéraires alternatifs et, au final, le temps perdu reste identique. Le seul avantage est que la prévision du temps de trajet est grandement améliorée.

Ce résultat résulte de ce que j’appelle le paradoxe de l’embouteillage. C’est un fait bien connu des scientifiques et ignoré à dessein des politiciens que le trafic automobile est contre-intuitif. Au plus la route est large et permet à de nombreux véhicules de passer, au plus les embouteillages seront importants et la circulation chaotique. Si votre politicien propose de rajouter une bande sur le périphérique pour fluidifier la circulation, changez de politicien !

L’explication de ce phénomène tient au fait que lorsqu’il y’a un embouteillage sur le périphérique, ce n’est pas le périphérique qui bouche. C’est qu’il y’a plus de voitures qui rentrent sur le périphérique que de voitures qui en sortent. Or, les sorties restent et resteront toujours limitées par la taille des rues dans les villes.

En bref, un embouteillage est causé par le goulot d’étranglement, les parties les plus étroites qui sont, le plus souvent, les rues et ruelles des différentes destinations finales. Élargir le périphérique revient à élargir le large bout d’un entonnoir en espérant qu’il se vide plus vite. Et, de fait, cela rend les choses encore pires, car cela augmente le volume total de l’entonnoir, ce qui fait qu’il contient plus d’eau et mettra donc plus longtemps à se vider.

99 smartphones dans un bac à roulette: c’est tout ce que nous sommes pour Google
99 smartphones dans un bac à roulette: c’est tout ce que nous sommes pour Google

Les infotrafics et les itinéraires alternatifs proposés par Google Maps ne font pas autre chose que de rajouter une bande de trafic virtuelle (sous forme d’un itinéraire alternatif) et donc élargissent le haut de l’entonnoir. Les infos trafic restent utiles dans les cas particuliers où votre destination est complètement différente du reste de la circulation. Où si la congestion apparait brusquement, comme un accident : dans ce cas, vous pourriez avoir le bénéfice rare, mais enviable d’emprunter l’itinéraire de secours juste avant sa congestion.

La plupart du temps, les infotrafics sont globalement contre-productifs par le simple fait que tout le monde les utilise. Elles seraient parfaites si vous étiez la seule personne à en bénéficier. Mais comme tout le monde les utilise, vous êtes également obligé de les utiliser. Tout le monde y perd.

Leur impact premier est surtout psychologique: en jouant avec les itinéraires alternatifs, vous pouvez vous convaincre que vous n’avez pas d’autre choix que prendre votre mal en patience. Alors que, sans eux, vous serez persuadés qu’il y’a forcément une autre solution.

Les logiciels

Alors, se passer de Google Maps ? Comme nous l’avons vu, ce n’est pas évident. Le service Google Maps/Waze se base sur l’espionnage permanent et instantané de milliards d’utilisateurs, offrant une précision et une rapidité insurpassable. Quand on y pense, le coût de ce confort est particulièrement élevé. Et pourtant, Google Maps n’est pas la panacée.

J’ai personnellement un faible pour Organic Maps, que je trouve bien meilleur que Google Maps pour tout à l’exception du trafic routier : les itinéraires à pieds, en vélo et même en voiture hors des grands axes sont bien plus intéressants. Certes, il nécessite de télécharger les cartes. Inconvénient, selon moi, mineur, car permettant une utilisation même sans connexion. La recherche est, par contre, souvent frustrante et lente.

Mais le mieux est peut-être d’explorer les alternatives libres à Google Maps dans cet excellent article de Louis Derrac.

Et puis, pourquoi ne pas lutter contre la privatisation du bien commun qu’est la cartographie en apprenant à contribuer à OpenStreetMap ?

Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.

Recevez directement par mail mes écrits en français et en anglais. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser mon flux RSS francophone ou le flux RSS complet.

Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens justement de publier un recueil de nouvelles qui devrait vous faire rire et réfléchir. Je fais également partie du coffret libre et éthique « SF en VF ».

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La fabrique à souvenirs https://ploum.net/2023-10-30-fabrique-a-souvenirs.html http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?La-fabrique-à-souvenirs Mon, 30 Oct 2023 01:00:00 +0100 La fabrique à souvenirs

Extrait de mon journal du 21 octobre 2023.

Photo prise au bord de la Meuse, début août 2023, d’une affiche pour le « Festival du folklore » à Namur et Jambes. Sur l’affiche, des personnes, toutes habillées de différents costumes traditionnels, se regroupent pour prendre un selfie.
Photo prise au bord de la Meuse, début août 2023, d’une affiche pour le « Festival du folklore » à Namur et Jambes. Sur l’affiche, des personnes, toutes habillées de différents costumes traditionnels, se regroupent pour prendre un selfie.

Les photos étaient une manière de garder la trace d’un événement. C’en est désormais devenu l’objectif premier. Plutôt que de nous souvenir de ce que nous avons vécu, nous créons de toutes pièces des faux souvenirs, de fausses memorabilia afin de tromper notre futur moi.

Nous souffrons une journée entière à faire la file dans un Disneyland bondé afin de pouvoir, dans cinq ou dix ans, prétendre que nos sourires étaient sincères, que notre amusement était réel.

D’ailleurs, cela nous sera confirmé par tous ceux qui ont reçu nos photos dans les heures, parfois les secondes après la prise de vue. Nos followers sont les faux témoins que nous achetons, que nous corrompons afin de nous inventer des souvenirs.

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La fabrique à souvenirs

Extrait de mon journal du 21 octobre 2023.

Photo prise au bord de la Meuse, début août 2023, d’une affiche pour le « Festival du folklore » à Namur et Jambes. Sur l’affiche, des personnes, toutes habillées de différents costumes traditionnels, se regroupent pour prendre un selfie.
Photo prise au bord de la Meuse, début août 2023, d’une affiche pour le « Festival du folklore » à Namur et Jambes. Sur l’affiche, des personnes, toutes habillées de différents costumes traditionnels, se regroupent pour prendre un selfie.

Les photos étaient une manière de garder la trace d’un événement. C’en est désormais devenu l’objectif premier. Plutôt que de nous souvenir de ce que nous avons vécu, nous créons de toutes pièces des faux souvenirs, de fausses memorabilia afin de tromper notre futur moi.

Nous souffrons une journée entière à faire la file dans un Disneyland bondé afin de pouvoir, dans cinq ou dix ans, prétendre que nos sourires étaient sincères, que notre amusement était réel.

D’ailleurs, cela nous sera confirmé par tous ceux qui ont reçu nos photos dans les heures, parfois les secondes après la prise de vue. Nos followers sont les faux témoins que nous achetons, que nous corrompons afin de nous inventer des souvenirs.

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Pourquoi j’ai supprimé mon compte Twitter (et pourquoi vous pouvez probablement en faire autant sans hésiter) https://ploum.net/2023-10-29-le-droit-de-supprimer-twitter.html http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Pourquoi-j-ai-supprimé-mon-compte-Twitter-(et-pourquoi-vous-pouvez Sun, 29 Oct 2023 02:00:00 +0200 Pourquoi j’ai supprimé mon compte Twitter (et pourquoi vous pouvez probablement en faire autant sans hésiter)

Je suis complètement addict aux réseaux sociaux. Je suis complètement obnubilé par mon image sur ceux-ci. Pendant des années, dès qu’une nouvelle plateforme apparaissait, j’y créais un compte "@ploum" histoire de « garder le contrôle » sur mon pseudonyme. Je tenais les comptes de mes followers sur chacune. Je me présentais comme « @ploum » dans le premier slide de mes conférences.

Il y a déjà un an, Elon Musk prenait les rênes de Twitter, le renommait en « X-anciennement-Twitter » et le transformait, d’après les témoignages que j’en ai, en une soupe nauséabonde. Je dis « d’après les témoignages » parce qu’à l’époque, cela faisait justement un an que j’avais supprimé mon compte.

Si j’ai supprimé mon compte, avant même l’arrivée d’Elon Musk, il y’a des chances que vous puissiez supprimer le vôtre également. Et peut-être pas seulement sur Twitter.

Je parle bien de le supprimer, pas de ne « plus l’utiliser » ou « le mettre en sommeil ». Je suis passé par là également et cela n’a rien à voir. C’est comme les personnes, dont la télé trône au milieu du salon, mais qui disent ne pas la regarder. Ou rarement. Enfin… pas trop souvent. Enfin, juste quand on s’ennuie. Ou quand il y’a un truc intéressant… Et puis aussi pour avoir une présence.

En supprimant mon compte, j’ai retiré un utilisateur de la plateforme et fait baisser sa valeur. J’ai supprimé toute possibilité de me contacter sur ces plateformes, possibilité qui faisait que, même si je n’utilisais plus un service, je m’y connectais une fois par mois pour répondre aux messages qui arrivaient forcément là-bas, car, si compte il y a, il y’aura toujours quelqu’un pour l’utiliser.

En supprimant mon compte, je suis devenu injoignable sur cette plateforme. Ce qui rend la plateforme un tout petit peu moins attractive pour mon entourage et ceux qui me suivent. Ce qui fait que la plateforme ne pourra pas montrer mon nom dans la liste de contacts lorsqu’une personne qui a mon numéro de téléphone s’inscrira pour la première fois. J’ai également supprimé un follower de tous ces créateurs que j’aime, mais qui sont, comme moi, un peu trop addicts aux likes.

Bref, en supprimant mon compte Twitter, j’ai rendu le monde un poil meilleur.

Oui, mais si on veut te contacter via cette plateforme

Si on veut me contacter, supprimer mon compte est la meilleure des choses. Parce que personne ne tentera de me contacter sur une plateforme où je ne suis pas. Personne ne pensera que j’ai reçu le message.

Comme je l’expliquais, les réseaux sociaux publicitaires ne nous mettent pas en relation, ils nous vendent l’illusion d’être en relation. En faisant parfois exactement le contraire.

Pour le cas d’un groupe particulier utilisant une plateforme, c’est souvent difficile d’être le premier à quitter. J’ai souvent eu l’impression de m’exclure des groupes qui n’étaient pas techniques (les différents sports que je pratique dans mon cas). J’ai signalé à plusieurs personnes que je ne recevais pas les infos. J’ai rappelé que je n’étais pas sur la plateforme utilisée, Facebook, Twitter ou Whatsapp. J’ai demandé à certains de me faire suivre les messages.

Cela a été difficile jusqu’au moment où une deuxième personne s’est révélée ne pas être non plus sur la plateforme. Soit qu’elle l’ait quittée, soit qu’elle ne l’ait jamais été. À partir de ce moment-là, les membres du groupe prennent conscience que la plateforme n’est plus représentative du groupe. Et l’intérêt pour la plateforme diminue pour disparaitre totalement avec la troisième personne qui n’y est pas non plus.

Être le premier est difficile et pas toujours possible dans un groupe. Mais si vous ne savez pas être le premier, soutenez toute autre tentative et soyez le second.

Oui, mais on peut usurper ton identité.

Sur Twitter, je disposais d’un compte vérifié (et ce depuis plusieurs années, à une époque où c’était encore rare et une source de frime), un compte créé en 2007 avec presque 7000 followers. J’y étais attaché. J’en étais fier même si avoir un nombre de followers à 4 chiffres est un peu la gêne chez les influenceurs de la nouvelle génération.

Avant de supprimer mon compte, je l’ai annoncé. À tous les messages qui arrivaient pendant une semaine ou quelques jours, j’ai répondu que ce compte allait être supprimé. Je l’ai également annoncé sur mon site et sur Mastodon.

Il est important de rappeler qu’à la suppression d’un compte Twitter, le pseudo est bloqué pendant un an. Pendant un an, personne ne peut l’utiliser.

Un an plus tard, quelqu’un pourrait en effet utiliser votre identifiant. C’est arrivé avec @ploum, un an jour pour jour après la suppression du compte. Le nouveau compte @ploum n’a rien à voir avec moi et ne peut en aucun cas être confondu avec moi.

Oui, ma petite notoriété m’a déjà fait subir des attaques voire du harcèlement. Oui, j’ai déjà vu des faux ploum se faire passer pour moi, ce qui a motivé d’ailleurs à l’époque ma vérification par Twitter. Pourtant, la probabilité que l’identifiant soit réutilisé par une personne qui me connait et est motivée pour me nuire était tout de même très faible. Parce que, honnêtement, tout le monde s’en fout de mon compte Twitter. Surtout quand il faut attendre un an après sa disparition.

Mais admettons que ce soit le cas. Un compte Twitter serait apparu qui aurait repris mon pseudo et un avatar crédible avant de commencer à raconter des atrocités en se faisant passer pour moi.

Et alors ?

Ce genre de compte a toujours été possible en jouant sur de subtiles variations orthographiques. On pourrait imaginer @pl0um, @ploom, @p1oum, … Cela fait un an que mon compte avait disparu, il n’est plus référencé sur mon site ni dans aucune bio, il a 0 follower. Quelle est la crédibilité d’un faux compte ?

Ne pas supprimer son compte Twitter par peur d’usurpation d’identité, c’est reconnaître à Twitter un pouvoir énorme, un pouvoir étatique : celui d’assigner l’identité des individus. Reconnaissez-vous Elon Musk comme garant de votre identité ? Si non, il est urgent de supprimer votre compte. Et si oui, rappelez-vous que Musk peut s’arroger de prendre votre identifiant à sa guise. Il l’a déjà fait.

Ce genre d’argument, que j’entends très souvent, me fait également souvent sourire parce que, en toute honnêteté, qui est suffisamment important pour qu’on veuille usurper son identité sur Twitter ? Et quels problèmes de cette situation très hypothétique ne pourraient pas être réglés par un simple « Ce compte Twitter se fait passer pour moi, mais ce n’est pas moi » sur vos autres plateformes et sur votre site ? Franchement, au rythme où ça va, vous pensez vraiment qu’il y’aura quoi que ce soit de crédible sur Twitter dans un an ? Si votre identité numérique est importante, investissez dans un nom de domaine avant toute chose !

L’inventeur, auteur et technologiste Jaron Lanier, par exemple, n’a jamais eu de compte sur aucun réseau social. Il a d’ailleurs écrit un livre très court pour vous convaincre d’effacer vos comptes. Pourtant, il y’a plusieurs comptes à son nom, certains portant même la mention « officiel ». Il se contente de dire sur son site que ces comptes ne sont pas de lui. Point à la ligne, problème réglé.

OK, toi tu l’as fait, mais moi je vais perdre ma communauté et mon audience

Comme le raconte Cory Doctorow, votre audience Twitter a déjà disparu. Ce n’est qu’un chiffre. Le média NPR a supprimé son compte Twitter et ses visites ont baissé de moins de 1%. Cory Doctorow a 10 fois plus de followers sur Twitter que sur Mastodon. Mais quand on parle des partages et des réponses, le ratio s’inverse. Mastodon est clairement beaucoup plus actif.

La même expérience vient d’être menée involontairement par l’application Signal. Le compte Twitter officiel de Signal, 600k followers, a en effet réagi à l’annonce d’une faille de sécurité.

Ce message a fait la première page du populaire site Hacker News et a donc été vu beaucoup de fois, y compris par des gens ne suivant pas le compte Signal sur Twitter.

5h plus tard, alors que le message Twitter faisait déjà le buzz, Signal a reposté le contenu sur son compte Mastodon, qui n’a « que » 40k followers (15 fois moins).

Pourtant, à l’heure où j’écris ces lignes, le nombre de partages est incroyablement identique (641 contre 615). Le nombre de réponses est également très similaire (30 contre 23). Et si on retire les "lol", les memes et autres réponses de moins de cinq mots, on peut même arriver à la conclusion que le fameux « engagement » sur Twitter est à peu près nul. (UPDATE: une semaine plus tard, le nombre de partages est passé à 1100 sur Mastodon pour 900 sur Twitter)

L’écrivain Henri Lœvenbruck a également supprimé complètement son compte Twitter et sa page Facebook en 2022. Il est pourtant connu et vit de sa notoriété. Son roman « Les disparus de Blackmore », publié quelques mois après cette suppression, s’est mieux vendu que le précédent. Nul ne saura jamais s’il aurait pu en vendre encore plus en étant sur Facebook ou Twitter. Mais la preuve est faite que cette présence n’est absolument pas indispensable.

Je le dis et le redis : le nombre de followers est faux. C’est une information qui est conçue dans l’optique de vous tromper.

Oui, vous avez le droit de supprimer vos comptes

Le sentiment de m’être fait avoir en créant des comptes sur Twitter, Facebook et autres Medium est fort. Mais ma seule erreur a été de croire les promesses de cette industrie. Ce n’est pas moi qui me suis trompé, ce sont les plateformes qui nous ont menti. Certains le prédisaient déjà à l’époque et me traitaient de naïf. Je ne les ai pas écoutés, je m’en excuse auprès d’eux. J’ai parfois argué « qu’il fallait aller où les gens étaient », devenant moi-même un allié de ces plateformes. Je vous ai encouragé, vous qui me lisez depuis des années, à m’y rejoindre, contribuant à leur emprise. Je m’en excuse profondément auprès de vous.

Ne pas déceler un mensonge est une erreur. À ma décharge, c’est une erreur qui peut arriver à tout le monde.

Mais aujourd’hui, le mensonge est éclatant. Il est indéniable. Recommanderais-je à mes amis de s’inscrire sur ces plateformes ? Serais-je d’accord que mes enfants s’y inscrivent ? Si la réponse est non à l’une de ces questions, garder un compte sur ces plateformes n’est plus excusable.

Nous sommes le composant essentiel des plateformes centralisées. Si nous n’aimons pas ce qu’elles sont ou ce qu’elles deviennent, si leurs valeurs sont en contradiction avec les nôtres, notre devoir est de les quitter, de les assécher, pas de lutter pour les améliorer.

Ne pas réagir et continuer à se laisser faire lorsque le mensonge est flagrant n’est pas une erreur, c’est à la limite de la complicité. C’est encore plus le cas pour les organisations et les militants qui prétendent soutenir des valeurs opposées à celles de la plateforme. On ne peut pas lutter contre le capitalo-consumérisme sur Facebook ni contre l’extrême droite sur Twitter. Le prétendre n’est qu’hypocrisie intellectuelle.

Et j’en ai été le premier coupable.

Aujourd’hui, je tente de réparer mes erreurs du passé en vous demandant, à vous mes amis qui lisez ceci, de supprimer vos comptes sur ces réseaux sociaux publicitaires. Je peux vous rassurer : non, vous n’allez que peu ou prou manquer des choses importantes. Oui, ça sera dur au début, mais ça ira de mieux en mieux. Et peut-être que vous allez y gagner beaucoup plus que ce que vous imaginez.

Oui mes amis, vous avez le droit, vous avez le devoir de supprimer vos comptes !

PS : Je dédie ce post à Henri Lœvenbruck, cité plus haut dans cet article. Cela fait un an jour pour jour que t’es arrivé sur Mastodon. J’en suis heureux pour toutes les expériences vécues ensemble cette année et dans les prochaines. Joyeux mastanniversaire mon ami !

Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.

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Pourquoi j’ai supprimé mon compte Twitter (et pourquoi vous pouvez probablement en faire autant sans hésiter)

Je suis complètement addict aux réseaux sociaux. Je suis complètement obnubilé par mon image sur ceux-ci. Pendant des années, dès qu’une nouvelle plateforme apparaissait, j’y créais un compte "@ploum" histoire de « garder le contrôle » sur mon pseudonyme. Je tenais les comptes de mes followers sur chacune. Je me présentais comme « @ploum » dans le premier slide de mes conférences.

Il y a déjà un an, Elon Musk prenait les rênes de Twitter, le renommait en « X-anciennement-Twitter » et le transformait, d’après les témoignages que j’en ai, en une soupe nauséabonde. Je dis « d’après les témoignages » parce qu’à l’époque, cela faisait justement un an que j’avais supprimé mon compte.

Si j’ai supprimé mon compte, avant même l’arrivée d’Elon Musk, il y’a des chances que vous puissiez supprimer le vôtre également. Et peut-être pas seulement sur Twitter.

Je parle bien de le supprimer, pas de ne « plus l’utiliser » ou « le mettre en sommeil ». Je suis passé par là également et cela n’a rien à voir. C’est comme les personnes, dont la télé trône au milieu du salon, mais qui disent ne pas la regarder. Ou rarement. Enfin… pas trop souvent. Enfin, juste quand on s’ennuie. Ou quand il y’a un truc intéressant… Et puis aussi pour avoir une présence.

En supprimant mon compte, j’ai retiré un utilisateur de la plateforme et fait baisser sa valeur. J’ai supprimé toute possibilité de me contacter sur ces plateformes, possibilité qui faisait que, même si je n’utilisais plus un service, je m’y connectais une fois par mois pour répondre aux messages qui arrivaient forcément là-bas, car, si compte il y a, il y’aura toujours quelqu’un pour l’utiliser.

En supprimant mon compte, je suis devenu injoignable sur cette plateforme. Ce qui rend la plateforme un tout petit peu moins attractive pour mon entourage et ceux qui me suivent. Ce qui fait que la plateforme ne pourra pas montrer mon nom dans la liste de contacts lorsqu’une personne qui a mon numéro de téléphone s’inscrira pour la première fois. J’ai également supprimé un follower de tous ces créateurs que j’aime, mais qui sont, comme moi, un peu trop addicts aux likes.

Bref, en supprimant mon compte Twitter, j’ai rendu le monde un poil meilleur.

Oui, mais si on veut te contacter via cette plateforme

Si on veut me contacter, supprimer mon compte est la meilleure des choses. Parce que personne ne tentera de me contacter sur une plateforme où je ne suis pas. Personne ne pensera que j’ai reçu le message.

Comme je l’expliquais, les réseaux sociaux publicitaires ne nous mettent pas en relation, ils nous vendent l’illusion d’être en relation. En faisant parfois exactement le contraire.

Pour le cas d’un groupe particulier utilisant une plateforme, c’est souvent difficile d’être le premier à quitter. J’ai souvent eu l’impression de m’exclure des groupes qui n’étaient pas techniques (les différents sports que je pratique dans mon cas). J’ai signalé à plusieurs personnes que je ne recevais pas les infos. J’ai rappelé que je n’étais pas sur la plateforme utilisée, Facebook, Twitter ou Whatsapp. J’ai demandé à certains de me faire suivre les messages.

Cela a été difficile jusqu’au moment où une deuxième personne s’est révélée ne pas être non plus sur la plateforme. Soit qu’elle l’ait quittée, soit qu’elle ne l’ait jamais été. À partir de ce moment-là, les membres du groupe prennent conscience que la plateforme n’est plus représentative du groupe. Et l’intérêt pour la plateforme diminue pour disparaitre totalement avec la troisième personne qui n’y est pas non plus.

Être le premier est difficile et pas toujours possible dans un groupe. Mais si vous ne savez pas être le premier, soutenez toute autre tentative et soyez le second.

Oui, mais on peut usurper ton identité.

Sur Twitter, je disposais d’un compte vérifié (et ce depuis plusieurs années, à une époque où c’était encore rare et une source de frime), un compte créé en 2007 avec presque 7000 followers. J’y étais attaché. J’en étais fier même si avoir un nombre de followers à 4 chiffres est un peu la gêne chez les influenceurs de la nouvelle génération.

Avant de supprimer mon compte, je l’ai annoncé. À tous les messages qui arrivaient pendant une semaine ou quelques jours, j’ai répondu que ce compte allait être supprimé. Je l’ai également annoncé sur mon site et sur Mastodon.

Il est important de rappeler qu’à la suppression d’un compte Twitter, le pseudo est bloqué pendant un an. Pendant un an, personne ne peut l’utiliser.

Un an plus tard, quelqu’un pourrait en effet utiliser votre identifiant. C’est arrivé avec @ploum, un an jour pour jour après la suppression du compte. Le nouveau compte @ploum n’a rien à voir avec moi et ne peut en aucun cas être confondu avec moi.

Oui, ma petite notoriété m’a déjà fait subir des attaques voire du harcèlement. Oui, j’ai déjà vu des faux ploum se faire passer pour moi, ce qui a motivé d’ailleurs à l’époque ma vérification par Twitter. Pourtant, la probabilité que l’identifiant soit réutilisé par une personne qui me connait et est motivée pour me nuire était tout de même très faible. Parce que, honnêtement, tout le monde s’en fout de mon compte Twitter. Surtout quand il faut attendre un an après sa disparition.

Mais admettons que ce soit le cas. Un compte Twitter serait apparu qui aurait repris mon pseudo et un avatar crédible avant de commencer à raconter des atrocités en se faisant passer pour moi.

Et alors ?

Ce genre de compte a toujours été possible en jouant sur de subtiles variations orthographiques. On pourrait imaginer @pl0um, @ploom, @p1oum, … Cela fait un an que mon compte avait disparu, il n’est plus référencé sur mon site ni dans aucune bio, il a 0 follower. Quelle est la crédibilité d’un faux compte ?

Ne pas supprimer son compte Twitter par peur d’usurpation d’identité, c’est reconnaître à Twitter un pouvoir énorme, un pouvoir étatique : celui d’assigner l’identité des individus. Reconnaissez-vous Elon Musk comme garant de votre identité ? Si non, il est urgent de supprimer votre compte. Et si oui, rappelez-vous que Musk peut s’arroger de prendre votre identifiant à sa guise. Il l’a déjà fait.

Ce genre d’argument, que j’entends très souvent, me fait également souvent s