ploum.net http://ploum.net/ Ce site n'est pas le site officiel. C'est un blog automatisé qui réplique les articles automatiquement Chapitre 4 : les messageries instantanées https://ploum.net/?p=7086 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Chapitre-4-les-messageries-instantanées Fri, 14 Jan 2022 09:37:40 +0100 10 Janvier

La fin de la journée arrive. J’ai répondu aux mails, j’ai consulté ce qu’il fallait. Au lieu de lire en ligne, j’ai été forcé de terminer certaines tâches. Je sais qu’il n’y aura rien de nouveau sur mon ordinateur. Pas besoin de le consulter avant d’aller dormir. Pas besoin de le consulter immédiatement au lever. Le matin, en buvant mon thé, je commence à prendre l’habitude de répondre aux derniers mails dans ma boîte avant ma prochaine synchronisation.

Aujourd’hui, j’ai raté une réunion téléphonique.

J’avais bien allumé mon téléphone ce matin, mais je l’avais laissé en silencieux.

Je suis bien forcé si je ne veux pas être dérangé par les appels presque quotidiens du fameux « Bureau des énergies », une sorte d’arnaque téléphonique incompréhensible qui ne respecte aucune règle, aucune loi, changeant à chaque fois de numéro et raccrochant dès que l’on demande le nom de la société incriminée ou de ne plus être appelé. Ce spam constant a rendu, à lui seul, mon téléphone invivable s’il n’est pas en silencieux.

Il y’a aussi les messageries instantanées. Il y’a surtout les messageries instantanées. J’utilise Signal, mais vous connaissez probablement Whatsapp, Telegram, Messenger, Viber… Sur le principe, toutes sont similaires (Signal ayant l’avantage d’être chiffré et de ne pas espionner ses utilisateurs, contrairement aux autres. Une différence fondamentale.).

L’instantanéité spontanée de ces outils a donné au mail un caractère formel qu’il n’avait peu ou prou initialement. Mais il est vrai que, pour envoyer un email, il faut structurer une idée, lui donner un début, une fin. Clarifier ce qui est attendu de la personne en face. À l’opposé, les messageries instantanées offrent de partager avec d’autres ce que les écrivains appellent un « flux de conscience », un rouleau sans fin que l’on déroule au fur et à mesure que l’on pense sans trop savoir où l’on va. Il n’y a plus de barrière au partage, plus d’anticipation. Le message est envoyé avant même que son expéditeur ait pu réfléchir à ce qu’il écrit. « Je passe justement dans ta rue, ça te dit de boire un verre ? » « Oups, oublie, j’avais oublié que j’avais un rendez-vous » « Ce sera pour une autre fois, ce serait chouette de se voir » « Au fait, j’espère que tu vas bien ».

Nous avons le rouleau sans fin, mais nous ne sommes pas Jack Kerouac. Beaucoup de conversations instantanées sont en fait de tristes soliloques guettant désespérément une validation externe, validation faite sous forme de réponses, car ne pas répondre est souvent perçu comme grossier. Ce comportement est encouragé par les plateformes, depuis l’incroyablement intrusif « indicateur de lecture du message » (que je vous conseille de désactiver) jusqu’aux fonctionnalités implémentées dans certains logiciels, comme Snap, qui affiche sous forme de récompense le nombre de jours consécutifs durant lesquels vous avez été en contact avec un correspondant. Lorsque la fille adolescente d’un ami est partie au camp scout, où les GSMs étaient interdits, elle a confié son téléphone à son père en le chargeant d’envoyer un message, une fois par jour, à une liste prédéfinie de contacts. Afin de ne pas briser la chaîne ! « Et surtout, Papa, n’oublie pas. Ce serait trop la loose auprès de mes copines ! »

D’autres m’avouent consulter le contenu de leurs messages depuis les notifications de leur téléphone afin que la messagerie ne marque pas le message comme « lu » auprès de l’expéditeur. Une manière de gagner un peu de temps avant d’être forcé de répondre.

À travers nos téléphones, nous sommes noyés dans des multiples flux de conscience partagés. Avec le risque de perdre notre propre conscience, notre propre individualité. L’actualité politique le montre suffisamment : nous nous agrégeons, nous perdons notre libre arbitre, notre conscience propre. Nous la déléguons dans des multiples groupes de discussion, créés généralement pour une cause très précise (un voyage, un événement …), mais dérapant systématiquement vers des discussions sans queue ni tête, des partages de rumeurs, d’images rigolotes, d’avis de perte de chiens et chats, de l’autopromotion pour une brocante, l’ouverture du magasin d’un arrière-cousin ou un livre.

Contrairement à l’email, qui a connu et connait encore ces travers, il n’est pas possible de filtrer les messages. Il n’est pas possible de les consulter et de les traiter à un moment donné. De considérer une conversation comme close. Dans toutes les cultures, la fin d’une conversation, orale ou écrite, est marquée par un protocole social de clôture alambiqué. « Salutations distinguées ! », « Je dois y aller vraiment y aller, a+  », « Ce fut un plaisir », etc. L’utilité de ces formules est fondamentale pour permettre à chaque participant de passer à autre chose, de changer de contexte. C’est également le dernier moment pour échanger de l’information critique. C’est une fois debout pour sortir de la réunion ou sur le pas de la porte, la veste déjà enfilée, que les cœurs s’ouvrent, les choses se révèlent, se disent. Malheureusement, ces clôtures sont généralement inexistantes dans les groupes de discussion. N’étant jamais terminées, les discussions instantanées sont omniprésentes, à toute heure du jour ou de la nuit. Les notifications vous sautent aux yeux alors que vous saisissez votre téléphone pour payer dans un magasin, pour consulter votre agenda ou pour téléphoner. Même en silencieux, la plupart des téléphones s’allument et illuminent la pièce lors de la réception d’un message. Une fois que le cerveau a vu qu’il y’avait un message, impossible d’y échapper, de ne pas être distrait au moins quelques secondes. La seule solution, hormis de ne pas avoir de messagerie, est de mettre son téléphone en mode avion pour s’offrir quelques heures de répit. De rendre le téléphone inopérant.

Autour de moi, j’observe des gens courbés sur leur téléphone dans la rue, dans les maisons, dans les familles. Leurs doigts tapotent des messages alors qu’ils marchent sur le trottoir, qu’ils mangent, qu’ils tiennent leurs enfants par la main. Parfois, ils tiennent le téléphone horizontal face à leur bouche pour enregistrer un message audio qui ne sera pas toujours écouté. Au lieu de regarder le coucher de soleil, ils le prennent en photo et l’envoient aussitôt pour le commenter avec d’autres. Ou partagent le selfie d’un moment en famille.

Comme si un moment non partagé en ligne n’existait plus. Comme si le souvenir biologique seul ne suffisait plus.

Nous perdons la conscience et la mémoire. Nous les avons délocalisées toutes les deux vers les serveurs de grandes sociétés informatiques qui n’ont pour but que de nous afficher le plus de publicités possible.

Si le choix était individuel, cela ne prêterait pas tellement à conséquence. Mais le choix est global, sociétal. La seule solution pour ne pas subir un bombardement permanent d’informations est de se couper complètement du monde, d’être totalement injoignable. La possibilité technique de contacter un tiers transforme la plupart des questions en urgences vitales (et je suis le premier coupable de ce genre de comportement) : « suis au magasin, est-ce que je dois reprendre du pain ? » ou « tu viens ou pas à la fête ce soir ? Dois savoir immédiatement pour commander le traiteur ».

Être joignable partout tout le temps étant la norme, changer, déplacer ou annuler un rendez-vous sont des comportements acceptables, banalisés. « T’es où ? » « J’arrive ! » « Finalement, on est devant le bowling, pas devant le ciné » « OK, je suis là dans 5 minutes ». En conséquence, il n’est plus possible de prévoir, de planifier, d’organiser sa journée. Tout peut être modifié, parfois même après le début prévu de l’événement. La décision de participer ou non à un événement est repoussée, en attente des autres sollicitations potentielles pour ce moment.

Nous sommes tout le temps en interaction, tout le temps entre deux décisions, entre deux messages. Les messageries nous forcent à être en permanence sur le qui-vive. La réalité non virtuelle n’est qu’une pause forcée entre deux notifications.

Ce n’est pas un hasard si, en occident, la popularité de la méditation a suivi la courbe de progression des téléphones. Méditer, c’est s’offrir 10, 20 ou 30 minutes de silence mental par jour. Quelques minutes sans sollicitations, c’est tellement peu…

C’est tellement peu et c’est inquiétant, car, dans l’histoire humaine, les intellectuels ont de tout temps baigné dans ce silence mental permanent. Les sollicitations étaient l’exception. Une fois chez eux, les intellectuels n’avaient d’autres ressources que de réfléchir et consulter leur bibliothèque. La plupart des découvertes, des œuvres et des progrès humains ont été réalisés, car leurs auteurs avaient à disposition du temps et de l’espace mental (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la plupart étaient rentiers de naissance ou, comme Voltaire, le sont devenus dans le but explicite de se consacrer à leur art). Le progrès humain s’est construit sur la douleur de l’ennui solitaire. Comme toute douleur, comme tout effort, nous tentons de l’effacer. De l’interdire.

Si nous perdons notre conscience, notre mémoire et que nous brisons les espaces de réflexion, d’où viendront les prochaines grandes idées, celles qui nous font cruellement défaut ?

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
10 Janvier

La fin de la journée arrive. J’ai répondu aux mails, j’ai consulté ce qu’il fallait. Au lieu de lire en ligne, j’ai été forcé de terminer certaines tâches. Je sais qu’il n’y aura rien de nouveau sur mon ordinateur. Pas besoin de le consulter avant d’aller dormir. Pas besoin de le consulter immédiatement au lever. Le matin, en buvant mon thé, je commence à prendre l’habitude de répondre aux derniers mails dans ma boîte avant ma prochaine synchronisation.

Aujourd’hui, j’ai raté une réunion téléphonique.

J’avais bien allumé mon téléphone ce matin, mais je l’avais laissé en silencieux.

Je suis bien forcé si je ne veux pas être dérangé par les appels presque quotidiens du fameux « Bureau des énergies », une sorte d’arnaque téléphonique incompréhensible qui ne respecte aucune règle, aucune loi, changeant à chaque fois de numéro et raccrochant dès que l’on demande le nom de la société incriminée ou de ne plus être appelé. Ce spam constant a rendu, à lui seul, mon téléphone invivable s’il n’est pas en silencieux.

Il y’a aussi les messageries instantanées. Il y’a surtout les messageries instantanées. J’utilise Signal, mais vous connaissez probablement Whatsapp, Telegram, Messenger, Viber… Sur le principe, toutes sont similaires (Signal ayant l’avantage d’être chiffré et de ne pas espionner ses utilisateurs, contrairement aux autres. Une différence fondamentale.).

L’instantanéité spontanée de ces outils a donné au mail un caractère formel qu’il n’avait peu ou prou initialement. Mais il est vrai que, pour envoyer un email, il faut structurer une idée, lui donner un début, une fin. Clarifier ce qui est attendu de la personne en face. À l’opposé, les messageries instantanées offrent de partager avec d’autres ce que les écrivains appellent un « flux de conscience », un rouleau sans fin que l’on déroule au fur et à mesure que l’on pense sans trop savoir où l’on va. Il n’y a plus de barrière au partage, plus d’anticipation. Le message est envoyé avant même que son expéditeur ait pu réfléchir à ce qu’il écrit. « Je passe justement dans ta rue, ça te dit de boire un verre ? » « Oups, oublie, j’avais oublié que j’avais un rendez-vous » « Ce sera pour une autre fois, ce serait chouette de se voir » « Au fait, j’espère que tu vas bien ».

Nous avons le rouleau sans fin, mais nous ne sommes pas Jack Kerouac. Beaucoup de conversations instantanées sont en fait de tristes soliloques guettant désespérément une validation externe, validation faite sous forme de réponses, car ne pas répondre est souvent perçu comme grossier. Ce comportement est encouragé par les plateformes, depuis l’incroyablement intrusif « indicateur de lecture du message » (que je vous conseille de désactiver) jusqu’aux fonctionnalités implémentées dans certains logiciels, comme Snap, qui affiche sous forme de récompense le nombre de jours consécutifs durant lesquels vous avez été en contact avec un correspondant. Lorsque la fille adolescente d’un ami est partie au camp scout, où les GSMs étaient interdits, elle a confié son téléphone à son père en le chargeant d’envoyer un message, une fois par jour, à une liste prédéfinie de contacts. Afin de ne pas briser la chaîne ! « Et surtout, Papa, n’oublie pas. Ce serait trop la loose auprès de mes copines ! »

D’autres m’avouent consulter le contenu de leurs messages depuis les notifications de leur téléphone afin que la messagerie ne marque pas le message comme « lu » auprès de l’expéditeur. Une manière de gagner un peu de temps avant d’être forcé de répondre.

À travers nos téléphones, nous sommes noyés dans des multiples flux de conscience partagés. Avec le risque de perdre notre propre conscience, notre propre individualité. L’actualité politique le montre suffisamment : nous nous agrégeons, nous perdons notre libre arbitre, notre conscience propre. Nous la déléguons dans des multiples groupes de discussion, créés généralement pour une cause très précise (un voyage, un événement …), mais dérapant systématiquement vers des discussions sans queue ni tête, des partages de rumeurs, d’images rigolotes, d’avis de perte de chiens et chats, de l’autopromotion pour une brocante, l’ouverture du magasin d’un arrière-cousin ou un livre.

Contrairement à l’email, qui a connu et connait encore ces travers, il n’est pas possible de filtrer les messages. Il n’est pas possible de les consulter et de les traiter à un moment donné. De considérer une conversation comme close. Dans toutes les cultures, la fin d’une conversation, orale ou écrite, est marquée par un protocole social de clôture alambiqué. « Salutations distinguées ! », « Je dois y aller vraiment y aller, a+  », « Ce fut un plaisir », etc. L’utilité de ces formules est fondamentale pour permettre à chaque participant de passer à autre chose, de changer de contexte. C’est également le dernier moment pour échanger de l’information critique. C’est une fois debout pour sortir de la réunion ou sur le pas de la porte, la veste déjà enfilée, que les cœurs s’ouvrent, les choses se révèlent, se disent. Malheureusement, ces clôtures sont généralement inexistantes dans les groupes de discussion. N’étant jamais terminées, les discussions instantanées sont omniprésentes, à toute heure du jour ou de la nuit. Les notifications vous sautent aux yeux alors que vous saisissez votre téléphone pour payer dans un magasin, pour consulter votre agenda ou pour téléphoner. Même en silencieux, la plupart des téléphones s’allument et illuminent la pièce lors de la réception d’un message. Une fois que le cerveau a vu qu’il y’avait un message, impossible d’y échapper, de ne pas être distrait au moins quelques secondes. La seule solution, hormis de ne pas avoir de messagerie, est de mettre son téléphone en mode avion pour s’offrir quelques heures de répit. De rendre le téléphone inopérant.

Autour de moi, j’observe des gens courbés sur leur téléphone dans la rue, dans les maisons, dans les familles. Leurs doigts tapotent des messages alors qu’ils marchent sur le trottoir, qu’ils mangent, qu’ils tiennent leurs enfants par la main. Parfois, ils tiennent le téléphone horizontal face à leur bouche pour enregistrer un message audio qui ne sera pas toujours écouté. Au lieu de regarder le coucher de soleil, ils le prennent en photo et l’envoient aussitôt pour le commenter avec d’autres. Ou partagent le selfie d’un moment en famille.

Comme si un moment non partagé en ligne n’existait plus. Comme si le souvenir biologique seul ne suffisait plus.

Nous perdons la conscience et la mémoire. Nous les avons délocalisées toutes les deux vers les serveurs de grandes sociétés informatiques qui n’ont pour but que de nous afficher le plus de publicités possible.

Si le choix était individuel, cela ne prêterait pas tellement à conséquence. Mais le choix est global, sociétal. La seule solution pour ne pas subir un bombardement permanent d’informations est de se couper complètement du monde, d’être totalement injoignable. La possibilité technique de contacter un tiers transforme la plupart des questions en urgences vitales (et je suis le premier coupable de ce genre de comportement) : « suis au magasin, est-ce que je dois reprendre du pain ? » ou « tu viens ou pas à la fête ce soir ? Dois savoir immédiatement pour commander le traiteur ».

Être joignable partout tout le temps étant la norme, changer, déplacer ou annuler un rendez-vous sont des comportements acceptables, banalisés. « T’es où ? » « J’arrive ! » « Finalement, on est devant le bowling, pas devant le ciné » « OK, je suis là dans 5 minutes ». En conséquence, il n’est plus possible de prévoir, de planifier, d’organiser sa journée. Tout peut être modifié, parfois même après le début prévu de l’événement. La décision de participer ou non à un événement est repoussée, en attente des autres sollicitations potentielles pour ce moment.

Nous sommes tout le temps en interaction, tout le temps entre deux décisions, entre deux messages. Les messageries nous forcent à être en permanence sur le qui-vive. La réalité non virtuelle n’est qu’une pause forcée entre deux notifications.

Ce n’est pas un hasard si, en occident, la popularité de la méditation a suivi la courbe de progression des téléphones. Méditer, c’est s’offrir 10, 20 ou 30 minutes de silence mental par jour. Quelques minutes sans sollicitations, c’est tellement peu…

C’est tellement peu et c’est inquiétant, car, dans l’histoire humaine, les intellectuels ont de tout temps baigné dans ce silence mental permanent. Les sollicitations étaient l’exception. Une fois chez eux, les intellectuels n’avaient d’autres ressources que de réfléchir et consulter leur bibliothèque. La plupart des découvertes, des œuvres et des progrès humains ont été réalisés, car leurs auteurs avaient à disposition du temps et de l’espace mental (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la plupart étaient rentiers de naissance ou, comme Voltaire, le sont devenus dans le but explicite de se consacrer à leur art). Le progrès humain s’est construit sur la douleur de l’ennui solitaire. Comme toute douleur, comme tout effort, nous tentons de l’effacer. De l’interdire.

Si nous perdons notre conscience, notre mémoire et que nous brisons les espaces de réflexion, d’où viendront les prochaines grandes idées, celles qui nous font cruellement défaut ?

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Chapitre 3 : Le manque https://ploum.net/?p=7084 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Chapitre-3-Le-manque Tue, 11 Jan 2022 13:35:23 +0100 7 janvier 2021

À l’université, j’avais un professeur d’électronique pour qui nous donner cours pendant 2h sans fumer représentait une épreuve terrible. Durant tout le cours, il manipulait son briquet, jouait machinalement avec où l’utilisait comme exemple.

« C’est un peu comme ce briquet ! »

À la fin du cours, nous l’avons retenu plusieurs fois pour poser des questions. Il prenait visiblement beaucoup de plaisir à nous répondre. Mais une partie de son esprit était déjà ailleurs. En sus du briquet, il préparait sa cigarette qu’il portait parfois à ses lèvres en nous parlant.

Après une semaine de déconnexion, je pense que je commence à le comprendre.

Une semaine pendant laquelle je n’ai synchronisé mon ordinateur qu’une seule fois par jour. Une semaine pendant laquelle une partie de mon esprit ne cessait de me rappeler que, au départ, j’avais imaginé faire deux synchronisations par jour (une le matin pour recevoir les mails, une le soir pour les envoyer).

Une semaine pendant laquelle j’ai réalisé le nombre de petites actions quotidiennes que nous faisons en ligne sans réfléchir. Des factures à payer. Un scanner à installer dont le mode d’emploi est en ligne. Une bibliothèque logicielle à installer pour mes projets. Un papier administratif à obtenir sur le site du ministère. Cela n’arrête littéralement pas. Un colis devait me parvenir, sans urgence aucune. En synchronisant mes mails un matin, j’ai découvert… 10 mails traitant du colis. Le colis avait quitté l’entrepôt. Le colis était dans les mains du livreur. Le colis aurait peut-être un peu de retard. Le colis serait finalement livré aujourd’hui. Le fait d’avoir ces mails en une fois m’a ouvert les yeux sur l’absurdité de notre consommation de l’Internet et des mails. Comme l’illustre le paradoxe de Jevons, lorsqu’une ressource devient plus facilement accessible, nous en augmentons l’usage de manière disproportionnée, au point de rendre le bénéfice de cette facilité nouvelle nul, voire négatif.

Je m’étais autorisé une connexion prévue et planifiée pour modifier l’infrastructure de mon gemlog (mon blog sur Gemini). Des modifications techniques à effectuer sur un serveur distant. Il s’est avéré que ma mission n’était pas très claire, que rien ne fonctionnait comme je le voulais. Au bout de 28 minutes, je me suis rendu compte que je cherchais compulsivement des solutions en ligne. J’ai donc arrêté. Même topo avec une facture impayée de mon service de courriel, Protonmail, qui menaçait de suspendre mon compte. J’ai tenté de payer en urgence, mais aucune de mes cartes de crédit ne fonctionnait (le popup de confirmation de la banque se fermait automatiquement, la transaction était à chaque fois annulée). 26 minutes perdues. Dans les deux cas, en me déconnectant, j’ai pu revenir au problème plusieurs heures plus tard en sachant exactement ce que je devais faire. En étant connecté, j’aurai probablement résolu le problème en 1h ou 2, consultant en parallèle un million d’autres trucs. Cela m’aurait énervé, mais je n’aurai jamais su dire avec certitude combien de temps j’y avais passé. Le multitâche nous permet de supporter les frustrations administratives. C’est un problème, car ces frustrations sont devenues la norme.

Pour apprendre de ces échecs, je me suis imposé une nouvelle règle : sauf urgence clairement définie, je me limite à deux connexions par semaine. Ces connexions seront préparées à l’avance avec la liste exacte des sites web à visiter et, pour chacun, la tâche exacte à accomplir. Si je dois me connecter en urgence pour une tâche donnée, je ne peux effectuer que cette tâche précise, sans prendre de l’avance dans les tâches non urgentes. Si une tâche ne se déroule pas comme prévu, elle est immédiatement abandonnée pour être reconsidérée. En quelques jours, la liste de tâches pour ma prochaine connexion s’est déjà allongée à une dizaine de lignes : commander un livre technique non disponible en librairies, se désinscrire de plusieurs newsletters, faire mon don annuel à certains projets open source, rechercher des exemples techniques pour intégrer plusieurs logiciels (mutt, abook, notmuch pour ceux qui connaissent) parce que je n’y arrive pas avec la documentation que j’ai, etc.

Tout comme mon professeur jouant avec son briquet, je me retrouve à consulter machinalement cette liste, à la lire, la relire en anticipant le moment où je vais enfin me connecter. Cette relecture a un effet positif : je me rends compte que certains éléments ne sont pas clairs. D’autres, ajoutés impulsivement, ne sont pas strictement nécessaires. Je les supprime. J’hésite d’ailleurs à m’autoriser des recherches aussi larges que « trouver des exemples techniques d’intégration entre plusieurs logiciels ». Je préférerais avoir un livre de référence. Après deux jours de cogitations, je réalise que je dispose d’une copie offline d’une partie du réseau Gemini, un réseau susceptible de parler de sujets aussi techniques. Une recherche dans la liste des fichiers Gemini me le confirme. Plutôt que de chercher un peu au hasard sur le web, je vais déjà tenter d’exploiter les nombreuses informations dont je dispose déjà sur mon ordinateur. Et quelques minutes plus tard, je dois me rendre à l’évidence. Ça fonctionne ! J’ai trouvé exactement l’information que je cherchais, postée en 2019 sur un gemlog. 3 lignes de code minimales qui sont tout ce que je souhaitais. 3 lignes de code que j’ai pleinement comprises, assimilées avant de les adapter. Tout le contraire de mon comportement en ligne consistant à ouvrir 10 solutions différentes, les copier-coller sans comprendre, les tester avant de passer à la suivante.

Pourquoi être si sévère avec moi-même ? Parce que cette déconnexion est difficile. Mon esprit erre sans cesse vers le monde en ligne que j’ai quitté. Que s’y passe-t-il ? Quelles sont les réactions à mes billets de blog ? Quelles sont les nouveautés de tel ou tel projet ? La connexion quotidienne et son avalanche de mails me donne l’impression d’une bouffée de ma drogue préférée. Je lis avec avidité les mails de réaction de mes lecteurs (même si j’ai choisi consciemment de n’y répondre que très rarement). Une fois les mails, les RSS et les gemlogs lus, le silence se fait. Je sais que rien n’arrivera plus sur mon ordinateur jusqu’au lendemain. C’est à la fois un soulagement et terriblement angoissant.

J’écris alors dans mon journal. Parfois en anglais pour publier sur mon gemlog afin de décrire mes questionnements techniques. Le fait de l’écrire, de savoir que je n’aurai pas de réponse me donne du recul, une vision différente des choses. Je me lève plus souvent de ma chaise. Je considère plus rapidement une tâche comme terminée : si je n’ai pas l’information pour continuer, rien ne sert de me torturer les méninges.

Paradoxalement, je lis moins. Je passe plus de temps sur mon ordinateur. J’explore les manpages (pages de manuel). Je peste sur Devhelp, le logiciel de documentation que j’utilise pour programmer en Python. Je plonge dans mes propres notes. Je relis mon propre journal. Je lis et relis les réponses que j’ai faites à certains mails. Je procrastine toujours autant mes projets. Je me dis que cette déconnexion était une idée vraiment stupide. Je commence à ressentir le manque…

On ne brise pas si facilement plus de vingt années d’accoutumance…

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
7 janvier 2021

À l’université, j’avais un professeur d’électronique pour qui nous donner cours pendant 2h sans fumer représentait une épreuve terrible. Durant tout le cours, il manipulait son briquet, jouait machinalement avec où l’utilisait comme exemple.

« C’est un peu comme ce briquet ! »

À la fin du cours, nous l’avons retenu plusieurs fois pour poser des questions. Il prenait visiblement beaucoup de plaisir à nous répondre. Mais une partie de son esprit était déjà ailleurs. En sus du briquet, il préparait sa cigarette qu’il portait parfois à ses lèvres en nous parlant.

Après une semaine de déconnexion, je pense que je commence à le comprendre.

Une semaine pendant laquelle je n’ai synchronisé mon ordinateur qu’une seule fois par jour. Une semaine pendant laquelle une partie de mon esprit ne cessait de me rappeler que, au départ, j’avais imaginé faire deux synchronisations par jour (une le matin pour recevoir les mails, une le soir pour les envoyer).

Une semaine pendant laquelle j’ai réalisé le nombre de petites actions quotidiennes que nous faisons en ligne sans réfléchir. Des factures à payer. Un scanner à installer dont le mode d’emploi est en ligne. Une bibliothèque logicielle à installer pour mes projets. Un papier administratif à obtenir sur le site du ministère. Cela n’arrête littéralement pas. Un colis devait me parvenir, sans urgence aucune. En synchronisant mes mails un matin, j’ai découvert… 10 mails traitant du colis. Le colis avait quitté l’entrepôt. Le colis était dans les mains du livreur. Le colis aurait peut-être un peu de retard. Le colis serait finalement livré aujourd’hui. Le fait d’avoir ces mails en une fois m’a ouvert les yeux sur l’absurdité de notre consommation de l’Internet et des mails. Comme l’illustre le paradoxe de Jevons, lorsqu’une ressource devient plus facilement accessible, nous en augmentons l’usage de manière disproportionnée, au point de rendre le bénéfice de cette facilité nouvelle nul, voire négatif.

Je m’étais autorisé une connexion prévue et planifiée pour modifier l’infrastructure de mon gemlog (mon blog sur Gemini). Des modifications techniques à effectuer sur un serveur distant. Il s’est avéré que ma mission n’était pas très claire, que rien ne fonctionnait comme je le voulais. Au bout de 28 minutes, je me suis rendu compte que je cherchais compulsivement des solutions en ligne. J’ai donc arrêté. Même topo avec une facture impayée de mon service de courriel, Protonmail, qui menaçait de suspendre mon compte. J’ai tenté de payer en urgence, mais aucune de mes cartes de crédit ne fonctionnait (le popup de confirmation de la banque se fermait automatiquement, la transaction était à chaque fois annulée). 26 minutes perdues. Dans les deux cas, en me déconnectant, j’ai pu revenir au problème plusieurs heures plus tard en sachant exactement ce que je devais faire. En étant connecté, j’aurai probablement résolu le problème en 1h ou 2, consultant en parallèle un million d’autres trucs. Cela m’aurait énervé, mais je n’aurai jamais su dire avec certitude combien de temps j’y avais passé. Le multitâche nous permet de supporter les frustrations administratives. C’est un problème, car ces frustrations sont devenues la norme.

Pour apprendre de ces échecs, je me suis imposé une nouvelle règle : sauf urgence clairement définie, je me limite à deux connexions par semaine. Ces connexions seront préparées à l’avance avec la liste exacte des sites web à visiter et, pour chacun, la tâche exacte à accomplir. Si je dois me connecter en urgence pour une tâche donnée, je ne peux effectuer que cette tâche précise, sans prendre de l’avance dans les tâches non urgentes. Si une tâche ne se déroule pas comme prévu, elle est immédiatement abandonnée pour être reconsidérée. En quelques jours, la liste de tâches pour ma prochaine connexion s’est déjà allongée à une dizaine de lignes : commander un livre technique non disponible en librairies, se désinscrire de plusieurs newsletters, faire mon don annuel à certains projets open source, rechercher des exemples techniques pour intégrer plusieurs logiciels (mutt, abook, notmuch pour ceux qui connaissent) parce que je n’y arrive pas avec la documentation que j’ai, etc.

Tout comme mon professeur jouant avec son briquet, je me retrouve à consulter machinalement cette liste, à la lire, la relire en anticipant le moment où je vais enfin me connecter. Cette relecture a un effet positif : je me rends compte que certains éléments ne sont pas clairs. D’autres, ajoutés impulsivement, ne sont pas strictement nécessaires. Je les supprime. J’hésite d’ailleurs à m’autoriser des recherches aussi larges que « trouver des exemples techniques d’intégration entre plusieurs logiciels ». Je préférerais avoir un livre de référence. Après deux jours de cogitations, je réalise que je dispose d’une copie offline d’une partie du réseau Gemini, un réseau susceptible de parler de sujets aussi techniques. Une recherche dans la liste des fichiers Gemini me le confirme. Plutôt que de chercher un peu au hasard sur le web, je vais déjà tenter d’exploiter les nombreuses informations dont je dispose déjà sur mon ordinateur. Et quelques minutes plus tard, je dois me rendre à l’évidence. Ça fonctionne ! J’ai trouvé exactement l’information que je cherchais, postée en 2019 sur un gemlog. 3 lignes de code minimales qui sont tout ce que je souhaitais. 3 lignes de code que j’ai pleinement comprises, assimilées avant de les adapter. Tout le contraire de mon comportement en ligne consistant à ouvrir 10 solutions différentes, les copier-coller sans comprendre, les tester avant de passer à la suivante.

Pourquoi être si sévère avec moi-même ? Parce que cette déconnexion est difficile. Mon esprit erre sans cesse vers le monde en ligne que j’ai quitté. Que s’y passe-t-il ? Quelles sont les réactions à mes billets de blog ? Quelles sont les nouveautés de tel ou tel projet ? La connexion quotidienne et son avalanche de mails me donne l’impression d’une bouffée de ma drogue préférée. Je lis avec avidité les mails de réaction de mes lecteurs (même si j’ai choisi consciemment de n’y répondre que très rarement). Une fois les mails, les RSS et les gemlogs lus, le silence se fait. Je sais que rien n’arrivera plus sur mon ordinateur jusqu’au lendemain. C’est à la fois un soulagement et terriblement angoissant.

J’écris alors dans mon journal. Parfois en anglais pour publier sur mon gemlog afin de décrire mes questionnements techniques. Le fait de l’écrire, de savoir que je n’aurai pas de réponse me donne du recul, une vision différente des choses. Je me lève plus souvent de ma chaise. Je considère plus rapidement une tâche comme terminée : si je n’ai pas l’information pour continuer, rien ne sert de me torturer les méninges.

Paradoxalement, je lis moins. Je passe plus de temps sur mon ordinateur. J’explore les manpages (pages de manuel). Je peste sur Devhelp, le logiciel de documentation que j’utilise pour programmer en Python. Je plonge dans mes propres notes. Je relis mon propre journal. Je lis et relis les réponses que j’ai faites à certains mails. Je procrastine toujours autant mes projets. Je me dis que cette déconnexion était une idée vraiment stupide. Je commence à ressentir le manque…

On ne brise pas si facilement plus de vingt années d’accoutumance…

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Le bruit des bottes désinfectées https://ploum.net/?p=7081 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Le-bruit-des-bottes-désinfectées Wed, 05 Jan 2022 13:35:57 +0100 Un spectre hante mon pays. Profitant de la panique liée à une épidémie, il s’insinue dans les esprits, il corrompt les familles, détruit les amitiés, brise les ménages. Ce spectre, c’est celui de l’intolérance, de la haine aveugle. Celui d’une forme insidieuse de fascisme.

Depuis les côtes de la vieille Europe, nous avons observé, mi-amusés, mi-inquiets, la société américaine se polariser et se diviser sous le règne de Trump. Une déliquescence accélérée par les nouveaux usages médiatiques contre laquelle nous nous croyions immunisés, fiers d’être le continent des Lumières. Mais force fut de constater que l’immunité n’était pas absolue. La contagion a gagné nos contrées.

Flânant dans la rue après avoir tendu un QR code me donnant accès à une zone extérieure grillagée, je n’entends qu’elle. Les témoignages des repas de famille ou entre amis s’accumulent. Le sujet est omniprésent, incontournable, fanatique : « T’es vacciné toi ? ».

Autour de moi, j’entends des personnes qui ne peuvent plus voir leurs amis parce qu’ils sont vaccinés. D’autres parce qu’ils ne le sont pas. Nous souffrons tous depuis désormais deux ans. Nous avons perdu des proches, des emplois, des opportunités, de l’énergie. En mal de visibilité médiatique, certains politiques ont choisi la voie facile et simpliste du bouc émissaire. Ce seront les non-vaccinés.

Je suis moi-même vacciné contre le COVID. Si les intérêts économiques des groupes pharmaceutiques me semblent particulièrement malsains, pour ne pas dire mafieux, je pense que le vaccin est techniquement une invention magnifique et un outil essentiel dans la lutte contre la pandémie.

Mais je ne suis pas médecin. Je ne peux pas juger la pertinence ou non pour un individu d’être vacciné. Je sais que certaines personnes non vaccinées ont des raisons que je trouve particulièrement absurdes, mauvaises, voire dangereuses. Je sais que d’autres ont tout simplement très mal réagi à la première dose et sont médicalement inaptes à en recevoir une seconde. Je n’ai pas la prétention de connaître tous les cas, encore moins de pouvoir les juger.

Comme me le disait récemment un ami, également vacciné : « En quelques mois, 85% de la population a été vaccinée avec un tout nouveau vaccin. C’est inespéré. Il y’aura toujours des irréductibles, il est illusoire de faire beaucoup mieux et ce n’est pas sûr que cela changerait grand-chose. »

J’ai peur de ce que mon pays est en train de devenir. J’ai peur parce que, désormais, il me faut parfois montrer patte blanche pour entrer dans des espaces pourtant publics et extérieurs. Que ce processus s’inscrit dans la lignée d’un fichage numérique complexe dont les possibilités d’abus me sautent aux yeux de par ma formation. J’ai peur parce que les politiciens exploitent la crise en attisant la haine de ceux qui n’ont pas ce pass, quelle que soit la raison. Une situation que j’ai du mal à définir autrement que comme du fascisme. Un fascisme que j’observe croître, grandir tout en étant du bon côté. Après tout, je suis blanc, mâle, hétérosexuel et vacciné.

Si je fais confiance au vaccin, je m’inquiète de l’outil politique qu’il est devenu. Car, dans leur colère aveugle dont les médias se délectent, certains politiciens ont perdu de vue l’objectif qu’il s’était initialement fixé : gérer une épidémie. La tâche étant complexe, l’attention s’est portée sur l’un des moyens parmi d’autres : vacciner. Faire augmenter le taux de personnes vaccinées. Non pas en rendant le vaccin obligatoire, mais en augmentant progressivement l’inconfort des non-vaccinés, en attisant la haine à leur égard. Haine qu’une partie des non-vaccinés rend d’ailleurs fort bien en refusant de parler à des vaccinés. Stigmatisation qui force les derniers hésitants à choisir un camp, beaucoup décidant définitivement de ne pas se faire vacciner pour ne pas « céder à l’arbitraire ». Si ces comportements semblent irrationnels, ils n’en sont pas moins une réaction émotionnelle logique et prévisible.

Cette polarisation, cette mise en valeur des extrêmes est purement politique et contre toute logique scientifique. Elle risque de créer des blessures profondes et durables dans une société qui n’avait pas besoin qu’on lui rajoute cela. Je prédis que la division provaxx/antivaxx s’enrichira progressivement de tous les sujets sociétaux santé publique/privatisée, immigration/anti-immigration, gauche/droite… Tant pis pour ceux qui souhaitent de la modération, de la subtilité ou une diversité d’opinions.

En créant des zones nécessitant un code d’accès, nous avons créé un faux sentiment de sécurité. Les mesures basiques de prévention sont négligées. Tous les spécialistes clament pourtant qu’un vaccin n’est jamais efficace à 100%. Pire : ces codes d’accès étant trivialement copiables ou falsifiables, ils n’ont aucun effet sur les non-vaccinés malhonnêtes, ne stigmatisant que les hésitants de bonne foi. Cette évidence m’a longtemps fait croire que jamais nous n’en arriverions à ce système absurde et dangereux. Je pensais naïvement qu’un système efficace serait trop complexe et, de toute façon, antidémocratique. Je n’avais jamais imaginé que peu importait l’efficacité, car le déni de démocratie était justement la fonctionnalité majeure du dispositif.

Auriez-vous imaginé il y a seulement six mois devoir présenter votre téléphone pour accéder à un marché de Noël clôturé ? Auriez-vous imaginé que la société puisse être coupée en deux sur le choix d’un acte médical privé et, comme le rappelle la convocation vaccinale, volontaire ? Auriez-vous accepté d’être fiché par QR code ?

Le fascisme a de tout temps prospéré grâce aux crises, l’angoisse, l’incertitude. Il ne s’installe jamais en fanfare, mais insidieusement, grignotant chaque liberté mois après mois et, à chaque fois, pour une raison indiscutable, rationnelle. La voie ouverte depuis deux ans était royale. Avec le recul, elle était aussi prévisible.

Je ne suis pas épidémiologiste. Je n’y connais rien en soins de santé. Je ne suis donc pas apte à juger de la gravité de la situation sanitaire.

Je peux pourtant observer plusieurs indices. Les stades de football semblent pleins à craquer sur les couvertures des magazines sportifs chez mon libraire. Les centres commerciaux n’ont, à ma connaissance, pas désempli de l’année. Dans celui de ma ville, on s’y bousculait joyeusement avant Noël dans des commerces dont aucun ne pourrait être considéré comme de première voire de seconde nécessité. Sans pass. Parce que les centres commerciaux sont, au même titre que les lieux de culte, sacrés. Les discothèques ont, au moins à un moment, été ouvertes. Sans l’opposition ferme et personnelle du bourgmestre de la commune où devait se dérouler l’événement, le festival Tomorrowland aurait eu lieu, ayant obtenu l’aval des politiciens nationaux. Un festival qui draine des dizaines de milliers de personnes du monde entier dans une promiscuité sous psychotropes. Car les avions sont également toujours aussi remplis. Les touristes partent toujours en vacances au bout du monde. Y compris dans des destinations touristiques où la couverture vaccinale est presque nulle par manque de moyens.

Plusieurs études scientifiques que j’ai lues établissent la corrélation et la causation entre le taux de vitamine D dans le sang et la gravité du COVID. Une de ces études, qui n’a à ma connaissance pas été réfutée, s’est même enhardie à extrapoler un taux de vitamine D à partir duquel la maladie n’est plus mortelle. Bien entendu, ces résultats sont entourés de toute l’incertitude scientifique nécessaire (j’avoue avoir vérifié les calculs statistiques et n’avoir pas trouvé d’erreur dans ceux-ci, mais je manque de pratique et ne peux juger de la validité médicale). Il n’empêche que l’immense majorité de la population de mon pays est en déficit de vitamine D, que les pharmacies regorgent de compléments alimentaires éprouvés pour augmenter ce taux. Une mesure prophylactique qui pourrait se révéler particulièrement efficace serait donc : « prenez de la vitamine D et allez dehors une heure par jour, même quand le temps est gris ». À aucun moment cette idée n’a même été suggérée par nos responsables. On tente, au contraire, de garder les gens à l’intérieur, sous contrôle.

Dans ma zone de spécialité professionnelle, j’observe que tous les efforts visant à produire un vaccin Open Source sont immédiatement réduits à néant à grand coup de billets de banques et de contrats immoraux. Les grands groupes pharmaceutiques ont donc plus peur pour leur portefeuille que pour la santé mondiale, transformant les pays les plus pauvres en véritables bouillons de culture chargés de produire le prochain variant à la place de leur propre vaccin.

Il y a plus d’une dizaine d’années, je me souviens avoir joué à un petit jeu vidéo dans lequel il fallait créer un virus qui allait exterminer la planète. La difficulté étant qu’une fois le virus identifié, les gouvernements fermaient les frontières et les aéroports. Force est de constater qu’on en est loin, très loin d’une telle situation. Contrairement au printemps 2020, où la prudence était de mise, difficile pour quelqu’un qui ne consulte pas les médias, d’imaginer que nous sommes encore dans une épidémie réellement dangereuse. J’ai en effet le désormais très rare défaut de tenter de voir la réalité locale avec mes propres yeux plutôt qu’à travers les liens spécialement sélectionnés par Facebook pour me radicaliser, par une longue chaîne Whatsapp elle-même issue de Facebook ou par des médias dont l’objectif est devenu de générer des clics sur Facebook (ce qui comprend les médias financés par l’argent public).

Je n’affirme pas que l’épidémie n’est pas dangereuse, je n’ai pas la compétence pour cela. J’affirme juste que les politiciens ne sont pas réellement catastrophés, car ils ne prennent aucune mesure réellement efficace. Ils se contentent de faire ce qu’on appelle, dans le jargon, du « security theatre ». Prendre des mesures inutiles, mais spectaculaires comme le furent les militaires dans nos villes et comme le sont les marchés de Noël clôturés. Il est intéressant de se rappeler que l’objectif des mesures « security theatre » n’est pas d’augmenter la sécurité, mais de créer un sentiment politique rappelant que la sécurité est en péril afin de renforcer la cohésion contre l’ennemi, de créer une psychose. C’est à cela et uniquement cela que servirent nos militaires portant de lourdes armes de guerre, heureusement sans chargeur, la convention de Genève l’interdit, dans nos rues. C’est à cela que sert le QR code que nous devons tendre : à créer une psychose et une psychologie de troupeau.

Cette épidémie est réellement mortelle. C’est indéniable. J’ai connaissance de plusieurs décès dans mon entourage large. Cette épidémie doit être gérée. Mais une bonne gestion implique également de mesurer les effets de chaque mesure. Selon l’OMS, le tabac tue chaque année plus de 8 millions de personnes dans le monde dont 1,2 million n’ont jamais fumé. La pollution de l’air seule tue, en Europe, 600.000 personnes par an. Le réchauffement climatique menace totalement nos sociétés. Pourtant, nous ne prenons aucune mesure. Cela ne semble ni urgent ni primordial. À titre de comparaison, l’OMS affirme que le COVID aurait tué 5 millions de personnes en deux ans. Peut-être ce chiffre est-il sous estimé. Et sans vaccin, le bilan aurait certainement été bien supérieur. L’ordre de grandeur reste néanmoins similaire et la disproportion entre la nonchalance et la panique totale me saute aux yeux. Interdire le tabac aujourd’hui sauverait immédiatement beaucoup plus de vie, surtout parmi les plus jeunes, que de vacciner contre le COVID ceux qui ne le sont pas encore. À moindres frais.

Dans mon pays, l’immense majorité des victimes du COVID semble avoir plus de 65 ans voire essentiellement plus de 85 ans (selon covidata.be). Si chaque décès est, pour la famille et les proches, une épreuve, un décès dans ce qu’on appelle « le troisième âge » est un fait naturel, inéluctable. L’ampleur des décès dans mon pays ne vient-elle pas, au moins en partie, de l’incroyable déséquilibre de la pyramide des âges et de la propension que nous avons à rallonger la vie à tout prix, souvent au détriment de sa qualité ? L’engorgement des hôpitaux est-il dû uniquement à l’ampleur exceptionnelle du COVID ou à un sous-dimensionnement budgétaire ? J’ai le souvenir d’avoir entendu parler régulièrement de saturation des hôpitaux, même en dehors de cette pandémie. N’est-on pas en train de cyniquement profiter de la crise pour se délester de la responsabilité politique qu’est le financement des soins de santé ?

N’oublions pas que, en plus d’être nombreux, les vieux votent. Politiquement, il est donc préférable de sauvegarder cet électorat, quitte à sacrifier une frange de la population qui ne vote pas. Au hasard les enfants. En fermant les écoles, en perturbant leur parcours scolaire. Par mesure de prévention, les écoles seront fermées une semaine plus tôt. Les enfants seront inscrits… dans des stages (le covid ne se transmet pas dans les stages ?). Contrairement aux centres commerciaux, les écoles ne sont pas un service essentiel. Pour une raison simple : cela ne coûte rien de les fermer. Les profs sont, encore heureux, payés. L’encadrement des enfants sera à la charge des parents. Peut-être est-ce dû à mon microcosme, mais à la question « Peut-on sacrifier l’espérance de vie de nos ainés pour que les enfants aillent à l’école ? », tous les vieux que je connais répondent en chœur « Oui ! ».

Mais en politique, si une mesure fait de l’effet, c’est qu’il faut en augmenter l’amplitude. Si elle ne produit pas d’effet, c’est qu’on ne l’applique pas assez fort, il faut en augmenter l’amplitude. Le nombre de vaccinés n’augmente pas assez vite ? Que pourrait-on faire pour avoir une jolie courbe qui augmente ? Vacciner les enfants ! Pourtant, les enfants n’ont que très peu de risque de complication lié au COVID. L’OMS considère que le coût de la vaccination des enfants est supérieur aux bénéfices. La pédiatre de mes enfants, qui leur a administré la panoplie traditionnelle des vaccins enfantins, déconseille fortement le vaccin à ARN messager pour les plus jeunes et pour les adolescents après avoir vu de nombreux effets secondaires indésirables. Peut-être est-ce anecdotique ? Il n’empêche que la vie de mes enfants n’étant clairement pas en danger, je préfère leur éviter un acte médical non nécessaire. Ce que défendent également ceux qui seraient les premiers bénéficiaires du vaccin : les grands-parents.

Non contents d’instiller la haine et des pratiques fascistes dans notre quotidien, les froids calculs électoraux et la lâcheté politique de nos dirigeants se permettent d’hypothéquer le futur de la nation. Mon fils aura grandi sans jamais voir le visage de ses institutrices maternelles. Il fait partie de la minorité chanceuse qui, lorsqu’il n’est pas à l’école, a des parents et des grands-parents disponibles pour le stimuler intellectuellement. Ceux dont les parents sont indisponibles ou ne parlent pas bien le français paieront, comme à chaque crise, le prix fort.

Beaucoup d’arguments que j’ai entendus pour ne pas se faire vacciner me semblent, aujourd’hui et avec les maigres informations dont je dispose, stupides, voire dangereux. Mais ils ne le sont certainement pas plus que la tolérance que nous avons envers le tabac. Ou envers les excès d’alcool (un comportement morbide que nous appelons trop souvent « faire la fête »). Que celui qui n’a jamais eu de comportement que les autres trouvent stupide me jette la première bière…

Si les centres commerciaux et les stades de football étaient fermés, si les lieux confinés étaient interdits, si une véritable politique de gestion de crise était mise en place avec aide économique immédiate pour les secteurs touchés, alors je pense qu’il faudrait envisager une vaccination obligatoire, au moins pour les métiers les plus à risques. Le vaccin pourrait être au choix de l’individu parmi ceux reconnus par l’OMS et non pas au choix des pays en raison des accords commerciaux signés (la femme d’un de mes amis, vaccinée dans son pays d’origine, ne peut pas pénétrer sur le territoire belge, son vaccin, pourtant reconnu par l’OMS, n’étant pas considéré comme valide). L’OMS aurait d’ailleurs une responsabilité morale de fournir une formule open source du vaccin pour que chaque pays puisse les produire. Bien qu’obligatoire, cette vaccination resterait entièrement privée entre l’individu, l’état et le médecin traitant. C’est, en Belgique, le cas du vaccin contre la polio et personne ne pose la question de savoir si les enfants avec qui les siens jouent sont vaccinés contre la polio (en dépit de quelques tricheurs, la polio est en voie d’éradication grâce au vaccin).

Force est de constater que nous sommes loin d’une situation de crise réelle. Je dois en déduire que l’épidémie, sans être bénigne, n’est pas (encore ?) le fléau qui va décimer l’humanité. Que les intérêts économiques restent supérieurs à ceux de la santé. Et que si la campagne de vaccination était une nécessité, les mesures antidémocratiques imposant un « pass » ne sont que des décisions prises, car elles avaient l’avantage d’être « faciles ». De n’engager aucune responsabilité réelle. Ne ne rien coûter.

De ne rien coûter si ce n’est une division radicale de notre société et un glissement de nos valeurs vers celles du fascisme.

De ne rien coûter si ce n’est d’être incroyablement difficiles à résilier. Qui osera prendre la responsabilité de supprimer ce « pass », de déclarer l’épidémie sous contrôle si le COVID devenait devenir une forme de grippe récurrente ? L’exemple des militaires dans les rues après des attentats qui ont fait, en Europe, quelques dizaines de morts, prouve qu’il est facile de réduire les libertés, mais politiquement impossible de les restaurer. Combien d’années sommes-nous prêts à vivre en tendant un QR code à chaque coin de rue ? Combien de doses de rappels sommes-nous prêts à nous injecter, combien de maladies sommes-nous prêts à considérer comme faisant partie de notre « pass » ? J’ai choisi de me faire vacciner contre le COVID. Je pense que c’était un très bon choix. Mais rien ne garantit que le pass ne nécessitera pas bientôt un acte médical que je ne souhaite pas.

Je suis terrifié par la société que génère la crise COVID. Je suis terrifié de la rapidité avec laquelle nous sacrifions nos libertés les plus fondamentales comme celles de circuler ou de disposer de notre propre corps.

Mais peut-être s’agit-il, encore une fois, d’un simple calcul électoral. Car rien n’est plus facile à contrôler et manipuler qu’une société déchirée et aux libertés restreintes, un système où, au pouvoir comme en opposition, n’existent plus que la voix des extrémistes.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Un spectre hante mon pays. Profitant de la panique liée à une épidémie, il s’insinue dans les esprits, il corrompt les familles, détruit les amitiés, brise les ménages. Ce spectre, c’est celui de l’intolérance, de la haine aveugle. Celui d’une forme insidieuse de fascisme.

Depuis les côtes de la vieille Europe, nous avons observé, mi-amusés, mi-inquiets, la société américaine se polariser et se diviser sous le règne de Trump. Une déliquescence accélérée par les nouveaux usages médiatiques contre laquelle nous nous croyions immunisés, fiers d’être le continent des Lumières. Mais force fut de constater que l’immunité n’était pas absolue. La contagion a gagné nos contrées.

Flânant dans la rue après avoir tendu un QR code me donnant accès à une zone extérieure grillagée, je n’entends qu’elle. Les témoignages des repas de famille ou entre amis s’accumulent. Le sujet est omniprésent, incontournable, fanatique : « T’es vacciné toi ? ».

Autour de moi, j’entends des personnes qui ne peuvent plus voir leurs amis parce qu’ils sont vaccinés. D’autres parce qu’ils ne le sont pas. Nous souffrons tous depuis désormais deux ans. Nous avons perdu des proches, des emplois, des opportunités, de l’énergie. En mal de visibilité médiatique, certains politiques ont choisi la voie facile et simpliste du bouc émissaire. Ce seront les non-vaccinés.

Je suis moi-même vacciné contre le COVID. Si les intérêts économiques des groupes pharmaceutiques me semblent particulièrement malsains, pour ne pas dire mafieux, je pense que le vaccin est techniquement une invention magnifique et un outil essentiel dans la lutte contre la pandémie.

Mais je ne suis pas médecin. Je ne peux pas juger la pertinence ou non pour un individu d’être vacciné. Je sais que certaines personnes non vaccinées ont des raisons que je trouve particulièrement absurdes, mauvaises, voire dangereuses. Je sais que d’autres ont tout simplement très mal réagi à la première dose et sont médicalement inaptes à en recevoir une seconde. Je n’ai pas la prétention de connaître tous les cas, encore moins de pouvoir les juger.

Comme me le disait récemment un ami, également vacciné : « En quelques mois, 85% de la population a été vaccinée avec un tout nouveau vaccin. C’est inespéré. Il y’aura toujours des irréductibles, il est illusoire de faire beaucoup mieux et ce n’est pas sûr que cela changerait grand-chose. »

J’ai peur de ce que mon pays est en train de devenir. J’ai peur parce que, désormais, il me faut parfois montrer patte blanche pour entrer dans des espaces pourtant publics et extérieurs. Que ce processus s’inscrit dans la lignée d’un fichage numérique complexe dont les possibilités d’abus me sautent aux yeux de par ma formation. J’ai peur parce que les politiciens exploitent la crise en attisant la haine de ceux qui n’ont pas ce pass, quelle que soit la raison. Une situation que j’ai du mal à définir autrement que comme du fascisme. Un fascisme que j’observe croître, grandir tout en étant du bon côté. Après tout, je suis blanc, mâle, hétérosexuel et vacciné.

Si je fais confiance au vaccin, je m’inquiète de l’outil politique qu’il est devenu. Car, dans leur colère aveugle dont les médias se délectent, certains politiciens ont perdu de vue l’objectif qu’il s’était initialement fixé : gérer une épidémie. La tâche étant complexe, l’attention s’est portée sur l’un des moyens parmi d’autres : vacciner. Faire augmenter le taux de personnes vaccinées. Non pas en rendant le vaccin obligatoire, mais en augmentant progressivement l’inconfort des non-vaccinés, en attisant la haine à leur égard. Haine qu’une partie des non-vaccinés rend d’ailleurs fort bien en refusant de parler à des vaccinés. Stigmatisation qui force les derniers hésitants à choisir un camp, beaucoup décidant définitivement de ne pas se faire vacciner pour ne pas « céder à l’arbitraire ». Si ces comportements semblent irrationnels, ils n’en sont pas moins une réaction émotionnelle logique et prévisible.

Cette polarisation, cette mise en valeur des extrêmes est purement politique et contre toute logique scientifique. Elle risque de créer des blessures profondes et durables dans une société qui n’avait pas besoin qu’on lui rajoute cela. Je prédis que la division provaxx/antivaxx s’enrichira progressivement de tous les sujets sociétaux santé publique/privatisée, immigration/anti-immigration, gauche/droite… Tant pis pour ceux qui souhaitent de la modération, de la subtilité ou une diversité d’opinions.

En créant des zones nécessitant un code d’accès, nous avons créé un faux sentiment de sécurité. Les mesures basiques de prévention sont négligées. Tous les spécialistes clament pourtant qu’un vaccin n’est jamais efficace à 100%. Pire : ces codes d’accès étant trivialement copiables ou falsifiables, ils n’ont aucun effet sur les non-vaccinés malhonnêtes, ne stigmatisant que les hésitants de bonne foi. Cette évidence m’a longtemps fait croire que jamais nous n’en arriverions à ce système absurde et dangereux. Je pensais naïvement qu’un système efficace serait trop complexe et, de toute façon, antidémocratique. Je n’avais jamais imaginé que peu importait l’efficacité, car le déni de démocratie était justement la fonctionnalité majeure du dispositif.

Auriez-vous imaginé il y a seulement six mois devoir présenter votre téléphone pour accéder à un marché de Noël clôturé ? Auriez-vous imaginé que la société puisse être coupée en deux sur le choix d’un acte médical privé et, comme le rappelle la convocation vaccinale, volontaire ? Auriez-vous accepté d’être fiché par QR code ?

Le fascisme a de tout temps prospéré grâce aux crises, l’angoisse, l’incertitude. Il ne s’installe jamais en fanfare, mais insidieusement, grignotant chaque liberté mois après mois et, à chaque fois, pour une raison indiscutable, rationnelle. La voie ouverte depuis deux ans était royale. Avec le recul, elle était aussi prévisible.

Je ne suis pas épidémiologiste. Je n’y connais rien en soins de santé. Je ne suis donc pas apte à juger de la gravité de la situation sanitaire.

Je peux pourtant observer plusieurs indices. Les stades de football semblent pleins à craquer sur les couvertures des magazines sportifs chez mon libraire. Les centres commerciaux n’ont, à ma connaissance, pas désempli de l’année. Dans celui de ma ville, on s’y bousculait joyeusement avant Noël dans des commerces dont aucun ne pourrait être considéré comme de première voire de seconde nécessité. Sans pass. Parce que les centres commerciaux sont, au même titre que les lieux de culte, sacrés. Les discothèques ont, au moins à un moment, été ouvertes. Sans l’opposition ferme et personnelle du bourgmestre de la commune où devait se dérouler l’événement, le festival Tomorrowland aurait eu lieu, ayant obtenu l’aval des politiciens nationaux. Un festival qui draine des dizaines de milliers de personnes du monde entier dans une promiscuité sous psychotropes. Car les avions sont également toujours aussi remplis. Les touristes partent toujours en vacances au bout du monde. Y compris dans des destinations touristiques où la couverture vaccinale est presque nulle par manque de moyens.

Plusieurs études scientifiques que j’ai lues établissent la corrélation et la causation entre le taux de vitamine D dans le sang et la gravité du COVID. Une de ces études, qui n’a à ma connaissance pas été réfutée, s’est même enhardie à extrapoler un taux de vitamine D à partir duquel la maladie n’est plus mortelle. Bien entendu, ces résultats sont entourés de toute l’incertitude scientifique nécessaire (j’avoue avoir vérifié les calculs statistiques et n’avoir pas trouvé d’erreur dans ceux-ci, mais je manque de pratique et ne peux juger de la validité médicale). Il n’empêche que l’immense majorité de la population de mon pays est en déficit de vitamine D, que les pharmacies regorgent de compléments alimentaires éprouvés pour augmenter ce taux. Une mesure prophylactique qui pourrait se révéler particulièrement efficace serait donc : « prenez de la vitamine D et allez dehors une heure par jour, même quand le temps est gris ». À aucun moment cette idée n’a même été suggérée par nos responsables. On tente, au contraire, de garder les gens à l’intérieur, sous contrôle.

Dans ma zone de spécialité professionnelle, j’observe que tous les efforts visant à produire un vaccin Open Source sont immédiatement réduits à néant à grand coup de billets de banques et de contrats immoraux. Les grands groupes pharmaceutiques ont donc plus peur pour leur portefeuille que pour la santé mondiale, transformant les pays les plus pauvres en véritables bouillons de culture chargés de produire le prochain variant à la place de leur propre vaccin.

Il y a plus d’une dizaine d’années, je me souviens avoir joué à un petit jeu vidéo dans lequel il fallait créer un virus qui allait exterminer la planète. La difficulté étant qu’une fois le virus identifié, les gouvernements fermaient les frontières et les aéroports. Force est de constater qu’on en est loin, très loin d’une telle situation. Contrairement au printemps 2020, où la prudence était de mise, difficile pour quelqu’un qui ne consulte pas les médias, d’imaginer que nous sommes encore dans une épidémie réellement dangereuse. J’ai en effet le désormais très rare défaut de tenter de voir la réalité locale avec mes propres yeux plutôt qu’à travers les liens spécialement sélectionnés par Facebook pour me radicaliser, par une longue chaîne Whatsapp elle-même issue de Facebook ou par des médias dont l’objectif est devenu de générer des clics sur Facebook (ce qui comprend les médias financés par l’argent public).

Je n’affirme pas que l’épidémie n’est pas dangereuse, je n’ai pas la compétence pour cela. J’affirme juste que les politiciens ne sont pas réellement catastrophés, car ils ne prennent aucune mesure réellement efficace. Ils se contentent de faire ce qu’on appelle, dans le jargon, du « security theatre ». Prendre des mesures inutiles, mais spectaculaires comme le furent les militaires dans nos villes et comme le sont les marchés de Noël clôturés. Il est intéressant de se rappeler que l’objectif des mesures « security theatre » n’est pas d’augmenter la sécurité, mais de créer un sentiment politique rappelant que la sécurité est en péril afin de renforcer la cohésion contre l’ennemi, de créer une psychose. C’est à cela et uniquement cela que servirent nos militaires portant de lourdes armes de guerre, heureusement sans chargeur, la convention de Genève l’interdit, dans nos rues. C’est à cela que sert le QR code que nous devons tendre : à créer une psychose et une psychologie de troupeau.

Cette épidémie est réellement mortelle. C’est indéniable. J’ai connaissance de plusieurs décès dans mon entourage large. Cette épidémie doit être gérée. Mais une bonne gestion implique également de mesurer les effets de chaque mesure. Selon l’OMS, le tabac tue chaque année plus de 8 millions de personnes dans le monde dont 1,2 million n’ont jamais fumé. La pollution de l’air seule tue, en Europe, 600.000 personnes par an. Le réchauffement climatique menace totalement nos sociétés. Pourtant, nous ne prenons aucune mesure. Cela ne semble ni urgent ni primordial. À titre de comparaison, l’OMS affirme que le COVID aurait tué 5 millions de personnes en deux ans. Peut-être ce chiffre est-il sous estimé. Et sans vaccin, le bilan aurait certainement été bien supérieur. L’ordre de grandeur reste néanmoins similaire et la disproportion entre la nonchalance et la panique totale me saute aux yeux. Interdire le tabac aujourd’hui sauverait immédiatement beaucoup plus de vie, surtout parmi les plus jeunes, que de vacciner contre le COVID ceux qui ne le sont pas encore. À moindres frais.

Dans mon pays, l’immense majorité des victimes du COVID semble avoir plus de 65 ans voire essentiellement plus de 85 ans (selon covidata.be). Si chaque décès est, pour la famille et les proches, une épreuve, un décès dans ce qu’on appelle « le troisième âge » est un fait naturel, inéluctable. L’ampleur des décès dans mon pays ne vient-elle pas, au moins en partie, de l’incroyable déséquilibre de la pyramide des âges et de la propension que nous avons à rallonger la vie à tout prix, souvent au détriment de sa qualité ? L’engorgement des hôpitaux est-il dû uniquement à l’ampleur exceptionnelle du COVID ou à un sous-dimensionnement budgétaire ? J’ai le souvenir d’avoir entendu parler régulièrement de saturation des hôpitaux, même en dehors de cette pandémie. N’est-on pas en train de cyniquement profiter de la crise pour se délester de la responsabilité politique qu’est le financement des soins de santé ?

N’oublions pas que, en plus d’être nombreux, les vieux votent. Politiquement, il est donc préférable de sauvegarder cet électorat, quitte à sacrifier une frange de la population qui ne vote pas. Au hasard les enfants. En fermant les écoles, en perturbant leur parcours scolaire. Par mesure de prévention, les écoles seront fermées une semaine plus tôt. Les enfants seront inscrits… dans des stages (le covid ne se transmet pas dans les stages ?). Contrairement aux centres commerciaux, les écoles ne sont pas un service essentiel. Pour une raison simple : cela ne coûte rien de les fermer. Les profs sont, encore heureux, payés. L’encadrement des enfants sera à la charge des parents. Peut-être est-ce dû à mon microcosme, mais à la question « Peut-on sacrifier l’espérance de vie de nos ainés pour que les enfants aillent à l’école ? », tous les vieux que je connais répondent en chœur « Oui ! ».

Mais en politique, si une mesure fait de l’effet, c’est qu’il faut en augmenter l’amplitude. Si elle ne produit pas d’effet, c’est qu’on ne l’applique pas assez fort, il faut en augmenter l’amplitude. Le nombre de vaccinés n’augmente pas assez vite ? Que pourrait-on faire pour avoir une jolie courbe qui augmente ? Vacciner les enfants ! Pourtant, les enfants n’ont que très peu de risque de complication lié au COVID. L’OMS considère que le coût de la vaccination des enfants est supérieur aux bénéfices. La pédiatre de mes enfants, qui leur a administré la panoplie traditionnelle des vaccins enfantins, déconseille fortement le vaccin à ARN messager pour les plus jeunes et pour les adolescents après avoir vu de nombreux effets secondaires indésirables. Peut-être est-ce anecdotique ? Il n’empêche que la vie de mes enfants n’étant clairement pas en danger, je préfère leur éviter un acte médical non nécessaire. Ce que défendent également ceux qui seraient les premiers bénéficiaires du vaccin : les grands-parents.

Non contents d’instiller la haine et des pratiques fascistes dans notre quotidien, les froids calculs électoraux et la lâcheté politique de nos dirigeants se permettent d’hypothéquer le futur de la nation. Mon fils aura grandi sans jamais voir le visage de ses institutrices maternelles. Il fait partie de la minorité chanceuse qui, lorsqu’il n’est pas à l’école, a des parents et des grands-parents disponibles pour le stimuler intellectuellement. Ceux dont les parents sont indisponibles ou ne parlent pas bien le français paieront, comme à chaque crise, le prix fort.

Beaucoup d’arguments que j’ai entendus pour ne pas se faire vacciner me semblent, aujourd’hui et avec les maigres informations dont je dispose, stupides, voire dangereux. Mais ils ne le sont certainement pas plus que la tolérance que nous avons envers le tabac. Ou envers les excès d’alcool (un comportement morbide que nous appelons trop souvent « faire la fête »). Que celui qui n’a jamais eu de comportement que les autres trouvent stupide me jette la première bière…

Si les centres commerciaux et les stades de football étaient fermés, si les lieux confinés étaient interdits, si une véritable politique de gestion de crise était mise en place avec aide économique immédiate pour les secteurs touchés, alors je pense qu’il faudrait envisager une vaccination obligatoire, au moins pour les métiers les plus à risques. Le vaccin pourrait être au choix de l’individu parmi ceux reconnus par l’OMS et non pas au choix des pays en raison des accords commerciaux signés (la femme d’un de mes amis, vaccinée dans son pays d’origine, ne peut pas pénétrer sur le territoire belge, son vaccin, pourtant reconnu par l’OMS, n’étant pas considéré comme valide). L’OMS aurait d’ailleurs une responsabilité morale de fournir une formule open source du vaccin pour que chaque pays puisse les produire. Bien qu’obligatoire, cette vaccination resterait entièrement privée entre l’individu, l’état et le médecin traitant. C’est, en Belgique, le cas du vaccin contre la polio et personne ne pose la question de savoir si les enfants avec qui les siens jouent sont vaccinés contre la polio (en dépit de quelques tricheurs, la polio est en voie d’éradication grâce au vaccin).

Force est de constater que nous sommes loin d’une situation de crise réelle. Je dois en déduire que l’épidémie, sans être bénigne, n’est pas (encore ?) le fléau qui va décimer l’humanité. Que les intérêts économiques restent supérieurs à ceux de la santé. Et que si la campagne de vaccination était une nécessité, les mesures antidémocratiques imposant un « pass » ne sont que des décisions prises, car elles avaient l’avantage d’être « faciles ». De n’engager aucune responsabilité réelle. Ne ne rien coûter.

De ne rien coûter si ce n’est une division radicale de notre société et un glissement de nos valeurs vers celles du fascisme.

De ne rien coûter si ce n’est d’être incroyablement difficiles à résilier. Qui osera prendre la responsabilité de supprimer ce « pass », de déclarer l’épidémie sous contrôle si le COVID devenait devenir une forme de grippe récurrente ? L’exemple des militaires dans les rues après des attentats qui ont fait, en Europe, quelques dizaines de morts, prouve qu’il est facile de réduire les libertés, mais politiquement impossible de les restaurer. Combien d’années sommes-nous prêts à vivre en tendant un QR code à chaque coin de rue ? Combien de doses de rappels sommes-nous prêts à nous injecter, combien de maladies sommes-nous prêts à considérer comme faisant partie de notre « pass » ? J’ai choisi de me faire vacciner contre le COVID. Je pense que c’était un très bon choix. Mais rien ne garantit que le pass ne nécessitera pas bientôt un acte médical que je ne souhaite pas.

Je suis terrifié par la société que génère la crise COVID. Je suis terrifié de la rapidité avec laquelle nous sacrifions nos libertés les plus fondamentales comme celles de circuler ou de disposer de notre propre corps.

Mais peut-être s’agit-il, encore une fois, d’un simple calcul électoral. Car rien n’est plus facile à contrôler et manipuler qu’une société déchirée et aux libertés restreintes, un système où, au pouvoir comme en opposition, n’existent plus que la voix des extrémistes.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
3 janvier 2022, qu’est-ce qu’une déconnexion ? https://ploum.net/?p=7079 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?3-janvier-2022-qu-est-ce-qu-une-déconnexion Mon, 03 Jan 2022 15:34:55 +0100 Troisième jour de ma « déconnexion ». Elle m’obnubile, m’encombre l’esprit. Difficile de penser à autre chose. Mais au fond, qu’est-ce qu’une déconnexion ? Est-il réellement possible de se déconnecter totalement ? Est-ce que je lis les emails me demandant si je lis mes emails ? Je reste un humain, un animal social vivant dans un monde où la connexion à Internet est omniprésente.

Le terme « déconnexion » est donc arbitraire et propre à chacun. Un chef d’entreprise qui met son téléphone en mode avion le temps d’un week-end parle de déconnexion. De nombreux stages offrent de la déconnexion sous le nom « digital detox ». Mais lorsqu’il est question de dépasser quelques jours, il est indispensable de mettre en place un protocole, de formaliser les règles qui permettront d’établir si, oui ou non, nous respectons notre déconnexion.

Le pionnier en la matière est Thierry Crouzet qui, en 2012, a raconté dans son livre « J’ai débranché » les six mois passés sans utiliser Internet à une époque où l’addiction restait cantonnée à quelques geeks. Une déconnexion totale ? Pas tout à fait ! Lorsque l’utilisation d’Internet devenait incontournable, Thierry se mettait à supplier son épouse d’accomplir pour lui les actions nécessaires en ligne. Chaque déconnexion implique de mettre en place des échappatoires codifiées pour survivre dans un monde connecté.

Les déconnexions peuvent aller de la plus extrême, comme celle de Robert Hassan qui raconte dans « Uncontained » les cinq semaines passées sur un bateau porte-conteneurs sans connexion et avec des interactions minimales avec une poignée de membres d’équipage. À l’opposé, ma déconnexion de 2018 consistait à bloquer les sites d’actualités et de réseaux sociaux dans mon navigateur pendant trois mois. L’écrivain Cory Doctorow prend des « email holidays » durant lesquels chaque nouvel email reçu est effacé. L’expéditeur reçoit une réponse automatique lui demandant de réenvoyer son mail après une date donnée. Si la demande est urgente, l’expéditeur doit contacter la mère de Cory. Les informations de contact de celle-ci ne sont pas fournies, toute personne ne sachant pas contacter sa mère n’étant pas censée devoir le contacter en urgence.

Si ces expériences sont particulièrement utiles pour ouvrir les yeux et prendre un temps de réflexion, elles possèdent toutes un point commun : elles ne sont pas durables. Une fois le temps de la déconnexion terminée, les anciennes habitudes vont reprendre graduellement leur place. C’est insidieux, car la reconnexion est généralement perçue avec un certain dégoût. Le temps de déconnexion est idéalisé. Il devient un éden, un lieu de villégiature confortable, mais incompatible avec les exigences du monde moderne. Le néo-reconnecté est persuadé d’avoir changé. Il est d’abord parcimonieux, se reconnecte avec douceur. À la première période de stress, de nouveaux réflexes délétères se mettent en place.

Dix ans après sa déconnexion, Thierry s’énerve encore sur Facebook et reconnait « craquer » sans raison impérieuse pour un nouveau macbook. Robert Hassan explique avoir replongé dans son quotidien frénétique. Moi-même, je n’ai supprimé mes comptes de réseaux sociaux qu’à la perspective de cette déconnexion-ci, celle d’il y a trois ans étant déjà depuis longtemps oubliée.

En concevant cette déconnexion, je me suis posé l’objectif d’en faire une déconnexion durable. D’établir un protocole qui devrait pouvoir s’installer dans la durée, y compris après cette année de test. Le but n’est pas de prendre des vacances, mais bien d’établir une nouvelle méthode de travail.

Le tour réflexe

Lorsque je suis connecté à Internet, j’effectue machinalement ce que j’appelle mon « tour ». Une série de sites à visiter pour vérifier qu’il n’y rien d’urgent, rien d’important, rien de nouveau en ligne. Ce concept de « tour » est partagé par beaucoup de personnes dans ma situation. Il commence, par exemple, par vérifier sa boîte mail puis vérifier un site d’actualité puis Facebook, Linkedin, Twitter et quelques salons de discussion en ligne. Il peut contenir des éléments aussi divers que les résultats du football, un forum ou les cours de la bourse.

À chaque arrêt, il y’a potentiellement des nouveautés à lire, des messages auxquels répondre. Si le tour est suffisamment long, il peut être immédiatement recommencé une fois terminé, des messages ou des réponses étant arrivées dans l’intervalle. Il se transforme en boucle. Beaucoup de personnes utilisant Internet au quotidien possèdent ce genre de tour. Il n’est pas toujours conscient, pas toujours ordonné. On pourrait même dire que toute connexion à Internet sans un objectif préalable clairement défini ne sert qu’à accomplir une variante de ce « tour » réflexe, presque atavique. Chez certains, le tour ne contient qu’une étape : Facebook ou Instagram.

Une anecdote illustre l’effrayante force de l’habitude d’un tour. En 2014, le collègue placé à mes côtés dans l’openspace où je travaillais me montre un meme, une image comique particulièrement adaptée à la situation que nous rencontrions à ce moment-là. Je rigole. Je lui demande où il à trouvé cela.

— Sur 9gag. (prononcez « naïne gag» )

— Sur quoi ?

— Quoi ? Tu ne connais pas 9gag ?

Devant ma mine ahurie, il m’explique le principe du site, une simple page sur laquelle s’affichent les images rigolotes ayant reçu le plus de votes. Le site est tellement populaire que le renouvellement est presque constant.

Amusé, j’ouvre la page dans mon navigateur. Je prends très vite le réflexe de la consulter dès que le temps me semble long ou que je suis confronté à une tâche un peu difficile. Je parcours les images amusantes, les partage avec mon collègue. Je n’ai jamais ajouté le site à mes favoris, mais mon navigateur comprend très vite où je veux aller si je tape un simple « 9 » dans la barre d’adresse. Sans que je l’aie décidé, 9gag s’est imposé dans mon tour. Une étape réflexe, incontournable.

Après seulement quelques mois, je me rends très vite compte du temps perdu et de l’absurdité de ce site. Je n’ai plus envie d’y aller. Malgré cela, il m’arrive de trouver le site 9gag ouvert sur mon écran. Je m’effraie. Je découvre un projet Kickstarter d’un bracelet qui envoie des décharges électriques dès que l’on accède à un site « interdit », preuve que je suis loin d’être le seul dans ce genre de situation. Je rigole avec mes collègues à l’idée d’en acheter un. Sans recourir à cette extrémité, je me contente de bloquer le site 9gag dans mon navigateur. Un blocage qui est d’ailleurs toujours présent depuis lors.

Cela fait sept années que le site 9gag est bloqué sur mon ordinateur. Sept années sans y accéder et cela ne manque pas du tout. Ce n’était que de l’amusement sans valeur et sans intérêt. Pourtant, sept années plus tard, lorsque je suis confronté à une difficulté intellectuelle ou une tâche administrative un peu rébarbative face à un navigateur web ouvert, mes doigts tapent machinalement un « 9 » dans la barre d’adresse. Parfois, je ne souviens même plus de l’origine de ce chiffre. Je dois réfléchir pour comprendre pourquoi s’affiche une recherche sur le chiffre « 9 ». Mes doigts, eux, n’ont pas ce scrupule. Ils tapent « 9 », sept années après mon dernier accès à un site contenant ce caractère.

do_the_internet.sh

Durant ma connexion de 2018, je me suis efforcé d’améliorer mon tour. De le réduire et d’en retirer les éléments les plus morbides. L’une de mes observations a été ma capacité à trouver des alternatives. Dès que mon tour devenait « trop court », je découvrais une nouvelle source de distraction. Les sources les plus qualitatives étaient les plus dangereuses. En effet, la qualité de ce que je lisais me permettait de justifier le temps passé et l’automatisme était très vite assimilé. La consultation de mon tour mélange chez moi une savante dose de procrastination, un désir de découvrir des nouvelles choses et la crainte de rater ce qui se dit ou se fait, le fameux FOMO (Fear of Missing Out).

Sur le gemlog de Solderpunk, le créateur du protocole Gemini (un gemlog est l’équivalent d’un blog sur le réseau Gemini), j’ai lu l’idée d’un script « do_the_internet.sh ». Un script est un petit programme simple consistant en un ensemble de commandes que l’ordinateur doit effectuer de manière automatique. L’intérêt d’un script est d’automatiser une suite de commandes qui sont toujours les mêmes. J’ai alors eu une illumination. Plutôt que de lutter pour améliorer mon tour, j’allais l’automatiser.

Une heureuse sérendipité me faisait lire, le même jour, un article sur la conception de scripts suggérant que chaque étape ne devait pas nécessairement être automatique. Un bon script pouvait contenir une instruction demandant explicitement à un humain d’accomplir une tâche, mélangeant les concepts d’automatisation et de check-list.

J’ai donc créé un fichier appelé « do_the_internet.sh » dans lequel j’ai listé ce que je voulais accomplir en ligne chaque jour. Au début, ce fichier ne contenait absolument pas de code, mais de simples phrases comme « vérifier mes emails » ou « vérifier mon agenda ». Au cours des semaines, j’ai réussi à automatiser certaines des tâches. À chaque étape de mon tour quotidien, je me posais la question « Pourrais-je l’automatiser ? Cela en vaut-il vraiment la peine ? ».

L’objectif final m’est apparu rapidement : une fois ce script entièrement automatisé, je pourrai me contenter de le lancer une fois par jour sans rien rater. Encore faut-il que j’estime qu’il soit « terminé ». Je me suis donc fixé une date de départ symbolique et évidente : le premier janvier. Il me restait quelques semaines pour mettre au point mon protocole de déconnexion.

Le quotidien de ma déconnexion

Pour cette déconnexion 2022, je peux donc, une fois par jour, synchroniser mon ordinateur en lançant mon script do_the_internet.sh. Cette synchronisation se fait en branchant un câble dans mon ordinateur sur le palier de l’escalier de la maison. Je dois physiquement me déplacer pour y accéder. Lorsque l’ordinateur se synchronise, je ne peux pas l’utiliser, tout est automatique.

Ce script va tout d’abord synchroniser mes emails. Ceux-ci sont téléchargés sur mon ordinateur afin d’y accéder sans connexion. Tous les emails que j’ai rédigés vont être envoyés. Les mails que j’ai archivés sur mon ordinateur vont être archivés en ligne. Envoyer des mails hors-ligne est une expérience très satisfaisante. Une fois la commande d’envoi effectuée, je n’ai rien à faire, rien à penser. Le mail partira sans action de ma part lors de la prochaine synchronisation. Par contre, si j’éprouve le moindre doute, même plusieurs heures après, je peux aller annuler mon mail. Cette latence artificielle empêche le fameux « ping-pong » où plusieurs mails et réponses s’envoient et se télescopent en quelques minutes. Je suis forcé de réfléchir à ce que j’écris, forcé de prendre le temps de lire ce que je reçois.

En second lieu, mon script va synchroniser les flux RSS des blogs que je lis. Cela se fait uniquement en mode texte, sans image. Cela me permet de garder le contact avec les gens que j’aime bien ou qui sont intéressants. La plupart des blogs que je suis ne postent que de manière très sporadique, j’ai tendance à supprimer les flux dès qu’ils dépassent quelques billets par semaine. En complément des flux, l’accès à l’email me donne également la possibilité d’être abonné à des newsletters. En réalité, je ne suis abonné qu’au site lobste.rs, un site très technique qui permet la mise en place de filtres. J’ai été tellement drastique que je ne reçois que les articles dans un champ d’intérêt très restreint et rare.

L’un de mes objectifs lors de cette année de déconnexion est de réfléchir aux concepts de décentralisation et de protocoles Internet. Pour cette raison, j’ai souhaité ne pas perdre le contact avec le réseau Gemini. Je me suis donc attelé à modifier le navigateur AV-98 pour qu’il me permette de naviguer hors-ligne sur le réseau Gemini. Cette modification a pris de l’ampleur et, avec l’accord de Solderpunk, le créateur de AV-98, j’ai décidé d’en faire un logiciel différent (un fork). J’ai donc codé « Offpunk », un navigateur hors-ligne. Il se concentre pour le moment sur le réseau Gemini, mais je compte le faire évoluer. Le principe d’Offpunk est de se synchroniser pour télécharger le contenu qui pourrait être utile puis d’être utilisable entièrement hors-ligne. Si l’utilisateur tente d’accéder à un contenu qui n’est pas disponible hors-ligne, il est marqué pour être téléchargé lors de la prochaine connexion. La troisième étape de mon script est donc de demander à Offpunk de télécharger ce qui doit l’être sur le réseau Gemini.

Les mails, les RSS et Gemini me donnent l’opportunité d’avoir accès au monde extérieur tout en étant littéralement déconnecté. Si une page web me semble vraiment intéressante à lire et que je n’ai pas accès au contenu, mon système prépare automatiquement un mail qui sera envoyé au service forlater.email. À tout email contenant une ou plusieurs adresses, ce service répond avec un email contenant l’intégralité du texte de la page web en question. Je peux donc naviguer sur le web en utilisant l’email. Avec un délai de 24h, entre le moment où je décide de lire le contenu d’un lien et le moment où je le lis réellement.

Mon téléphone est un Hisense A5, un téléphone avec écran eink en noir et blanc et ne disposant pas des services Google. J’ai désinstallé tout navigateur web et tout logiciel de courriels. Quand il est dans mon bureau, mon téléphone est en mode avion. Whatsapp a été « freezé », signifiant qu’il ne va pas recevoir de messages (mais je dois le garder pour certaines urgences familiales potentielles). Je garde Signal pour les interactions immédiates et nécessaires à la gestion familiale. En dehors de Signal, le téléphone est principalement utile pour les applications de cartographies : OSMAnd, Organic Maps et Google Maps (qui fonctionne sans compte Google). Ce dernier est utile pour consulter les heures d’ouverture et les numéros de téléphone des commerces. Je considère que ces applications de cartographie sont d’excellents services qui n’entrainent aucune distraction. Je peux donc sans soucis les garder.

Enfin, je dispose sur mon ordinateur d’une copie de Wikipédia accessible grâce aux logiciels Kiwix et Webarchives.

Les exceptions (ou la tricherie tolérée)

Malheureusement, il n’est pas réaliste de tout traiter en ligne à travers les emails. J’ai relevé plusieurs actions qui restent nécessaires et ne peuvent se faire qu’interactivement. La gestion administrative et bancaire, les achats en ligne (depuis les livres non disponibles en libraire au matériel de vélo), la préparation des voyages, des raids vélo (Komoot) ainsi que la gestion des projets open source (rapports de bugs, merge sur Github). Sans compter les incontournables réunions en ligne sur Teams ou Jitsi. Paradoxalement, je n’ai pas non plus encore automatisé le fait de poster sur mon blog (mais j’y travaille).

Pour faire tout cela sans devoir, comme Thierry, supplier mon épouse, j’ai dû me résoudre à m’autoriser des accès directs à Internet. Ces accès seront « en conscience ». Cela signifie qu’avant chaque accès à Internet, je suis obligé d’écrire les objectifs de cette connexion et de décrire autant que possible les tâches que je vais accomplir en ligne. Je garde dans un dossier les mails qui ne peuvent être actionnés qu’en ligne et je note dans un fichier les tâches obligatoires à faire en ligne.

Une fois qu’une connexion est décidée, je note dans un fichier spécial la date, l’heure et la raison de la connexion. Je lance un chronomètre. À ce moment-là, et seulement le chronomètre lancé, je me lève et je vais chercher le câble sur le palier. Je branche mon ordinateur et accomplis les tâches prévues. Je ne peux pas m’en écarter. Si la tâche est imprécise (comme accomplir une recherche ou investiguer un domaine), je me donne un temps limite fixé à l’avance et je lance un timer. Durant ces connexions, je n’ai pas le droit de lancer ma synchronisation. Chaque connexion est donc clairement identifiée, consciente, objective.

Une fois le câble débranché et remis à sa place, je peux couper le chronomètre et indiquer, dans mon fichier, le temps passé, arrondi à la minute supérieure. Nous sommes le 3 janvier et, en 2022, je peux affirmer que j’ai passé exactement 5 minutes en ligne, le temps qu’il m’a fallu pour poster le billet de blog du 1er janvier. Durant ces 5 minutes, j’ai dû me faire violence pour ne pas subrepticement ouvrir un onglet de navigateur vers un autre site que mon blog. J’ai tenu bon.

Ce système est également l’occasion de faire des économies. Céder aux achats en ligne impulsifs devient beaucoup plus compliqué. Ma carte de crédit devrait apprécier.

Un système évolutif et une expérience partagée

L’objectif premier de ma déconnexion n’est pas de devenir un puriste voire un puritain, mais de trouver un nouvel équilibre durable. Il me parait donc évident que, soumises aux contraintes de la vie réelle, mes règles vont évoluer. Que je vais devoir trouver des compromis ou des solutions. Que je vais découvrir des choses sur moi-même, sur ceux qui m’entourent, sur ceux avec qui je perdrai contact et ceux, au contraire, avec qui je vais me rapprocher.

Outre l’introspection, je souhaite également partager l’aspect technique que j’affine depuis 2018. Comment améliorer la quantité et la qualité des mails reçus et ceux qu’on envoie. Comment reprendre le contrôle de sa présence en ligne et de ses données. Cette déconnexion est une expérience globale, holistique que je souhaite partager avec vous dans ce blog, dans ce livre en cours d’écriture. Une manière de me connecter à vous, que vous me lisiez en 2022 ou dans un lointain futur. L’écriture et la lecture ne sont-elles pas, depuis 5000 ans, les expressions les plus pures de la connexion intellectuelle par delà la déconnexion physique ?

Si vous êtes éditeur ou agent littéraire et que le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à m’envoyer un mail à agent arrobase ploum.eu. Si vous avez des lectures ou des outils à me recommander, utilisez reaction arrobase ploum.eu. Les mails mettent un peu plus de temps que la normale à me parvenir, mais ils arrivent toujours à mon port.

Liens

Mon fameux script de synchronisation :

=> https://github.com/ploum/offlinetools

Le logiciel Offpunk (anciennement appelé AV-98-offline) :

=> https://tildegit.org/ploum/AV-98-offline

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Troisième jour de ma « déconnexion ». Elle m’obnubile, m’encombre l’esprit. Difficile de penser à autre chose. Mais au fond, qu’est-ce qu’une déconnexion ? Est-il réellement possible de se déconnecter totalement ? Est-ce que je lis les emails me demandant si je lis mes emails ? Je reste un humain, un animal social vivant dans un monde où la connexion à Internet est omniprésente.

Le terme « déconnexion » est donc arbitraire et propre à chacun. Un chef d’entreprise qui met son téléphone en mode avion le temps d’un week-end parle de déconnexion. De nombreux stages offrent de la déconnexion sous le nom « digital detox ». Mais lorsqu’il est question de dépasser quelques jours, il est indispensable de mettre en place un protocole, de formaliser les règles qui permettront d’établir si, oui ou non, nous respectons notre déconnexion.

Le pionnier en la matière est Thierry Crouzet qui, en 2012, a raconté dans son livre « J’ai débranché » les six mois passés sans utiliser Internet à une époque où l’addiction restait cantonnée à quelques geeks. Une déconnexion totale ? Pas tout à fait ! Lorsque l’utilisation d’Internet devenait incontournable, Thierry se mettait à supplier son épouse d’accomplir pour lui les actions nécessaires en ligne. Chaque déconnexion implique de mettre en place des échappatoires codifiées pour survivre dans un monde connecté.

Les déconnexions peuvent aller de la plus extrême, comme celle de Robert Hassan qui raconte dans « Uncontained » les cinq semaines passées sur un bateau porte-conteneurs sans connexion et avec des interactions minimales avec une poignée de membres d’équipage. À l’opposé, ma déconnexion de 2018 consistait à bloquer les sites d’actualités et de réseaux sociaux dans mon navigateur pendant trois mois. L’écrivain Cory Doctorow prend des « email holidays » durant lesquels chaque nouvel email reçu est effacé. L’expéditeur reçoit une réponse automatique lui demandant de réenvoyer son mail après une date donnée. Si la demande est urgente, l’expéditeur doit contacter la mère de Cory. Les informations de contact de celle-ci ne sont pas fournies, toute personne ne sachant pas contacter sa mère n’étant pas censée devoir le contacter en urgence.

Si ces expériences sont particulièrement utiles pour ouvrir les yeux et prendre un temps de réflexion, elles possèdent toutes un point commun : elles ne sont pas durables. Une fois le temps de la déconnexion terminée, les anciennes habitudes vont reprendre graduellement leur place. C’est insidieux, car la reconnexion est généralement perçue avec un certain dégoût. Le temps de déconnexion est idéalisé. Il devient un éden, un lieu de villégiature confortable, mais incompatible avec les exigences du monde moderne. Le néo-reconnecté est persuadé d’avoir changé. Il est d’abord parcimonieux, se reconnecte avec douceur. À la première période de stress, de nouveaux réflexes délétères se mettent en place.

Dix ans après sa déconnexion, Thierry s’énerve encore sur Facebook et reconnait « craquer » sans raison impérieuse pour un nouveau macbook. Robert Hassan explique avoir replongé dans son quotidien frénétique. Moi-même, je n’ai supprimé mes comptes de réseaux sociaux qu’à la perspective de cette déconnexion-ci, celle d’il y a trois ans étant déjà depuis longtemps oubliée.

En concevant cette déconnexion, je me suis posé l’objectif d’en faire une déconnexion durable. D’établir un protocole qui devrait pouvoir s’installer dans la durée, y compris après cette année de test. Le but n’est pas de prendre des vacances, mais bien d’établir une nouvelle méthode de travail.

Le tour réflexe

Lorsque je suis connecté à Internet, j’effectue machinalement ce que j’appelle mon « tour ». Une série de sites à visiter pour vérifier qu’il n’y rien d’urgent, rien d’important, rien de nouveau en ligne. Ce concept de « tour » est partagé par beaucoup de personnes dans ma situation. Il commence, par exemple, par vérifier sa boîte mail puis vérifier un site d’actualité puis Facebook, Linkedin, Twitter et quelques salons de discussion en ligne. Il peut contenir des éléments aussi divers que les résultats du football, un forum ou les cours de la bourse.

À chaque arrêt, il y’a potentiellement des nouveautés à lire, des messages auxquels répondre. Si le tour est suffisamment long, il peut être immédiatement recommencé une fois terminé, des messages ou des réponses étant arrivées dans l’intervalle. Il se transforme en boucle. Beaucoup de personnes utilisant Internet au quotidien possèdent ce genre de tour. Il n’est pas toujours conscient, pas toujours ordonné. On pourrait même dire que toute connexion à Internet sans un objectif préalable clairement défini ne sert qu’à accomplir une variante de ce « tour » réflexe, presque atavique. Chez certains, le tour ne contient qu’une étape : Facebook ou Instagram.

Une anecdote illustre l’effrayante force de l’habitude d’un tour. En 2014, le collègue placé à mes côtés dans l’openspace où je travaillais me montre un meme, une image comique particulièrement adaptée à la situation que nous rencontrions à ce moment-là. Je rigole. Je lui demande où il à trouvé cela.

— Sur 9gag. (prononcez « naïne gag» )

— Sur quoi ?

— Quoi ? Tu ne connais pas 9gag ?

Devant ma mine ahurie, il m’explique le principe du site, une simple page sur laquelle s’affichent les images rigolotes ayant reçu le plus de votes. Le site est tellement populaire que le renouvellement est presque constant.

Amusé, j’ouvre la page dans mon navigateur. Je prends très vite le réflexe de la consulter dès que le temps me semble long ou que je suis confronté à une tâche un peu difficile. Je parcours les images amusantes, les partage avec mon collègue. Je n’ai jamais ajouté le site à mes favoris, mais mon navigateur comprend très vite où je veux aller si je tape un simple « 9 » dans la barre d’adresse. Sans que je l’aie décidé, 9gag s’est imposé dans mon tour. Une étape réflexe, incontournable.

Après seulement quelques mois, je me rends très vite compte du temps perdu et de l’absurdité de ce site. Je n’ai plus envie d’y aller. Malgré cela, il m’arrive de trouver le site 9gag ouvert sur mon écran. Je m’effraie. Je découvre un projet Kickstarter d’un bracelet qui envoie des décharges électriques dès que l’on accède à un site « interdit », preuve que je suis loin d’être le seul dans ce genre de situation. Je rigole avec mes collègues à l’idée d’en acheter un. Sans recourir à cette extrémité, je me contente de bloquer le site 9gag dans mon navigateur. Un blocage qui est d’ailleurs toujours présent depuis lors.

Cela fait sept années que le site 9gag est bloqué sur mon ordinateur. Sept années sans y accéder et cela ne manque pas du tout. Ce n’était que de l’amusement sans valeur et sans intérêt. Pourtant, sept années plus tard, lorsque je suis confronté à une difficulté intellectuelle ou une tâche administrative un peu rébarbative face à un navigateur web ouvert, mes doigts tapent machinalement un « 9 » dans la barre d’adresse. Parfois, je ne souviens même plus de l’origine de ce chiffre. Je dois réfléchir pour comprendre pourquoi s’affiche une recherche sur le chiffre « 9 ». Mes doigts, eux, n’ont pas ce scrupule. Ils tapent « 9 », sept années après mon dernier accès à un site contenant ce caractère.

do_the_internet.sh

Durant ma connexion de 2018, je me suis efforcé d’améliorer mon tour. De le réduire et d’en retirer les éléments les plus morbides. L’une de mes observations a été ma capacité à trouver des alternatives. Dès que mon tour devenait « trop court », je découvrais une nouvelle source de distraction. Les sources les plus qualitatives étaient les plus dangereuses. En effet, la qualité de ce que je lisais me permettait de justifier le temps passé et l’automatisme était très vite assimilé. La consultation de mon tour mélange chez moi une savante dose de procrastination, un désir de découvrir des nouvelles choses et la crainte de rater ce qui se dit ou se fait, le fameux FOMO (Fear of Missing Out).

Sur le gemlog de Solderpunk, le créateur du protocole Gemini (un gemlog est l’équivalent d’un blog sur le réseau Gemini), j’ai lu l’idée d’un script « do_the_internet.sh ». Un script est un petit programme simple consistant en un ensemble de commandes que l’ordinateur doit effectuer de manière automatique. L’intérêt d’un script est d’automatiser une suite de commandes qui sont toujours les mêmes. J’ai alors eu une illumination. Plutôt que de lutter pour améliorer mon tour, j’allais l’automatiser.

Une heureuse sérendipité me faisait lire, le même jour, un article sur la conception de scripts suggérant que chaque étape ne devait pas nécessairement être automatique. Un bon script pouvait contenir une instruction demandant explicitement à un humain d’accomplir une tâche, mélangeant les concepts d’automatisation et de check-list.

J’ai donc créé un fichier appelé « do_the_internet.sh » dans lequel j’ai listé ce que je voulais accomplir en ligne chaque jour. Au début, ce fichier ne contenait absolument pas de code, mais de simples phrases comme « vérifier mes emails » ou « vérifier mon agenda ». Au cours des semaines, j’ai réussi à automatiser certaines des tâches. À chaque étape de mon tour quotidien, je me posais la question « Pourrais-je l’automatiser ? Cela en vaut-il vraiment la peine ? ».

L’objectif final m’est apparu rapidement : une fois ce script entièrement automatisé, je pourrai me contenter de le lancer une fois par jour sans rien rater. Encore faut-il que j’estime qu’il soit « terminé ». Je me suis donc fixé une date de départ symbolique et évidente : le premier janvier. Il me restait quelques semaines pour mettre au point mon protocole de déconnexion.

Le quotidien de ma déconnexion

Pour cette déconnexion 2022, je peux donc, une fois par jour, synchroniser mon ordinateur en lançant mon script do_the_internet.sh. Cette synchronisation se fait en branchant un câble dans mon ordinateur sur le palier de l’escalier de la maison. Je dois physiquement me déplacer pour y accéder. Lorsque l’ordinateur se synchronise, je ne peux pas l’utiliser, tout est automatique.

Ce script va tout d’abord synchroniser mes emails. Ceux-ci sont téléchargés sur mon ordinateur afin d’y accéder sans connexion. Tous les emails que j’ai rédigés vont être envoyés. Les mails que j’ai archivés sur mon ordinateur vont être archivés en ligne. Envoyer des mails hors-ligne est une expérience très satisfaisante. Une fois la commande d’envoi effectuée, je n’ai rien à faire, rien à penser. Le mail partira sans action de ma part lors de la prochaine synchronisation. Par contre, si j’éprouve le moindre doute, même plusieurs heures après, je peux aller annuler mon mail. Cette latence artificielle empêche le fameux « ping-pong » où plusieurs mails et réponses s’envoient et se télescopent en quelques minutes. Je suis forcé de réfléchir à ce que j’écris, forcé de prendre le temps de lire ce que je reçois.

En second lieu, mon script va synchroniser les flux RSS des blogs que je lis. Cela se fait uniquement en mode texte, sans image. Cela me permet de garder le contact avec les gens que j’aime bien ou qui sont intéressants. La plupart des blogs que je suis ne postent que de manière très sporadique, j’ai tendance à supprimer les flux dès qu’ils dépassent quelques billets par semaine. En complément des flux, l’accès à l’email me donne également la possibilité d’être abonné à des newsletters. En réalité, je ne suis abonné qu’au site lobste.rs, un site très technique qui permet la mise en place de filtres. J’ai été tellement drastique que je ne reçois que les articles dans un champ d’intérêt très restreint et rare.

L’un de mes objectifs lors de cette année de déconnexion est de réfléchir aux concepts de décentralisation et de protocoles Internet. Pour cette raison, j’ai souhaité ne pas perdre le contact avec le réseau Gemini. Je me suis donc attelé à modifier le navigateur AV-98 pour qu’il me permette de naviguer hors-ligne sur le réseau Gemini. Cette modification a pris de l’ampleur et, avec l’accord de Solderpunk, le créateur de AV-98, j’ai décidé d’en faire un logiciel différent (un fork). J’ai donc codé « Offpunk », un navigateur hors-ligne. Il se concentre pour le moment sur le réseau Gemini, mais je compte le faire évoluer. Le principe d’Offpunk est de se synchroniser pour télécharger le contenu qui pourrait être utile puis d’être utilisable entièrement hors-ligne. Si l’utilisateur tente d’accéder à un contenu qui n’est pas disponible hors-ligne, il est marqué pour être téléchargé lors de la prochaine connexion. La troisième étape de mon script est donc de demander à Offpunk de télécharger ce qui doit l’être sur le réseau Gemini.

Les mails, les RSS et Gemini me donnent l’opportunité d’avoir accès au monde extérieur tout en étant littéralement déconnecté. Si une page web me semble vraiment intéressante à lire et que je n’ai pas accès au contenu, mon système prépare automatiquement un mail qui sera envoyé au service forlater.email. À tout email contenant une ou plusieurs adresses, ce service répond avec un email contenant l’intégralité du texte de la page web en question. Je peux donc naviguer sur le web en utilisant l’email. Avec un délai de 24h, entre le moment où je décide de lire le contenu d’un lien et le moment où je le lis réellement.

Mon téléphone est un Hisense A5, un téléphone avec écran eink en noir et blanc et ne disposant pas des services Google. J’ai désinstallé tout navigateur web et tout logiciel de courriels. Quand il est dans mon bureau, mon téléphone est en mode avion. Whatsapp a été « freezé », signifiant qu’il ne va pas recevoir de messages (mais je dois le garder pour certaines urgences familiales potentielles). Je garde Signal pour les interactions immédiates et nécessaires à la gestion familiale. En dehors de Signal, le téléphone est principalement utile pour les applications de cartographies : OSMAnd, Organic Maps et Google Maps (qui fonctionne sans compte Google). Ce dernier est utile pour consulter les heures d’ouverture et les numéros de téléphone des commerces. Je considère que ces applications de cartographie sont d’excellents services qui n’entrainent aucune distraction. Je peux donc sans soucis les garder.

Enfin, je dispose sur mon ordinateur d’une copie de Wikipédia accessible grâce aux logiciels Kiwix et Webarchives.

Les exceptions (ou la tricherie tolérée)

Malheureusement, il n’est pas réaliste de tout traiter en ligne à travers les emails. J’ai relevé plusieurs actions qui restent nécessaires et ne peuvent se faire qu’interactivement. La gestion administrative et bancaire, les achats en ligne (depuis les livres non disponibles en libraire au matériel de vélo), la préparation des voyages, des raids vélo (Komoot) ainsi que la gestion des projets open source (rapports de bugs, merge sur Github). Sans compter les incontournables réunions en ligne sur Teams ou Jitsi. Paradoxalement, je n’ai pas non plus encore automatisé le fait de poster sur mon blog (mais j’y travaille).

Pour faire tout cela sans devoir, comme Thierry, supplier mon épouse, j’ai dû me résoudre à m’autoriser des accès directs à Internet. Ces accès seront « en conscience ». Cela signifie qu’avant chaque accès à Internet, je suis obligé d’écrire les objectifs de cette connexion et de décrire autant que possible les tâches que je vais accomplir en ligne. Je garde dans un dossier les mails qui ne peuvent être actionnés qu’en ligne et je note dans un fichier les tâches obligatoires à faire en ligne.

Une fois qu’une connexion est décidée, je note dans un fichier spécial la date, l’heure et la raison de la connexion. Je lance un chronomètre. À ce moment-là, et seulement le chronomètre lancé, je me lève et je vais chercher le câble sur le palier. Je branche mon ordinateur et accomplis les tâches prévues. Je ne peux pas m’en écarter. Si la tâche est imprécise (comme accomplir une recherche ou investiguer un domaine), je me donne un temps limite fixé à l’avance et je lance un timer. Durant ces connexions, je n’ai pas le droit de lancer ma synchronisation. Chaque connexion est donc clairement identifiée, consciente, objective.

Une fois le câble débranché et remis à sa place, je peux couper le chronomètre et indiquer, dans mon fichier, le temps passé, arrondi à la minute supérieure. Nous sommes le 3 janvier et, en 2022, je peux affirmer que j’ai passé exactement 5 minutes en ligne, le temps qu’il m’a fallu pour poster le billet de blog du 1er janvier. Durant ces 5 minutes, j’ai dû me faire violence pour ne pas subrepticement ouvrir un onglet de navigateur vers un autre site que mon blog. J’ai tenu bon.

Ce système est également l’occasion de faire des économies. Céder aux achats en ligne impulsifs devient beaucoup plus compliqué. Ma carte de crédit devrait apprécier.

Un système évolutif et une expérience partagée

L’objectif premier de ma déconnexion n’est pas de devenir un puriste voire un puritain, mais de trouver un nouvel équilibre durable. Il me parait donc évident que, soumises aux contraintes de la vie réelle, mes règles vont évoluer. Que je vais devoir trouver des compromis ou des solutions. Que je vais découvrir des choses sur moi-même, sur ceux qui m’entourent, sur ceux avec qui je perdrai contact et ceux, au contraire, avec qui je vais me rapprocher.

Outre l’introspection, je souhaite également partager l’aspect technique que j’affine depuis 2018. Comment améliorer la quantité et la qualité des mails reçus et ceux qu’on envoie. Comment reprendre le contrôle de sa présence en ligne et de ses données. Cette déconnexion est une expérience globale, holistique que je souhaite partager avec vous dans ce blog, dans ce livre en cours d’écriture. Une manière de me connecter à vous, que vous me lisiez en 2022 ou dans un lointain futur. L’écriture et la lecture ne sont-elles pas, depuis 5000 ans, les expressions les plus pures de la connexion intellectuelle par delà la déconnexion physique ?

Si vous êtes éditeur ou agent littéraire et que le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à m’envoyer un mail à agent arrobase ploum.eu. Si vous avez des lectures ou des outils à me recommander, utilisez reaction arrobase ploum.eu. Les mails mettent un peu plus de temps que la normale à me parvenir, mais ils arrivent toujours à mon port.

Liens

Mon fameux script de synchronisation :

=> https://github.com/ploum/offlinetools

Le logiciel Offpunk (anciennement appelé AV-98-offline) :

=> https://tildegit.org/ploum/AV-98-offline

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
1er janvier 2022, quelques minutes après minuit https://ploum.net/?p=7076 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?1er-janvier-2022-quelques-minutes-après-minuit Sat, 01 Jan 2022 12:17:34 +0100 Les feux d’artifice résonnent dans notre quartier. Après avoir embrassé mon épouse et lui avoir souhaité une bonne année 2022, je suis allé dans mon bureau pour mettre en pratique une résolution prise et préparée depuis presque deux mois. J’ai hésité une seconde. Voilà deux mois que l’idée a germé, que j’attends ce moment avec impatience, que je tourne et retourne les modalités pratiques dans ma tête. Pourtant, au moment fatidique, une partie de moi me fait croire que je n’en ai pas vraiment besoin. Que ça peut attendre. Être plus progressif.

Le sentiment d’être un addict me frappe de plein fouet. Jusque là, j’avais toujours cru que tout n’était qu’une question de choix. Que j’arrêtais quand je le voulais. Pourtant, même après deux mois de préparation enthousiaste, mon inconscient cherche à négocier jusqu’au dernier moment.

Pour ne pas lui laisser la moindre marge de manœuvre, j’agis sans regarder mon écran. Le cœur battant, j’arrache le câble RJ-45 relié à mon ordinateur et le sort de mon bureau.

2022 sera une année déconnectée. Une année loin du web.

C’est en prévision de ce moment que j’ai désactivé le wifi de mon portable et n’utilise plus que la connexion câblée depuis plusieurs mois. C’est en prévision de ce moment que j’ai configuré mon ordinateur et passé mes dernières semaines à coder.

Depuis mon premier site web il y a vingt-quatre ans, le web a fait de moi qui je suis. Je lui ai offert des dizaines de milliers d’heures de ma vie et il m’a donné en échange des idées, des rencontres, des carrières, des opportunités dont je n’aurais osé rêver. Pourtant, depuis plusieurs années, un sentiment diffus s’est installé. La balance s’est subtilement inversée. Le web me prend plus. Affecte mon humeur, ma santé, ma productivité. Il m’apporte moins. De moins en moins. Avec une qualité déclinante.

La qualité, les réflexions, elles sont pourtant à portée de main dans les rayonnages des bibliothèques qui constellent ma maison. Malheureusement, après quelques pages, mes yeux se tournent machinalement vers l’écran qui scintille, qui m’appelle.

Une idée germe. Je lance mon éditeur pour en rédiger les balbutiements. Mais derrière l’éditeur se tapit, sournois, un navigateur web toujours lancé, près à s’engouffrer dans la moindre hésitation, à interpréter le moindre frémissement des mes doigts sur le clavier comme une invitation à flâner en ligne. Confronté à une phrase difficile, je m’échappe, je clique machinalement de lien en lien, cherchant La Nouvelle Importante, l’Article Tellement Intéressant avant de constater que mon idée initiale s’est tarie.

Je m’arrache à cette lascive procrastination d’un suprême effort de volonté, je m’immerge dans ce que les anglophones appellent le « flow » avant d’être interrompu par une notification de mise à jour d’un logiciel que j’utilise. Le calendrier m’affiche le rappel de l’anniversaire d’une vague connaissance ou d’un événement que j’avais pourtant refusé. Ma boîte mail se met à clignoter. N’avais-je pourtant pas désactivé ces notifications ? Malgré le fait qu’il soit en silencieux, mon téléphone s’illumine dans mon champ de vision, car un énième message s’est empilé dans l’un de ces groupes Whatsapp ou Signal auxquels j’ai été, à un moment ou un autre, ajouté.

Ding Dong ! On sonne à la porte. Le livreur apporte un colis que je ne me souvenais même plus avoir commandé. Plutôt que de travailler à mes tâches importantes, une énième idée m’était venue, j’avais investigué le matériel nécessaire pour la mettre en place et j’avais même passé commande devant une offre alléchante. J’en avais profité pour commander la liste des livres que mon libraire ne peut pas obtenir en un temps décent. Malgré que la commande ait été faite tout d’un bloc et sans urgence, Amazon va me les faire parvenir au compte-goutte, chaque livre nécessitant un arrêt de la camionnette et une sonnerie de porte.

Les enfants rentrent de l’école. Je n’ai pas progressé dans les tâches que je m’étais fixées. Par contre, des millions de fragments d’idées ont germé dans la sérendipité du web, me remplissant de nouveaux objectifs, de nouveaux projets que je devrais accomplir si le web m’en laissait le temps. Ma liste de tâche n’a donc fait qu’augmenter, avec elle ma frustration.

En 2022, c’est décidé, je me déconnecte. J’envoie valser un quart de siècle de réflexes, de conditionnement. Je veux réapprendre à aimer mon ordinateur, ne plus le voir comme un ennemi, en avoir peur.

Mais est-ce réaliste ? Tant de choses se font sur le web désormais. Se déconnecter du web, s’est également se passer de tout un pan d’Internet aussi indispensable que l’électricité ou l’eau courante.

La connexion m’est, professionnellement et par passion, incontournable. Mais je peux la rendre minimale, contrôlée. Consciente. Efficace.

C’est à cela que je me prépare depuis deux mois. C’est cela que je m’apprête à mettre en production alors que les pétards se sont tus, mais pas encore les échos de la fête.

Une année 2022 déconnectée.

Une année que je vais documenter sous forme d’un livre publié sur ce blog dont vous êtes en train de lire le premier chapitre (et pour lequel je suis à la recherche d’un éditeur ou d’un agent littéraire, y compris pour une version anglophone).

Le point final étant mis à ce chapitre, mon premier réflexe est de me récompenser de mon effort en m’offrant quelques minutes de surf sur le web. Mes doigts cherchent, mais mon esprit conscient réalise l’impossibilité d’assouvir ce désir. Mon navigateur affiche une erreur de connexion.

Nous sommes en 2022. Ça y’est ! Je suis déconnecté.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Les feux d’artifice résonnent dans notre quartier. Après avoir embrassé mon épouse et lui avoir souhaité une bonne année 2022, je suis allé dans mon bureau pour mettre en pratique une résolution prise et préparée depuis presque deux mois. J’ai hésité une seconde. Voilà deux mois que l’idée a germé, que j’attends ce moment avec impatience, que je tourne et retourne les modalités pratiques dans ma tête. Pourtant, au moment fatidique, une partie de moi me fait croire que je n’en ai pas vraiment besoin. Que ça peut attendre. Être plus progressif.

Le sentiment d’être un addict me frappe de plein fouet. Jusque là, j’avais toujours cru que tout n’était qu’une question de choix. Que j’arrêtais quand je le voulais. Pourtant, même après deux mois de préparation enthousiaste, mon inconscient cherche à négocier jusqu’au dernier moment.

Pour ne pas lui laisser la moindre marge de manœuvre, j’agis sans regarder mon écran. Le cœur battant, j’arrache le câble RJ-45 relié à mon ordinateur et le sort de mon bureau.

2022 sera une année déconnectée. Une année loin du web.

C’est en prévision de ce moment que j’ai désactivé le wifi de mon portable et n’utilise plus que la connexion câblée depuis plusieurs mois. C’est en prévision de ce moment que j’ai configuré mon ordinateur et passé mes dernières semaines à coder.

Depuis mon premier site web il y a vingt-quatre ans, le web a fait de moi qui je suis. Je lui ai offert des dizaines de milliers d’heures de ma vie et il m’a donné en échange des idées, des rencontres, des carrières, des opportunités dont je n’aurais osé rêver. Pourtant, depuis plusieurs années, un sentiment diffus s’est installé. La balance s’est subtilement inversée. Le web me prend plus. Affecte mon humeur, ma santé, ma productivité. Il m’apporte moins. De moins en moins. Avec une qualité déclinante.

La qualité, les réflexions, elles sont pourtant à portée de main dans les rayonnages des bibliothèques qui constellent ma maison. Malheureusement, après quelques pages, mes yeux se tournent machinalement vers l’écran qui scintille, qui m’appelle.

Une idée germe. Je lance mon éditeur pour en rédiger les balbutiements. Mais derrière l’éditeur se tapit, sournois, un navigateur web toujours lancé, près à s’engouffrer dans la moindre hésitation, à interpréter le moindre frémissement des mes doigts sur le clavier comme une invitation à flâner en ligne. Confronté à une phrase difficile, je m’échappe, je clique machinalement de lien en lien, cherchant La Nouvelle Importante, l’Article Tellement Intéressant avant de constater que mon idée initiale s’est tarie.

Je m’arrache à cette lascive procrastination d’un suprême effort de volonté, je m’immerge dans ce que les anglophones appellent le « flow » avant d’être interrompu par une notification de mise à jour d’un logiciel que j’utilise. Le calendrier m’affiche le rappel de l’anniversaire d’une vague connaissance ou d’un événement que j’avais pourtant refusé. Ma boîte mail se met à clignoter. N’avais-je pourtant pas désactivé ces notifications ? Malgré le fait qu’il soit en silencieux, mon téléphone s’illumine dans mon champ de vision, car un énième message s’est empilé dans l’un de ces groupes Whatsapp ou Signal auxquels j’ai été, à un moment ou un autre, ajouté.

Ding Dong ! On sonne à la porte. Le livreur apporte un colis que je ne me souvenais même plus avoir commandé. Plutôt que de travailler à mes tâches importantes, une énième idée m’était venue, j’avais investigué le matériel nécessaire pour la mettre en place et j’avais même passé commande devant une offre alléchante. J’en avais profité pour commander la liste des livres que mon libraire ne peut pas obtenir en un temps décent. Malgré que la commande ait été faite tout d’un bloc et sans urgence, Amazon va me les faire parvenir au compte-goutte, chaque livre nécessitant un arrêt de la camionnette et une sonnerie de porte.

Les enfants rentrent de l’école. Je n’ai pas progressé dans les tâches que je m’étais fixées. Par contre, des millions de fragments d’idées ont germé dans la sérendipité du web, me remplissant de nouveaux objectifs, de nouveaux projets que je devrais accomplir si le web m’en laissait le temps. Ma liste de tâche n’a donc fait qu’augmenter, avec elle ma frustration.

En 2022, c’est décidé, je me déconnecte. J’envoie valser un quart de siècle de réflexes, de conditionnement. Je veux réapprendre à aimer mon ordinateur, ne plus le voir comme un ennemi, en avoir peur.

Mais est-ce réaliste ? Tant de choses se font sur le web désormais. Se déconnecter du web, s’est également se passer de tout un pan d’Internet aussi indispensable que l’électricité ou l’eau courante.

La connexion m’est, professionnellement et par passion, incontournable. Mais je peux la rendre minimale, contrôlée. Consciente. Efficace.

C’est à cela que je me prépare depuis deux mois. C’est cela que je m’apprête à mettre en production alors que les pétards se sont tus, mais pas encore les échos de la fête.

Une année 2022 déconnectée.

Une année que je vais documenter sous forme d’un livre publié sur ce blog dont vous êtes en train de lire le premier chapitre (et pour lequel je suis à la recherche d’un éditeur ou d’un agent littéraire, y compris pour une version anglophone).

Le point final étant mis à ce chapitre, mon premier réflexe est de me récompenser de mon effort en m’offrant quelques minutes de surf sur le web. Mes doigts cherchent, mais mon esprit conscient réalise l’impossibilité d’assouvir ce désir. Mon navigateur affiche une erreur de connexion.

Nous sommes en 2022. Ça y’est ! Je suis déconnecté.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Extrait de mon journal, 19 septembre 2021 https://ploum.net/?p=6981 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Extrait-de-mon-journal-19-septembre-2021 Tue, 02 Nov 2021 12:08:31 +0100 J’ai relu la magnifique conclusion du Héros aux mille et un visages de Joseph Campbell. L’essence d’un livre se trouve dans sa conclusion. Tout le reste ne fait que préparer le lecteur à comprendre et pouvoir apprécier cette conclusion. En relisant Campbell, je réalise que ce que je croyais être une recherche d’amélioration de mon écriture devient une quête universelle, un plongeon qui m’entraîne dans la réflexion de ma place dans la société, du rôle de la société, de l’essence de l’individu, de la quête d’identité.

Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? En quoi la lecture et l’écriture peuvent répondre à cette question ? En quoi cette quête peut-elle me réconforter dans ma propre mortalité et dans la mortalité de l’humanité toute entière symbolisée désormais par mes enfants ?

Se passer d’écran, se passer d’interaction nous permet de contempler le gouffre infini de nos questions, de nos angoisses. Une contemplation effrayante, dangereuse. N’est-il point étonnant que la majorité se réfugient dans les viatiques que sont le travail, la suractivité et l’abrutissement réconfortant ? Ce que que nous appelons ennui, solitude, je l’appelle désormais conscience et vérité.

Mais comment pourrais-je juger ceux qui souhaitent inconsciemment s’en écarter ? J’ai fait partie du groupe, j’en fais toujours partie. Je lutte pour m’extirper, pour trouver ou retrouver une illusoire clarté d’esprit que certains n’ont jamais perdu et que d’autres ne pourront jamais imaginer.

Extrait de mon journal intime publié sur recommandation de mon épouse.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
J’ai relu la magnifique conclusion du Héros aux mille et un visages de Joseph Campbell. L’essence d’un livre se trouve dans sa conclusion. Tout le reste ne fait que préparer le lecteur à comprendre et pouvoir apprécier cette conclusion. En relisant Campbell, je réalise que ce que je croyais être une recherche d’amélioration de mon écriture devient une quête universelle, un plongeon qui m’entraîne dans la réflexion de ma place dans la société, du rôle de la société, de l’essence de l’individu, de la quête d’identité.

Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? En quoi la lecture et l’écriture peuvent répondre à cette question ? En quoi cette quête peut-elle me réconforter dans ma propre mortalité et dans la mortalité de l’humanité toute entière symbolisée désormais par mes enfants ?

Se passer d’écran, se passer d’interaction nous permet de contempler le gouffre infini de nos questions, de nos angoisses. Une contemplation effrayante, dangereuse. N’est-il point étonnant que la majorité se réfugient dans les viatiques que sont le travail, la suractivité et l’abrutissement réconfortant ? Ce que que nous appelons ennui, solitude, je l’appelle désormais conscience et vérité.

Mais comment pourrais-je juger ceux qui souhaitent inconsciemment s’en écarter ? J’ai fait partie du groupe, j’en fais toujours partie. Je lutte pour m’extirper, pour trouver ou retrouver une illusoire clarté d’esprit que certains n’ont jamais perdu et que d’autres ne pourront jamais imaginer.

Extrait de mon journal intime publié sur recommandation de mon épouse.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Arrêtez de me suivre sur les réseaux sociaux https://ploum.net/?p=6973 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Arrêtez-de-me-suivre-sur-les-réseaux-sociaux Sat, 30 Oct 2021 16:00:03 +0200 Si vous lisez ce message et que vous me suivez ou que nous sommes amis sur un quelconque réseau social, arrêtez de me suivre. Annulez notre amitié sur Facebook, arrêtez d’aimer ma page, arrêter de me suivre suivre sur Twitter, sur Medium voire sur Mastodon.

J’ai découvert, en supprimant mon compte Linkedin, à quel point cela m’ôtait un poids inconscient de la poitrine, à quel point l’existence même d’un compte à mon nom m’aspirait dans un monde d’apparence, de marketing et de quête de gloriole. Après tout, mon compte Facebook n’a été (re)créé qu’avec l’objectif avoué de me faire élire aux élections de 2012 (ce qui n’a, heureusement, pas fonctionné).

En créant un gemlog, l’équivalent d’un blog pour le protocole Gemini, j’ai retrouvé le plaisir d’écrire simplement, sans fioriture, sans me tracasser du succès potentiel d’un billet ni de mon lectorat. L’influence néfaste des réseaux sociaux, dans laquelle mon égotique quête de gloire m’a fait m’engouffrer, tentant, je m’en excuse aujourd’hui, de vous aspirer avec moi, a transformé mes réflexions en d’amphigouriques prétentions, quémandant les « likes » et les partages à tout prix.

Je supprimerai bientôt mon compte et ma page Facebook, chose que j’ai déjà faite en 2008 et que j’aurais dû refaire il y a bien longtemps. De toute façon, même si vous me suivez sur ce réseau, il y’a beaucoup de chances pour que vous ne voyiez pas ce que je poste.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je vous demande de me « déliker/unfriender/unfollower ».

J’ai en effet observé que l’impact d’un post sur Facebook ou Twitter était toujours très faible en regard du nombre théorique de « followers ».

=> https://ploum.net/le-mensonge-des-reseaux-sociaux/

Une de mes théories est qu’au plus vous avez de followers, au moins Facebook et Twitter diffusent votre contenu pour vous encourager à payer. Si cette théorie est juste, ce que je souhaite vérifier avec cette expérience, en arrêtant de me suivre, vous m’aideriez à diffuser ce message paradoxal : « arrêtez de me suivre ! ».

Contrairement à Facebook et Twitter, je suis complètement aligné avec l’éthique du projet Mastodon. Néanmoins, j’ai l’impression que ce réseau entretient également une quête de « followers ». Je garde toujours mon compte, mais, dans le doute, arrêtez de me suivre également là-bas.

Si mes écrits vous intéressent, vous pouvez vous abonner par mail ou par RSS. Ou tout simplement venir sur ce blog à votre meilleure convenance. Si un billet mérite selon vous d’être partagé, envoyez-le par mail, copiez/collez, imprimez-le. Autorisez-vous également à ne rien partager immédiatement, mais à garder l’idée dans un coin de votre cerveau pour vous l’approprier, pour en parler autour de vous en oubliant son origine.

« Ce que je reproche aux journaux c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles. »

(Proust, Du côté de chez Swann)

Comme Proust, je pense que les idées vraiment importantes, celles qui peuvent changer nos vies, ne se trouvent pas dans les médias, dont les réseaux sociaux ne sont qu’une descendance bâtarde, mais dans les livres.

Des livres qui attendent patiemment, dans une bibliothèque de famille ou de quartier, en pile sur votre bureau, dans une caisse au grenier, que vous lâchiez votre écran des yeux.

Aidez-moi à lire plus de livres, arrêtez de me suivre sur les réseaux sociaux !

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Si vous lisez ce message et que vous me suivez ou que nous sommes amis sur un quelconque réseau social, arrêtez de me suivre. Annulez notre amitié sur Facebook, arrêtez d’aimer ma page, arrêter de me suivre suivre sur Twitter, sur Medium voire sur Mastodon.

J’ai découvert, en supprimant mon compte Linkedin, à quel point cela m’ôtait un poids inconscient de la poitrine, à quel point l’existence même d’un compte à mon nom m’aspirait dans un monde d’apparence, de marketing et de quête de gloriole. Après tout, mon compte Facebook n’a été (re)créé qu’avec l’objectif avoué de me faire élire aux élections de 2012 (ce qui n’a, heureusement, pas fonctionné).

En créant un gemlog, l’équivalent d’un blog pour le protocole Gemini, j’ai retrouvé le plaisir d’écrire simplement, sans fioriture, sans me tracasser du succès potentiel d’un billet ni de mon lectorat. L’influence néfaste des réseaux sociaux, dans laquelle mon égotique quête de gloire m’a fait m’engouffrer, tentant, je m’en excuse aujourd’hui, de vous aspirer avec moi, a transformé mes réflexions en d’amphigouriques prétentions, quémandant les « likes » et les partages à tout prix.

Je supprimerai bientôt mon compte et ma page Facebook, chose que j’ai déjà faite en 2008 et que j’aurais dû refaire il y a bien longtemps. De toute façon, même si vous me suivez sur ce réseau, il y’a beaucoup de chances pour que vous ne voyiez pas ce que je poste.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je vous demande de me « déliker/unfriender/unfollower ».

J’ai en effet observé que l’impact d’un post sur Facebook ou Twitter était toujours très faible en regard du nombre théorique de « followers ».

=> https://ploum.net/le-mensonge-des-reseaux-sociaux/

Une de mes théories est qu’au plus vous avez de followers, au moins Facebook et Twitter diffusent votre contenu pour vous encourager à payer. Si cette théorie est juste, ce que je souhaite vérifier avec cette expérience, en arrêtant de me suivre, vous m’aideriez à diffuser ce message paradoxal : « arrêtez de me suivre ! ».

Contrairement à Facebook et Twitter, je suis complètement aligné avec l’éthique du projet Mastodon. Néanmoins, j’ai l’impression que ce réseau entretient également une quête de « followers ». Je garde toujours mon compte, mais, dans le doute, arrêtez de me suivre également là-bas.

Si mes écrits vous intéressent, vous pouvez vous abonner par mail ou par RSS. Ou tout simplement venir sur ce blog à votre meilleure convenance. Si un billet mérite selon vous d’être partagé, envoyez-le par mail, copiez/collez, imprimez-le. Autorisez-vous également à ne rien partager immédiatement, mais à garder l’idée dans un coin de votre cerveau pour vous l’approprier, pour en parler autour de vous en oubliant son origine.

« Ce que je reproche aux journaux c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles. »

(Proust, Du côté de chez Swann)

Comme Proust, je pense que les idées vraiment importantes, celles qui peuvent changer nos vies, ne se trouvent pas dans les médias, dont les réseaux sociaux ne sont qu’une descendance bâtarde, mais dans les livres.

Des livres qui attendent patiemment, dans une bibliothèque de famille ou de quartier, en pile sur votre bureau, dans une caisse au grenier, que vous lâchiez votre écran des yeux.

Aidez-moi à lire plus de livres, arrêtez de me suivre sur les réseaux sociaux !

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
The Monstrosity Email Has Become https://ploum.net/?p=7053 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?The-Monstrosity-Email-Has-Become Wed, 20 Oct 2021 11:37:00 +0200 Lot has been said about how the web evolved to become a kind of monstrous entity. If you are on Gemini, you probably see what I’m talking about. The mail protocol has followed a similar evolution but it’s a bit more subtle and has often been summarised as « too much email. ».

I’m currently thinking deeply about Offmini, a protocol which would be to email what Gemini is to the web. This prompted me to write about what was bad with email. This post was written as part of another one where I described how I’m building Offmini. It became so long I figured it should be an independent post on its own.

Sending Problem

The first and obvious problem with email is that it has been developed 40 years ago as a receiver-only protocol. 15 years ago, most of the mail traffic was random spam. By random spam I mean that spammers were really generating random mail addresses (or scrapping them over the web) and sending trillions of emails to every possible address. You could receive spam in a language you didn’t even speak.

Complex protocols have been added on top of SMTP, relying once again on DNS (SPF, Dmarc,DKIM), to try controlling the spam by making email a sender-and-receiver protocol (a notion I will describe in a subsequent post). This had the side effect of making it harder and harder to set up your own mail server.

As homemade mail servers were harder to build and less reliable, email started to consolidate into a small oligopoly: Hotmail, Gmail, Yahoo and a handful of others. Having lots of power, those huge monopolistic beasts could easily reject mails from independent servers as spam, making their service even more attractive to customers. It might not have been on purpose but it was the case (source : I maintained multiple independent mail servers between 2000 and 2010).

One clear consequence is that you can’t send email from your computer anymore as it was originally intended. You need a mail server properly configured with a permanent connection to act as a sender identity. And even that is though as Cory Doctorow learned.

=> https://doctorow.medium.com/dead-letters-73924aa19f9d

Format problem

The impact of monopolies on email impacted the format of emails themselves. Emails are encoded in a very impractical format called MIME 1.0. By today standard, this format is very hard to parse and has been awfully abused with HTML emails, trackers, etc. Basically created on a napkin by two guys, MIME never went further than 1.0 because nobody agreed to upgrade it. It was too successful too quickly.

There was only one major addition to MIME. And it was not a planned one: the infamous winmail.dat format.

At the time, there was a bug in Microsoft Outlook, the main mail client on the market, that transformed outgoing emails in a cryptic file called « winmail.dat ». The problem was that Outlook itself was able to decrypt winmail.dat files. As Outlook had a dominant position, only people not using outlook were having the problem of receiving empty emails with only one attachment that they could not open called « winmail.dat ». Users of independent mail servers relying on the open source Squirrelmail webmail interface started to blame their mail administrator (myself, for ten years).

The problem became worse when Google reverse engineered the winmail.dat bug in order to transparently support it in Gmail. At that point, the winmail.dat Microsoft bug became part of the MIME standard without any specification having been ever written.

=> https://ploum.net/winmail-dat-syndrome/

It may gradually fade out but most mail client still have the code to deal with the winmail.dat never documented format.

Email has a bad protocol for sending, a bad file format but what about receiving? It’s not better.

Receiving Problem

As Vint Cerf acknowledged, the whole IP stack was built at a time were memory was really expensive. There was a feeling that storing data would always be more expensive than sending them directly. That’s the reason why we envision the Internet as real-time connection only. As soon as you unplug your computer, you are outside of the Internet. Each software has to deal with disconnection independently. Usually it’s by popping up an error in the face of the user and telling him to check his connection.

As it was clear that most personal computers were not connected all the time, yet another protocol was created to retrieve emails from mail servers and store them on a non-mail server computer: POP3.

The protocol was bad enough not to allow any synchronisation for stuff like folders or marking mails as read. Once again, the goal was to save memory on the server: users could download mail once for all and they would be removed from the server (there was an option to leave them on the server but this was rarely used as space was limited and, with some clients, you had to regularly redownload all the emails).

IMAP was introduced to fix POP3 flaws. IMAP is a very complex protocol with fuzzy part open to interpretations. It’s well known by mail administrators that some particular IMAP servers are not compatible with some particular clients. IMAP was so severely abused by providers that most mail client handle some mail providers separately (like Gmail or Outlook).

IMAP was also created with a permanent connection in mind and most mail clients expect a connection, throwing an error at each offline action. If an offline mode exists, like in Thunderbird, it must be manually configured and is clearly an after-thought.

Worst of all: every IMAP client store emails in its own particular way. There are multiple standard, like Mailbox and Maildir, but each client seems to have its own interpretation of it. If you ever browse Stackoverflow, you will find lots of people asking a naively simple question : « How can I access my email locally with Mutt on the command line and with a graphical mail client ? » Sounds reasonable, right ? After all, you did all the increasingly obscure work of configuring mbsync/isync to get your mail on your local computer (which randomly stop working from time to time until you realize that not receiving any emails in a few days is not normal) in a standardised maildir format, not to mention the cryptic config file you had to copy/past to be able to send email through Postfix, why not accessing them with something other than Mutt ?

Right ?

Well, you can’t. Or, as all Stack Overflow answers will tell you, you « only » need to install an IMAP local server and make the graphical client point to it using your local 127.0.0.1 IP.

Simply have a look at how to use Himalaya, a neat and fresh CLI mail client, offline.

=> https://github.com/soywod/himalaya/wiki/Tips:offline-with-isync-dovecot

Email had become a monstrosity beyond reasonable comprehension while still having inherent flaws such as plain text sending. Every email out there is sent and stored in plaintext (we can easily agree that PGP/GPG use is anecdotical) and, through HTML and inline pictures, most of them are trying to track you to know when you open the email.

The whole ecosystem is becoming even more and more centralised with some modern mail providers not offering the ability to get your mail out of the service at all, arguing, with reason, that IMAP sucks and does not permit some features (the hipsterish Hey! or the privacy-oriented Tutanota only provide you access to your email through their own proprietary webmail). You can’t even read your mail offline by design and nobody blink an eye.

The spam problem

But, at the very least, we have solved the spam problem, haven’t we?

According to my own statistics, we indeed solved most of the random spam. The spam that was plaguing the network 20 years ago seems to have been greatly reduced or, at the very least, is easily blocked.

But, instead, we are now receiving 10 times the amount of what I call « corporate and notifications spam ». Unsolicited emails that come from real identified companies and people. They send you thousands of emails that, they think, should interest you. Most of the time, you can quickly identify why you are receiving this email. It’s linked to one of your accounts somewhere. At worst, your email has only been sold to « trusted partners ». They always provide you with the option to unsubscribe even if they are very sad to see you leaving. Unsubscribing only works for a short time because they basically create a new mailing list for every mail sent and this one should really interest you. The tracking of users is there by default in most mailing-list tools and show marketers that most of their emails are never opened. Which prompts them to send even more emails, arguing that, at some point, you will be tired of not opening them. Providers like Gmail heavily spy on how to use email. It is widely known in the mailing-list community that Gmail learns to mark as spam mails from senders which are rarely open. Prompting marketers to change regularly their newsletter address and to try to make a catchy title. Sounds familiar?

This effect is worsened by the fact that email has become the lazy default for everything. If anything is happening on a service, even a non-commercial one, mail is sent. Facebook and Linkedin are quite infamous for regularly adding « notification categories » where you are subscribed by default, even if you previously find the hidden setting « unsubscribe me from anything ». Besides lazy engineering, as Szczeżuja points out in the link below, it is obvious that it is a cheap way to remind their users that they exist.

=> gemini://szczezuja.flounder.online/gemlog/2021-10-10-dont-be-like-a-developer.gmi

We are now forced to rely on hundreds of very centralised web services for everything and each of those services, by default, fill your inbox. When you enter a new job in a big company, the first action of HR is to subscribe you to a bunch of mailing list. It’s even worse in the academic sector. From the « Weekly news » you don’t care to the « There’s no paper left in the printer from the second floor », email has become a centralised broadcast network. You are forced to be on the receiving end while every central authority known to man tries to broadcast as much as it could.

Your mail inbox is becoming a battlefield where everyone with a small authority fight for your attention, trying to fill your mental space even if you don’t open the mail. I’m an Inbox 0 Taliban and I’m mortified each time I get a glance at a « normal person’s inbox ». It’s basically a long list of companies (lots of Facebook but also local companies) displayed in a long list where only one mail out of ten has been ever opened. Ever wondered why Gmail doesn’t display advertising in its interface? Because it does! All that mail neatly lined up is basically cheap advertising. What’s Google’s benefit? The clumsier your inbox is, the more their automatic triaging rules look appealing. Google is already deciding for you what to write (by suggesting you how to reply) and what is important to look at (with their « smart folders »). It’s not far-fetched to imagine that, at some point, you will need to pay Google for your emails to be important and not considered as spam. Maybe there are already doing it through some kind of « trusted partner program ». It’s, after all, the reason why Facebook created its feed: choosing for you what is important to see and monetising this access to your brain.

There should be a better way.

I’m an inbox 0 extremist. I unsubscribe from everything that contains an unsubscribe link. I spent the last two years sending GDPR removing requests to every company sending me an unwanted email. The first three months were completely exhausting but once I did the first bulk, it became more rigorous hygiene.

I can tell many anecdotes about how companies handle GDPR requests, how I found that I was in some commercial databases, how I tracked down the owners of those databases. How I permanently removed more than 300 online accounts and how I sometimes receive a very unexpected email from companies one year after they told me every information about me was removed. Or how I got stuck in a loop where being unsubscribed from a newsletter required posting on their support forum but they automatically subscribed everyone posting on their support forum. Latest story in town: Lying companies telling me that they had removed my data while I still can log in! (they simply renamed my user account as « removed » but didn’t delete anything).

Funny stories about human stupidity and dishonesty but, in summary, it mostly works. The effort pays off.

My inbox rarely has more than 5 emails at once. In the last year, I received only 20-25 unwanted emails every month, including every random spam and phishing attempt. Half of it is spam from marketers that want to advertise on my website.

But how many people are able to put this time, effort and dedication only to get a less polluted inbox?

Not to mention that, despite all my motivation, I have not yet been able to build an offline setup where I could read/reply to emails offline, having everything synchronised once I connect but still use the webmail if I want. Mbsync configuration is cryptic and randomly stop working without reason. Some mails are, for reason, never downloaded. I know it should possible but it is very hard or too convoluted (no, I’m not installing a local IMAP server on my laptop).

I spent so much time on this because I love emails. But there should be a better way.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Lot has been said about how the web evolved to become a kind of monstrous entity. If you are on Gemini, you probably see what I’m talking about. The mail protocol has followed a similar evolution but it’s a bit more subtle and has often been summarised as « too much email. ».

I’m currently thinking deeply about Offmini, a protocol which would be to email what Gemini is to the web. This prompted me to write about what was bad with email. This post was written as part of another one where I described how I’m building Offmini. It became so long I figured it should be an independent post on its own.

Sending Problem

The first and obvious problem with email is that it has been developed 40 years ago as a receiver-only protocol. 15 years ago, most of the mail traffic was random spam. By random spam I mean that spammers were really generating random mail addresses (or scrapping them over the web) and sending trillions of emails to every possible address. You could receive spam in a language you didn’t even speak.

Complex protocols have been added on top of SMTP, relying once again on DNS (SPF, Dmarc,DKIM), to try controlling the spam by making email a sender-and-receiver protocol (a notion I will describe in a subsequent post). This had the side effect of making it harder and harder to set up your own mail server.

As homemade mail servers were harder to build and less reliable, email started to consolidate into a small oligopoly: Hotmail, Gmail, Yahoo and a handful of others. Having lots of power, those huge monopolistic beasts could easily reject mails from independent servers as spam, making their service even more attractive to customers. It might not have been on purpose but it was the case (source : I maintained multiple independent mail servers between 2000 and 2010).

One clear consequence is that you can’t send email from your computer anymore as it was originally intended. You need a mail server properly configured with a permanent connection to act as a sender identity. And even that is though as Cory Doctorow learned.

=> https://doctorow.medium.com/dead-letters-73924aa19f9d

Format problem

The impact of monopolies on email impacted the format of emails themselves. Emails are encoded in a very impractical format called MIME 1.0. By today standard, this format is very hard to parse and has been awfully abused with HTML emails, trackers, etc. Basically created on a napkin by two guys, MIME never went further than 1.0 because nobody agreed to upgrade it. It was too successful too quickly.

There was only one major addition to MIME. And it was not a planned one: the infamous winmail.dat format.

At the time, there was a bug in Microsoft Outlook, the main mail client on the market, that transformed outgoing emails in a cryptic file called « winmail.dat ». The problem was that Outlook itself was able to decrypt winmail.dat files. As Outlook had a dominant position, only people not using outlook were having the problem of receiving empty emails with only one attachment that they could not open called « winmail.dat ». Users of independent mail servers relying on the open source Squirrelmail webmail interface started to blame their mail administrator (myself, for ten years).

The problem became worse when Google reverse engineered the winmail.dat bug in order to transparently support it in Gmail. At that point, the winmail.dat Microsoft bug became part of the MIME standard without any specification having been ever written.

=> https://ploum.net/winmail-dat-syndrome/

It may gradually fade out but most mail client still have the code to deal with the winmail.dat never documented format.

Email has a bad protocol for sending, a bad file format but what about receiving? It’s not better.

Receiving Problem

As Vint Cerf acknowledged, the whole IP stack was built at a time were memory was really expensive. There was a feeling that storing data would always be more expensive than sending them directly. That’s the reason why we envision the Internet as real-time connection only. As soon as you unplug your computer, you are outside of the Internet. Each software has to deal with disconnection independently. Usually it’s by popping up an error in the face of the user and telling him to check his connection.

As it was clear that most personal computers were not connected all the time, yet another protocol was created to retrieve emails from mail servers and store them on a non-mail server computer: POP3.

The protocol was bad enough not to allow any synchronisation for stuff like folders or marking mails as read. Once again, the goal was to save memory on the server: users could download mail once for all and they would be removed from the server (there was an option to leave them on the server but this was rarely used as space was limited and, with some clients, you had to regularly redownload all the emails).

IMAP was introduced to fix POP3 flaws. IMAP is a very complex protocol with fuzzy part open to interpretations. It’s well known by mail administrators that some particular IMAP servers are not compatible with some particular clients. IMAP was so severely abused by providers that most mail client handle some mail providers separately (like Gmail or Outlook).

IMAP was also created with a permanent connection in mind and most mail clients expect a connection, throwing an error at each offline action. If an offline mode exists, like in Thunderbird, it must be manually configured and is clearly an after-thought.

Worst of all: every IMAP client store emails in its own particular way. There are multiple standard, like Mailbox and Maildir, but each client seems to have its own interpretation of it. If you ever browse Stackoverflow, you will find lots of people asking a naively simple question : « How can I access my email locally with Mutt on the command line and with a graphical mail client ? » Sounds reasonable, right ? After all, you did all the increasingly obscure work of configuring mbsync/isync to get your mail on your local computer (which randomly stop working from time to time until you realize that not receiving any emails in a few days is not normal) in a standardised maildir format, not to mention the cryptic config file you had to copy/past to be able to send email through Postfix, why not accessing them with something other than Mutt ?

Right ?

Well, you can’t. Or, as all Stack Overflow answers will tell you, you « only » need to install an IMAP local server and make the graphical client point to it using your local 127.0.0.1 IP.

Simply have a look at how to use Himalaya, a neat and fresh CLI mail client, offline.

=> https://github.com/soywod/himalaya/wiki/Tips:offline-with-isync-dovecot

Email had become a monstrosity beyond reasonable comprehension while still having inherent flaws such as plain text sending. Every email out there is sent and stored in plaintext (we can easily agree that PGP/GPG use is anecdotical) and, through HTML and inline pictures, most of them are trying to track you to know when you open the email.

The whole ecosystem is becoming even more and more centralised with some modern mail providers not offering the ability to get your mail out of the service at all, arguing, with reason, that IMAP sucks and does not permit some features (the hipsterish Hey! or the privacy-oriented Tutanota only provide you access to your email through their own proprietary webmail). You can’t even read your mail offline by design and nobody blink an eye.

The spam problem

But, at the very least, we have solved the spam problem, haven’t we?

According to my own statistics, we indeed solved most of the random spam. The spam that was plaguing the network 20 years ago seems to have been greatly reduced or, at the very least, is easily blocked.

But, instead, we are now receiving 10 times the amount of what I call « corporate and notifications spam ». Unsolicited emails that come from real identified companies and people. They send you thousands of emails that, they think, should interest you. Most of the time, you can quickly identify why you are receiving this email. It’s linked to one of your accounts somewhere. At worst, your email has only been sold to « trusted partners ». They always provide you with the option to unsubscribe even if they are very sad to see you leaving. Unsubscribing only works for a short time because they basically create a new mailing list for every mail sent and this one should really interest you. The tracking of users is there by default in most mailing-list tools and show marketers that most of their emails are never opened. Which prompts them to send even more emails, arguing that, at some point, you will be tired of not opening them. Providers like Gmail heavily spy on how to use email. It is widely known in the mailing-list community that Gmail learns to mark as spam mails from senders which are rarely open. Prompting marketers to change regularly their newsletter address and to try to make a catchy title. Sounds familiar?

This effect is worsened by the fact that email has become the lazy default for everything. If anything is happening on a service, even a non-commercial one, mail is sent. Facebook and Linkedin are quite infamous for regularly adding « notification categories » where you are subscribed by default, even if you previously find the hidden setting « unsubscribe me from anything ». Besides lazy engineering, as Szczeżuja points out in the link below, it is obvious that it is a cheap way to remind their users that they exist.

=> gemini://szczezuja.flounder.online/gemlog/2021-10-10-dont-be-like-a-developer.gmi

We are now forced to rely on hundreds of very centralised web services for everything and each of those services, by default, fill your inbox. When you enter a new job in a big company, the first action of HR is to subscribe you to a bunch of mailing list. It’s even worse in the academic sector. From the « Weekly news » you don’t care to the « There’s no paper left in the printer from the second floor », email has become a centralised broadcast network. You are forced to be on the receiving end while every central authority known to man tries to broadcast as much as it could.

Your mail inbox is becoming a battlefield where everyone with a small authority fight for your attention, trying to fill your mental space even if you don’t open the mail. I’m an Inbox 0 Taliban and I’m mortified each time I get a glance at a « normal person’s inbox ». It’s basically a long list of companies (lots of Facebook but also local companies) displayed in a long list where only one mail out of ten has been ever opened. Ever wondered why Gmail doesn’t display advertising in its interface? Because it does! All that mail neatly lined up is basically cheap advertising. What’s Google’s benefit? The clumsier your inbox is, the more their automatic triaging rules look appealing. Google is already deciding for you what to write (by suggesting you how to reply) and what is important to look at (with their « smart folders »). It’s not far-fetched to imagine that, at some point, you will need to pay Google for your emails to be important and not considered as spam. Maybe there are already doing it through some kind of « trusted partner program ». It’s, after all, the reason why Facebook created its feed: choosing for you what is important to see and monetising this access to your brain.

There should be a better way.

I’m an inbox 0 extremist. I unsubscribe from everything that contains an unsubscribe link. I spent the last two years sending GDPR removing requests to every company sending me an unwanted email. The first three months were completely exhausting but once I did the first bulk, it became more rigorous hygiene.

I can tell many anecdotes about how companies handle GDPR requests, how I found that I was in some commercial databases, how I tracked down the owners of those databases. How I permanently removed more than 300 online accounts and how I sometimes receive a very unexpected email from companies one year after they told me every information about me was removed. Or how I got stuck in a loop where being unsubscribed from a newsletter required posting on their support forum but they automatically subscribed everyone posting on their support forum. Latest story in town: Lying companies telling me that they had removed my data while I still can log in! (they simply renamed my user account as « removed » but didn’t delete anything).

Funny stories about human stupidity and dishonesty but, in summary, it mostly works. The effort pays off.

My inbox rarely has more than 5 emails at once. In the last year, I received only 20-25 unwanted emails every month, including every random spam and phishing attempt. Half of it is spam from marketers that want to advertise on my website.

But how many people are able to put this time, effort and dedication only to get a less polluted inbox?

Not to mention that, despite all my motivation, I have not yet been able to build an offline setup where I could read/reply to emails offline, having everything synchronised once I connect but still use the webmail if I want. Mbsync configuration is cryptic and randomly stop working without reason. Some mails are, for reason, never downloaded. I know it should possible but it is very hard or too convoluted (no, I’m not installing a local IMAP server on my laptop).

I spent so much time on this because I love emails. But there should be a better way.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Lettre de vos enfants et votre poubelle en 2050 https://ploum.net/?p=6962 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Lettre-de-vos-enfants-et-votre-poubelle-en-2050 Fri, 08 Oct 2021 10:24:51 +0200 Chers parents,

Nous sommes le 8 octobre 2051. J’ai aujourd’hui 30 ans et un peu de recul sur mon enfance, mon éducation et le monde dans lequel j’ai grandi.

Ma génération est confrontée à une problématique sans précédent dans l’histoire de l’humanité : devoir gérer les déchets de la génération précédente.

Jusqu’aux années 1970, la planète se régénérait naturellement. Les déchets humains étaient absorbés et recyclés spontanément. À partir de votre génération, ce ne fut plus le cas. Vous fûtes la toute première génération de l’histoire à produire et consommer plus que ce que la terre ne le permettait.

Vous nous laissez sur les bras l’excédent de déchets.

Le pire, c’est que vous le saviez.

Quand je me réfère aux archives et à mes souvenirs de prime jeunesse, votre époque n’était guère accueillante. Vous aviez des voitures consommant de l’énergie fossile et des fumeurs au cœur des villes ! Aujourd’hui, la voiture électrique ne sert que pour se déplacer entre les centres citadins. Elles sont strictement interdites dans les zones urbaines où tout se fait à pied, à vélo, à trottinette ou en taxi-tram autonome. Malgré tout, notre air est moins respirable que le vôtre !

Merci d’avoir œuvré à cette transformation. Peut-être était-ce le minimum à faire pour que nous survivions. Car si vous avez agi, souvent avec beaucoup de bonne volonté, c’était rarement dans le bon sens.

Comme cette manie que vous aviez de vouloir économiser l’électricité. J’ai du mal à croire que, même à votre époque, l’électricité n’était pas abondante et peu polluante pour les individus. Si j’en crois les archives, les années 2020 voyaient de réguliers pics de surproduction d’électricité dus aux panneaux solaires et vous démanteliez des centrales nucléaires parfaitement fonctionnelles. Vous perdiez vraiment votre temps à vous convaincre de mettre des ampoules économiques si polluantes à produire ? Un peu comme le coup de faire pipi dans la douche ou de ne pas imprimer les emails. Vous pensiez sérieusement que nous allions vous remercier pour cela ?

Vous semblez avoir dépensé tellement d’énergie et de temps pour tenter, parfois vainement, d’économiser 10% de votre consommation privée de ce qui n’était de toute façon qu’une goutte d’eau face à l’industrie. Vous culpabilisiez les individus alors que votre consommation personnelle représentait le quart de l’électricité consommée globalement (dont le tiers uniquement pour le chauffage). Même si vous aviez arrêté de consommer complètement de l’électricité à titre individuel, cela n’aurait eu qu’un impact imperceptible pour nous.

Par contre, vous nous laissez sur le dos des gigatonnes de déchets de ces appareils dont plus personne ne voulait, car ils consommaient un peu trop. Chaque année, culpabilisés par le marketing, vous vous équipiez d’une nouvelle génération d’appareils qui consommaient « moins », de vêtements « fair trade », de gourdes prétendument recyclables et de vaisselle en bambou. Le tout ayant fait le tour du monde pour rester brièvement dans vos armoires avant de combler les décharges sur lesquelles nous vivons désormais.

Vous semblez vous être évertué à acheter le plus de gadgets inutiles possibles, mais en vous rassurant, car, cette année, la fabrication du gadget en question avait émis 10% de CO2 en moins que celui de l’année précédente et que l’emballage était « presque entièrement recyclable  ». Ses composants avaient fait trois fois le tour du globe, mais, rassurez-vous, deux arbres avaient été plantés. Aujourd’hui encore, nous avons du mal à comprendre comment vous aviez matériellement le temps de faire autant d’achats. Il semblerait que vous deviez passer plus de temps à faire « du shopping » et à remplir vos armoires qu’à réellement utiliser vos achats. Armoires pleines à craquer que nous devons vider les jours qui suivent votre décès, moitié pleurant votre perte, moitié râlant sur votre propension à tout garder.

Consommer des gadgets était peut-être la seule façon que vous pouviez imaginer pour poursuivre la lubie de votre génération : créer des emplois. Toujours plus d’emplois. Une partie de ces emplois consistaient d’ailleurs explicitement à vous convaincre d’acheter plus. Comment avez-vous moralement pu accomplir ces tâches explicitement morbides ? Parce que c’était votre travail, certainement. L’histoire démontre que les pires exactions furent commises par des gens dont « c’était le travail ». Pousser les autres à consommer fait désormais partie de ces crimes historiques contre l’humanité. Utiliser le prétexte écologique pour consommer encore plus ne fait qu’aggraver la culpabilité de ceux qui furent impliqués.

Pendant 40 ans, vous avez eu comme politique de créer autant d’emplois que possible, emplois dont le rôle premier était de transformer les ressources en déchets. Pendant 40 ans, vous vous êtes démenés pour remplir le plus vite possible votre poubelle planétaire : nous, l’an 2050.

Nous, vos enfants, sommes votre poubelle. Ce pays lointain qui vous semblait abstrait, nous vivons dedans.

Il a fallu attendre notre génération pour décider que tout vendeur d’un bien ou d’un emballage ni immédiatement consommable ni naturellement dégradable était tenu de racheter ses produits à la moitié du prix, quel que soit l’état. De faire ainsi remonter la chaîne à chaque pièce, chaque composant. Au final, le producteur est en charge de l’évacuation et forcé de gérer son impact.

Bien sûr, il y’eut une énorme perturbation dans les services logistiques qui ont, soudainement, dû fonctionner dans les deux sens. Les industries se sont adaptées en tentant de développer des produits qui dureraient le plus longtemps possible et en favorisant la réparabilité ou la démontrabilité. Soudainement, c’était un argument de vente. Le marketing n’a pas mis longtemps à retourner sa veste et à tenter de vous convaincre que la location, même à très longs termes, était une liberté par rapport à la possession. La réparation a créé une activité économique que vous assimileriez peut-être à des emplois. Paradoxalement, une activité économique naturelle s’est développée le jour où nous avons arrêté de tenter de la créer artificiellement. Où nous avons considéré qu’il devait être possible de vivre sans travail. Nous espérons, de cette manière, redevenir une génération qui ne produit pas plus de déchet que ce que la planète peut absorber. Que ce soit en CO2, en microparticules, en métaux lourds.

Le réchauffement climatique et les feux de forêt ne nous aident pas, mais nous avons bon espoir d’y arriver.

Il n’empêche que, même si on y arrive, on doit toujours se coltiner vos 50 ans de déchets. Ils ne sont pas prêts de disparaitre vos jouets en plastique bon marché pas cher achetés pour calmer le petit dernier dans le magasin ou le téléphone super révolutionnaire devenu un presse-papier has-been 2 ans plus tard. Sans compter que le prix de leur fabrication et de leur transport nous accompagne à chacune de nos inspirations dans l’air chargé de CO2.

Chacune de nos respirations nous rappelle votre existence. Nous fait nous demander pourquoi vous n’avez pas agi ? Pourquoi avons-nous dû attendre de vous enterrer ou vous mettre à la retraite pour pouvoir faire quelque chose ?

Et puis certains d’entre nous me racontent qu’ils ont eu des parents qui fumaient. Qu’il était normal de fumer dans les rues à proximité des enfants voir dans les maisons ou les voitures.

Votre génération dépensait donc de l’argent dans le seul et unique but de se détruire la santé, de détruire la santé de ses propres enfants tout en polluant l’atmosphère, tout en polluant l’eau ? Vous financiez une florissante industrie dont le seul et unique objectif était la destruction de la santé de ses clients, des enfants de ses clients, de l’entourage de ses clients et de la nature ? On estime aujourd’hui que près de 1% du CO2 excédentaire dans l’atmosphère est dû à l’industrie du tabac. On s’en serait bien passé.

Par contre, il faut le reconnaitre, nous avons plein de photos et de documents historiques qui prouvent que vous étiez militants, que vous signiez des pétitions et que vous « marchiez pour le climat ». En fumant des clopes.

C’est devenu une moquerie récurrente quand on parle de vous. La génération des écolos-fumeurs. L’image est devenue célèbre pour illustrer ce mélange de bonne volonté collective inutile et paresseuse, cette propension à culpabiliser les individus pour des broutilles, à accomplir des actions collectives symboliques sans enjeu et à se voiler la face devant les comportements réellement morbides.

Vous hurliez « Priorité à la sauvegarde de la planète ! ». Ce à quoi les politiciens répondaient « Tout à fait ! Priorité à l’économie et la sauvegarde de la planète ! ». Puis, la gorge un peu enrouée, chacun rentrait chez soi, satisfait. Avant d’organiser un grand atelier participatif « Méditation transcendentale et toilettes sèches » où vous vous faisiez passer un joint de tabac industriel mélangé d’herbe bio issue du potager partagé.

Notre génération est permissive. Dans beaucoup de parties du monde, l’usage de drogue récréative est autorisé ou toléré. Par contre, toute émission de particules toxiques est strictement interdite dans les lieux publics. Ce n’était vraiment pas difficile à mettre en place et la seule raison que nous voyons pour laquelle vous ne l’avez pas fait c’est que vous ne le vouliez pas.

Malgré vos discours, vous ne vouliez absolument pas construire un monde meilleur pour nous. Il suffisait de vous poser la question : « est-ce que j’ai envie que mes enfants fument ? » Même parmi les fumeurs invétérés, je pense que très peu auraient répondu par l’affirmative. « Ai-je envie que mes enfants subissent le poids écologique de vingt téléphones portables pour lesquels j’ai, au total, dépensé un an de salaire ? De milliers de kilomètres de diesel et de cinq voitures de société ? ». Il aurait suffi de vous poser la question. Interdire la cigarette dans l’espace public aurait été une manière toute simple d’affirmer que vous pensiez un peu à nous.

Mais vous ne pensiez pas à nous. Vous n’avez jamais pensé à nous. Vous avez juste voulu vous donner bonne conscience en ne changeant strictement rien à vos habitudes, même les plus stupides. Pour votre décharge, vous n’avez pas hérité non plus d’une situation facile de vos propres parents, cette génération qui après une gueule de bois post-mai 68, s’est accaparé toutes les richesses et les a gardées en votant Reagan/Tatcher et allongeant son espérance de vie. Sans jamais vous laisser votre place.

Quand nous en discutons entre nous, nous pensons que, finalement, nous avons de la chance d’être là. On doit gérer vos poubelles, mais vous auriez pu, pour le même prix, nous annihiler. Vous nous avez traités comme un pays vierge, un pays lointain à conquérir pour en exploiter les ressources à n’importe quel prix. Un pays qui vous appartenait de droit, car les autochtones n’offraient aucune résistance active.

Ce qui est fait est fait. Il nous reste la tâche ardue de ne pas faire pareil et tenter d’offrir un monde meilleur à nos enfants. Non pas en prétendant penser à eux pour nous donner bonne conscience, mais en tentant de penser comme ils le feront. En les traitant comme un pays ami à respecter, un partenaire. Non plus comme une poubelle sans fond.

Signé : votre futur

Note de l’auteur : L’idée de considérer le futur comme un pays avec qui entretenir des relations internationales m’a été inspirée par Vinay Gupta lors d’une rencontre au parlement européen en 2017. Vinay a ensuite publié une analyse très intéressante où il suggère de voir toutes nos actions à travers le filtre du futur que nous réservons aux enfants de cette planète.

https://medium.com/@vinay_12336/a-simple-plan-for-repairing-our-society-we-need-new-human-rights-and-this-is-how-we-get-them-cee5d6ededa9

Bien que ces deux inspirations n’aient pas été conscientes au moment de la rédaction de ce texte, elles m’apparaissent comme indubitables à la relecture.

Photo by Simon Hurry on Unsplash

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Chers parents,

Nous sommes le 8 octobre 2051. J’ai aujourd’hui 30 ans et un peu de recul sur mon enfance, mon éducation et le monde dans lequel j’ai grandi.

Ma génération est confrontée à une problématique sans précédent dans l’histoire de l’humanité : devoir gérer les déchets de la génération précédente.

Jusqu’aux années 1970, la planète se régénérait naturellement. Les déchets humains étaient absorbés et recyclés spontanément. À partir de votre génération, ce ne fut plus le cas. Vous fûtes la toute première génération de l’histoire à produire et consommer plus que ce que la terre ne le permettait.

Vous nous laissez sur les bras l’excédent de déchets.

Le pire, c’est que vous le saviez.

Quand je me réfère aux archives et à mes souvenirs de prime jeunesse, votre époque n’était guère accueillante. Vous aviez des voitures consommant de l’énergie fossile et des fumeurs au cœur des villes ! Aujourd’hui, la voiture électrique ne sert que pour se déplacer entre les centres citadins. Elles sont strictement interdites dans les zones urbaines où tout se fait à pied, à vélo, à trottinette ou en taxi-tram autonome. Malgré tout, notre air est moins respirable que le vôtre !

Merci d’avoir œuvré à cette transformation. Peut-être était-ce le minimum à faire pour que nous survivions. Car si vous avez agi, souvent avec beaucoup de bonne volonté, c’était rarement dans le bon sens.

Comme cette manie que vous aviez de vouloir économiser l’électricité. J’ai du mal à croire que, même à votre époque, l’électricité n’était pas abondante et peu polluante pour les individus. Si j’en crois les archives, les années 2020 voyaient de réguliers pics de surproduction d’électricité dus aux panneaux solaires et vous démanteliez des centrales nucléaires parfaitement fonctionnelles. Vous perdiez vraiment votre temps à vous convaincre de mettre des ampoules économiques si polluantes à produire ? Un peu comme le coup de faire pipi dans la douche ou de ne pas imprimer les emails. Vous pensiez sérieusement que nous allions vous remercier pour cela ?

Vous semblez avoir dépensé tellement d’énergie et de temps pour tenter, parfois vainement, d’économiser 10% de votre consommation privée de ce qui n’était de toute façon qu’une goutte d’eau face à l’industrie. Vous culpabilisiez les individus alors que votre consommation personnelle représentait le quart de l’électricité consommée globalement (dont le tiers uniquement pour le chauffage). Même si vous aviez arrêté de consommer complètement de l’électricité à titre individuel, cela n’aurait eu qu’un impact imperceptible pour nous.

Par contre, vous nous laissez sur le dos des gigatonnes de déchets de ces appareils dont plus personne ne voulait, car ils consommaient un peu trop. Chaque année, culpabilisés par le marketing, vous vous équipiez d’une nouvelle génération d’appareils qui consommaient « moins », de vêtements « fair trade », de gourdes prétendument recyclables et de vaisselle en bambou. Le tout ayant fait le tour du monde pour rester brièvement dans vos armoires avant de combler les décharges sur lesquelles nous vivons désormais.

Vous semblez vous être évertué à acheter le plus de gadgets inutiles possibles, mais en vous rassurant, car, cette année, la fabrication du gadget en question avait émis 10% de CO2 en moins que celui de l’année précédente et que l’emballage était « presque entièrement recyclable  ». Ses composants avaient fait trois fois le tour du globe, mais, rassurez-vous, deux arbres avaient été plantés. Aujourd’hui encore, nous avons du mal à comprendre comment vous aviez matériellement le temps de faire autant d’achats. Il semblerait que vous deviez passer plus de temps à faire « du shopping » et à remplir vos armoires qu’à réellement utiliser vos achats. Armoires pleines à craquer que nous devons vider les jours qui suivent votre décès, moitié pleurant votre perte, moitié râlant sur votre propension à tout garder.

Consommer des gadgets était peut-être la seule façon que vous pouviez imaginer pour poursuivre la lubie de votre génération : créer des emplois. Toujours plus d’emplois. Une partie de ces emplois consistaient d’ailleurs explicitement à vous convaincre d’acheter plus. Comment avez-vous moralement pu accomplir ces tâches explicitement morbides ? Parce que c’était votre travail, certainement. L’histoire démontre que les pires exactions furent commises par des gens dont « c’était le travail ». Pousser les autres à consommer fait désormais partie de ces crimes historiques contre l’humanité. Utiliser le prétexte écologique pour consommer encore plus ne fait qu’aggraver la culpabilité de ceux qui furent impliqués.

Pendant 40 ans, vous avez eu comme politique de créer autant d’emplois que possible, emplois dont le rôle premier était de transformer les ressources en déchets. Pendant 40 ans, vous vous êtes démenés pour remplir le plus vite possible votre poubelle planétaire : nous, l’an 2050.

Nous, vos enfants, sommes votre poubelle. Ce pays lointain qui vous semblait abstrait, nous vivons dedans.

Il a fallu attendre notre génération pour décider que tout vendeur d’un bien ou d’un emballage ni immédiatement consommable ni naturellement dégradable était tenu de racheter ses produits à la moitié du prix, quel que soit l’état. De faire ainsi remonter la chaîne à chaque pièce, chaque composant. Au final, le producteur est en charge de l’évacuation et forcé de gérer son impact.

Bien sûr, il y’eut une énorme perturbation dans les services logistiques qui ont, soudainement, dû fonctionner dans les deux sens. Les industries se sont adaptées en tentant de développer des produits qui dureraient le plus longtemps possible et en favorisant la réparabilité ou la démontrabilité. Soudainement, c’était un argument de vente. Le marketing n’a pas mis longtemps à retourner sa veste et à tenter de vous convaincre que la location, même à très longs termes, était une liberté par rapport à la possession. La réparation a créé une activité économique que vous assimileriez peut-être à des emplois. Paradoxalement, une activité économique naturelle s’est développée le jour où nous avons arrêté de tenter de la créer artificiellement. Où nous avons considéré qu’il devait être possible de vivre sans travail. Nous espérons, de cette manière, redevenir une génération qui ne produit pas plus de déchet que ce que la planète peut absorber. Que ce soit en CO2, en microparticules, en métaux lourds.

Le réchauffement climatique et les feux de forêt ne nous aident pas, mais nous avons bon espoir d’y arriver.

Il n’empêche que, même si on y arrive, on doit toujours se coltiner vos 50 ans de déchets. Ils ne sont pas prêts de disparaitre vos jouets en plastique bon marché pas cher achetés pour calmer le petit dernier dans le magasin ou le téléphone super révolutionnaire devenu un presse-papier has-been 2 ans plus tard. Sans compter que le prix de leur fabrication et de leur transport nous accompagne à chacune de nos inspirations dans l’air chargé de CO2.

Chacune de nos respirations nous rappelle votre existence. Nous fait nous demander pourquoi vous n’avez pas agi ? Pourquoi avons-nous dû attendre de vous enterrer ou vous mettre à la retraite pour pouvoir faire quelque chose ?

Et puis certains d’entre nous me racontent qu’ils ont eu des parents qui fumaient. Qu’il était normal de fumer dans les rues à proximité des enfants voir dans les maisons ou les voitures.

Votre génération dépensait donc de l’argent dans le seul et unique but de se détruire la santé, de détruire la santé de ses propres enfants tout en polluant l’atmosphère, tout en polluant l’eau ? Vous financiez une florissante industrie dont le seul et unique objectif était la destruction de la santé de ses clients, des enfants de ses clients, de l’entourage de ses clients et de la nature ? On estime aujourd’hui que près de 1% du CO2 excédentaire dans l’atmosphère est dû à l’industrie du tabac. On s’en serait bien passé.

Par contre, il faut le reconnaitre, nous avons plein de photos et de documents historiques qui prouvent que vous étiez militants, que vous signiez des pétitions et que vous « marchiez pour le climat ». En fumant des clopes.

C’est devenu une moquerie récurrente quand on parle de vous. La génération des écolos-fumeurs. L’image est devenue célèbre pour illustrer ce mélange de bonne volonté collective inutile et paresseuse, cette propension à culpabiliser les individus pour des broutilles, à accomplir des actions collectives symboliques sans enjeu et à se voiler la face devant les comportements réellement morbides.

Vous hurliez « Priorité à la sauvegarde de la planète ! ». Ce à quoi les politiciens répondaient « Tout à fait ! Priorité à l’économie et la sauvegarde de la planète ! ». Puis, la gorge un peu enrouée, chacun rentrait chez soi, satisfait. Avant d’organiser un grand atelier participatif « Méditation transcendentale et toilettes sèches » où vous vous faisiez passer un joint de tabac industriel mélangé d’herbe bio issue du potager partagé.

Notre génération est permissive. Dans beaucoup de parties du monde, l’usage de drogue récréative est autorisé ou toléré. Par contre, toute émission de particules toxiques est strictement interdite dans les lieux publics. Ce n’était vraiment pas difficile à mettre en place et la seule raison que nous voyons pour laquelle vous ne l’avez pas fait c’est que vous ne le vouliez pas.

Malgré vos discours, vous ne vouliez absolument pas construire un monde meilleur pour nous. Il suffisait de vous poser la question : « est-ce que j’ai envie que mes enfants fument ? » Même parmi les fumeurs invétérés, je pense que très peu auraient répondu par l’affirmative. « Ai-je envie que mes enfants subissent le poids écologique de vingt téléphones portables pour lesquels j’ai, au total, dépensé un an de salaire ? De milliers de kilomètres de diesel et de cinq voitures de société ? ». Il aurait suffi de vous poser la question. Interdire la cigarette dans l’espace public aurait été une manière toute simple d’affirmer que vous pensiez un peu à nous.

Mais vous ne pensiez pas à nous. Vous n’avez jamais pensé à nous. Vous avez juste voulu vous donner bonne conscience en ne changeant strictement rien à vos habitudes, même les plus stupides. Pour votre décharge, vous n’avez pas hérité non plus d’une situation facile de vos propres parents, cette génération qui après une gueule de bois post-mai 68, s’est accaparé toutes les richesses et les a gardées en votant Reagan/Tatcher et allongeant son espérance de vie. Sans jamais vous laisser votre place.

Quand nous en discutons entre nous, nous pensons que, finalement, nous avons de la chance d’être là. On doit gérer vos poubelles, mais vous auriez pu, pour le même prix, nous annihiler. Vous nous avez traités comme un pays vierge, un pays lointain à conquérir pour en exploiter les ressources à n’importe quel prix. Un pays qui vous appartenait de droit, car les autochtones n’offraient aucune résistance active.

Ce qui est fait est fait. Il nous reste la tâche ardue de ne pas faire pareil et tenter d’offrir un monde meilleur à nos enfants. Non pas en prétendant penser à eux pour nous donner bonne conscience, mais en tentant de penser comme ils le feront. En les traitant comme un pays ami à respecter, un partenaire. Non plus comme une poubelle sans fond.

Signé : votre futur

Note de l’auteur : L’idée de considérer le futur comme un pays avec qui entretenir des relations internationales m’a été inspirée par Vinay Gupta lors d’une rencontre au parlement européen en 2017. Vinay a ensuite publié une analyse très intéressante où il suggère de voir toutes nos actions à travers le filtre du futur que nous réservons aux enfants de cette planète.

https://medium.com/@vinay_12336/a-simple-plan-for-repairing-our-society-we-need-new-human-rights-and-this-is-how-we-get-them-cee5d6ededa9

Bien que ces deux inspirations n’aient pas été conscientes au moment de la rédaction de ce texte, elles m’apparaissent comme indubitables à la relecture.

Photo by Simon Hurry on Unsplash

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
La voix, le bruit, l’audiolivre et les inondations… https://ploum.net/?p=6955 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?La-voix-le-bruit-l-audiolivre-et-les-inondations Mon, 20 Sep 2021 11:38:30 +0200 Vous pouvez dès à présent précommander la version audiolivre de Printeurs et donner votre avis sur la voix à choisir. Ce qui me fait réfléchir à la voix, au bruit, au marketing, au crowdfunding et aux inondations…

Mon roman Printeurs va prendre de la voix et sera bientôt produit sous forme d’un audiolivre. Un format avec lequel je ne suis pas du tout familier (je suis un lecteur visuel), mais dont je me réjouis d’écouter le résultat. Je suis d’ailleurs curieux d’avoir les avis des gros consommateurs de livres audio sur ce qui fait un « bon » audiolivre. Qu’aimez-vous ? À quoi doit-on faire attention ? Et qu’est-ce qui vous fait arrêter votre écoute à tous les coups ?

Afin de financer cette entreprise, mon éditeur a mis en place une campagne de crowdfunding au cours de laquelle vous pouvez précommander la version audio de Printeurs. Vous aurez même la possibilité de donner votre avis sur des voix présélectionnées. Je suis vraiment curieux de lire l’avis des amateurs du genre.

Précommander la version audio de Printeurs :https://fr.ulule.com/ludomire/?reward=752654
Voter pour votre voix préférée (lien réservé aux souscripteurs) : https://fr.ulule.com/ludomire/news/decouvrez-le-casting-de-voix-pour-le-livre-audio-p-312900
Explications techniques sur l’adaptation audio : https://fr.ulule.com/ludomire/news/les-adaptations-en-livres-audio-312264/

La voix

La voix est un médium particulier. Lorsqu’on parle, le charisme et les intonations ont souvent plus d’importance que le contenu lui-même. Les incohérences sont gommées par le rythme. Un exemple parmi tant d’autres : j’ai été récemment interviewé par Valentin Demé pour le podcast Cryptoast afin de parler des monopoles et de la blockchain.

Pendant une heure, je parle en laissant mes idées vagabonder. Des idées bien moins formées que ce que j’écris d’habitude, des intuitions, des explorations. D’après les réactions, ce que je dis semble intéressant. Mais il faudrait garder à l’esprit que, à l’exception d’un discours entièrement préparé (un cours par exemple), les informations sont beaucoup plus aléatoires et toujours à prendre avec un grain de sel. Paradoxalement, la voix est plus convaincante alors qu’elle est moins rigoureuse. On apprend et réfléchit dans les livres, on se fait convaincre par les discours. La politique est une affaire de voix. La science est une affaire d’écrit.

Ploum sur Cryptoast : https://www.youtube.com/watch?v=vq6o_30LxJM

Le crowdfunding en question

Cette campagne de crowdfunding ne concerne pas que Printeurs. C’est avant tout une campagne englobant toutes les nouveautés de la collection SFFF Ludomire notamment la version papier en quatre volumes du One Minute de Thierry Crouzet. One Minute est un roman de SF se déroulant durant… une seule et unique minute, comme le dit le titre. Chacun des 365 chapitres dure… une minute. J’ai beaucoup apprécié la version Wattpad et je me réjouis de lire cette version entièrement retravaillée.

Encore de la pub pour une campagne de crowdfunding ? Autant je suis enthousiaste sur le contenu, autant je vous comprends.

La campagne crowdfunding de Printeurs m’a laissé un souvenir assez amer. Certes, elle a été un incroyable succès (grâce à vous qui me lisez) mais j’ai eu l’impression de spammer sans arrêt mes réseaux. De produire le bruit contre lequel je me bats tellement. J’en suis sorti lessivé et ceux qui me suivent également. Le problème, comme me l’a fait remarquer mon éditeur, c’est que le spam… ça fonctionne !

Ces campagnes sont désormais beaucoup plus nombreuses. Il faut se différencier, se professionnaliser. Bref, le marketing redevient essentiel alors que, dans mon esprit, l’un des buts initiaux du crowdfunding était de se passer de cette étape. Ironiquement, le marketing se concentre, non plus sur le produit lui-même, mais sur la promotion… de la campagne de financement ! Alors que cette méthode est censée rapprocher le créateur du consommateur, elle l’éloigne paradoxalement.

C’est un questionnement que se pose également Lionel, mon éditeur. Comment se faire connaitre et se financer sans pour autant tomber dans le spam ? Thierry lui-même m’a confié ne pas avoir la moindre envie de promouvoir la campagne liée à la parution de son roman.

La campagne Ludomire 2021 :https://fr.ulule.com/ludomire/
Crouzet raconte One Minute : https://tcrouzet.com/2021/09/14/de-lecriture-de-la-vie-du-roman/
Réflexions sur le crowdfunding : http://ludom.cc/index.php/2021/09/08/levolution-du-crowdfunding-selon-mon-experience/

Le prix libre ?

La problématique n’est pas uniquement limitée au crowdfunding. Le prix libre est également impacté. Il y a quelques années, je fus l’un des pionniers francophones du Prix Libre sur le Web à travers un billet au titre provocant : « Ce blog est payant ! ». Force est de constater que le concept s’est largement popularisé, au point d’avoir sa page Wikipédia.

Un peu trop popularisé peut-être. Désormais, le prix libre est partout et, comme par magie, se fédère sur quelques plateformes centralisées. Alias parle justement de son questionnement à propos de Tipeee, plateforme que j’ai également quittée.

Il y’a une fatigue indéniable du public : nous sommes sollicités tout le temps pour financer tous les projets imaginables, depuis les aiguilles à tricoter connectées révolutionnaires à l’installation de pots de fleurs sur la voirie de notre quartier. Outre les sous, il s’agit de jongler entre les différentes plateformes, les sommes, récurrentes ou non. J’ai également le sentiment que ce sont toujours les mêmes qui contribuent à tout, pas spécialement les plus aisés.

J’en ai déduit une sorte de loi générale sur Internet qui fait que toutes les bonnes idées sont soit pas assez populaires pour être largement utiles, soit tellement populaires que ça en fait des mauvaises idées. Les réseaux sociaux, la mobilité en sont les illustrations les plus marquantes. Le prix libre est-il en train de suivre cette voie ?

Les alternatives que nous construisons ne sont-elles séduisantes que parce qu’elles sont des alternatives justement ? Le succès n’entraîne-t-il pas obligatoirement un excès inexorable ? Je pense par exemple au réseau minimaliste Gemini dont je vous ai parlé.

Le prix libre sur Wikipedia :https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_libre
Alias quitte Tipeee : https://erdorin.org/il-est-temps-de-changer-de-tipeee/
Le drama tipeee (lien gemini) : gemini://lord.re/fast-posts/62-le-drama-tipee-2021/index.gmi

Le livre suspendu et les inondations

Face à ce constat, j’ai décidé de retirer tous les appels aux dons sur mon blog et encourager l’achat de livres. Je trouve que les livres sont parmi les objets les plus symboliques de l’humanité. Un livre n’est jamais inutile. Il peut dormir des années voire des siècles sur des étagères avant de renaître et d’illuminer une journée ou une vie. Le livre, y compris au format électronique, c’est le cadeau par excellence : un monde à découvrir, un objet à transmettre, des explorations intellectuelles à partager, dans le présent et le futur.

Acheter mes livres :  https://ploum.net/livres/

Le livre papier ne connait que deux dangers : le feu et l’eau. C’est malheureusement ce qui est arrivé cet été dans mon pays. Si je n’ai pas été personnellement touché, ce fut bien le cas de ma ville (Ottignies) et surtout de la région d’où sont originaires mon épouse, mes parents et mes ancêtres (vallée de la Vesdre).

Si vous avez perdu votre bibliothèque suite aux inondations ou si vous connaissez quelqu’un dans le cas, envoyez-moi un petit mot, je vous ferais parvenir un exemplaire de Printeurs. Je dispose également de plusieurs ouvrages de la collection Ludomire que j’enverrai volontiers aux bibliothèques qui cherchent à se reconstruire. N’hésitez pas à prendre contact et à faire l’intermédiaire pour des personnes à qui cela pourrait apporter un petit sourire. C’est toujours bon à prendre dans cette période difficile de reconstruction où la vie, comme la Vesdre, semble avoir repris son cours normal. Sauf pour ceux qui ont tout perdu, qui vivent dans l’humidité, qui sont nourris par la Croix-Rouge et dont le cœur s’étreint d’angoisse à chaque nouvelle pluie un peu drue.

Il me reste quelques exemplaires du livre « Les aventures d’Aristide, le lapin cosmonaute ». Ils sont normalement en vente, mais je les offre avec plaisir aux familles avec enfant (idéalement 5-9 ans) qui sont en manque de livre, que ce soit à cause des inondations ou pour des raisons qui ne me regardent pas.

Envoyez-moi un mail en précisant quel livre vous ferait plaisir (ou bien les deux) à l’adresse suspendu at ploum.eu.

Bonne lecture et bonne écoute !

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Vous pouvez dès à présent précommander la version audiolivre de Printeurs et donner votre avis sur la voix à choisir. Ce qui me fait réfléchir à la voix, au bruit, au marketing, au crowdfunding et aux inondations…

Mon roman Printeurs va prendre de la voix et sera bientôt produit sous forme d’un audiolivre. Un format avec lequel je ne suis pas du tout familier (je suis un lecteur visuel), mais dont je me réjouis d’écouter le résultat. Je suis d’ailleurs curieux d’avoir les avis des gros consommateurs de livres audio sur ce qui fait un « bon » audiolivre. Qu’aimez-vous ? À quoi doit-on faire attention ? Et qu’est-ce qui vous fait arrêter votre écoute à tous les coups ?

Afin de financer cette entreprise, mon éditeur a mis en place une campagne de crowdfunding au cours de laquelle vous pouvez précommander la version audio de Printeurs. Vous aurez même la possibilité de donner votre avis sur des voix présélectionnées. Je suis vraiment curieux de lire l’avis des amateurs du genre.

Précommander la version audio de Printeurs :https://fr.ulule.com/ludomire/?reward=752654
Voter pour votre voix préférée (lien réservé aux souscripteurs) : https://fr.ulule.com/ludomire/news/decouvrez-le-casting-de-voix-pour-le-livre-audio-p-312900
Explications techniques sur l’adaptation audio : https://fr.ulule.com/ludomire/news/les-adaptations-en-livres-audio-312264/

La voix

La voix est un médium particulier. Lorsqu’on parle, le charisme et les intonations ont souvent plus d’importance que le contenu lui-même. Les incohérences sont gommées par le rythme. Un exemple parmi tant d’autres : j’ai été récemment interviewé par Valentin Demé pour le podcast Cryptoast afin de parler des monopoles et de la blockchain.

Pendant une heure, je parle en laissant mes idées vagabonder. Des idées bien moins formées que ce que j’écris d’habitude, des intuitions, des explorations. D’après les réactions, ce que je dis semble intéressant. Mais il faudrait garder à l’esprit que, à l’exception d’un discours entièrement préparé (un cours par exemple), les informations sont beaucoup plus aléatoires et toujours à prendre avec un grain de sel. Paradoxalement, la voix est plus convaincante alors qu’elle est moins rigoureuse. On apprend et réfléchit dans les livres, on se fait convaincre par les discours. La politique est une affaire de voix. La science est une affaire d’écrit.

Ploum sur Cryptoast : https://www.youtube.com/watch?v=vq6o_30LxJM

Le crowdfunding en question

Cette campagne de crowdfunding ne concerne pas que Printeurs. C’est avant tout une campagne englobant toutes les nouveautés de la collection SFFF Ludomire notamment la version papier en quatre volumes du One Minute de Thierry Crouzet. One Minute est un roman de SF se déroulant durant… une seule et unique minute, comme le dit le titre. Chacun des 365 chapitres dure… une minute. J’ai beaucoup apprécié la version Wattpad et je me réjouis de lire cette version entièrement retravaillée.

Encore de la pub pour une campagne de crowdfunding ? Autant je suis enthousiaste sur le contenu, autant je vous comprends.

La campagne crowdfunding de Printeurs m’a laissé un souvenir assez amer. Certes, elle a été un incroyable succès (grâce à vous qui me lisez) mais j’ai eu l’impression de spammer sans arrêt mes réseaux. De produire le bruit contre lequel je me bats tellement. J’en suis sorti lessivé et ceux qui me suivent également. Le problème, comme me l’a fait remarquer mon éditeur, c’est que le spam… ça fonctionne !

Ces campagnes sont désormais beaucoup plus nombreuses. Il faut se différencier, se professionnaliser. Bref, le marketing redevient essentiel alors que, dans mon esprit, l’un des buts initiaux du crowdfunding était de se passer de cette étape. Ironiquement, le marketing se concentre, non plus sur le produit lui-même, mais sur la promotion… de la campagne de financement ! Alors que cette méthode est censée rapprocher le créateur du consommateur, elle l’éloigne paradoxalement.

C’est un questionnement que se pose également Lionel, mon éditeur. Comment se faire connaitre et se financer sans pour autant tomber dans le spam ? Thierry lui-même m’a confié ne pas avoir la moindre envie de promouvoir la campagne liée à la parution de son roman.

La campagne Ludomire 2021 :https://fr.ulule.com/ludomire/
Crouzet raconte One Minute : https://tcrouzet.com/2021/09/14/de-lecriture-de-la-vie-du-roman/
Réflexions sur le crowdfunding : http://ludom.cc/index.php/2021/09/08/levolution-du-crowdfunding-selon-mon-experience/

Le prix libre ?

La problématique n’est pas uniquement limitée au crowdfunding. Le prix libre est également impacté. Il y a quelques années, je fus l’un des pionniers francophones du Prix Libre sur le Web à travers un billet au titre provocant : « Ce blog est payant ! ». Force est de constater que le concept s’est largement popularisé, au point d’avoir sa page Wikipédia.

Un peu trop popularisé peut-être. Désormais, le prix libre est partout et, comme par magie, se fédère sur quelques plateformes centralisées. Alias parle justement de son questionnement à propos de Tipeee, plateforme que j’ai également quittée.

Il y’a une fatigue indéniable du public : nous sommes sollicités tout le temps pour financer tous les projets imaginables, depuis les aiguilles à tricoter connectées révolutionnaires à l’installation de pots de fleurs sur la voirie de notre quartier. Outre les sous, il s’agit de jongler entre les différentes plateformes, les sommes, récurrentes ou non. J’ai également le sentiment que ce sont toujours les mêmes qui contribuent à tout, pas spécialement les plus aisés.

J’en ai déduit une sorte de loi générale sur Internet qui fait que toutes les bonnes idées sont soit pas assez populaires pour être largement utiles, soit tellement populaires que ça en fait des mauvaises idées. Les réseaux sociaux, la mobilité en sont les illustrations les plus marquantes. Le prix libre est-il en train de suivre cette voie ?

Les alternatives que nous construisons ne sont-elles séduisantes que parce qu’elles sont des alternatives justement ? Le succès n’entraîne-t-il pas obligatoirement un excès inexorable ? Je pense par exemple au réseau minimaliste Gemini dont je vous ai parlé.

Le prix libre sur Wikipedia :https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_libre
Alias quitte Tipeee : https://erdorin.org/il-est-temps-de-changer-de-tipeee/
Le drama tipeee (lien gemini) : gemini://lord.re/fast-posts/62-le-drama-tipee-2021/index.gmi

Le livre suspendu et les inondations

Face à ce constat, j’ai décidé de retirer tous les appels aux dons sur mon blog et encourager l’achat de livres. Je trouve que les livres sont parmi les objets les plus symboliques de l’humanité. Un livre n’est jamais inutile. Il peut dormir des années voire des siècles sur des étagères avant de renaître et d’illuminer une journée ou une vie. Le livre, y compris au format électronique, c’est le cadeau par excellence : un monde à découvrir, un objet à transmettre, des explorations intellectuelles à partager, dans le présent et le futur.

Acheter mes livres :  https://ploum.net/livres/

Le livre papier ne connait que deux dangers : le feu et l’eau. C’est malheureusement ce qui est arrivé cet été dans mon pays. Si je n’ai pas été personnellement touché, ce fut bien le cas de ma ville (Ottignies) et surtout de la région d’où sont originaires mon épouse, mes parents et mes ancêtres (vallée de la Vesdre).

Si vous avez perdu votre bibliothèque suite aux inondations ou si vous connaissez quelqu’un dans le cas, envoyez-moi un petit mot, je vous ferais parvenir un exemplaire de Printeurs. Je dispose également de plusieurs ouvrages de la collection Ludomire que j’enverrai volontiers aux bibliothèques qui cherchent à se reconstruire. N’hésitez pas à prendre contact et à faire l’intermédiaire pour des personnes à qui cela pourrait apporter un petit sourire. C’est toujours bon à prendre dans cette période difficile de reconstruction où la vie, comme la Vesdre, semble avoir repris son cours normal. Sauf pour ceux qui ont tout perdu, qui vivent dans l’humidité, qui sont nourris par la Croix-Rouge et dont le cœur s’étreint d’angoisse à chaque nouvelle pluie un peu drue.

Il me reste quelques exemplaires du livre « Les aventures d’Aristide, le lapin cosmonaute ». Ils sont normalement en vente, mais je les offre avec plaisir aux familles avec enfant (idéalement 5-9 ans) qui sont en manque de livre, que ce soit à cause des inondations ou pour des raisons qui ne me regardent pas.

Envoyez-moi un mail en précisant quel livre vous ferait plaisir (ou bien les deux) à l’adresse suspendu at ploum.eu.

Bonne lecture et bonne écoute !

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Devenez la poule la plus productive du poulailler ! https://ploum.net/?p=6932 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Devenez-la-poule-la-plus-productive-du-poulailler Wed, 08 Sep 2021 11:39:17 +0200 Cette interdépendance que l’on essaie d’oublier afin de camoufler l’apport essentiel de l’oisiveté et de la réflexion ouverte.

En 2014, alors que je parlais beaucoup du prix libre, j’ai reçu un gros paiement d’un lecteur. Ce lecteur me remerciait, car les idées que je décrivais l’inspiraient pour son projet de site de jeu d’échecs en ligne. 6 années plus tard, un de mes étudiants a choisi, comme logiciel libre à présenter pour son examen, ce logiciel : Lichess. Il m’a décrit le modèle libre de développement de Lichess, la méthode de don et le prix libre. Lichess est l’un des plus importants sites d’échecs dans le monde et est fréquenté par des grands maitres comme Magnus Carlsen.

Outre une immense fierté de savoir que certaines des graines que j’ai semées ont contribué à de magnifiques forêts, cette anecdote illustre surtout un point très important que l’idéologie Randienne tente à tout prix de camoufler : le succès n’est pas la propriété d’un individu. Un individu n’est jamais productif tout seul, il ne peut pas « se faire tout seul » en dépit de l’image que l’on aime donner des milliardaires. Si les parents de Jeff Bezos ne lui avaient pas donné 300.000$ en lui faisant promettre de trouver un vrai travail une fois les 300.000$ dépensés, il n’y aurait pas d’Amazon aujourd’hui. Chacun d’entre nous utilise des routes, des moyens de communication, des hôpitaux, des écoles et a des échanges intellectuels fournis par la communauté. L’idéologie de la propriété intellectuelle et des brevets nous fait croire qu’il y’a un unique inventeur, un génie solitaire qui mérite de récolter le fruit de ses efforts. C’est entièrement complètement faux. Nous sommes dépendants les uns des autres et nos succès sont essentiellement des chances, saisies ou non, que nous offre la communauté.

De plus, les brevets sont une gigantesque arnaque intellectuelle. J’en ai fait l’expérience moi-même dans un article assez ancien qui a eu pas mal de retentissement sans jamais rencontrer de contradiction.

https://ploum.net/working-with-patents/

Brevets qui ne servent d’ailleurs que l’intérêt des riches et puissants. Amazon, par exemple, a développé une technique pour repérer ce qui se vend bien sur son site afin de le copier et d’en faire sa propre version. Même s’il y’a des brevets. Parce que personne n’a les ressources d’attaquer Amazon sur une histoire de brevets.

https://www.currentaffairs.org/2020/12/how-amazon-destroys-the-intellectual-justifications-for-capitalism

Les brevets sont une arnaque construite sur un concept entièrement fictif : celui de l’inventeur solitaire. Une fiction qui nie l’idée même de l’interdépendance sociale.

Une interdépendance sociale dont l’apport essentiel à la productivité individuelle a été illustré par un généticien, William Muir, qui a décidé de sélectionner les poules qui pondaient le plus d’œufs afin de créer un « super poulailler » qui serait hyper productif. Le résultat a été catastrophique. Les poules qui pondaient le plus d’œufs au sein d’un poulailler étaient en fait les plus agressives qui empêchaient les autres de pondre. Le super poulailler est devenu une boucherie d’ou presque aucun œuf ne sortait et dont la majorité des poules mourraient !

La conclusion est simple : même les poules qui pondent peu ont un rôle essentiel dans la productivité globale de la communauté. Le meilleur poulailler n’est pas composé des meilleures pondeuses, bien au contraire.

https://economicsfromthetopdown.com/2021/01/14/the-rise-of-human-capital-theory/

Grâce aux témoignages de mes lecteurs, je peux affirmer que mes billets de blog ont une influence sur la société à laquelle j’appartiens. Influence que j’estime essentiellement positive, voire très positive, selon mes propres critères. Lichess en est un exemple spectaculaire, mais je reçois des mails beaucoup plus intimes qui vont dans le même sens et qui me touchent beaucoup (même si j’ai pris la décision de ne plus y répondre systématiquement). Je peux donc affirmer que je suis utile à mon humble échelle.

Au cours de ma carrière, je ne peux trouver aucun exemple où mon travail salarié ait jamais eu le moindre impact et où mon utilité a été démontrée. Pire : je ne vois pas un seul impact positif des entreprises entières pour lesquelles j’ai travaillé. En étant très optimiste, je peux affirmer qu’on a amélioré la rentabilité de certains de nos clients. Mais ce n’est pas vraiment un impact sociétal positif. Et ce rendement est de toute façon noyé dans une gabegie de projets abscons et de procédures administratives. Pendant dix ans, j’ai été payé dans des super-poulaillers, dans des entreprises qui sont elles-mêmes en compétition. Pour un résultat soit nul, soit nocif pour l’humanité et la planète car augmentant la consommation globale.

À l’opposé, je vois directement l’impact des projets auxquels j’ai contribué sans rétribution, notamment les projets de logiciels libres. Le développeur Mike Williamson est arrivé à la même conclusion.

https://mike.zwobble.org/2021/08/side-projects-vs-industry/

Si vous cherchez mon nom sur Wikipedia, vous arriverez sur la page d’un projet auquel j’ai consacré plusieurs années de sommeil sans toucher le moindre centime.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Getting_Things_Gnome

Revenu de base

C’est peut-être pour ça que le revenu de base me semble tellement essentiel. En 2013, je tentais de vous convaincre que le revenu de base était une bonne idée et de signer la pétition pour forcer les instances européennes d’étudier la question. Hélas, le nombre de signatures n’avait pas été atteint.

https://ploum.net/pourquoi-vous-etes-sans-le-savoir-favorable-au-revenu-de-base/

Huit ans plus tard, une nouvelle pétition vient de voir le jour. Si vous êtes citoyen européen, je vous invite vivement à la signer. C’est très facile et très officiel. Il faut mettre vos données personnelles, mais pas votre email. Il est nécessaire d’obtenir un minimum de signatures dans tous les pays d’Europe. N’hésitez pas à partager avec vos contacts internationaux.

https://eci.ec.europa.eu/014/public/#/screen/home

Les observables

Lorsqu’on vous parle de la productivité d’un individu ou du mérite des personnes riches, rappelez-vous l’histoire des poulaillers.

Mais pour les poules, c’est facile. Il suffit de mesurer les œufs pondus. Le problème avec le capitalisme moderne, c’est qu’on se plante tout le temps dans les métriques. Or, si on utilise une mauvaise métrique, on va optimiser tout le système pour avoir des mauvais résultats.

J’ai beaucoup glosé sur ce paradigme des métriques, que j’appelle des « observables ». Je tourne en rond autour du même thème : on mesure la productivité à l’aide des heures de travail (vu que le salarié moyen ne pond pas), donc on crée des heures de travail, donc les jobs servent à remplir le plus d’heures possible. Ce que j’appelle le principe d’inefficacité maximale. Au final, on passe 8h par jour à tenter de brûler la planète afin, une fois sorti du bureau, de pouvoir se payer des légumes bio en ayant l’impression de sauver la même planète.

https://ploum.net/le-principe-dinefficacite-maximale/

Outre les heures de travail, il y’a d’autres métriques absurdes comme les clics, les pages vues et ce genre de choses. Les métriques des gens qui font du marketing : faire le plus de bruit possible ! Le département marketing, c’est un peu un super-poulailler où on a mis tous les coqs les plus bruyants. Et on s’étonne de ne pas avoir un seul œuf. Mais beaucoup de bruit.

https://ploum.net/le-silence-au-milieu-du-bruit/

L’effet des métriques absurdes a un impact direct sur votre vie. Genre si vous utilisez Microsoft Team au travail. Car désormais, votre manager va pouvoir avoir des statistiques sur votre utilisation de Teams. Le programmeur hyper concentré qui a coupé Teams pour coder une super fonctionnalité va bien vite se faire virer à cause de mauvaises statistiques. Et votre vie privée ? Elle ne rentre pas dans les plans du superpoulailler !

https://www.zdnet.com/article/i-looked-at-all-the-ways-microsoft-teams-tracks-users-and-my-head-is-spinning/

Comme plus personne n’a le temps de réfléchir (vu qu’il n’y a pas de métriques sur le sujet et qu’au contraire réfléchir bousille d’autres métriques), l’avenir appartient à ceux qui arrivent à maximiser les métriques. Ou mieux : qui arrive à faire croire qu’ils sont responsables de métriques maximisées. Changer de travail régulièrement permet de ne jamais vraiment exposer son incompétence et de montrer en grade à chaque étape, augmentant ainsi son salaire jusqu’à devenir grand manager hyper bien payé dans un univers où les métriques sont de plus en plus floues. La compétence est remplacée par l’apparence de compétence, qui est essentiellement de la confiance en soi et de l’opportunisme politique. Cela rejoint un peu la thèse de Daniel Drezner développée dans « The Ideas Industry » : les idées simples, prémâchées, faciles à s’approprier (genre TED) prennent le pas sur les analyses profondes et plus subtiles. C’est également un constat fait par Cal Newport dans « A World Without Email » où il dénonce la mentalité de « ruche bourdonnante » de toute entreprise moderne.

Vous êtes entrepreneur ou indépendant ? C’est pareil : vous maximisez les métriques absurdes de vos clients. Si vous avez de la chance d’avoir des clients ! Sinon, vous passez votre temps à optimiser les métriques que vous offrent Facebook, Google Analytics ou Amazon en ayant l’impression de bosser à votre projet. Y’a même un métier entier qui ne fait qu’optimiser une métrique offerte par Google : le SEO.

Il y a quelques années, le simple fait d’avoir émis cette idée m’a valu que des professionnels du secteur s’organisent pour qu’une recherche à mon nom renvoie vers des injures de leur cru. Cette anecdote illustre bien le problème des métriques absurdes : il est impossible de faire comprendre qu’une métrique est absurde à ceux qui payent pour optimiser cette métrique et à ceux qui ont bâti leur carrière sur la même métrique. Une simple remise en question génère une violence complètement disproportionnée, religieuse.

Religion et violence

Le repli identitaire, la religiosité ou la plupart des opinions conservatrices sont générés par l’angoisse et le sentiment de ne pas comprendre. Ce n’est pas une analyse politique, mais bien neurologique. Il suffit de désactiver quelques neurones dans le cerveau pour que, soudainement, l’angoisse ne soit plus liée à ce repli. Comme on ne peut pas désactiver ces neurones chez tout le monde, il reste une solution qui a déjà fait ses preuves : l’éducation, qui permet de comprendre et d’être moins angoissé.

https://www.lemonde.fr/passeurdesciences/article/2015/10/21/moins-croire-en-dieu-avec-la-stimulation-magnetique_6001729_5470970.html

La religion n’est de toute façon qu’un prétexte. Ce ne sont pas les interprétations religieuses qui sont la cause de violences ou de repli, elles en sont au contraire le symptôme, l’excuse.

https://medium.com/incerto/religion-violence-tolerance-progress-nothing-to-do-with-theology-a31f351c729e

Le poulailler sans-tête !

En utilisant religieusement les mauvaises métriques, nous sommes en train de faire de la planète une sorte de super-poulailler où la bêtise et la stupidité sont optimisées. C’est d’ailleurs la définition même de la foi : croire sans poser de question, sans chercher à comprendre. La foi est la bêtise élevée au rang de qualité. L’invasion du capitole par les partisans de Trump en a été l’illustration suprême : des gens pas très malins, ayant la foi que l’un d’entre eux avait un plan et qu’ils allaient le suivre. Sauf qu’il n’y avait pas de plan, que cette invasion était un « meme » comme l’est Q : une simple idée lancée sur les réseaux sociaux qui s’est créé une auto-importance grâce à la rumeur et au bouche-à-oreille virtuel. D’ailleurs, une fois dans le capitole, personne ne savait quoi faire. Ils se sont assis sur les fauteuils pour se sentir importants, ont pris des selfies, ont tenté de trouver des complots croustillants, en quelques secondes, dans les centaines de pages de documents législatifs qui sont probablement disponibles sur le site du gouvernement. Quand votre culture politique est alimentée essentiellement par des séries d’actions sur Netflix, la révolution trouve vite ses limites.

Comme le souligne très bien Cory Doctorrow, les memes et les fake news ne sont pas la réalité, mais ils sont l’expression d’un fantasme. Les memes sur Internet ne sont pas créés pour décrire la réalité, mais pour tenter de faire plier la réalité à nos désirs.

https://locusmag.com/2019/07/cory-doctorow-fake-news-is-an-oracle/

Mais pas besoin d’aller aussi loin. Bien avant Trump, la Belgique avait connu le concept du « politicien-meme » avec le député Laurent Louis. Député tellement absurde que j’avais ironisé sur le fait qu’il n’était qu’une blague à travers un article satirique. Article qui avait d’ailleurs eu pour résultat que Laurent Louis lui-même avait posté son certificat de naissance sur les réseaux sociaux, pour prouver qu’il existait. Cette non-perception de l’ironie m’avait particulièrement frappé.

Comme Trump, Laurent Louis avait fini par trouver un créneau et des partisans. Assez pour foutre un peu le bordel, pas assez pour ne pas disparaitre dans l’oubli comme une parenthèse illustrant les faiblesses d’un système politique bien trop optimisé pour récompenser le marketing et la bêtise. Mais je tombe dans le pléonasme.

https://ploum.net/le-depute-qui-nexistait-pas/

S’évader du poulailler

J’achète un recueil de nouvelles de Valery Bonneau. Je le prête à ma mère avant même de le lire. Elle me dit de lire absolument la première nouvelle,  » Putain de cafetière « . Je me plonge. Je tombe de mon fauteuil de rire. Franchement, le coup du frigo américain avec un code PIN, j’en rigole encore.

Profitez-en ! (en version papier, c’est encore plus délectable !)

https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir/putain-de-cafetiere

Envie d’un roman gonflé à la vitamine ? Besoin de vous évader des confinements et couvre-feux à gogo ? Printeurs de Ploum est fait pour vous!

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est une critique que je ne me lasse pas de relire :

https://albdoblog.com/2021/01/20/printeurs-ploum/

D’ailleurs, si vous avez lu Printeurs, n’hésitez pas à donner votre avis sur Senscritique et Babelio. Je déteste Senscritique, mais je n’ai pas encore trouvé d’alternative durable.

https://www.senscritique.com/livre/Printeurs/43808921

https://www.babelio.com/livres/Dricot-Printeurs-Science-fiction/1279338

Un autre plugin Firefox qui me sauve la vie et pour lequel j’ai souscrit un abonnement premium à prix libre :


https://ninja-cookie.com/

Fini de paramétrer les cookies. Le plugin les refuse automatiquement au maximum refus possible. C’est parfait et indispensable.

Ça en dit long sur l’état du web actuel. Quand on voit le nombre de protections qu’il faut avoir pour pouvoir tout simplement « lire » le contenu des pages web sans avoir le cerveau qui frit et sans être espionné de tous les côtés, on comprend mieux l’intérêt d’un protocole comme Gemini qui est conçu à la base pour être le moins extensible possible !

Conseil BD

Après les magnifiques « L’Autre Monde » et « Mary la Noire », je découvre une nouvelle facette de l’univers de Florence Magnin . « L’héritage d’Émilie ».

J’ai découvert Magnin par hasard, dans ma librairie préférée. L’Autre Monde m’a interpellé. Le dessin était magnifique, mais d’une naïveté particulière. Je n’étais pas certain d’aimer. Je n’ai pas aimé, j’ai littéralement été aspiré. Ce mélange de naïveté et d’univers pour adulte, de fantastique à la fois désuet et incroyablement moderne. L’héritage d’Émilie ne fait pas exception. En fait, il transcende même les deux autres en mélangeant le Paris des années folles et les légendes celtiques d’Irlande, le tout dans une œuvre de fantastique champêtre qui glisse brusquement dans le space opera intergalactique. Oui, c’est complètement incroyable. Et oui, j’adore.

Photo by Artem Beliaikin on Unsplash

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Cette interdépendance que l’on essaie d’oublier afin de camoufler l’apport essentiel de l’oisiveté et de la réflexion ouverte.

En 2014, alors que je parlais beaucoup du prix libre, j’ai reçu un gros paiement d’un lecteur. Ce lecteur me remerciait, car les idées que je décrivais l’inspiraient pour son projet de site de jeu d’échecs en ligne. 6 années plus tard, un de mes étudiants a choisi, comme logiciel libre à présenter pour son examen, ce logiciel : Lichess. Il m’a décrit le modèle libre de développement de Lichess, la méthode de don et le prix libre. Lichess est l’un des plus importants sites d’échecs dans le monde et est fréquenté par des grands maitres comme Magnus Carlsen.

Outre une immense fierté de savoir que certaines des graines que j’ai semées ont contribué à de magnifiques forêts, cette anecdote illustre surtout un point très important que l’idéologie Randienne tente à tout prix de camoufler : le succès n’est pas la propriété d’un individu. Un individu n’est jamais productif tout seul, il ne peut pas « se faire tout seul » en dépit de l’image que l’on aime donner des milliardaires. Si les parents de Jeff Bezos ne lui avaient pas donné 300.000$ en lui faisant promettre de trouver un vrai travail une fois les 300.000$ dépensés, il n’y aurait pas d’Amazon aujourd’hui. Chacun d’entre nous utilise des routes, des moyens de communication, des hôpitaux, des écoles et a des échanges intellectuels fournis par la communauté. L’idéologie de la propriété intellectuelle et des brevets nous fait croire qu’il y’a un unique inventeur, un génie solitaire qui mérite de récolter le fruit de ses efforts. C’est entièrement complètement faux. Nous sommes dépendants les uns des autres et nos succès sont essentiellement des chances, saisies ou non, que nous offre la communauté.

De plus, les brevets sont une gigantesque arnaque intellectuelle. J’en ai fait l’expérience moi-même dans un article assez ancien qui a eu pas mal de retentissement sans jamais rencontrer de contradiction.

https://ploum.net/working-with-patents/

Brevets qui ne servent d’ailleurs que l’intérêt des riches et puissants. Amazon, par exemple, a développé une technique pour repérer ce qui se vend bien sur son site afin de le copier et d’en faire sa propre version. Même s’il y’a des brevets. Parce que personne n’a les ressources d’attaquer Amazon sur une histoire de brevets.

https://www.currentaffairs.org/2020/12/how-amazon-destroys-the-intellectual-justifications-for-capitalism

Les brevets sont une arnaque construite sur un concept entièrement fictif : celui de l’inventeur solitaire. Une fiction qui nie l’idée même de l’interdépendance sociale.

Une interdépendance sociale dont l’apport essentiel à la productivité individuelle a été illustré par un généticien, William Muir, qui a décidé de sélectionner les poules qui pondaient le plus d’œufs afin de créer un « super poulailler » qui serait hyper productif. Le résultat a été catastrophique. Les poules qui pondaient le plus d’œufs au sein d’un poulailler étaient en fait les plus agressives qui empêchaient les autres de pondre. Le super poulailler est devenu une boucherie d’ou presque aucun œuf ne sortait et dont la majorité des poules mourraient !

La conclusion est simple : même les poules qui pondent peu ont un rôle essentiel dans la productivité globale de la communauté. Le meilleur poulailler n’est pas composé des meilleures pondeuses, bien au contraire.

https://economicsfromthetopdown.com/2021/01/14/the-rise-of-human-capital-theory/

Grâce aux témoignages de mes lecteurs, je peux affirmer que mes billets de blog ont une influence sur la société à laquelle j’appartiens. Influence que j’estime essentiellement positive, voire très positive, selon mes propres critères. Lichess en est un exemple spectaculaire, mais je reçois des mails beaucoup plus intimes qui vont dans le même sens et qui me touchent beaucoup (même si j’ai pris la décision de ne plus y répondre systématiquement). Je peux donc affirmer que je suis utile à mon humble échelle.

Au cours de ma carrière, je ne peux trouver aucun exemple où mon travail salarié ait jamais eu le moindre impact et où mon utilité a été démontrée. Pire : je ne vois pas un seul impact positif des entreprises entières pour lesquelles j’ai travaillé. En étant très optimiste, je peux affirmer qu’on a amélioré la rentabilité de certains de nos clients. Mais ce n’est pas vraiment un impact sociétal positif. Et ce rendement est de toute façon noyé dans une gabegie de projets abscons et de procédures administratives. Pendant dix ans, j’ai été payé dans des super-poulaillers, dans des entreprises qui sont elles-mêmes en compétition. Pour un résultat soit nul, soit nocif pour l’humanité et la planète car augmentant la consommation globale.

À l’opposé, je vois directement l’impact des projets auxquels j’ai contribué sans rétribution, notamment les projets de logiciels libres. Le développeur Mike Williamson est arrivé à la même conclusion.

https://mike.zwobble.org/2021/08/side-projects-vs-industry/

Si vous cherchez mon nom sur Wikipedia, vous arriverez sur la page d’un projet auquel j’ai consacré plusieurs années de sommeil sans toucher le moindre centime.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Getting_Things_Gnome

Revenu de base

C’est peut-être pour ça que le revenu de base me semble tellement essentiel. En 2013, je tentais de vous convaincre que le revenu de base était une bonne idée et de signer la pétition pour forcer les instances européennes d’étudier la question. Hélas, le nombre de signatures n’avait pas été atteint.

https://ploum.net/pourquoi-vous-etes-sans-le-savoir-favorable-au-revenu-de-base/

Huit ans plus tard, une nouvelle pétition vient de voir le jour. Si vous êtes citoyen européen, je vous invite vivement à la signer. C’est très facile et très officiel. Il faut mettre vos données personnelles, mais pas votre email. Il est nécessaire d’obtenir un minimum de signatures dans tous les pays d’Europe. N’hésitez pas à partager avec vos contacts internationaux.

https://eci.ec.europa.eu/014/public/#/screen/home

Les observables

Lorsqu’on vous parle de la productivité d’un individu ou du mérite des personnes riches, rappelez-vous l’histoire des poulaillers.

Mais pour les poules, c’est facile. Il suffit de mesurer les œufs pondus. Le problème avec le capitalisme moderne, c’est qu’on se plante tout le temps dans les métriques. Or, si on utilise une mauvaise métrique, on va optimiser tout le système pour avoir des mauvais résultats.

J’ai beaucoup glosé sur ce paradigme des métriques, que j’appelle des « observables ». Je tourne en rond autour du même thème : on mesure la productivité à l’aide des heures de travail (vu que le salarié moyen ne pond pas), donc on crée des heures de travail, donc les jobs servent à remplir le plus d’heures possible. Ce que j’appelle le principe d’inefficacité maximale. Au final, on passe 8h par jour à tenter de brûler la planète afin, une fois sorti du bureau, de pouvoir se payer des légumes bio en ayant l’impression de sauver la même planète.

https://ploum.net/le-principe-dinefficacite-maximale/

Outre les heures de travail, il y’a d’autres métriques absurdes comme les clics, les pages vues et ce genre de choses. Les métriques des gens qui font du marketing : faire le plus de bruit possible ! Le département marketing, c’est un peu un super-poulailler où on a mis tous les coqs les plus bruyants. Et on s’étonne de ne pas avoir un seul œuf. Mais beaucoup de bruit.

https://ploum.net/le-silence-au-milieu-du-bruit/

L’effet des métriques absurdes a un impact direct sur votre vie. Genre si vous utilisez Microsoft Team au travail. Car désormais, votre manager va pouvoir avoir des statistiques sur votre utilisation de Teams. Le programmeur hyper concentré qui a coupé Teams pour coder une super fonctionnalité va bien vite se faire virer à cause de mauvaises statistiques. Et votre vie privée ? Elle ne rentre pas dans les plans du superpoulailler !

https://www.zdnet.com/article/i-looked-at-all-the-ways-microsoft-teams-tracks-users-and-my-head-is-spinning/

Comme plus personne n’a le temps de réfléchir (vu qu’il n’y a pas de métriques sur le sujet et qu’au contraire réfléchir bousille d’autres métriques), l’avenir appartient à ceux qui arrivent à maximiser les métriques. Ou mieux : qui arrive à faire croire qu’ils sont responsables de métriques maximisées. Changer de travail régulièrement permet de ne jamais vraiment exposer son incompétence et de montrer en grade à chaque étape, augmentant ainsi son salaire jusqu’à devenir grand manager hyper bien payé dans un univers où les métriques sont de plus en plus floues. La compétence est remplacée par l’apparence de compétence, qui est essentiellement de la confiance en soi et de l’opportunisme politique. Cela rejoint un peu la thèse de Daniel Drezner développée dans « The Ideas Industry » : les idées simples, prémâchées, faciles à s’approprier (genre TED) prennent le pas sur les analyses profondes et plus subtiles. C’est également un constat fait par Cal Newport dans « A World Without Email » où il dénonce la mentalité de « ruche bourdonnante » de toute entreprise moderne.

Vous êtes entrepreneur ou indépendant ? C’est pareil : vous maximisez les métriques absurdes de vos clients. Si vous avez de la chance d’avoir des clients ! Sinon, vous passez votre temps à optimiser les métriques que vous offrent Facebook, Google Analytics ou Amazon en ayant l’impression de bosser à votre projet. Y’a même un métier entier qui ne fait qu’optimiser une métrique offerte par Google : le SEO.

Il y a quelques années, le simple fait d’avoir émis cette idée m’a valu que des professionnels du secteur s’organisent pour qu’une recherche à mon nom renvoie vers des injures de leur cru. Cette anecdote illustre bien le problème des métriques absurdes : il est impossible de faire comprendre qu’une métrique est absurde à ceux qui payent pour optimiser cette métrique et à ceux qui ont bâti leur carrière sur la même métrique. Une simple remise en question génère une violence complètement disproportionnée, religieuse.

Religion et violence

Le repli identitaire, la religiosité ou la plupart des opinions conservatrices sont générés par l’angoisse et le sentiment de ne pas comprendre. Ce n’est pas une analyse politique, mais bien neurologique. Il suffit de désactiver quelques neurones dans le cerveau pour que, soudainement, l’angoisse ne soit plus liée à ce repli. Comme on ne peut pas désactiver ces neurones chez tout le monde, il reste une solution qui a déjà fait ses preuves : l’éducation, qui permet de comprendre et d’être moins angoissé.

https://www.lemonde.fr/passeurdesciences/article/2015/10/21/moins-croire-en-dieu-avec-la-stimulation-magnetique_6001729_5470970.html

La religion n’est de toute façon qu’un prétexte. Ce ne sont pas les interprétations religieuses qui sont la cause de violences ou de repli, elles en sont au contraire le symptôme, l’excuse.

https://medium.com/incerto/religion-violence-tolerance-progress-nothing-to-do-with-theology-a31f351c729e

Le poulailler sans-tête !

En utilisant religieusement les mauvaises métriques, nous sommes en train de faire de la planète une sorte de super-poulailler où la bêtise et la stupidité sont optimisées. C’est d’ailleurs la définition même de la foi : croire sans poser de question, sans chercher à comprendre. La foi est la bêtise élevée au rang de qualité. L’invasion du capitole par les partisans de Trump en a été l’illustration suprême : des gens pas très malins, ayant la foi que l’un d’entre eux avait un plan et qu’ils allaient le suivre. Sauf qu’il n’y avait pas de plan, que cette invasion était un « meme » comme l’est Q : une simple idée lancée sur les réseaux sociaux qui s’est créé une auto-importance grâce à la rumeur et au bouche-à-oreille virtuel. D’ailleurs, une fois dans le capitole, personne ne savait quoi faire. Ils se sont assis sur les fauteuils pour se sentir importants, ont pris des selfies, ont tenté de trouver des complots croustillants, en quelques secondes, dans les centaines de pages de documents législatifs qui sont probablement disponibles sur le site du gouvernement. Quand votre culture politique est alimentée essentiellement par des séries d’actions sur Netflix, la révolution trouve vite ses limites.

Comme le souligne très bien Cory Doctorrow, les memes et les fake news ne sont pas la réalité, mais ils sont l’expression d’un fantasme. Les memes sur Internet ne sont pas créés pour décrire la réalité, mais pour tenter de faire plier la réalité à nos désirs.

https://locusmag.com/2019/07/cory-doctorow-fake-news-is-an-oracle/

Mais pas besoin d’aller aussi loin. Bien avant Trump, la Belgique avait connu le concept du « politicien-meme » avec le député Laurent Louis. Député tellement absurde que j’avais ironisé sur le fait qu’il n’était qu’une blague à travers un article satirique. Article qui avait d’ailleurs eu pour résultat que Laurent Louis lui-même avait posté son certificat de naissance sur les réseaux sociaux, pour prouver qu’il existait. Cette non-perception de l’ironie m’avait particulièrement frappé.

Comme Trump, Laurent Louis avait fini par trouver un créneau et des partisans. Assez pour foutre un peu le bordel, pas assez pour ne pas disparaitre dans l’oubli comme une parenthèse illustrant les faiblesses d’un système politique bien trop optimisé pour récompenser le marketing et la bêtise. Mais je tombe dans le pléonasme.

https://ploum.net/le-depute-qui-nexistait-pas/

S’évader du poulailler

J’achète un recueil de nouvelles de Valery Bonneau. Je le prête à ma mère avant même de le lire. Elle me dit de lire absolument la première nouvelle,  » Putain de cafetière « . Je me plonge. Je tombe de mon fauteuil de rire. Franchement, le coup du frigo américain avec un code PIN, j’en rigole encore.

Profitez-en ! (en version papier, c’est encore plus délectable !)

https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir/putain-de-cafetiere

Envie d’un roman gonflé à la vitamine ? Besoin de vous évader des confinements et couvre-feux à gogo ? Printeurs de Ploum est fait pour vous!

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est une critique que je ne me lasse pas de relire :

https://albdoblog.com/2021/01/20/printeurs-ploum/

D’ailleurs, si vous avez lu Printeurs, n’hésitez pas à donner votre avis sur Senscritique et Babelio. Je déteste Senscritique, mais je n’ai pas encore trouvé d’alternative durable.

https://www.senscritique.com/livre/Printeurs/43808921

https://www.babelio.com/livres/Dricot-Printeurs-Science-fiction/1279338

Un autre plugin Firefox qui me sauve la vie et pour lequel j’ai souscrit un abonnement premium à prix libre :


https://ninja-cookie.com/

Fini de paramétrer les cookies. Le plugin les refuse automatiquement au maximum refus possible. C’est parfait et indispensable.

Ça en dit long sur l’état du web actuel. Quand on voit le nombre de protections qu’il faut avoir pour pouvoir tout simplement « lire » le contenu des pages web sans avoir le cerveau qui frit et sans être espionné de tous les côtés, on comprend mieux l’intérêt d’un protocole comme Gemini qui est conçu à la base pour être le moins extensible possible !

Conseil BD

Après les magnifiques « L’Autre Monde » et « Mary la Noire », je découvre une nouvelle facette de l’univers de Florence Magnin . « L’héritage d’Émilie ».

J’ai découvert Magnin par hasard, dans ma librairie préférée. L’Autre Monde m’a interpellé. Le dessin était magnifique, mais d’une naïveté particulière. Je n’étais pas certain d’aimer. Je n’ai pas aimé, j’ai littéralement été aspiré. Ce mélange de naïveté et d’univers pour adulte, de fantastique à la fois désuet et incroyablement moderne. L’héritage d’Émilie ne fait pas exception. En fait, il transcende même les deux autres en mélangeant le Paris des années folles et les légendes celtiques d’Irlande, le tout dans une œuvre de fantastique champêtre qui glisse brusquement dans le space opera intergalactique. Oui, c’est complètement incroyable. Et oui, j’adore.

Photo by Artem Beliaikin on Unsplash

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Roudou s’en est allé pédaler un peu plus à l’Ouest https://ploum.net/?p=6920 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Roudou-s-en-est-allé-pédaler-un-peu-plus-à-l-Ouest Mon, 30 Aug 2021 12:23:59 +0200 Alors que je déclipsais le pied de mes pédales après ma grande traversée du Massif central en VTT en compagnie de Thierry Crouzet, mon téléphone m’afficha un mail au titre à la fois évident et incompréhensible, inimaginable : « Roudou nous a quittés ».

Avec Internet est apparu une nouvelle forme de relation sociale, une nouvelle forme d’interaction voire, j’ose le terme, d’amitié. Une amitié envers des personnes avec qui on se découvre des affinités intellectuelles, mais qu’on ne verra pas souvent voire jamais. Une amitié tout de même. Une amitié qui peut mener sur une complicité, sur la création de projets communs. Une amitié qui dépasse bien des relations en chair et en os que la proximité nous impose quotidiennement.

Jean-Marc Delforge, Roudou pour les intimes, était pour moi de ces amitiés au long cours. Lecteur de mon blog depuis des années, utilisateur de logiciel libre et illustrateur amateur, il m’a envoyé le tout premier fan-art de Printeur et signera ensuite la couverture du premier EPUB Printeurs.

À force de discussions, nous créerons ensemble le webcomic « Les startupeurs » dont j’ai empilé les scénarios avant que, malheureusement, Roudou ne trouve plus le temps pour les dessiner. Des personnages d’employés un peu désabusés (dont l’un est ma parodie selon Roudou), rêvant de créer leurs startup et addicts de la machine à café (une trouvaille de Roudou !).

https://ploum.net/les-startupeurs-un-nouveau-webcomic/

On s’amusait comme des fous avec ces idées, s’essayant au cartoon politique, partageant, discutant et se découvrant une passion commune pour le VTT.

Car Roudou était plus qu’un passionné de VTT. C’était un meneur, un créateur de trace et le fondateur du forum VTTnet. Dans son sillage, impossible de ne pas pédaler.

En 2015, il m’invita à le rejoindre avec mon filleul Loïc pour 3 jours de VTT intensifs en compagnie des membres du forum.

Roudou, sa fille Noémie, mon filleul Loïc et les autres malades de VTTNet en 2015

Par le plus grand des hasards, Loïc et moi sommes repassés dans la région début juillet pour un trip bikepacking. Lorsque Roudou a découvert cela, il m’a immédiatement envoyé un message pour me dire qu’on s’était raté de peu. Alors que Loïc et moi nous prélassions au bord du lac de l’Eau d’Heure, lui était probablement en train d’y faire du bateau. Il rigolait en lisant l’itinéraire que nous avions pris, me disant qu’il aurait pu nous guider, qu’il habitait tout près.

Je me suis senti triste à l’idée d’avoir manqué une telle opportunité de pédaler ensemble. J’ai promis qu’on referait le trip l’année prochaine. Que ce serait vraiment chouette de se retrouver sur un vélo (même si, pour des raisons de santé qu’il ne voulait pas détailler, le VTT de Roudou était devenu électrique).

À un message un peu accusateur me demandant comment j’osais venir pédaler dans sa région sans le prévenir, je répondis que j’étais persuadé qu’il habitait bien plus à l’ouest.

La réponse de Roudou ne se fit pas attendre : « Ma femme aussi me dit souvent que je suis bien trop à l’ouest. »

Ce fut le dernier message que je reçus de lui. Le 16 juillet, j’embarquais pour 1000km de VTT essentiellement déconnectés, me promettant d’aller rouler avec Roudou l’été prochain.

Mais alors que je pédalais loin de tout, la mort l’a surpris, interrompant à jamais notre fil de discussion, plongeant les startupeurs, les vététistes, sa femme, ses filles et ses amis dans une tristesse infinie.

Roudou va me manquer. Ses crobards et ses photos humoristiques envoyés pour réagir à mes billets de blog et mes livres vont me manquer. Les startupeurs, même s’ils étaient en hibernation, vont me manquer (je n’ai d’ailleurs pas de copie de cette œuvre commune, peut-être perdue). Lorsque je me plongerai dans la suite de Printeurs, je sais que les personnages auront une pensée pour Roudou, ce lecteur qui leur faisait prendre corps sous sa tablette graphique.

Je garderai toujours en moi ce regret d’avoir oublié de le prévenir, d’avoir gâché cette dernière opportunité avant qu’il parte pédaler un peu plus à l’Ouest. Un peu trop à l’Ouest…

Salut l’artiste, salut Roudou ! Nous continuerons à suivre tes traces en pensant à toi.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Alors que je déclipsais le pied de mes pédales après ma grande traversée du Massif central en VTT en compagnie de Thierry Crouzet, mon téléphone m’afficha un mail au titre à la fois évident et incompréhensible, inimaginable : « Roudou nous a quittés ».

Avec Internet est apparu une nouvelle forme de relation sociale, une nouvelle forme d’interaction voire, j’ose le terme, d’amitié. Une amitié envers des personnes avec qui on se découvre des affinités intellectuelles, mais qu’on ne verra pas souvent voire jamais. Une amitié tout de même. Une amitié qui peut mener sur une complicité, sur la création de projets communs. Une amitié qui dépasse bien des relations en chair et en os que la proximité nous impose quotidiennement.

Jean-Marc Delforge, Roudou pour les intimes, était pour moi de ces amitiés au long cours. Lecteur de mon blog depuis des années, utilisateur de logiciel libre et illustrateur amateur, il m’a envoyé le tout premier fan-art de Printeur et signera ensuite la couverture du premier EPUB Printeurs.

À force de discussions, nous créerons ensemble le webcomic « Les startupeurs » dont j’ai empilé les scénarios avant que, malheureusement, Roudou ne trouve plus le temps pour les dessiner. Des personnages d’employés un peu désabusés (dont l’un est ma parodie selon Roudou), rêvant de créer leurs startup et addicts de la machine à café (une trouvaille de Roudou !).

https://ploum.net/les-startupeurs-un-nouveau-webcomic/

On s’amusait comme des fous avec ces idées, s’essayant au cartoon politique, partageant, discutant et se découvrant une passion commune pour le VTT.

Car Roudou était plus qu’un passionné de VTT. C’était un meneur, un créateur de trace et le fondateur du forum VTTnet. Dans son sillage, impossible de ne pas pédaler.

En 2015, il m’invita à le rejoindre avec mon filleul Loïc pour 3 jours de VTT intensifs en compagnie des membres du forum.

Roudou, sa fille Noémie, mon filleul Loïc et les autres malades de VTTNet en 2015

Par le plus grand des hasards, Loïc et moi sommes repassés dans la région début juillet pour un trip bikepacking. Lorsque Roudou a découvert cela, il m’a immédiatement envoyé un message pour me dire qu’on s’était raté de peu. Alors que Loïc et moi nous prélassions au bord du lac de l’Eau d’Heure, lui était probablement en train d’y faire du bateau. Il rigolait en lisant l’itinéraire que nous avions pris, me disant qu’il aurait pu nous guider, qu’il habitait tout près.

Je me suis senti triste à l’idée d’avoir manqué une telle opportunité de pédaler ensemble. J’ai promis qu’on referait le trip l’année prochaine. Que ce serait vraiment chouette de se retrouver sur un vélo (même si, pour des raisons de santé qu’il ne voulait pas détailler, le VTT de Roudou était devenu électrique).

À un message un peu accusateur me demandant comment j’osais venir pédaler dans sa région sans le prévenir, je répondis que j’étais persuadé qu’il habitait bien plus à l’ouest.

La réponse de Roudou ne se fit pas attendre : « Ma femme aussi me dit souvent que je suis bien trop à l’ouest. »

Ce fut le dernier message que je reçus de lui. Le 16 juillet, j’embarquais pour 1000km de VTT essentiellement déconnectés, me promettant d’aller rouler avec Roudou l’été prochain.

Mais alors que je pédalais loin de tout, la mort l’a surpris, interrompant à jamais notre fil de discussion, plongeant les startupeurs, les vététistes, sa femme, ses filles et ses amis dans une tristesse infinie.

Roudou va me manquer. Ses crobards et ses photos humoristiques envoyés pour réagir à mes billets de blog et mes livres vont me manquer. Les startupeurs, même s’ils étaient en hibernation, vont me manquer (je n’ai d’ailleurs pas de copie de cette œuvre commune, peut-être perdue). Lorsque je me plongerai dans la suite de Printeurs, je sais que les personnages auront une pensée pour Roudou, ce lecteur qui leur faisait prendre corps sous sa tablette graphique.

Je garderai toujours en moi ce regret d’avoir oublié de le prévenir, d’avoir gâché cette dernière opportunité avant qu’il parte pédaler un peu plus à l’Ouest. Un peu trop à l’Ouest…

Salut l’artiste, salut Roudou ! Nous continuerons à suivre tes traces en pensant à toi.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Aquabikepacking à travers la Wallonie https://ploum.net/?p=6893 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Aquabikepacking-à-travers-la-Wallonie Sat, 10 Jul 2021 17:56:30 +0200 Récit de 3 jours de bikepacking pas toujours entre les gouttes à travers le Hainaut, le nord de la France et le Namurois

Je tiens ma formation initiale et ma philosophie du bikepacking de Thierry Crouzet, auteur du livre « Une initiation au bikepacking » (dans lequel je fais un peu de figuration) : Partir en autonomie, mais le plus léger possible, éviter les routes à tout prix,préférer l’aventure et la découverte à la performance ou à la distance.

Élève appliqué de Thierry, je me transforme en professeur pour initier mon filleul Loïc. Anecdote amusante : la différence d’âge entre Thierry et moi est la même qu’entre moi et Loïc. L’enseignement se propage, de génération en génération.

Après plusieurs virées dans les magasins de camping et une très grosse sortie de préparation de 112km, rendez-vous est pris pour notre premier trip de bikepacking sur une trace que j’ai dessinée pour traverser la province du Hainaut du Nord au sud, couper à travers la France dans la région de Givet avant de remonter le Namurois.

Jour 1 : le Hainaut sauvage, 103km, 1250d+

Nous nous retrouvons le vendredi matin sur le Ravel de Genappe. Je suis en retard : je connais tellement ce parcours que j’étais persuadé qu’il faisait 10km. Mon compteur indique déjà 15km lorsque je trouve Loïc qui piaffe d’impatience.

Le temps de me présenter sa config bikepack (il a notamment troqué le Camelbak sur le dos pour une ceinture porte-gourde) et nous voilà partis. À peine sorti des routes de Genappe et nous sommes confrontés à des chemins qui viennent de vivre deux mois de pluie quasi permanente. Cela signifie d’énormes flaques et une végétation plus qu’abondante. J’avais été témoin, sur mes sentiers habituels, de chemins se refermant complètement en trois ou quatre jours de beau temps après des semaines de pluie.

De tout côté, nous sommes entourés par les ronces, les orties. Mes bras deviennent un véritable dictionnaire des différentes formes de piqures et de lacérations. Il y’a les pointues, les griffues, celles qui se boursouflent, celles qui grattent, celles qui saignent. Loïc se marre en m’entendant hurler. Car je suis de ceux qui hurlent avant d’avoir mal, un cri rauque à mi-chemin entre banzaï et le hurlement de douleur. Loïc, lui, préfère garder son énergie et souffre en silence.

Le contournement des flaques s’avère parfois acrobatique et, moins agile que Loïc, je glisse sur un léger éperon de boue, les deux pieds et les fesses dans une énorme mare de gadoue.

Le soleil nous aide à prendre l’essorage de chaussettes à la rigolade sous la caméra amusée de Loïc qui filme. Je ne le sais pas encore, mais l’eau sera le thème central de notre épopée.

Nous dépassons enfin Fleurus pour traverser la banlieue de Charleroi par Chatelineau et Châtelet. À travers des rues peu engageantes qui serpentent entre des façades borgnes, nous suivons la trace qui s’engouffre sous un pont d’autoroute, nous conduit entre deux maisons pour nous faire déboucher soudainement sur de magnifiques sentiers à travers les champs. Comme si les habitants tenaient à cacher la beauté de leur région aux citadins et aux automobilistes.

Après des kilomètres assez plats, le dénivelé se fait brusquement sentir. Nous atteignons les bois de Loverval pour continuer parmi la région boisée contournant Nalinnes. Si les paysages sont loin d’être époustouflants, la trace est un véritable plaisir, verte, physique et nous fait déboucher dans le chouette village de Thy-le-Château.

Nous nous arrêtons pour un sandwich dans une boucherie. Le boucher nous explique sillonner la région en VTT électrique et est curieux de savoir quelle application nous utilisons pour nos itinéraires. Il note le nom « Komoot » sur un papier avant de s’offusquer lorsque je lui explique que nous nous relayons pour passer les commandes afin d’avoir toujours quelqu’un près des vélos.

« On ne vole pas à Thy-le-Château ! » nous assène-t-il avec conviction. Le sandwich est délicieux et nous continuons à travers des montées et des descentes abruptes, inondées de flaques ou de torrents. Les passages difficiles se succèdent et j’ai le malheur de murmurer que je rêve d’un kilomètre tout plat sur une nationale.

J’ai à peine terminé ma prière que mon mauvais génie m’exauce. Arrivant au pied de Walcourt, étrange village qui flanque une colline abrupte, la trace nous propose de suivre 500m d’une route nationale. Mais celle-ci se révèle incroyablement dangereuse. Une véritable autoroute ! Pour l’éviter, nous devrions remonter toute la pente que nous venons de descendre et faire une boucle de plusieurs kilomètres. Loïc propose de rouler le long de la nationale, derrière le rail de sécurité. « Ça se tente ! » me fait-il.

Nous sommes de cette manière à plusieurs mètres des véhicules et protégés par la barrière. Cependant, ce terre-plein est envahi de ronces, d’orties et des détritus balancés par les automobilistes. Les 500m dans le hurlement des camions et des voitures lancées à vive allure sont très éprouvants. Moi qui suis parfois réveillé par l’autoroute à plus de 3km de mon domicile, je me dis qu’on sous-estime complètement la pollution sonore du transport automobile.

Cette épreuve terminée, nous attaquons la dernière colline avant d’arriver aux Lacs de l’Eau d’Heure, objectif assumé pour notre première pause.

Juste avant le barrage de la Plate Taille, nous bifurquons vers une zone de balade autour du lac. Nous nous planquons dans un petit bosquet où, malgré les panneaux d’interdiction, j’enfile un maillot pour profiter d’une eau délicieuse à 19°C. Sur la rive d’en face, je pointe l’endroit où Loïc a fait son baptême de plongée en ma compagnie.

Le cuissard renfilé, je remonte sur ma selle et nous repartons. La trace nous conduit dans des petits sentiers qui longent la route du barrage. Nous arrivons sur le parking du spot de plongée où nous sommes censés retrouver la route, séparée de nous par une barrière fermée. Nous continuons un peu au hasard dans les bois avant de tomber sur le village de Cerfontaine.

Nous quittons désormais la civilisation. Plusieurs kilomètres de sentiers escarpés nous attendent. Loïc voit passer un sanglier. Je vois plusieurs biches. La région est sauvage. Deux choses inquiètent Loïc. Le risque d’orage et la question de trouver à manger. Hein chef ?

Heureusement, nous débouchons sur Mariembourg où une terrasse accueillante nous tend les bras au centre du village. Nous mangeons bercés par les cris de quelques villageois se préparant pour le match de foot du soir à grand renfort de canettes de bière.

Nous étudions la trace, occupation principale d’un bikepacker en terrasse. J’avais prévu un zigzag à proximité de Couvin pour aller découvrir le canyon « Fondry des Chiens ». Étant donné l’heure avancée, je suggère de couper à travers la réserve naturelle de Dourbes.

Nous sommes à peine sortis de Mariembourg que Loïc reconnait la gare. Nous sommes sur les terres où Roudou nous avait emmenés lors d’un mémorable week-end VTTnet en 2015.

La réserve naturelle de Dourbes est tout sauf plate. Un régal de vététiste. Un peu moins avec près de 100bornes dans les pattes. Ça fait partie du bikepacking : parler de régal pour ce qui te fait pester au moment même.

Nous arrivons sur les berges du Viroin. La trace nous fait monter vers le château de Haute-Roche, véritable nid d’aigle qui semble inaccessible. La pente est tellement abrupte qu’il faut escalader d’une main en tirant les vélos de l’autre. Loïc vient m’aider pour les derniers mètres.

Les ruines de la tour moyenâgeuse se dressent devant nous. Après cet effort, Loïc décide qu’il a bien mérité de contempler la vue. Il contourne la tour par un étroit sentier qui nécessite même un mètre d’escalade sur le mur médiéval. J’hésite à le suivre puis me laisse gagner par son enthousiasme.

Loïc a découvert une terrasse qui surplombe la vallée de manière majestueuse. Derrière nous, la tour, devant le vide et la vue. C’est magnifique.

Loïc a soudain une idée : » Et si on plantait la tente ici ? »

J’hésite. Nous sommes sur une propriété privée. L’à-pic n’est pas loin. Les sardines ne se planteront peut-être pas dans la terre fine de la terrasse. Mais je vois les yeux de Loïc pétiller. Je propose de tester de planter une sardine pour voir si c’est faisable. Loïc propose une manière de disposer les deux tentes sur la terrasse de manière à être le plus éloigné possible du trou. Nous finissons par retourner aux vélos, décrocher tous les sacs pour les amener sur notre terrasse. Il reste à faire passer les vélos eux-mêmes par le même chemin. C’est acrobatique, mais nous y arrivons et bénéficions d’un coucher de soleil sublime alors que nous montons nos tentes.

J’utilise un peu d’eau de mon Camelbak pour improviser une douche rapide. Je tends mes fesses à toute la vallée. Vue pour vue, paysage pour paysage.

De la vallée, les faibles cris nous informent que les Belges perdent le match de foot. Nous nous couchons à l’heure où les multiples camps scouts qui parsèment la vallée décident de se lancer dans des chants qui relèvent plus du cri permanent. Au bruit du matelas pneumatique, je devine que Loïc se retourne et ne trouve pas le sommeil.

Jour 2 : la brousse française, 80km, 1500d+

Les supporters et les scouts ont à peine achevé leur tintamarre que les coqs de la vallée prennent le relais. Il n’est pas encore 7h que j’émerge de ma tente. Loïc a très mal dormi et est abasourdi par l’humidité qui dégouline dans sa tente. J’espérais que l’altitude nous protégerait de l’humidité du Viroin, il n’empêche que tout est trempé. Mon Camelbak, mal fermé, s’est vidé dans mon sac de cadre qui, parfaitement étanche, m’offre le premier vélo avec piscine intérieure, comble du luxe.

Heureusement, il fait relativement beau. J’avais prévenu Loïc de compter une grosse heure pour le remballage des affaires, surtout la première fois. Le fait de devoir repasser les vélos en sens inverse le long de la tour complique encore un peu plus la tâche. Nous pratiquons la philosophie « no trace » et Loïc en profite même pour ramasser des vieilles canettes. Au final, il nous faut plus d’1h30 pour être enfin prêts à pédaler. Nous traversons les bois, descendons le long d’une route où nous aidons un scout flamand un peu perdu à s’orienter avant d’accomplir la courte, mais superbe escalade des canons de Vierves. Escalade que nous avions accomplie en 2015 avec Roudou et sa bande sans que j’en aie le moindre souvenir. En pensée, Loïc et moi envoyons nos amitiés et nos souvenirs aux copains de VTTnet.

La trace nous fait ensuite longer la route par un single escarpé avant de nous conduire à Treignes où nous déjeunons sur le parking d’un Louis Delhaize. Je constate que la trace fait un gros détour pour éviter 3km de route et nous fais escalader un énorme mamelon pour en redescendre un peu plus loin en France. La route étant peu fréquentée, je propose d’avancer par la route pour gagner du temps. L’avenir devait révéler ce choix fort judicieux.

Une fois en France, je m’arrange pour repiquer vers la trace. Nous faisons une belle escalade en direction du fort romain du Mont Vireux. Comme le fort en lui-même est au bout d’un long cul-de-sac, nous décidons de ne pas le visiter et de descendre immédiatement sur Vireux où nous traversons la Meuse.

Nous escaladons la ville. Je m’arrête à la dernière maison avant la forêt pour me ravitailler en eau auprès d’habitants absolument charmants et un peu déçus de ne pas pouvoir faire plus pour moi que de me donner simplement de l’eau.

Nous quittons désormais la civilisation pour nous enfoncer dans les plateaux au sud de Givet. Les chemins forestiers sont magnifiques, en montée permanente. Quelques panneaux indiquent une propriété privée. Nous croisons cependant un 4×4 dont le conducteur nous fait un signe amical qui me rassure sur le fait que le chemin soit public. Mais, au détour d’un sentier, une grande maison se dresse, absurde en un endroit aussi reculé. La trace la contourne et nous fait arriver devant une barrière un peu bringuebalante. Je me dis que nous sommes sur le terrain de la maison, qu’il faut en sortir. Nous passons donc la barrière, prenant soin de la refermer, et continuons une escalade splendide et très physique.

Au détour d’un tournant, je tombe sur une harde de sangliers. Plusieurs adultes protègent une quinzaine de marcassins. Les adultes hésitent en me voyant arriver. L’un me fait face avant de changer d’avis et emmener toute la troupe dans la forêt où je les vois détaler. Loïc arrive un peu après et nous continuons pour tomber sur une harde d’un autre type : des humains. Un patriarche semble faire découvrir le domaine à quelques adultes et une flopée d’enfants autour d’un pick-up. Il nous arrête d’un air autoritaire et nous demande ce que nous faisons sur cette propriété privée.

Je lui explique ma méprise à la barrière et la trace GPS en toute sincérité. Il accepte avec bonne grâce mes explications et tente de nous indiquer un chemin qui nous conviendrait. Je promets de tenter de marquer le chemin comme privé sur Komoot (sans réfléchir au fait que c’est en fait sur OpenStreetMap qu’il faut le marquer et que je n’ai pas encore réussi à le faire). Finalement, il nous indique la barrière la plus proche pour sortir du domaine qui se révèle être exactement le chemin indiqué par notre trace. Nous recroisons la harde de sangliers et de marcassins.

Nous escaladons la barrière en remarquant l’immensité de la propriété privée que nous avons traversée et sommes enfin sur un chemin public qui continue sur un plateau avant de foncer vers le creux qui nous sépare de la Pointe de Givet, Pointe que nous devons escalader à travers un single beaucoup trop humide et trop gras pour mes pneus. J’en suis réduit à pousser mon vélo en regardant Loïc escalader comme un chamois. Au cours du périple, les descentes et les montées trop grasses seront souvent à la limite du petit torrent de montagne. Une nouvelle discipline est née : le bikepack-canyoning.

Le sommet nous accueille sous forme de vastes plaines de hautes graminées où le chemin semble se perdre. La trace descend dans une gorge sensée déboucher sur la banlieue est de Givet. Mais la zone a été récemment déboisée. Nous descendons au milieu des cadavres de troncs et de branches dans un paysage d’apocalypse sylvestre. La zone déboisée s’arrête nette face à un mur infranchissable de ronces et de buissons. La route n’est qu’à 200m d’après le GPS, mais ces 200m semblent infranchissables. Nous remontons péniblement à travers les bois pour tenter de trouver un contournement.

Loïc fait remarquer que le paysage ressemble à une savane africaine. Nous roulons à l’aveuglette. Parfois, un souvenir de chemin semble nous indiquer une direction. Nous regagnons l’abri de quelques arbres avant de déboucher sur une vaste prairie de très hautes graminées, herbes et fleurs. Comme nous sommes beaucoup trop à l’ouest, je propose de piquer vers l’est. Une légère éclaircie dans un taillis nous permet de nous faufiler dans une pente boisée que je dévale sur les fesses, Loïc sur les pédales. Le pied de cette raide descente nous fait déboucher sur un champ de blé gigantesque. Du blé à perte de vue et aucun chemin, aucun dégagement. Nous nous résignons à la traverser en suivant des traces de tracteur afin de ne pas saccager les cultures. Les traces nous permettent de traverser le champ en largeur avant de s’éloigner vers l’ouest où la limite du champ n’est même pas visible.

À travers une haie d’aubépines particulièrement touffue, nous apercevons une seconde prairie. Avec force hurlements de douleur et de rage, nous faisons traverser la haie à nos vélos avant de suivre le même passage. De la prairie de pâturage, il devient facile de regagner un chemin desservant l’arrière des jardins de quelques maisons.

Après plusieurs heures de galère et très peu de kilomètres parcourus, nous regagnons enfin la civilisation. Loïc vient de faire son baptême de cet élément essentiel du bikepacking : l’azimut improvisé (autrement connu sous le nom de « On est complètement paumé ! »).

On pourrait croire qu’avec les GPS et la cartographie moderne, se perdre est devenu impossible. Mais la réalité changeante et vivante de la nature s’accommode mal avec la fixité d’une carte. L’état d’esprit du bikepacker passera rapidement du « Trouver le chemin le plus engageant pour arriver à destination » à « Trouver un chemin pour arriver à destination » à « Trouver un chemin praticable » pour finir par un « Mon royaume pour trouver n’importe quoi qui me permet tout simplement de passer ». Après des passages ardus dans les ronces ou les aubépines, après avoir dévalé des pentes particulièrement raides, l’idée de faire demi-tour n’est même plus envisageable. Il faut lutter pour avancer, pour survivre.

Un aphorisme me vient spontanément aux lèvres : « L’aventure commence lorsque tu as envie qu’elle s’arrête ».

Nous pénétrons alors dans Givet par l’ouest alors que j’avais prévu d’éviter la ville. Nous avons faim, nous sommes fatigués et nous n’avons fait qu’une vingtaine de kilomètres. Loïc a du mal de se rendre compte du temps perdu.

Sur une placette un peu glauque où se montent quelques maigres attractions foraines, nous enfilons un sandwich. Pour ma part, un sandwich que je viens d’acheter, mais pour Loïc, un sandwich particulièrement savoureux, car acheté le matin en Belgique et qui a fait toute l’aventure accroché au vélo. Se décrochant même avant une violente descente, emportant la veste de Loïc au passage et nécessitant une réescalade de la pente pour récupérer ses biens.

Hors de Givet, la nature reprend ses droits. Les montées boueuses succèdent aux singles envahis de flaques. Nous retrouvons la Belgique au détour d’un champ. Après quelques patelins typiquement namurois (les différences architecturales entre les bleds hennuyers, français et namurois me sautent aux yeux), nous enchainons de véritables montagnes russes jouant sur les berges de la Lesse.

Alors que j’ai un excellent rythme, une pause impromptue s’impose, le lieu me subjuguant par la beauté un peu irréelle d’une petite cascade. Je m’arrête et m’offre un bain de pieds tandis que Loïc prend des photos. Une fois sortis des gorges de la Lesse, nous nous arrêtons pour étudier la situation.

J’avais prévu un itinéraire initial de 330km, mais, Loïc devant être absolument rentré le 4 au soir, j’ai également concocté un itinéraire de secours de 270km pour le cas où nous aurions du retard. Les itinéraires divergeaient un peu après le retour en Belgique, l’un faisant une boucle par Rochefort, l’autre revenant en droite ligne vers Waterloo.

Par le plus grand des hasards, je constate que je me suis arrêté littéralement au point de divergence. Étant donné le temps perdu le matin, il me semble beaucoup plus sage de prendre l’itinéraire court, au grand dam de Loïc, très motivé, mais très conscient de la deadline.

Le seul problème est que mon itinéraire court ne passe par aucune ville digne de ce nom avant le lendemain, que je n’ai repéré aucun camping. Loïc me demande d’une petite voix inquiète si on va devoir se coucher le ventre vide. Parce qu’il y’aura aussi la question de trouver à manger. Hein chef ?

Je propose d’aviser un peu plus loin. Sur le chemin, quelques moutons échappés de leur enclos me regardent méchamment. Le mâle dominant commence même à gratter du sabot. Je leur crie dessus en fonçant, ils s’écartent.

Arrivés à un croisement, nous consultons les restaurants disponibles dans les quelques villages aux alentours. Un détour par Ciney me semble la seule solution pour s’assurer un restaurant ouvert. Nous sommes au milieu de nos hésitations lorsqu’un vététiste en plein effort s’arrête à notre hauteur. Tout en épongeant la sueur qui l’inonde, il nous propose son aide. Sa connaissance du lieu est bienvenue : il nous conseille d’aller à Spontin pour être sûrs d’avoir à manger puis d’aller dans un super camping au bord du Bocq. Par le plus grand des hasards, il est justement en train de flécher un parcours VTT qui passe tout prêt.

Nous le remercions et nous mettons à suivre ses instructions et ses flèches. Un petit détour assez pittoresque qui nous fait passer dans des singles relativement techniques par moment. C’est vallonné et la journée commence à se faire sentir. Psychologiquement, l’idée d’être presque arrivés rend ces 15km particulièrement éprouvants. Après une grande descente nous débouchons sur un carrefour au milieu de Spontin, carrefour orné, ô miracle, d’une terrasse de restaurant. Nous nous installons sans hésiter. Je commande une panna cotta en entrée.

Loïc est très inquiet à l’idée de ne pas avoir de place au camping recommandé par notre confrère. Le téléphone ne répond pas. De plus, ce camping est à une dizaine de kilomètres, dans un creux qu’il faudra escalader au matin. Alors que nous mangeons, j’aperçois derrière Loïc un panneau au carrefour qui indique un camping à seulement 2km. Un coup d’oeil sur la carte m’apprend que ce camping est à quelques centaines de mètres de notre trace. Je téléphone et le gérant me répond qu’il n’y a aucun souci de place.

Après le repas, nous sautons sur nos montures pour gravir ces 2 derniers kilomètres, le camping étant sur une hauteur. Rasséréné par la certitude d’avoir un logement et le ventre plein, Loïc me lâche complètement dans la côte. Son enthousiasme est multiplié, car il reconnait le camping. C’est une constante de ce tour : alors que je cherche à lui faire découvrir des choses, il reconnait sans cesse les lieux et les paysages pour y être venu à l’une ou l’autre occasion. Parfois même avec moi.

L’emplacement de camping est magnifique, aéré, calme avec une vue superbe. Par contre, les douches sont bouillantes sans possibilité de régler la température, les toilettes sont « à terrasse », sans planche ni papier. Je préfère encore chier dans les bois, mais la douche fait du bien.

La nuit est ponctuée d’épisode de pluie. Je croise les doigts pour qu’il fasse sec au moment de remballer la tente. Je n’ai encore jamais remballé le matériel sous la pluie.

Jour 3 : l’aquanamurois, 97km, 1200d+ 

À 7h30, je commence à secouer la tente de Loïc. Je l’appelle. Pas un bruit. Je recommence, plus fort. Je secoue son auvent. J’espère qu’il est toujours vivant. À ma cinquième tentative, un léger grognement me répond : « Gnnn… »

Loïc a dormi comme un bébé. Il émerge. Nous remballons paisiblement sous un grand soleil et faisons sécher les tentes.

La grande inquiétude de la journée, ce sont les menaces d’orage. Jusqu’à présent, nous sommes littéralement passés entre les gouttes. Nous précédons les gros orages de quelques heures, roulant toujours dans des éclaircies.

Sous un soleil très vite violent, nous nous échappons dans une série de petits singles envahis de végétation avant de commencer l’escalade pour sortir de Crupet. Nous escaladons un magnifique chemin à plus de 15%. Sur la gauche, la vue vers la vallée est absolument à couper le souffle avec des myriades de fleurs bleues au premier plan. À moins que ce ne soit la pente qui coupe le souffle. Des randonneurs nous encouragent, je suis incapable de répondre. Le sommet se profile au bord d’un camp scout. Après quelques centaines de mètres sur la route, un panneau indiquant une église médiévale attire mon attention. Cette fois-ci, c’est moi qui reconnais l’endroit ! Nous sommes à 1km du lieu de mon mariage. J’entraine Loïc dans un bref aller-retour pour envoyer une photo souvenir à mon épouse.

À partir de là, je connais l’endroit pour y être venu de multiples fois à vélo. Après des traversées de champs, nous nous enfonçons dans les forêts du Namurois, forêts aux chemins dévastés par les orages et les torrents de boue. Au village de Sart-Bernard, j’interpelle un habitant pour savoir s’il y’a un magasin ou une boulangerie dans les environs. À sa réponse, je comprends que j’aurais pu tout aussi bien lui demander un complexe cinéma 15 salles, un parc d’attractions et un centre d’affaires.

Nous nous enfonçons donc dans la forêt, zigzaguant entre les chemins privés, pour déboucher finalement sur Dave. Un kilomètre de nationale malheureusement incontournable nous permet d’aller traverser la Meuse sur une écluse juste au moment où celle-ci commence à se remplir pour laisser passer un bateau. Nous continuons le long du fleuve pour aller déguster une crêpe à Wépion. Le temps se couvre, mais reste sec.

La crêpe engloutie, il est temps de sortir du lit de la Meuse. Ma trace passe par une côte que j’ai déjà eu le plaisir d’apprécier : le Fonds des Chênes. Jamais trop pentue ni technique, la côte est cependant très longue et se durcit vers la fin, alors même qu’on a l’impression de sortir du bois et d’arriver dans un quartier résidentiel.

J’arrive au sommet lorsque les premières gouttes commencent à tomber. J’ai à peine le temps d’enfiler ma veste que le déluge est sur nous. Abrité sous un arbre, j’attends Loïc qui, je l’apprendrai après, a perdu beaucoup de temps en continuant tout droit dans une propriété privée.

À partir de ce moment-là, nous allons rouler sous des trombes d’eau incessantes. À travers les bois, nous descendons sur Malonne dont nous escaladons le cimetière à travers des lacets dignes d’un col alpin. La trace traverse littéralement le cimetière au milieu des tombes. Loïc s’étonne. Je réponds que, au moins, on ne dérange personne. C’est ensuite la descente sur Seneffe avant de longer la Sambre.

Lors de notre journée de préparation, nous sommes passés par là dans l’autre sens. Nous sommes en terrain connu, le côté exploration du bikepacking s’estompe pour laisser la place à la douleur psychologique du retour. Étant donné la pluie, je suis heureux de rentrer. Je n’ose imaginer installer une tente sous la pluie, renfiler des vêtements trempés le lendemain.

Nous n’essayons même plus de contourner les flaques qui se sont, de toute façon, transformées en inévitables marigots. Nous roulons des mètres et des mètres avec de l’eau jusqu’aux moyeux, chaque coup de pédale remplissant les chaussures d’eau comme une noria.

Loïc m’a plusieurs fois expliqué être motivé par la pluie. Sous la pluie, il pédale mieux. J’ai en effet observé qu’il supporte assez mal la chaleur alors que, pour moi, rien n’est aussi délectable que d’escalader un col en plein cagnard.

Ses explications se confirment. Loïc fonce, escalade. J’ai de plus en plus de mal à le suivre. L’eau me mine, ma nouvelle selle me torture les fesses. Nous traversons Spy, les plaines de Ligny, probablement tout aussi inondées qu’en 1815 et le golf de Rigenée. La trace traverse le bois Pigeolet, mais je me souviens avoir été bloqué au château de Cocriamont lors d’une de mes aventures antérieures. J’impose un demi-tour et nous gagnons Sart-Dames-Avelines par la route.

Alors que nous arrivons à Genappe, la pluie qui s’était déjà un peu calmée s’arrête tout à fait. Nous en profitons pour prendre un dernier verre en terrasse avant de nous dire au revoir. Nous avons le sentiment d’être à la maison.

Il me reste néanmoins encore 15km à faire. 15km essentiellement de Ravel. Mes chaussures sont presque sèches, l’optimisme est de mise.

C’est sans compter que le Ravel est inondé par endroit, traversé de coulées de boue. Certaines maisons se sont barricadées avec des sacs de sable. Des arbres arrachés rendent le passage compliqué. Alors que je traverse une flaque que je croyais étendue, mais peu profonde, le Ravel étant en théorie essentiellement plat, je m’enfonce jusqu’au moyeu. Je suis recouvert, ainsi que mon vélo et mes sacs, d’une boue jaune, grasse, épaisse et collante.

Il était dit que je ne pouvais pas arriver sec à Louvain-la-Neuve…

280km, près de 4000m de d+ et une expérience mémorable. Je suis enchanté d’avoir pu condenser en 3 jours toutes les expériences d’un trip de bikepacking : camping sauvage, heures perdues à pousser le vélo dans une brousse sans chemin, découragements suivis d’espoirs, pauses imprévues et terrasses délectables.

Maintenant que Loïc a gouté aux joies du bikepacking « extreme », je n’ai qu’une envie : qu’on reparte pour explorer d’autres régions. J’ai une attirance toute spéciale pour les Fagnes… Par contre, cette expérience de la pluie me fait renoncer au rêve de parcourir l’Écosse en bikepacking.

Alors qu’une Grande Traversée du Massif Central (GTMC pour les intimes) se profile avec Thierry, deux inquiétudes restent vives : mes fesses me font toujours autant souffrir (peut-être devrais-je passer le cap du tout suspendu) et je ne me sens pas psychologiquement armé pour affronter un bivouac sous la pluie.

Mais, après tout, l’aventure ne commence-t-elle pas au moment où tu as envie qu’elle s’arrête ?

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Récit de 3 jours de bikepacking pas toujours entre les gouttes à travers le Hainaut, le nord de la France et le Namurois

Je tiens ma formation initiale et ma philosophie du bikepacking de Thierry Crouzet, auteur du livre « Une initiation au bikepacking » (dans lequel je fais un peu de figuration) : Partir en autonomie, mais le plus léger possible, éviter les routes à tout prix,préférer l’aventure et la découverte à la performance ou à la distance.

Élève appliqué de Thierry, je me transforme en professeur pour initier mon filleul Loïc. Anecdote amusante : la différence d’âge entre Thierry et moi est la même qu’entre moi et Loïc. L’enseignement se propage, de génération en génération.

Après plusieurs virées dans les magasins de camping et une très grosse sortie de préparation de 112km, rendez-vous est pris pour notre premier trip de bikepacking sur une trace que j’ai dessinée pour traverser la province du Hainaut du Nord au sud, couper à travers la France dans la région de Givet avant de remonter le Namurois.

Jour 1 : le Hainaut sauvage, 103km, 1250d+

Nous nous retrouvons le vendredi matin sur le Ravel de Genappe. Je suis en retard : je connais tellement ce parcours que j’étais persuadé qu’il faisait 10km. Mon compteur indique déjà 15km lorsque je trouve Loïc qui piaffe d’impatience.

Le temps de me présenter sa config bikepack (il a notamment troqué le Camelbak sur le dos pour une ceinture porte-gourde) et nous voilà partis. À peine sorti des routes de Genappe et nous sommes confrontés à des chemins qui viennent de vivre deux mois de pluie quasi permanente. Cela signifie d’énormes flaques et une végétation plus qu’abondante. J’avais été témoin, sur mes sentiers habituels, de chemins se refermant complètement en trois ou quatre jours de beau temps après des semaines de pluie.

De tout côté, nous sommes entourés par les ronces, les orties. Mes bras deviennent un véritable dictionnaire des différentes formes de piqures et de lacérations. Il y’a les pointues, les griffues, celles qui se boursouflent, celles qui grattent, celles qui saignent. Loïc se marre en m’entendant hurler. Car je suis de ceux qui hurlent avant d’avoir mal, un cri rauque à mi-chemin entre banzaï et le hurlement de douleur. Loïc, lui, préfère garder son énergie et souffre en silence.

Le contournement des flaques s’avère parfois acrobatique et, moins agile que Loïc, je glisse sur un léger éperon de boue, les deux pieds et les fesses dans une énorme mare de gadoue.

Le soleil nous aide à prendre l’essorage de chaussettes à la rigolade sous la caméra amusée de Loïc qui filme. Je ne le sais pas encore, mais l’eau sera le thème central de notre épopée.

Nous dépassons enfin Fleurus pour traverser la banlieue de Charleroi par Chatelineau et Châtelet. À travers des rues peu engageantes qui serpentent entre des façades borgnes, nous suivons la trace qui s’engouffre sous un pont d’autoroute, nous conduit entre deux maisons pour nous faire déboucher soudainement sur de magnifiques sentiers à travers les champs. Comme si les habitants tenaient à cacher la beauté de leur région aux citadins et aux automobilistes.

Après des kilomètres assez plats, le dénivelé se fait brusquement sentir. Nous atteignons les bois de Loverval pour continuer parmi la région boisée contournant Nalinnes. Si les paysages sont loin d’être époustouflants, la trace est un véritable plaisir, verte, physique et nous fait déboucher dans le chouette village de Thy-le-Château.

Nous nous arrêtons pour un sandwich dans une boucherie. Le boucher nous explique sillonner la région en VTT électrique et est curieux de savoir quelle application nous utilisons pour nos itinéraires. Il note le nom « Komoot » sur un papier avant de s’offusquer lorsque je lui explique que nous nous relayons pour passer les commandes afin d’avoir toujours quelqu’un près des vélos.

« On ne vole pas à Thy-le-Château ! » nous assène-t-il avec conviction. Le sandwich est délicieux et nous continuons à travers des montées et des descentes abruptes, inondées de flaques ou de torrents. Les passages difficiles se succèdent et j’ai le malheur de murmurer que je rêve d’un kilomètre tout plat sur une nationale.

J’ai à peine terminé ma prière que mon mauvais génie m’exauce. Arrivant au pied de Walcourt, étrange village qui flanque une colline abrupte, la trace nous propose de suivre 500m d’une route nationale. Mais celle-ci se révèle incroyablement dangereuse. Une véritable autoroute ! Pour l’éviter, nous devrions remonter toute la pente que nous venons de descendre et faire une boucle de plusieurs kilomètres. Loïc propose de rouler le long de la nationale, derrière le rail de sécurité. « Ça se tente ! » me fait-il.

Nous sommes de cette manière à plusieurs mètres des véhicules et protégés par la barrière. Cependant, ce terre-plein est envahi de ronces, d’orties et des détritus balancés par les automobilistes. Les 500m dans le hurlement des camions et des voitures lancées à vive allure sont très éprouvants. Moi qui suis parfois réveillé par l’autoroute à plus de 3km de mon domicile, je me dis qu’on sous-estime complètement la pollution sonore du transport automobile.

Cette épreuve terminée, nous attaquons la dernière colline avant d’arriver aux Lacs de l’Eau d’Heure, objectif assumé pour notre première pause.

Juste avant le barrage de la Plate Taille, nous bifurquons vers une zone de balade autour du lac. Nous nous planquons dans un petit bosquet où, malgré les panneaux d’interdiction, j’enfile un maillot pour profiter d’une eau délicieuse à 19°C. Sur la rive d’en face, je pointe l’endroit où Loïc a fait son baptême de plongée en ma compagnie.

Le cuissard renfilé, je remonte sur ma selle et nous repartons. La trace nous conduit dans des petits sentiers qui longent la route du barrage. Nous arrivons sur le parking du spot de plongée où nous sommes censés retrouver la route, séparée de nous par une barrière fermée. Nous continuons un peu au hasard dans les bois avant de tomber sur le village de Cerfontaine.

Nous quittons désormais la civilisation. Plusieurs kilomètres de sentiers escarpés nous attendent. Loïc voit passer un sanglier. Je vois plusieurs biches. La région est sauvage. Deux choses inquiètent Loïc. Le risque d’orage et la question de trouver à manger. Hein chef ?

Heureusement, nous débouchons sur Mariembourg où une terrasse accueillante nous tend les bras au centre du village. Nous mangeons bercés par les cris de quelques villageois se préparant pour le match de foot du soir à grand renfort de canettes de bière.

Nous étudions la trace, occupation principale d’un bikepacker en terrasse. J’avais prévu un zigzag à proximité de Couvin pour aller découvrir le canyon « Fondry des Chiens ». Étant donné l’heure avancée, je suggère de couper à travers la réserve naturelle de Dourbes.

Nous sommes à peine sortis de Mariembourg que Loïc reconnait la gare. Nous sommes sur les terres où Roudou nous avait emmenés lors d’un mémorable week-end VTTnet en 2015.

La réserve naturelle de Dourbes est tout sauf plate. Un régal de vététiste. Un peu moins avec près de 100bornes dans les pattes. Ça fait partie du bikepacking : parler de régal pour ce qui te fait pester au moment même.

Nous arrivons sur les berges du Viroin. La trace nous fait monter vers le château de Haute-Roche, véritable nid d’aigle qui semble inaccessible. La pente est tellement abrupte qu’il faut escalader d’une main en tirant les vélos de l’autre. Loïc vient m’aider pour les derniers mètres.

Les ruines de la tour moyenâgeuse se dressent devant nous. Après cet effort, Loïc décide qu’il a bien mérité de contempler la vue. Il contourne la tour par un étroit sentier qui nécessite même un mètre d’escalade sur le mur médiéval. J’hésite à le suivre puis me laisse gagner par son enthousiasme.

Loïc a découvert une terrasse qui surplombe la vallée de manière majestueuse. Derrière nous, la tour, devant le vide et la vue. C’est magnifique.

Loïc a soudain une idée : » Et si on plantait la tente ici ? »

J’hésite. Nous sommes sur une propriété privée. L’à-pic n’est pas loin. Les sardines ne se planteront peut-être pas dans la terre fine de la terrasse. Mais je vois les yeux de Loïc pétiller. Je propose de tester de planter une sardine pour voir si c’est faisable. Loïc propose une manière de disposer les deux tentes sur la terrasse de manière à être le plus éloigné possible du trou. Nous finissons par retourner aux vélos, décrocher tous les sacs pour les amener sur notre terrasse. Il reste à faire passer les vélos eux-mêmes par le même chemin. C’est acrobatique, mais nous y arrivons et bénéficions d’un coucher de soleil sublime alors que nous montons nos tentes.

J’utilise un peu d’eau de mon Camelbak pour improviser une douche rapide. Je tends mes fesses à toute la vallée. Vue pour vue, paysage pour paysage.

De la vallée, les faibles cris nous informent que les Belges perdent le match de foot. Nous nous couchons à l’heure où les multiples camps scouts qui parsèment la vallée décident de se lancer dans des chants qui relèvent plus du cri permanent. Au bruit du matelas pneumatique, je devine que Loïc se retourne et ne trouve pas le sommeil.

Jour 2 : la brousse française, 80km, 1500d+

Les supporters et les scouts ont à peine achevé leur tintamarre que les coqs de la vallée prennent le relais. Il n’est pas encore 7h que j’émerge de ma tente. Loïc a très mal dormi et est abasourdi par l’humidité qui dégouline dans sa tente. J’espérais que l’altitude nous protégerait de l’humidité du Viroin, il n’empêche que tout est trempé. Mon Camelbak, mal fermé, s’est vidé dans mon sac de cadre qui, parfaitement étanche, m’offre le premier vélo avec piscine intérieure, comble du luxe.

Heureusement, il fait relativement beau. J’avais prévenu Loïc de compter une grosse heure pour le remballage des affaires, surtout la première fois. Le fait de devoir repasser les vélos en sens inverse le long de la tour complique encore un peu plus la tâche. Nous pratiquons la philosophie « no trace » et Loïc en profite même pour ramasser des vieilles canettes. Au final, il nous faut plus d’1h30 pour être enfin prêts à pédaler. Nous traversons les bois, descendons le long d’une route où nous aidons un scout flamand un peu perdu à s’orienter avant d’accomplir la courte, mais superbe escalade des canons de Vierves. Escalade que nous avions accomplie en 2015 avec Roudou et sa bande sans que j’en aie le moindre souvenir. En pensée, Loïc et moi envoyons nos amitiés et nos souvenirs aux copains de VTTnet.

La trace nous fait ensuite longer la route par un single escarpé avant de nous conduire à Treignes où nous déjeunons sur le parking d’un Louis Delhaize. Je constate que la trace fait un gros détour pour éviter 3km de route et nous fais escalader un énorme mamelon pour en redescendre un peu plus loin en France. La route étant peu fréquentée, je propose d’avancer par la route pour gagner du temps. L’avenir devait révéler ce choix fort judicieux.

Une fois en France, je m’arrange pour repiquer vers la trace. Nous faisons une belle escalade en direction du fort romain du Mont Vireux. Comme le fort en lui-même est au bout d’un long cul-de-sac, nous décidons de ne pas le visiter et de descendre immédiatement sur Vireux où nous traversons la Meuse.

Nous escaladons la ville. Je m’arrête à la dernière maison avant la forêt pour me ravitailler en eau auprès d’habitants absolument charmants et un peu déçus de ne pas pouvoir faire plus pour moi que de me donner simplement de l’eau.

Nous quittons désormais la civilisation pour nous enfoncer dans les plateaux au sud de Givet. Les chemins forestiers sont magnifiques, en montée permanente. Quelques panneaux indiquent une propriété privée. Nous croisons cependant un 4×4 dont le conducteur nous fait un signe amical qui me rassure sur le fait que le chemin soit public. Mais, au détour d’un sentier, une grande maison se dresse, absurde en un endroit aussi reculé. La trace la contourne et nous fait arriver devant une barrière un peu bringuebalante. Je me dis que nous sommes sur le terrain de la maison, qu’il faut en sortir. Nous passons donc la barrière, prenant soin de la refermer, et continuons une escalade splendide et très physique.

Au détour d’un tournant, je tombe sur une harde de sangliers. Plusieurs adultes protègent une quinzaine de marcassins. Les adultes hésitent en me voyant arriver. L’un me fait face avant de changer d’avis et emmener toute la troupe dans la forêt où je les vois détaler. Loïc arrive un peu après et nous continuons pour tomber sur une harde d’un autre type : des humains. Un patriarche semble faire découvrir le domaine à quelques adultes et une flopée d’enfants autour d’un pick-up. Il nous arrête d’un air autoritaire et nous demande ce que nous faisons sur cette propriété privée.

Je lui explique ma méprise à la barrière et la trace GPS en toute sincérité. Il accepte avec bonne grâce mes explications et tente de nous indiquer un chemin qui nous conviendrait. Je promets de tenter de marquer le chemin comme privé sur Komoot (sans réfléchir au fait que c’est en fait sur OpenStreetMap qu’il faut le marquer et que je n’ai pas encore réussi à le faire). Finalement, il nous indique la barrière la plus proche pour sortir du domaine qui se révèle être exactement le chemin indiqué par notre trace. Nous recroisons la harde de sangliers et de marcassins.

Nous escaladons la barrière en remarquant l’immensité de la propriété privée que nous avons traversée et sommes enfin sur un chemin public qui continue sur un plateau avant de foncer vers le creux qui nous sépare de la Pointe de Givet, Pointe que nous devons escalader à travers un single beaucoup trop humide et trop gras pour mes pneus. J’en suis réduit à pousser mon vélo en regardant Loïc escalader comme un chamois. Au cours du périple, les descentes et les montées trop grasses seront souvent à la limite du petit torrent de montagne. Une nouvelle discipline est née : le bikepack-canyoning.

Le sommet nous accueille sous forme de vastes plaines de hautes graminées où le chemin semble se perdre. La trace descend dans une gorge sensée déboucher sur la banlieue est de Givet. Mais la zone a été récemment déboisée. Nous descendons au milieu des cadavres de troncs et de branches dans un paysage d’apocalypse sylvestre. La zone déboisée s’arrête nette face à un mur infranchissable de ronces et de buissons. La route n’est qu’à 200m d’après le GPS, mais ces 200m semblent infranchissables. Nous remontons péniblement à travers les bois pour tenter de trouver un contournement.

Loïc fait remarquer que le paysage ressemble à une savane africaine. Nous roulons à l’aveuglette. Parfois, un souvenir de chemin semble nous indiquer une direction. Nous regagnons l’abri de quelques arbres avant de déboucher sur une vaste prairie de très hautes graminées, herbes et fleurs. Comme nous sommes beaucoup trop à l’ouest, je propose de piquer vers l’est. Une légère éclaircie dans un taillis nous permet de nous faufiler dans une pente boisée que je dévale sur les fesses, Loïc sur les pédales. Le pied de cette raide descente nous fait déboucher sur un champ de blé gigantesque. Du blé à perte de vue et aucun chemin, aucun dégagement. Nous nous résignons à la traverser en suivant des traces de tracteur afin de ne pas saccager les cultures. Les traces nous permettent de traverser le champ en largeur avant de s’éloigner vers l’ouest où la limite du champ n’est même pas visible.

À travers une haie d’aubépines particulièrement touffue, nous apercevons une seconde prairie. Avec force hurlements de douleur et de rage, nous faisons traverser la haie à nos vélos avant de suivre le même passage. De la prairie de pâturage, il devient facile de regagner un chemin desservant l’arrière des jardins de quelques maisons.

Après plusieurs heures de galère et très peu de kilomètres parcourus, nous regagnons enfin la civilisation. Loïc vient de faire son baptême de cet élément essentiel du bikepacking : l’azimut improvisé (autrement connu sous le nom de « On est complètement paumé ! »).

On pourrait croire qu’avec les GPS et la cartographie moderne, se perdre est devenu impossible. Mais la réalité changeante et vivante de la nature s’accommode mal avec la fixité d’une carte. L’état d’esprit du bikepacker passera rapidement du « Trouver le chemin le plus engageant pour arriver à destination » à « Trouver un chemin pour arriver à destination » à « Trouver un chemin praticable » pour finir par un « Mon royaume pour trouver n’importe quoi qui me permet tout simplement de passer ». Après des passages ardus dans les ronces ou les aubépines, après avoir dévalé des pentes particulièrement raides, l’idée de faire demi-tour n’est même plus envisageable. Il faut lutter pour avancer, pour survivre.

Un aphorisme me vient spontanément aux lèvres : « L’aventure commence lorsque tu as envie qu’elle s’arrête ».

Nous pénétrons alors dans Givet par l’ouest alors que j’avais prévu d’éviter la ville. Nous avons faim, nous sommes fatigués et nous n’avons fait qu’une vingtaine de kilomètres. Loïc a du mal de se rendre compte du temps perdu.

Sur une placette un peu glauque où se montent quelques maigres attractions foraines, nous enfilons un sandwich. Pour ma part, un sandwich que je viens d’acheter, mais pour Loïc, un sandwich particulièrement savoureux, car acheté le matin en Belgique et qui a fait toute l’aventure accroché au vélo. Se décrochant même avant une violente descente, emportant la veste de Loïc au passage et nécessitant une réescalade de la pente pour récupérer ses biens.

Hors de Givet, la nature reprend ses droits. Les montées boueuses succèdent aux singles envahis de flaques. Nous retrouvons la Belgique au détour d’un champ. Après quelques patelins typiquement namurois (les différences architecturales entre les bleds hennuyers, français et namurois me sautent aux yeux), nous enchainons de véritables montagnes russes jouant sur les berges de la Lesse.

Alors que j’ai un excellent rythme, une pause impromptue s’impose, le lieu me subjuguant par la beauté un peu irréelle d’une petite cascade. Je m’arrête et m’offre un bain de pieds tandis que Loïc prend des photos. Une fois sortis des gorges de la Lesse, nous nous arrêtons pour étudier la situation.

J’avais prévu un itinéraire initial de 330km, mais, Loïc devant être absolument rentré le 4 au soir, j’ai également concocté un itinéraire de secours de 270km pour le cas où nous aurions du retard. Les itinéraires divergeaient un peu après le retour en Belgique, l’un faisant une boucle par Rochefort, l’autre revenant en droite ligne vers Waterloo.

Par le plus grand des hasards, je constate que je me suis arrêté littéralement au point de divergence. Étant donné le temps perdu le matin, il me semble beaucoup plus sage de prendre l’itinéraire court, au grand dam de Loïc, très motivé, mais très conscient de la deadline.

Le seul problème est que mon itinéraire court ne passe par aucune ville digne de ce nom avant le lendemain, que je n’ai repéré aucun camping. Loïc me demande d’une petite voix inquiète si on va devoir se coucher le ventre vide. Parce qu’il y’aura aussi la question de trouver à manger. Hein chef ?

Je propose d’aviser un peu plus loin. Sur le chemin, quelques moutons échappés de leur enclos me regardent méchamment. Le mâle dominant commence même à gratter du sabot. Je leur crie dessus en fonçant, ils s’écartent.

Arrivés à un croisement, nous consultons les restaurants disponibles dans les quelques villages aux alentours. Un détour par Ciney me semble la seule solution pour s’assurer un restaurant ouvert. Nous sommes au milieu de nos hésitations lorsqu’un vététiste en plein effort s’arrête à notre hauteur. Tout en épongeant la sueur qui l’inonde, il nous propose son aide. Sa connaissance du lieu est bienvenue : il nous conseille d’aller à Spontin pour être sûrs d’avoir à manger puis d’aller dans un super camping au bord du Bocq. Par le plus grand des hasards, il est justement en train de flécher un parcours VTT qui passe tout prêt.

Nous le remercions et nous mettons à suivre ses instructions et ses flèches. Un petit détour assez pittoresque qui nous fait passer dans des singles relativement techniques par moment. C’est vallonné et la journée commence à se faire sentir. Psychologiquement, l’idée d’être presque arrivés rend ces 15km particulièrement éprouvants. Après une grande descente nous débouchons sur un carrefour au milieu de Spontin, carrefour orné, ô miracle, d’une terrasse de restaurant. Nous nous installons sans hésiter. Je commande une panna cotta en entrée.

Loïc est très inquiet à l’idée de ne pas avoir de place au camping recommandé par notre confrère. Le téléphone ne répond pas. De plus, ce camping est à une dizaine de kilomètres, dans un creux qu’il faudra escalader au matin. Alors que nous mangeons, j’aperçois derrière Loïc un panneau au carrefour qui indique un camping à seulement 2km. Un coup d’oeil sur la carte m’apprend que ce camping est à quelques centaines de mètres de notre trace. Je téléphone et le gérant me répond qu’il n’y a aucun souci de place.

Après le repas, nous sautons sur nos montures pour gravir ces 2 derniers kilomètres, le camping étant sur une hauteur. Rasséréné par la certitude d’avoir un logement et le ventre plein, Loïc me lâche complètement dans la côte. Son enthousiasme est multiplié, car il reconnait le camping. C’est une constante de ce tour : alors que je cherche à lui faire découvrir des choses, il reconnait sans cesse les lieux et les paysages pour y être venu à l’une ou l’autre occasion. Parfois même avec moi.

L’emplacement de camping est magnifique, aéré, calme avec une vue superbe. Par contre, les douches sont bouillantes sans possibilité de régler la température, les toilettes sont « à terrasse », sans planche ni papier. Je préfère encore chier dans les bois, mais la douche fait du bien.

La nuit est ponctuée d’épisode de pluie. Je croise les doigts pour qu’il fasse sec au moment de remballer la tente. Je n’ai encore jamais remballé le matériel sous la pluie.

Jour 3 : l’aquanamurois, 97km, 1200d+ 

À 7h30, je commence à secouer la tente de Loïc. Je l’appelle. Pas un bruit. Je recommence, plus fort. Je secoue son auvent. J’espère qu’il est toujours vivant. À ma cinquième tentative, un léger grognement me répond : « Gnnn… »

Loïc a dormi comme un bébé. Il émerge. Nous remballons paisiblement sous un grand soleil et faisons sécher les tentes.

La grande inquiétude de la journée, ce sont les menaces d’orage. Jusqu’à présent, nous sommes littéralement passés entre les gouttes. Nous précédons les gros orages de quelques heures, roulant toujours dans des éclaircies.

Sous un soleil très vite violent, nous nous échappons dans une série de petits singles envahis de végétation avant de commencer l’escalade pour sortir de Crupet. Nous escaladons un magnifique chemin à plus de 15%. Sur la gauche, la vue vers la vallée est absolument à couper le souffle avec des myriades de fleurs bleues au premier plan. À moins que ce ne soit la pente qui coupe le souffle. Des randonneurs nous encouragent, je suis incapable de répondre. Le sommet se profile au bord d’un camp scout. Après quelques centaines de mètres sur la route, un panneau indiquant une église médiévale attire mon attention. Cette fois-ci, c’est moi qui reconnais l’endroit ! Nous sommes à 1km du lieu de mon mariage. J’entraine Loïc dans un bref aller-retour pour envoyer une photo souvenir à mon épouse.

À partir de là, je connais l’endroit pour y être venu de multiples fois à vélo. Après des traversées de champs, nous nous enfonçons dans les forêts du Namurois, forêts aux chemins dévastés par les orages et les torrents de boue. Au village de Sart-Bernard, j’interpelle un habitant pour savoir s’il y’a un magasin ou une boulangerie dans les environs. À sa réponse, je comprends que j’aurais pu tout aussi bien lui demander un complexe cinéma 15 salles, un parc d’attractions et un centre d’affaires.

Nous nous enfonçons donc dans la forêt, zigzaguant entre les chemins privés, pour déboucher finalement sur Dave. Un kilomètre de nationale malheureusement incontournable nous permet d’aller traverser la Meuse sur une écluse juste au moment où celle-ci commence à se remplir pour laisser passer un bateau. Nous continuons le long du fleuve pour aller déguster une crêpe à Wépion. Le temps se couvre, mais reste sec.

La crêpe engloutie, il est temps de sortir du lit de la Meuse. Ma trace passe par une côte que j’ai déjà eu le plaisir d’apprécier : le Fonds des Chênes. Jamais trop pentue ni technique, la côte est cependant très longue et se durcit vers la fin, alors même qu’on a l’impression de sortir du bois et d’arriver dans un quartier résidentiel.

J’arrive au sommet lorsque les premières gouttes commencent à tomber. J’ai à peine le temps d’enfiler ma veste que le déluge est sur nous. Abrité sous un arbre, j’attends Loïc qui, je l’apprendrai après, a perdu beaucoup de temps en continuant tout droit dans une propriété privée.

À partir de ce moment-là, nous allons rouler sous des trombes d’eau incessantes. À travers les bois, nous descendons sur Malonne dont nous escaladons le cimetière à travers des lacets dignes d’un col alpin. La trace traverse littéralement le cimetière au milieu des tombes. Loïc s’étonne. Je réponds que, au moins, on ne dérange personne. C’est ensuite la descente sur Seneffe avant de longer la Sambre.

Lors de notre journée de préparation, nous sommes passés par là dans l’autre sens. Nous sommes en terrain connu, le côté exploration du bikepacking s’estompe pour laisser la place à la douleur psychologique du retour. Étant donné la pluie, je suis heureux de rentrer. Je n’ose imaginer installer une tente sous la pluie, renfiler des vêtements trempés le lendemain.

Nous n’essayons même plus de contourner les flaques qui se sont, de toute façon, transformées en inévitables marigots. Nous roulons des mètres et des mètres avec de l’eau jusqu’aux moyeux, chaque coup de pédale remplissant les chaussures d’eau comme une noria.

Loïc m’a plusieurs fois expliqué être motivé par la pluie. Sous la pluie, il pédale mieux. J’ai en effet observé qu’il supporte assez mal la chaleur alors que, pour moi, rien n’est aussi délectable que d’escalader un col en plein cagnard.

Ses explications se confirment. Loïc fonce, escalade. J’ai de plus en plus de mal à le suivre. L’eau me mine, ma nouvelle selle me torture les fesses. Nous traversons Spy, les plaines de Ligny, probablement tout aussi inondées qu’en 1815 et le golf de Rigenée. La trace traverse le bois Pigeolet, mais je me souviens avoir été bloqué au château de Cocriamont lors d’une de mes aventures antérieures. J’impose un demi-tour et nous gagnons Sart-Dames-Avelines par la route.

Alors que nous arrivons à Genappe, la pluie qui s’était déjà un peu calmée s’arrête tout à fait. Nous en profitons pour prendre un dernier verre en terrasse avant de nous dire au revoir. Nous avons le sentiment d’être à la maison.

Il me reste néanmoins encore 15km à faire. 15km essentiellement de Ravel. Mes chaussures sont presque sèches, l’optimisme est de mise.

C’est sans compter que le Ravel est inondé par endroit, traversé de coulées de boue. Certaines maisons se sont barricadées avec des sacs de sable. Des arbres arrachés rendent le passage compliqué. Alors que je traverse une flaque que je croyais étendue, mais peu profonde, le Ravel étant en théorie essentiellement plat, je m’enfonce jusqu’au moyeu. Je suis recouvert, ainsi que mon vélo et mes sacs, d’une boue jaune, grasse, épaisse et collante.

Il était dit que je ne pouvais pas arriver sec à Louvain-la-Neuve…

280km, près de 4000m de d+ et une expérience mémorable. Je suis enchanté d’avoir pu condenser en 3 jours toutes les expériences d’un trip de bikepacking : camping sauvage, heures perdues à pousser le vélo dans une brousse sans chemin, découragements suivis d’espoirs, pauses imprévues et terrasses délectables.

Maintenant que Loïc a gouté aux joies du bikepacking « extreme », je n’ai qu’une envie : qu’on reparte pour explorer d’autres régions. J’ai une attirance toute spéciale pour les Fagnes… Par contre, cette expérience de la pluie me fait renoncer au rêve de parcourir l’Écosse en bikepacking.

Alors qu’une Grande Traversée du Massif Central (GTMC pour les intimes) se profile avec Thierry, deux inquiétudes restent vives : mes fesses me font toujours autant souffrir (peut-être devrais-je passer le cap du tout suspendu) et je ne me sens pas psychologiquement armé pour affronter un bivouac sous la pluie.

Mais, après tout, l’aventure ne commence-t-elle pas au moment où tu as envie qu’elle s’arrête ?

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Interdire le port du voile est-il une discrimination ? https://ploum.net/?p=6877 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Interdire-le-port-du-voile-est-il-une-discrimination Fri, 25 Jun 2021 14:13:23 +0200 Tentative d’analyse rationnelle et d’élargissement d’un débat émotionnel

Le sujet du port du voile par les femmes musulmanes est un sujet récurrent et politicomédiatique un peu trop vendeur. Forcément, car tout le monde à son avis sur le sujet. Mon avis personnel ne me semble pas avoir plus de valeur que n’importe quel autre.

Aussi ai-je envie d’aborder le sujet d’une manière que je n’ai que trop rarement vue : rationnellement et avec autant de rigueur logique que possible bien que n’étant, sensibilité humaine oblige, pas objectif. Le voile est en effet un exemple parfait pour illustrer le point de friction entre la liberté religieuse et la neutralité législative garante de cette liberté.

Le dress code professionnel

Il semble important de préciser que le débat ne porte pas sur l’interdiction du voile. Dans notre pays, le citoyen peut se vêtir comme bon il semble tant qu’une certaine pudeur est respectée. Chaque citoyen peut porter sur la tête le couvre-chef de son choix, le voile ne pose aucun problème sur la voie publique (je m’abstiendrai de parler du voile intégral, hors propos ici).

La question réelle peut donc être formulée en ces termes : « Si un employeur refuse que ses employés portent un voile, est-ce de la discrimination ? ».

Mise en contexte : les employeurs ont toujours disposé d’un droit de regard sur l’habillement de leurs employés. Depuis l’uniforme au port obligatoire de la cravate. Un voisin m’a un jour affirmé que jamais il n’accepterait un travail où on le forcerait de mettre une cravate. J’ai personnellement été une fois renvoyé chez moi pour me changer, car j’avais mis un bermuda, ce qui était interdit dans le règlement de travail (que je n’avais pas lu). Je fais pourtant partie de la sainte église du bermuda (2 membres en Belgique) pour laquelle le port du pantalon long entre mars et octobre est un blasphème.

Pour l’anecdote, dans cette même entreprise de plusieurs centaines de personnes est un jour arrivée une nouvelle employée voilée. Personne n’a émis le moindre commentaire (le voile n’était pas interdit dans le règlement) excepté une collègue qui m’a expliqué être musulmane et opposée au voile, voile qui n’était selon elle ni musulman ni cité dans le coran.

De même, dans le collège où j’ai fait mes études, le règlement stipulait strictement que les élèves étaient tenus d’être nu-tête à l’intérieur des bâtiments. J’ai été témoin de bon nombre de casquettes et chapeaux confisqués par les éducateurs.

Lors d’une embauche ou de l’accès à un établissement public, ces obligations vestimentaires clairement stipulées n’ont jamais été assimilées à une discrimination. Un postulant est libre de refuser un emploi si les conditions de travail ne lui conviennent pas.

Pourtant, le fait de devoir retirer le voile pour accéder à un travail ou à une école (chose que des milliers de musulmanes font quotidiennement, il faut le préciser, et qui serait acceptable selon les préceptes de l’Islam) est perçu par certaines comme une discrimination.

Je ne vois que deux alternatives logiques.

Soit le voile est un simple morceau de tissu vestimentaire, comme l’affirment certains, et il peut être retiré si nécessaire. J’abhorre la cravate, que j’associe à une laisse, mais je la passerai au cou si j’estime que les circonstances l’exigent.

Soit le port du voile est l’expression d’une religiosité profonde ne permettant pas à une croyante de le retirer en public. Auquel cas, il est manifeste que la personne ne peut accéder à un poste où une certaine forme de neutralité est nécessaire. Les postes de représentation publique, par exemple, impliquent une neutralité jusque dans les détails de l’habillement. Un député ne peut pas porter un t-shirt avec un slogan.

Il est important de souligner que les deux situations sont mutuellement exclusives. Soit le voile est un accessoire vestimentaire, auquel cas il peut-être retiré, soit il est le symbole d’une religiosité forte qui peut être considérée comme incompatible avec certaines fonctions, et cela à la discrétion de l’employeur.

Dans les deux cas, remarquons qu’il apparait raisonnable pour un employeur de ne pas engager une personne qui refuse de retirer son voile sur son lieu de travail alors que l’employeur l’estime nécessaire. Il n’y a pas de discrimination sur la couleur de peau, l’origine sociale ou la religion de l’employé, mais simplement un choix de ce dernier de se conformer ou non au règlement de travail. Ce que les plaignantes appellent discrimination dans les affaires où le port du voile leur a été refusé n’est donc que le refus de l’octroi d’un privilège spécifique qui n’est disponible pour personne d’autre.

L’exception religieuse

À cette constatation, la réponse la plus courante est celle de « l’exception religieuse ». L’employeur peut obliger la cravate et interdire le bermuda, car ceux-ci ne sont pas religieux. Le voile bien.

Cette exception est une véritable boîte de Pandore. Il est important de rappeler que la liberté de religion et de conscience garantie par l’article 18 des droits de l’homme porte sur toutes les religions, y compris les religions personnelles. Certains ont peut-être cru que je me moquais en parlant de l’église du bermuda, mais mon coreligionnaire (qui se reconnaitra), confirmera que notre foi est sincère et assortie de rituels (comme la photo du premier bermuda de l’année et l’expiation du port du pantalon long). Si l’état belge propose une liste de religions reconnues, c’est uniquement pour des motifs de financement. Chaque citoyen est libre de suivre les préceptes de la religion de son choix.

L’exception religieuse, par sa simple existence, sépare le corpus législatif en deux types de lois.

Les premières sont celles qui ne souffriront aucune exception religieuse. Si ma religion recommande la consommation de nouveau-nés au petit-déjeuner, l’exception religieuse sera difficilement recevable.

Par contre, mutiler le sexe du même nouveau-né sans raison médicale est couvert par l’exception religieuse.

Cette contradiction est visible dans tous les services communaux chargés d’établir nos cartes d’identité : il est en effet stipulé que la photo doit représenter le demandeur tête nue (point 8 du règlement), mais qu’en cas de motif religieux s’opposant à apparaitre tête nue sur nue sur la photo, ce point ne s’applique pas (point 10 du règlement).

Extrait du règlement téléchargé sur le site du gouvernement en juin 2021

Paradoxalement, la discrimination porte donc sur les personnes non religieuses. Celles-là ne peuvent pas porter de couvre-chef (et personne ne peut sourire, pourtant, ce serait joli une religion du sourire) sur leur photo d’identité ! La discrimination est bénigne et anecdotique, mais ouvre la porte à de dangereux précédents.

C’est pour illustrer ce paradoxe que plusieurs pastafariens à travers le monde ont tenté, avec plus ou moins de succès, de figurer sur leur document d’identité avec une passoire sur la tête ou avec un chapeau de pirate.

En Suède, face à la répression de la copie illicite de films et de musiques, le Kopimisme s’est mis en place. Selon cette religion, la vie nait de la copie d’information et tout acte de copie de l’information est sacré. En ce sens, les kopimistes ont exigé (et obtenu) une exemption religieuse leur permettant de copier tout document informatique sans être poursuivis. La loi « anti-piratage » fait donc partie, en Suède, de la deuxième catégorie des lois.

Ici encore, la discrimination envers les non-religieux est flagrante. Doit-on créer une religion pour tester et contourner chaque loi ?

Preuve est faite que l’exception religieuse est non seulement dangereuse, mais complètement inutile. Soit une loi ne peut accepter aucune exception religieuse (le meurtre par exemple), soit la loi n’a pas lieu d’être ou doit être retravaillée (vu qu’il est acceptable pour une frange arbitraire de citoyens de ne pas la respecter).

Soit il est essentiel d’être nu-tête sur un document d’identité, soit ce n’est pas nécessaire.

Soit un employeur peut imposer certaines règles vestimentaires à ses employés, soit il ne peut en imposer aucune. Toute tentative de compromis est, par essence, arbitraire et entrainera des débats émotionnels sans fin voire des violences.

Comme le disait déjà Thomas Hobbes, cité par le philosophe et député François De Smet dans son livre « Deus Casino », il est impossible à un humain d’obéir simultanément à deux autorités, deux ensembles distincts de lois (sauf si, par miracle, elles sont temporairement compatibles). L’un des ensembles de loi doit donc être supérieur à l’autre. Si c’est la loi religieuse qui est supérieure, on est tout simplement dans le cas d’une théocratie, chose qui n’est possible que pour une seule religion.

On peut tourner le problème dans tous les sens : la coexistence de plusieurs religions implique nécessairement la primauté des lois séculières sans distinction ni exception. Si une personne religieuse accomplit un rite qui enfreint une loi civile, elle doit être poursuivie comme après n’importe quelle infraction !

Cette conclusion, bien que contre-intuitive, est primordiale : le seul garant d’une réelle liberté de pensée et de culte passe par un état qui affirme que tous les citoyens sont égaux, que la loi est identique pour tous et ne tolère aucune exception religieuse !

L’expression de la croyance en une divinité et en la vérité d’un seul livre relève pour l’athée que je suis du blasphème et du non-respect envers les millions d’intellectuels qui ont fait progresser l’étendue du savoir humain. La religiosité m’offense profondément. Pour certaines femmes, le port du voile est une insulte aux féministes des décennies précédentes, un rappel permanent de la fragilité des récents et encore incomplets droits de la femme.

La liberté de culte passe donc nécessairement par la liberté de blasphème et le droit à l’offense.

Un combat politique à peine voilé

Rationnellement et logiquement parlant, la question du port du voile au travail est donc très simple à trancher : soit un employeur n’a aucun droit sur l’habillement de ses employés, soit il peut en avoir. Fin du débat.

Malheureusement, comme le souligne François De Smet, les religions instituées bénéficient d’une immunité contre l’irrationnel qui ne peut être justifiée par des arguments logiques. La religion est par essence irrationnelle, mais elle peut s’appuyer sur des arguments psychologiques, historiques, culturels ou politiques. Argument psychologique que j’ai intitulé « Le coût de la conviction ».

https://ploum.net/le-cout-de-la-conviction/

Le port du voile est souvent défendu par les traditionalistes comme un élément culturel et historique. Pourtant, en 1953 Nasser faisait exploser de rire son auditoire en ironisant sur l’impossibilité, n’en déplaise à une minorité, de forcer 10 millions d’Égyptiennes à porter le voile. Les photos de Téhéran dans les années 70 montrent également des femmes libérées, vêtues selon des normes modernes et se promenant en bikini au bord de la plage. Dans les années 90, je crois me souvenir qu’il était relativement rare de voir une femme voilée en Belgique, malgré plus de 30 ans d’immigration marocaine intense.

S’il y’a bien une certitude, c’est que l’interdiction pour une musulmane de se départir de son voile ne faisait, jusqu’à un passé relativement récent, peu ou plus partie du patrimoine culturel et qu’il n’est donc clairement pas « historique ». À l’opposé, la fameuse danse du ventre, tradition égyptienne millénaire, est en passe de disparaitre du pays, illustrant l’hypocrisie de l’argument « défense de la culture et de la tradition ».

La question qui est certainement la plus intéressante à se poser est donc : « Si ce n’est culturel, ni historique, ni rationnel, d’où vient cet engouement soudain pour le voile ? Qu’est-ce qui a fait apparaitre cette intransigeance récente qui pousse des femmes à refuser un emploi voire à attaquer l’employeur en justice plutôt que de retirer temporairement leur voile ou trouver un autre emploi ? ».

Les réponses à cette question pourraient aller de « Les immigrées n’osaient pas ne pas le retirer et osent enfin s’affirmer » à « Il s’agit d’un effet de mode, une pression sociale ». Ne pouvant répondre par une analyse logique, je laisserai le sujet aux sociologues.

À noter que dans un long billet très documenté, Marcel Sel propose une réponse essentiellement politique. Le port du voile ne serait pas une lutte pour les libertés individuelles, mais une volonté d’ingérence politique à peine voilée, si j’ose dire.

http://blog.marcelsel.com/2021/06/20/oh-bro-2-en-nommant-ihsane-haouach-la-belgique-met-la-charia-avant-la-meuf/

Le droit des femmes

Pour les millions de femmes dans le monde victime d’une théocratie et qui mettent en péril leur intégrité pour avoir le droit… de ne pas porter le voile, le combat de quelques-unes pour avoir le droit de le porter doit sembler incroyablement absurde. Mais, dans la vie quotidienne, il me semble important de laisser de côté les considérations politiques. Quand bien même le voile serait, à large échelle, un instrument politique, la femme en face de vous est avant tout un être humain le plus souvent sincère dans ses convictions.

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, j’aimerais rappeler le droit inaliénable au respect. Dans certains quartiers, des femmes se font insulter et se sentent en insécurité, car elles ne sont pas voilées. Autre part, ce sont les femmes voilées qui sont victimes d’insultes racistes voire d’agressions. Dans les deux cas, les femmes et la dignité humaine sont perdantes.

Quelles que soient leur religion et leur origine, beaucoup de femmes connaissent une insécurité permanente pour une raison unique : une culture machiste tolérée.

https://ploum.net/la-moitie-du-monde-qui-vit-dans-la-peur/

C’est là où, en tant qu’homme je peux agir. En surveillant mon comportement et celui de mes condisciples, en ne riant pas aux blagues sexistes, en sermonnant un camarade aux mains un peu trop baladeuses ou aux remarques trop sonores. En respectant totalement l’humaine qui est en face de moi, qu’elle se promène nue ou voilée de pied en cap.

Et en me gardant de faire étalage de manière inappropriée de mes convictions philosophiques. On n’a pas besoin d’être d’accord pour s’entendre et se respecter.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Tentative d’analyse rationnelle et d’élargissement d’un débat émotionnel

Le sujet du port du voile par les femmes musulmanes est un sujet récurrent et politicomédiatique un peu trop vendeur. Forcément, car tout le monde à son avis sur le sujet. Mon avis personnel ne me semble pas avoir plus de valeur que n’importe quel autre.

Aussi ai-je envie d’aborder le sujet d’une manière que je n’ai que trop rarement vue : rationnellement et avec autant de rigueur logique que possible bien que n’étant, sensibilité humaine oblige, pas objectif. Le voile est en effet un exemple parfait pour illustrer le point de friction entre la liberté religieuse et la neutralité législative garante de cette liberté.

Le dress code professionnel

Il semble important de préciser que le débat ne porte pas sur l’interdiction du voile. Dans notre pays, le citoyen peut se vêtir comme bon il semble tant qu’une certaine pudeur est respectée. Chaque citoyen peut porter sur la tête le couvre-chef de son choix, le voile ne pose aucun problème sur la voie publique (je m’abstiendrai de parler du voile intégral, hors propos ici).

La question réelle peut donc être formulée en ces termes : « Si un employeur refuse que ses employés portent un voile, est-ce de la discrimination ? ».

Mise en contexte : les employeurs ont toujours disposé d’un droit de regard sur l’habillement de leurs employés. Depuis l’uniforme au port obligatoire de la cravate. Un voisin m’a un jour affirmé que jamais il n’accepterait un travail où on le forcerait de mettre une cravate. J’ai personnellement été une fois renvoyé chez moi pour me changer, car j’avais mis un bermuda, ce qui était interdit dans le règlement de travail (que je n’avais pas lu). Je fais pourtant partie de la sainte église du bermuda (2 membres en Belgique) pour laquelle le port du pantalon long entre mars et octobre est un blasphème.

Pour l’anecdote, dans cette même entreprise de plusieurs centaines de personnes est un jour arrivée une nouvelle employée voilée. Personne n’a émis le moindre commentaire (le voile n’était pas interdit dans le règlement) excepté une collègue qui m’a expliqué être musulmane et opposée au voile, voile qui n’était selon elle ni musulman ni cité dans le coran.

De même, dans le collège où j’ai fait mes études, le règlement stipulait strictement que les élèves étaient tenus d’être nu-tête à l’intérieur des bâtiments. J’ai été témoin de bon nombre de casquettes et chapeaux confisqués par les éducateurs.

Lors d’une embauche ou de l’accès à un établissement public, ces obligations vestimentaires clairement stipulées n’ont jamais été assimilées à une discrimination. Un postulant est libre de refuser un emploi si les conditions de travail ne lui conviennent pas.

Pourtant, le fait de devoir retirer le voile pour accéder à un travail ou à une école (chose que des milliers de musulmanes font quotidiennement, il faut le préciser, et qui serait acceptable selon les préceptes de l’Islam) est perçu par certaines comme une discrimination.

Je ne vois que deux alternatives logiques.

Soit le voile est un simple morceau de tissu vestimentaire, comme l’affirment certains, et il peut être retiré si nécessaire. J’abhorre la cravate, que j’associe à une laisse, mais je la passerai au cou si j’estime que les circonstances l’exigent.

Soit le port du voile est l’expression d’une religiosité profonde ne permettant pas à une croyante de le retirer en public. Auquel cas, il est manifeste que la personne ne peut accéder à un poste où une certaine forme de neutralité est nécessaire. Les postes de représentation publique, par exemple, impliquent une neutralité jusque dans les détails de l’habillement. Un député ne peut pas porter un t-shirt avec un slogan.

Il est important de souligner que les deux situations sont mutuellement exclusives. Soit le voile est un accessoire vestimentaire, auquel cas il peut-être retiré, soit il est le symbole d’une religiosité forte qui peut être considérée comme incompatible avec certaines fonctions, et cela à la discrétion de l’employeur.

Dans les deux cas, remarquons qu’il apparait raisonnable pour un employeur de ne pas engager une personne qui refuse de retirer son voile sur son lieu de travail alors que l’employeur l’estime nécessaire. Il n’y a pas de discrimination sur la couleur de peau, l’origine sociale ou la religion de l’employé, mais simplement un choix de ce dernier de se conformer ou non au règlement de travail. Ce que les plaignantes appellent discrimination dans les affaires où le port du voile leur a été refusé n’est donc que le refus de l’octroi d’un privilège spécifique qui n’est disponible pour personne d’autre.

L’exception religieuse

À cette constatation, la réponse la plus courante est celle de « l’exception religieuse ». L’employeur peut obliger la cravate et interdire le bermuda, car ceux-ci ne sont pas religieux. Le voile bien.

Cette exception est une véritable boîte de Pandore. Il est important de rappeler que la liberté de religion et de conscience garantie par l’article 18 des droits de l’homme porte sur toutes les religions, y compris les religions personnelles. Certains ont peut-être cru que je me moquais en parlant de l’église du bermuda, mais mon coreligionnaire (qui se reconnaitra), confirmera que notre foi est sincère et assortie de rituels (comme la photo du premier bermuda de l’année et l’expiation du port du pantalon long). Si l’état belge propose une liste de religions reconnues, c’est uniquement pour des motifs de financement. Chaque citoyen est libre de suivre les préceptes de la religion de son choix.

L’exception religieuse, par sa simple existence, sépare le corpus législatif en deux types de lois.

Les premières sont celles qui ne souffriront aucune exception religieuse. Si ma religion recommande la consommation de nouveau-nés au petit-déjeuner, l’exception religieuse sera difficilement recevable.

Par contre, mutiler le sexe du même nouveau-né sans raison médicale est couvert par l’exception religieuse.

Cette contradiction est visible dans tous les services communaux chargés d’établir nos cartes d’identité : il est en effet stipulé que la photo doit représenter le demandeur tête nue (point 8 du règlement), mais qu’en cas de motif religieux s’opposant à apparaitre tête nue sur nue sur la photo, ce point ne s’applique pas (point 10 du règlement).

Extrait du règlement téléchargé sur le site du gouvernement en juin 2021

Paradoxalement, la discrimination porte donc sur les personnes non religieuses. Celles-là ne peuvent pas porter de couvre-chef (et personne ne peut sourire, pourtant, ce serait joli une religion du sourire) sur leur photo d’identité ! La discrimination est bénigne et anecdotique, mais ouvre la porte à de dangereux précédents.

C’est pour illustrer ce paradoxe que plusieurs pastafariens à travers le monde ont tenté, avec plus ou moins de succès, de figurer sur leur document d’identité avec une passoire sur la tête ou avec un chapeau de pirate.

En Suède, face à la répression de la copie illicite de films et de musiques, le Kopimisme s’est mis en place. Selon cette religion, la vie nait de la copie d’information et tout acte de copie de l’information est sacré. En ce sens, les kopimistes ont exigé (et obtenu) une exemption religieuse leur permettant de copier tout document informatique sans être poursuivis. La loi « anti-piratage » fait donc partie, en Suède, de la deuxième catégorie des lois.

Ici encore, la discrimination envers les non-religieux est flagrante. Doit-on créer une religion pour tester et contourner chaque loi ?

Preuve est faite que l’exception religieuse est non seulement dangereuse, mais complètement inutile. Soit une loi ne peut accepter aucune exception religieuse (le meurtre par exemple), soit la loi n’a pas lieu d’être ou doit être retravaillée (vu qu’il est acceptable pour une frange arbitraire de citoyens de ne pas la respecter).

Soit il est essentiel d’être nu-tête sur un document d’identité, soit ce n’est pas nécessaire.

Soit un employeur peut imposer certaines règles vestimentaires à ses employés, soit il ne peut en imposer aucune. Toute tentative de compromis est, par essence, arbitraire et entrainera des débats émotionnels sans fin voire des violences.

Comme le disait déjà Thomas Hobbes, cité par le philosophe et député François De Smet dans son livre « Deus Casino », il est impossible à un humain d’obéir simultanément à deux autorités, deux ensembles distincts de lois (sauf si, par miracle, elles sont temporairement compatibles). L’un des ensembles de loi doit donc être supérieur à l’autre. Si c’est la loi religieuse qui est supérieure, on est tout simplement dans le cas d’une théocratie, chose qui n’est possible que pour une seule religion.

On peut tourner le problème dans tous les sens : la coexistence de plusieurs religions implique nécessairement la primauté des lois séculières sans distinction ni exception. Si une personne religieuse accomplit un rite qui enfreint une loi civile, elle doit être poursuivie comme après n’importe quelle infraction !

Cette conclusion, bien que contre-intuitive, est primordiale : le seul garant d’une réelle liberté de pensée et de culte passe par un état qui affirme que tous les citoyens sont égaux, que la loi est identique pour tous et ne tolère aucune exception religieuse !

L’expression de la croyance en une divinité et en la vérité d’un seul livre relève pour l’athée que je suis du blasphème et du non-respect envers les millions d’intellectuels qui ont fait progresser l’étendue du savoir humain. La religiosité m’offense profondément. Pour certaines femmes, le port du voile est une insulte aux féministes des décennies précédentes, un rappel permanent de la fragilité des récents et encore incomplets droits de la femme.

La liberté de culte passe donc nécessairement par la liberté de blasphème et le droit à l’offense.

Un combat politique à peine voilé

Rationnellement et logiquement parlant, la question du port du voile au travail est donc très simple à trancher : soit un employeur n’a aucun droit sur l’habillement de ses employés, soit il peut en avoir. Fin du débat.

Malheureusement, comme le souligne François De Smet, les religions instituées bénéficient d’une immunité contre l’irrationnel qui ne peut être justifiée par des arguments logiques. La religion est par essence irrationnelle, mais elle peut s’appuyer sur des arguments psychologiques, historiques, culturels ou politiques. Argument psychologique que j’ai intitulé « Le coût de la conviction ».

https://ploum.net/le-cout-de-la-conviction/

Le port du voile est souvent défendu par les traditionalistes comme un élément culturel et historique. Pourtant, en 1953 Nasser faisait exploser de rire son auditoire en ironisant sur l’impossibilité, n’en déplaise à une minorité, de forcer 10 millions d’Égyptiennes à porter le voile. Les photos de Téhéran dans les années 70 montrent également des femmes libérées, vêtues selon des normes modernes et se promenant en bikini au bord de la plage. Dans les années 90, je crois me souvenir qu’il était relativement rare de voir une femme voilée en Belgique, malgré plus de 30 ans d’immigration marocaine intense.

S’il y’a bien une certitude, c’est que l’interdiction pour une musulmane de se départir de son voile ne faisait, jusqu’à un passé relativement récent, peu ou plus partie du patrimoine culturel et qu’il n’est donc clairement pas « historique ». À l’opposé, la fameuse danse du ventre, tradition égyptienne millénaire, est en passe de disparaitre du pays, illustrant l’hypocrisie de l’argument « défense de la culture et de la tradition ».

La question qui est certainement la plus intéressante à se poser est donc : « Si ce n’est culturel, ni historique, ni rationnel, d’où vient cet engouement soudain pour le voile ? Qu’est-ce qui a fait apparaitre cette intransigeance récente qui pousse des femmes à refuser un emploi voire à attaquer l’employeur en justice plutôt que de retirer temporairement leur voile ou trouver un autre emploi ? ».

Les réponses à cette question pourraient aller de « Les immigrées n’osaient pas ne pas le retirer et osent enfin s’affirmer » à « Il s’agit d’un effet de mode, une pression sociale ». Ne pouvant répondre par une analyse logique, je laisserai le sujet aux sociologues.

À noter que dans un long billet très documenté, Marcel Sel propose une réponse essentiellement politique. Le port du voile ne serait pas une lutte pour les libertés individuelles, mais une volonté d’ingérence politique à peine voilée, si j’ose dire.

http://blog.marcelsel.com/2021/06/20/oh-bro-2-en-nommant-ihsane-haouach-la-belgique-met-la-charia-avant-la-meuf/

Le droit des femmes

Pour les millions de femmes dans le monde victime d’une théocratie et qui mettent en péril leur intégrité pour avoir le droit… de ne pas porter le voile, le combat de quelques-unes pour avoir le droit de le porter doit sembler incroyablement absurde. Mais, dans la vie quotidienne, il me semble important de laisser de côté les considérations politiques. Quand bien même le voile serait, à large échelle, un instrument politique, la femme en face de vous est avant tout un être humain le plus souvent sincère dans ses convictions.

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, j’aimerais rappeler le droit inaliénable au respect. Dans certains quartiers, des femmes se font insulter et se sentent en insécurité, car elles ne sont pas voilées. Autre part, ce sont les femmes voilées qui sont victimes d’insultes racistes voire d’agressions. Dans les deux cas, les femmes et la dignité humaine sont perdantes.

Quelles que soient leur religion et leur origine, beaucoup de femmes connaissent une insécurité permanente pour une raison unique : une culture machiste tolérée.

https://ploum.net/la-moitie-du-monde-qui-vit-dans-la-peur/

C’est là où, en tant qu’homme je peux agir. En surveillant mon comportement et celui de mes condisciples, en ne riant pas aux blagues sexistes, en sermonnant un camarade aux mains un peu trop baladeuses ou aux remarques trop sonores. En respectant totalement l’humaine qui est en face de moi, qu’elle se promène nue ou voilée de pied en cap.

Et en me gardant de faire étalage de manière inappropriée de mes convictions philosophiques. On n’a pas besoin d’être d’accord pour s’entendre et se respecter.

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Vaccins et brevets, le véritable complot https://ploum.net/?p=6832 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Vaccins-et-brevets-le-véritable-complot Wed, 19 May 2021 12:37:20 +0200 Le Titanic était réputé insubmersible. Il était composé de plusieurs compartiments étanches et pouvait flotter même si plusieurs de ces compartiments s’étaient remplis d’eau. Si le gigantesque navire avait foncé droit dans l’iceberg, il y’aurait eu un grand choc, un ou plusieurs compartiments ouverts, des dizaines de blessés suite au choc et un bateau immobilisé, mais en état de flotter. Malheureusement, une vigie a aperçu l’iceberg. Un peu trop tard. En voulant l’éviter, le navire l’a frôlé et a vu sa coque déchirée tout le long, ouvrant des voies d’eau dans chacun des compartiments étanches. Les passagers n’ont rien senti au moment même, mais la catastrophe reste emblématique plus d’un siècle plus tard.

Que ce serait-il passé si, sur le bateau, s’était trouvé un groupe d’industriels voyageant en première classe et dont la spécialité était une hypothétique colle à réparer la coque des bateaux ? Qu’auraient répondu ces richissimes voyageurs voyant arriver à eux un commandant essoufflé et à l’uniforme débraillé, les suppliant de fournir la formule de leur produit pour sauver le navire ?

La crise du réchauffement climatique nous le laissait présager, mais le débat sur l’ouverture des brevets sur les vaccins COVID nous en donne une réponse éclatante.

Les riches industriels auraient simplement roulé de grands yeux en fustigeant l’idée qu’on puisse « piller leur propriété intellectuelle ». Et lorsque le commandant insistera en disant que le bateau coule, ils ricaneront en disant que ce ne sont que les 3e classes qui ont des voies d’eau. Au pire les 2e classes.

Car l’ouverture des vaccins sur le COVID est essentielle. Sans cette ouverture et la possibilité de fabriquer leurs propres vaccins (ce qui est incroyablement simple avec les vaccins basés sur l’ARN messager), l’immense majorité des pays les plus pauvres ne verront pas une goutte de vaccin avant 2023. C’est une catastrophe pour ces populations qui, même en admettant que ce ne sont que des 3e classes, permettrait un véritable bouillon de culture d’où pourrait émerger des variants bien plus puissants et insensibles à nos vaccins actuels. Ne pas voir cela, c’est littéralement penser que les 3e classes vont couler, mais que le pont des 1res classes va continuer sa route comme par miracle.

https://coronavirus.medium.com/manufacturing-mrna-vaccines-is-surprisingly-straightforward-despite-what-bill-gates-thinks-222cffb686ee

Didier Pittet, l’homme qui a offert au monde la formule du gel hydroalcoolique dont l’aspect open source a été un atout indéniable dans la lutte contre cette épidémie, l’explique dans son livre « Vaincre les épidémies ». Lors de ses voyages, il a découvert des installations d’une ingéniosité extrême permettant de produire du gel hydroalcoolique dans des régions souffrant d’un grand manque d’infrastructure. Les produits manquants étaient remplacés par des équivalents disponibles tout en gardant voire en améliorant l’efficacité. Parce que, contrairement aux théories racistes qui percolent dans notre colonialisme industriel, ce n’est pas parce qu’une région a un grand déficit en infrastructure que ses habitants n’ont pas de cerveau. Malgré notre vision du monde fondée sur Tintin au Congo, li pti noir li pas complètement crétin et li fabriquer vaccins si li pas empêché par brevets de bwana blanc.

S’il n’y avait que l’aspect humanitaire, la question d’ouverture des brevets COVID ne devrait même pas se poser. Rien que pour cela, tout personne s’opposant à l’ouverture des brevets dans le contexte actuel est un fou dangereux psychopathe.

Mais il y’a pire : les brevets sont une vaste escroquerie mondiale qui a pris des proportions incroyables.

Je vous ai expliqué ma propre expérience avec les brevets, expérience professionnelle durant laquelle on m’a enseigné à écrire un brevet en m’expliquant de but en blanc l’immoralité du système et la manière de l’exploiter.

https://ploum.net/working-with-patents/

Lors de son mandat, le parlementaire européen Christian Engström avait largement démontré que l’immense majorité des fonds permettant le développement d’un nouveau médicament étaient publics (de 90% à 99%). La grande majorité du travail de recherche et des travaux préliminaires nécessaires est accomplie dans les universités par des chercheurs payés par de l’argent public. L’industrie du médicament elle-même bénéficie de nombreuses subventions et d’abattements fiscaux.

Au final, un fifrelin du coût final est issu de la firme elle-même, firme qui va obtenir un monopole sur cette recherche pendant 20 ans grâce au brevet. C’est le traditionnel credo financier « Mutualiser les risques, privatiser les profits ».

N’oublions pas que dans l’esprit initial, le brevet est un monopole temporaire (c’était d’ailleurs le nom qu’on lui donnait à l’origine) en échange du fait qu’une invention soit rendue publique. C’est pour cela que le brevet explique l’invention : l’inventeur a 20 ans pour bénéficier de son monopole et s’engage à ce que l’invention devienne un bien public par la suite.

Ce n’est évidemment pas du gout des industries qui ont trouvé une parade : étendre la durée des brevets en modifiant un produit ou en en sortant un nouveau juste avant l’expiration de l’ancien. Ces modifications sont le plus souvent cosmétiques.

Pourquoi croyez-vous que les vaccins sont désormais mélangés en une seule et unique dose malgré les risques d’augmentation des effets secondaires ? Parce qu’il s’agit d’une manière simple de breveter un nouvel emballage pour des vaccins éprouvés qui, sans cela, ne coûterait littéralement plus rien. Et s’il y’a bien une chose que veut éviter l’industrie pharmaceutique, c’est que les gens soient en bonne santé pour pas cher.

Pour résumer, l’industrie pharmaceutique vole littéralement l’argent public pour privatiser des bénéfices plantureux. Et ne peut imaginer remettre en question ses bénéfices alors que la survie de notre société est peut-être en jeu. Le fait qu’il s’agisse du vaccin COVID est d’autant plus ironique, car, depuis 14 mois, l’argent public a afflué sans restriction dans tous les laboratoires du monde. L’industrie pharmaceutique a été payée pour développer un produit garanti de trouver 8 milliards de clients et prétend aujourd’hui privatiser 100% des bénéfices. Dans le cas du vaccin AstraZeneca, l’ironie est encore plus mordante : il a été conçu de bout en bout par une équipe de scientifiques financés par l’argent public et qui souhaitait le rendre open source. La fondation Bill Gates, idéologiquement opposée à toute idée d’open source, a réussi à leur racheter la formule. Tous les scientifiques ne sont pas Didier Pittet.

Un Didier Pittet qui affirme se faire encore régulièrement appeler « L’homme qui nous a fait perdre des milliards » par les représentants d’une industrie pharmaceutique qui ne digère toujours pas la mise open source du gel hydroalcoolique. Cela en dit long sur la mentalité du secteur. Toute possibilité de se soigner ou se protéger à moindre coût est perçue comme « de l’argent perdu ». C’est la pensée typique d’un monopole pour qui l’idée même de compétition est une intolérable agression que les amis politiques doivent bien vite juguler.

On pourrait s’étonner que l’industrie pharmaceutique n’ouvre pas le brevet du vaccin sur le COVID juste pour redorer son blason, pour en faire une belle opération de relations publiques.

Mais il y’a une raison pour laquelle la mise open source du vaccin AstraZeneca devait être empêchée à tout prix, une raison pour laquelle ce brevet ne peut pas, même temporairement, être ouvert.

C’est que le monde comprendrait que ça fonctionne. Que, comme l’a démontré l’aventure du gel hydroalcoolique, ça fonctionne foutrement bien. Cela créerait un précédent. Car si on le fait pour le COVID, pourquoi ne pas le faire pour les médicaments pour le sida ? Pourquoi ne pas le faire sur l’insuline alors qu’aux États-Unis, des diabétiques meurent parce qu’ils ne peuvent simplement pas s’en acheter ? Pourquoi ne pas le faire pour…

Vous imaginez le précédent ? Un monde où les résultats des recherches publiques sont open source ? Où les régions, même les plus pauvres, peuvent développer une indépendance sanitaire avec des chaînes logistiques locales et courtes ?

Non, il faut que l’orchestre continue de jouer. Et tant pis pour les 3e classes. Tant pis pour les 2e classes. Tant pis pour les chaussettes des 1e classes. Le bateau est insubmersible, n’est-ce pas ?

Les vaccins sont l’une des plus belles inventions humaines. N’en déplaise aux conspirationnistes, les vaccins sont la première cause d’augmentation de notre espérance de vie et de notre confort moderne. Je me ferai vacciner contre le COVID à la première occasion par souci de contribuer à une immunité collective (car le vaccin est un médicament altruiste, il ne fonctionne que si une majorité de gens l’utilise). Cela ne m’empêchera pas de pleurer le fait que ce progrès magnifique soit retenu en otage pour contribuer à l’une des plus grandes arnaques économique, idéologique et financière de ce siècle.

Les antivaccins ont raison : il y’a bien un complot qui détruit notre santé et notre tissu social pour maximiser l’enrichissement d’une minorité de monopoles dirigés par des psychopathes à qui des politiciens véreux servent la soupe en se vautrant dans une fange d’immoralité hypocrite.

Mais ce ne sont pas les vaccins eux-mêmes la base du complot, ce sont tout simplement les brevets et les monopoles industriels.

Photo by Ivan Diaz on Unsplash

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Le Titanic était réputé insubmersible. Il était composé de plusieurs compartiments étanches et pouvait flotter même si plusieurs de ces compartiments s’étaient remplis d’eau. Si le gigantesque navire avait foncé droit dans l’iceberg, il y’aurait eu un grand choc, un ou plusieurs compartiments ouverts, des dizaines de blessés suite au choc et un bateau immobilisé, mais en état de flotter. Malheureusement, une vigie a aperçu l’iceberg. Un peu trop tard. En voulant l’éviter, le navire l’a frôlé et a vu sa coque déchirée tout le long, ouvrant des voies d’eau dans chacun des compartiments étanches. Les passagers n’ont rien senti au moment même, mais la catastrophe reste emblématique plus d’un siècle plus tard.

Que ce serait-il passé si, sur le bateau, s’était trouvé un groupe d’industriels voyageant en première classe et dont la spécialité était une hypothétique colle à réparer la coque des bateaux ? Qu’auraient répondu ces richissimes voyageurs voyant arriver à eux un commandant essoufflé et à l’uniforme débraillé, les suppliant de fournir la formule de leur produit pour sauver le navire ?

La crise du réchauffement climatique nous le laissait présager, mais le débat sur l’ouverture des brevets sur les vaccins COVID nous en donne une réponse éclatante.

Les riches industriels auraient simplement roulé de grands yeux en fustigeant l’idée qu’on puisse « piller leur propriété intellectuelle ». Et lorsque le commandant insistera en disant que le bateau coule, ils ricaneront en disant que ce ne sont que les 3e classes qui ont des voies d’eau. Au pire les 2e classes.

Car l’ouverture des vaccins sur le COVID est essentielle. Sans cette ouverture et la possibilité de fabriquer leurs propres vaccins (ce qui est incroyablement simple avec les vaccins basés sur l’ARN messager), l’immense majorité des pays les plus pauvres ne verront pas une goutte de vaccin avant 2023. C’est une catastrophe pour ces populations qui, même en admettant que ce ne sont que des 3e classes, permettrait un véritable bouillon de culture d’où pourrait émerger des variants bien plus puissants et insensibles à nos vaccins actuels. Ne pas voir cela, c’est littéralement penser que les 3e classes vont couler, mais que le pont des 1res classes va continuer sa route comme par miracle.

https://coronavirus.medium.com/manufacturing-mrna-vaccines-is-surprisingly-straightforward-despite-what-bill-gates-thinks-222cffb686ee

Didier Pittet, l’homme qui a offert au monde la formule du gel hydroalcoolique dont l’aspect open source a été un atout indéniable dans la lutte contre cette épidémie, l’explique dans son livre « Vaincre les épidémies ». Lors de ses voyages, il a découvert des installations d’une ingéniosité extrême permettant de produire du gel hydroalcoolique dans des régions souffrant d’un grand manque d’infrastructure. Les produits manquants étaient remplacés par des équivalents disponibles tout en gardant voire en améliorant l’efficacité. Parce que, contrairement aux théories racistes qui percolent dans notre colonialisme industriel, ce n’est pas parce qu’une région a un grand déficit en infrastructure que ses habitants n’ont pas de cerveau. Malgré notre vision du monde fondée sur Tintin au Congo, li pti noir li pas complètement crétin et li fabriquer vaccins si li pas empêché par brevets de bwana blanc.

S’il n’y avait que l’aspect humanitaire, la question d’ouverture des brevets COVID ne devrait même pas se poser. Rien que pour cela, tout personne s’opposant à l’ouverture des brevets dans le contexte actuel est un fou dangereux psychopathe.

Mais il y’a pire : les brevets sont une vaste escroquerie mondiale qui a pris des proportions incroyables.

Je vous ai expliqué ma propre expérience avec les brevets, expérience professionnelle durant laquelle on m’a enseigné à écrire un brevet en m’expliquant de but en blanc l’immoralité du système et la manière de l’exploiter.

https://ploum.net/working-with-patents/

Lors de son mandat, le parlementaire européen Christian Engström avait largement démontré que l’immense majorité des fonds permettant le développement d’un nouveau médicament étaient publics (de 90% à 99%). La grande majorité du travail de recherche et des travaux préliminaires nécessaires est accomplie dans les universités par des chercheurs payés par de l’argent public. L’industrie du médicament elle-même bénéficie de nombreuses subventions et d’abattements fiscaux.

Au final, un fifrelin du coût final est issu de la firme elle-même, firme qui va obtenir un monopole sur cette recherche pendant 20 ans grâce au brevet. C’est le traditionnel credo financier « Mutualiser les risques, privatiser les profits ».

N’oublions pas que dans l’esprit initial, le brevet est un monopole temporaire (c’était d’ailleurs le nom qu’on lui donnait à l’origine) en échange du fait qu’une invention soit rendue publique. C’est pour cela que le brevet explique l’invention : l’inventeur a 20 ans pour bénéficier de son monopole et s’engage à ce que l’invention devienne un bien public par la suite.

Ce n’est évidemment pas du gout des industries qui ont trouvé une parade : étendre la durée des brevets en modifiant un produit ou en en sortant un nouveau juste avant l’expiration de l’ancien. Ces modifications sont le plus souvent cosmétiques.

Pourquoi croyez-vous que les vaccins sont désormais mélangés en une seule et unique dose malgré les risques d’augmentation des effets secondaires ? Parce qu’il s’agit d’une manière simple de breveter un nouvel emballage pour des vaccins éprouvés qui, sans cela, ne coûterait littéralement plus rien. Et s’il y’a bien une chose que veut éviter l’industrie pharmaceutique, c’est que les gens soient en bonne santé pour pas cher.

Pour résumer, l’industrie pharmaceutique vole littéralement l’argent public pour privatiser des bénéfices plantureux. Et ne peut imaginer remettre en question ses bénéfices alors que la survie de notre société est peut-être en jeu. Le fait qu’il s’agisse du vaccin COVID est d’autant plus ironique, car, depuis 14 mois, l’argent public a afflué sans restriction dans tous les laboratoires du monde. L’industrie pharmaceutique a été payée pour développer un produit garanti de trouver 8 milliards de clients et prétend aujourd’hui privatiser 100% des bénéfices. Dans le cas du vaccin AstraZeneca, l’ironie est encore plus mordante : il a été conçu de bout en bout par une équipe de scientifiques financés par l’argent public et qui souhaitait le rendre open source. La fondation Bill Gates, idéologiquement opposée à toute idée d’open source, a réussi à leur racheter la formule. Tous les scientifiques ne sont pas Didier Pittet.

Un Didier Pittet qui affirme se faire encore régulièrement appeler « L’homme qui nous a fait perdre des milliards » par les représentants d’une industrie pharmaceutique qui ne digère toujours pas la mise open source du gel hydroalcoolique. Cela en dit long sur la mentalité du secteur. Toute possibilité de se soigner ou se protéger à moindre coût est perçue comme « de l’argent perdu ». C’est la pensée typique d’un monopole pour qui l’idée même de compétition est une intolérable agression que les amis politiques doivent bien vite juguler.

On pourrait s’étonner que l’industrie pharmaceutique n’ouvre pas le brevet du vaccin sur le COVID juste pour redorer son blason, pour en faire une belle opération de relations publiques.

Mais il y’a une raison pour laquelle la mise open source du vaccin AstraZeneca devait être empêchée à tout prix, une raison pour laquelle ce brevet ne peut pas, même temporairement, être ouvert.

C’est que le monde comprendrait que ça fonctionne. Que, comme l’a démontré l’aventure du gel hydroalcoolique, ça fonctionne foutrement bien. Cela créerait un précédent. Car si on le fait pour le COVID, pourquoi ne pas le faire pour les médicaments pour le sida ? Pourquoi ne pas le faire sur l’insuline alors qu’aux États-Unis, des diabétiques meurent parce qu’ils ne peuvent simplement pas s’en acheter ? Pourquoi ne pas le faire pour…

Vous imaginez le précédent ? Un monde où les résultats des recherches publiques sont open source ? Où les régions, même les plus pauvres, peuvent développer une indépendance sanitaire avec des chaînes logistiques locales et courtes ?

Non, il faut que l’orchestre continue de jouer. Et tant pis pour les 3e classes. Tant pis pour les 2e classes. Tant pis pour les chaussettes des 1e classes. Le bateau est insubmersible, n’est-ce pas ?

Les vaccins sont l’une des plus belles inventions humaines. N’en déplaise aux conspirationnistes, les vaccins sont la première cause d’augmentation de notre espérance de vie et de notre confort moderne. Je me ferai vacciner contre le COVID à la première occasion par souci de contribuer à une immunité collective (car le vaccin est un médicament altruiste, il ne fonctionne que si une majorité de gens l’utilise). Cela ne m’empêchera pas de pleurer le fait que ce progrès magnifique soit retenu en otage pour contribuer à l’une des plus grandes arnaques économique, idéologique et financière de ce siècle.

Les antivaccins ont raison : il y’a bien un complot qui détruit notre santé et notre tissu social pour maximiser l’enrichissement d’une minorité de monopoles dirigés par des psychopathes à qui des politiciens véreux servent la soupe en se vautrant dans une fange d’immoralité hypocrite.

Mais ce ne sont pas les vaccins eux-mêmes la base du complot, ce sont tout simplement les brevets et les monopoles industriels.

Photo by Ivan Diaz on Unsplash

Recevez les billets par mail ou par RSS. Max 2 billets par semaine, rien d’autre. Adresse email jamais partagée et définitivement effacée lors du désabonnement. Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, lisez, offrez et partagez des livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Les monopoles du livre, les alternatives et le futur https://ploum.net/?p=6824 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Les-monopoles-du-livre-les-alternatives-et-le-futur Sat, 15 May 2021 17:27:44 +0200 Ou les tribulations d’un auteur bibliophile qui souhaite faire du commerce local de proximité en payant en cryptomonnaies.

Dans ce billet, je vous raconte ma vie de bibliophile, je râle un peu sur les monopoles du monde du livre, je pleure sur la disparition programmée d’un bouquiniste local, je fais la promotion d’Alternalivre, nouvelle plateforme de vente de livres peu ou mal distribués et je vous parle de Print@Home, concept futuriste du livre « téléchargé et imprimé à la maison ». À la fin du billet, vous aurez l’opportunité de commander des livres de mon éditeur pour le tiers ou la moitié du prix normal, selon le cours du Bitcoin. Qu’est-ce que le Bitcoin vient faire dans tout ça ? Mystère !

On entend souvent qu’Amazon ou Facebook ne sont pas des monopoles, car nous ne sommes pas forcés de les utiliser. Après tout, tout le monde peut commander ailleurs que sur Amazon et supprimer son compte Facebook.

Que ce soit clair : si nous étions forcés d’utiliser Amazon ou Facebook, ce ne seraient plus des monopoles, mais des dictatures. Un monopole n’est pas une entreprise impossible à éviter, c’est une entreprise difficile à éviter. Pourquoi ai-je publié un billet annonçant mon retrait de LinkedIn en fanfare ? Parce que cela a été pour moi un choix difficile, un réel risque professionnel. Pourquoi suis-je encore sur Facebook ? Pourquoi est-ce que je passe encore par Amazon ?

Tout simplement parce que c’est très difficile de l’éviter. Dernièrement, voulant éviter de passer par Amazon pour commander un produit particulier, j’ai réussi à trouver un fournisseur différent. Ma commande a nécessité la création d’un énième compte à travers un formulaire bugué qui m’a imposé de changer d’adresse email d’inscription (la première comportant un caractère non toléré par ce site particulier) en cours d’inscription et qui fait que mon compte est désormais inaccessible. Toutes mes données sont dans ce énième silo que je n’utiliserai plus jamais, sans compter les inscriptions non sollicitées à des newsletters. J’ai finalement reçu mon colis sans passer par Amazon, mais à quel prix !

Autre exemple. Grâce à la recommandation d’un lecteur, j’ai voulu acheter le livre « Le Startupisme » d’Antoine Gouritin. Sur le site de l’éditeur, les frais de livraison s’élevaient à 10€. Mais étaient gratuits sur Amazon. Pour un livre à 20€, avouez que ça fait mal de payer 10€. Qu’auriez-vous fait à ma place ? Et je ne vous parle pas des livres en anglais, introuvables partout y compris sur Amazon.fr et que je commande… sur Amazon.de (allez comprendre !).

Amazon est donc très difficile à contourner. C’est pourquoi j’apprécie quand les sites reconnaissent que je ne vais pas les utiliser tous les jours et cherchent à me rendre l’achat le plus simple possible, notamment en n’obligeant pas à la création d’un compte (fonctionnalité à laquelle travaille mon éditeur).

Car, dès le début du projet d’édition de Printeurs, mon éditeur et moi sommes tombés d’accord sur le fait d’éviter Amazon autant que possible. Mais, dans l’édition du livre, il n’y a pas qu’Amazon qui abuse de sa position. Un acteur invisible contrôle le marché entre les éditeurs et les libraires : le distributeur.

Mon roman Printeurs a reçu de bonnes critiques et commence a exister sur Babelio, Senscritique et Goodreads.

https://www.babelio.com/livres/Ploum-Printeurs/1279338?id_edition=1509012

Je suis extrêmement reconnaissant aux lecteurs qui prennent le temps de noter mes livres ou de mettre une critique, même brève. Il semble que certains lecteurs aient découvert Printeurs grâce à vous ! J’ai néanmoins un conflit moral à vous recommander d’alimenter ces plateformes propriétaires à visée monopolistique. Cela rend certaines critiques postées sur des blogs personnels encore plus savoureuses (surtout celle-là, merci Albédo !).

https://albdoblog.com/2021/01/20/printeurs-ploum/

Malgré cet accueil initial favorable et de bonnes ventes dans les librairies suisses, aucun distributeur belge ou français n’a été jusqu’à présent intéressé par distribuer le catalogue de mon éditeur. Les librairies, elles, ne souhaitent pas passer directement par les éditeurs.

Pire : être dans un catalogue de distributeur n’offre pas toujours la garantie d’être trouvable en libraire. Du moins près de chez moi.

Dans ma ville, riante cité universitaire et pôle intellectuel majeur du pays, il n’existe que deux librairies (!), faisant toutes deux partie de grandes chaines (Fnac et Furet du Nord). Bon, il y’a aussi mon dealer de bandes dessinées devant la vitrine duquel je me prosterne tous les jours et deux bouquineries d’occasion. Enfin, bientôt plus qu’une. La plus grande des deux (et la seule qui fait également de la BD de seconde main) va en effet disparaître, l’université, à travers son organisme de gestion immobilière, ayant donné son congé au gérant. Le gérant m’a fait observer qu’en rénovant la place des Wallons (où est située la bouquinerie), les ouvriers ont installé devant chez lui des emplacements pour parasols. Il semble donc qu’il soit prévu de longue date de remplacer la bouquinerie par un commerce alimentaire. Une pétition a été mise en place pour sauver la bouquinerie.

https://www.change.org/p/soutien-au-bouquiniste-de-lln

Mais le gérant n’y croit plus. Il a commencé à mettre son stock en caisse, les larmes plein les yeux, ne sachant pas encore où aller ni que faire, espérant revenir. Deux librairies et bientôt une seule et minuscule bouquinerie pour toute une cité universitaire. Mais plusieurs dizaines de magasins de loques hors de prix cousues dans des caves par des enfants asiatiques. Heureusement qu’il reste mon temple bédéphile, mais je commence à m’en méfier : les vendeurs m’y appellent désormais par mon nom avec obséquiosité, déroulent un tapis rouge à mon arrivée dans la boutique, m’offrent boissons et mignardises en me vantant les dernières nouveautés et en me félicitant de mes choix. Lorsqu’un vendeur débutant ne me reconnait pas, l’autre lui montre sur l’écran ma carte de fidélité ce qui entraine un mouvement machinal de la main et un sifflement. Je ne sais pas trop comment interpréter ces signes…

Mais trêve de digression sentimentalo-locale, abandonnons les moutons de l’Esplanade (le centre commercial climatisé du cru qui tond lesdits ovins pour remplacer leur laine par les loques suscitées) pour revenir aux nôtres.

Souhaitant acquérir le roman Ecce Homo de l’autrice Ingid Aubry, j’ai découvert qu’il était affiché sur le site du Furet du Nord. Je me suis donc rendu dans l’enseigne de ma ville et j’ai demandé à une libraire de faction de le commander. Malgré son empressement sincère, elle n’a jamais trouvé le livre dans ses bases de données. Déjà, le fait qu’elle ait dû regarder dans pas moins de trois bases de données différentes (avec des interfaces très disparates) m’a semblé absurde. Mais le résultat a été sans appel : le livre, pourtant référencé sur le site de la librairie, était incommandable. (livre pourtant distribué par le plus grand distributeur en francophonie, Hachette, quasi-monopole).

https://ingridaubry.be/

Ingrid a finalement fini par m’envoyer le livre par la poste. Son mari Jean-François m’a révélé qu’ils avaient tenté de créer, à deux reprises, une boutique Amazon pour vendre son livre en ligne à moindre prix (il est en effet disponible sur Amazon, mais avec des frais de livraison de… 40€ !). À chaque fois, leur compte a été suspendu. La raison ? Ils vendaient un livre déjà listé sur Amazon. Le livre d’Ingrid est donc littéralement impossible à acheter à un prix décent !

Ingrid et son mari ont pris le problème à bras le corps et lancé leur propre plateforme de vente de livres. Une plateforme dédiée aux livres peu ou mal diffusés. Alternalivre.

https://alternalivre.be/

Je loue cette initiative en cruel manque de visibilité, étant coincé entre Fnac, Furet du Nord et Amazon pour assouvir ma bibliophilie compulsive (et je déteste acheter mes livres au milieu des tout nouveaux téléviseurs en promotion, ce qui exclut la Fnac). Mon éditeur s’est empressé de rendre Printeurs et toute la collection Ludomire disponible sur Alternalivre (ce qui devrait diminuer les frais d’expédition pour les Français et les Belges). Vous y trouverez également mon livre pour enfant, « Les aventures d’Aristide, le lapin cosmonaute ». Tout en espérant être un jour disponible au Furet du Nord (parce que, de mon expérience, les libraires y sont sympas, compétents et cultivés) voir, honneur suprême, chez Slumberland (qui fait aussi dans le roman de genre, mais je travaille à des scénarios de BD rien que pour être dans leurs rayons).

https://shop.alternalivre.be/fr/romans/printeurs

https://shop.alternalivre.be/fr/jeunesse/les-aventures-daristide-le-lapin-cosmonaute

Écrire un livre et le faire éditer et convaincre les lecteurs de l’acheter n’est donc pas tout. Encore faut-il que ce soit possible pour les lecteurs de l’acquérir. Dans Printeurs, je poussais à l’extrême le concept d’impression 3D jusqu’à inclure les êtres vivants. En 2012, Jaron Lanier imaginait l’impression locale des smartphones et autres gadgets dans son livre « Who owns the future? ». Pourrais-ton l’imaginer pour les livres, floutant de plus en plus la limite entre le livre électronique et le livre papier ?

Oui, m’a répondu mon éditeur en reposant le manuscrit de Printeurs. Et on va l’inventer. Ce sera le Print@home, un concept financé par les contributeurs de la campagne Ulule Printeurs.

Voici donc la première plateforme dédiée aux livres imprimables artisanalement. Cela ne vaut peut-être pas (encore?) une impression professionnelle, mais le concept peut ouvrir la voie à une nouvelle façon de diffuser les livres.

https://printathome.cc/

Et le tout, à prix libre bien sûr ! Les livres imprimables étant tous sous publiés sous une licence Creative Commons.

Pour financer cette plateforme, mon éditeur a lancé une campagne de crowdfunding pour le moins originale, car totalement décentralisée. Au lieu de tourner sur le gigantesque serveur d’un acteur quasi monopolistique (comme Ulule), la campagne tourne sur un raspberry dans son bureau. Et au lieu de payer avec des monnaies centralisées, les paiements se font en bitcoins.

http://crowdfund.printathome.cc/

Là où ça devient intéressant pour vous, amis lecteurs, c’est que les tarifs en bitcoin sont calculés en faisant l’hypothèse qu’un bitcoin vaut 100.000€. Cela signifie que si le bitcoin est inférieur et vaut, par exemple, 40.000€, vous ne payez que 40% du prix réel des livres commandés. Et cela, y compris pour les livres papier !

Si vous avez quelques centimes de bitcoins et que vous hésitiez à acheter une version papier de Printeurs, des exemplaires à offrir ou la collection complète Ludomire, c’est le moment !

Tout cela sent bon le bricolage et l’expérimentation. Il y’aura des erreurs, des apprentissages. De cette imprécision typiquement humaine dont nous nous sentons inconsciemment privés par les algorithmes perfectionnés des monopoles centralisés. Bonne découverte !

Photo by César Viteri on Unsplash

Oubliez un instant les réseaux sociaux et abonnez-vous par mail ou par RSS (max 2 billets par semaine et rien d’autre). Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, offrez et partagez ses livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Ou les tribulations d’un auteur bibliophile qui souhaite faire du commerce local de proximité en payant en cryptomonnaies.

Dans ce billet, je vous raconte ma vie de bibliophile, je râle un peu sur les monopoles du monde du livre, je pleure sur la disparition programmée d’un bouquiniste local, je fais la promotion d’Alternalivre, nouvelle plateforme de vente de livres peu ou mal distribués et je vous parle de Print@Home, concept futuriste du livre « téléchargé et imprimé à la maison ». À la fin du billet, vous aurez l’opportunité de commander des livres de mon éditeur pour le tiers ou la moitié du prix normal, selon le cours du Bitcoin. Qu’est-ce que le Bitcoin vient faire dans tout ça ? Mystère !

On entend souvent qu’Amazon ou Facebook ne sont pas des monopoles, car nous ne sommes pas forcés de les utiliser. Après tout, tout le monde peut commander ailleurs que sur Amazon et supprimer son compte Facebook.

Que ce soit clair : si nous étions forcés d’utiliser Amazon ou Facebook, ce ne seraient plus des monopoles, mais des dictatures. Un monopole n’est pas une entreprise impossible à éviter, c’est une entreprise difficile à éviter. Pourquoi ai-je publié un billet annonçant mon retrait de LinkedIn en fanfare ? Parce que cela a été pour moi un choix difficile, un réel risque professionnel. Pourquoi suis-je encore sur Facebook ? Pourquoi est-ce que je passe encore par Amazon ?

Tout simplement parce que c’est très difficile de l’éviter. Dernièrement, voulant éviter de passer par Amazon pour commander un produit particulier, j’ai réussi à trouver un fournisseur différent. Ma commande a nécessité la création d’un énième compte à travers un formulaire bugué qui m’a imposé de changer d’adresse email d’inscription (la première comportant un caractère non toléré par ce site particulier) en cours d’inscription et qui fait que mon compte est désormais inaccessible. Toutes mes données sont dans ce énième silo que je n’utiliserai plus jamais, sans compter les inscriptions non sollicitées à des newsletters. J’ai finalement reçu mon colis sans passer par Amazon, mais à quel prix !

Autre exemple. Grâce à la recommandation d’un lecteur, j’ai voulu acheter le livre « Le Startupisme » d’Antoine Gouritin. Sur le site de l’éditeur, les frais de livraison s’élevaient à 10€. Mais étaient gratuits sur Amazon. Pour un livre à 20€, avouez que ça fait mal de payer 10€. Qu’auriez-vous fait à ma place ? Et je ne vous parle pas des livres en anglais, introuvables partout y compris sur Amazon.fr et que je commande… sur Amazon.de (allez comprendre !).

Amazon est donc très difficile à contourner. C’est pourquoi j’apprécie quand les sites reconnaissent que je ne vais pas les utiliser tous les jours et cherchent à me rendre l’achat le plus simple possible, notamment en n’obligeant pas à la création d’un compte (fonctionnalité à laquelle travaille mon éditeur).

Car, dès le début du projet d’édition de Printeurs, mon éditeur et moi sommes tombés d’accord sur le fait d’éviter Amazon autant que possible. Mais, dans l’édition du livre, il n’y a pas qu’Amazon qui abuse de sa position. Un acteur invisible contrôle le marché entre les éditeurs et les libraires : le distributeur.

Mon roman Printeurs a reçu de bonnes critiques et commence a exister sur Babelio, Senscritique et Goodreads.

https://www.babelio.com/livres/Ploum-Printeurs/1279338?id_edition=1509012

Je suis extrêmement reconnaissant aux lecteurs qui prennent le temps de noter mes livres ou de mettre une critique, même brève. Il semble que certains lecteurs aient découvert Printeurs grâce à vous ! J’ai néanmoins un conflit moral à vous recommander d’alimenter ces plateformes propriétaires à visée monopolistique. Cela rend certaines critiques postées sur des blogs personnels encore plus savoureuses (surtout celle-là, merci Albédo !).

https://albdoblog.com/2021/01/20/printeurs-ploum/

Malgré cet accueil initial favorable et de bonnes ventes dans les librairies suisses, aucun distributeur belge ou français n’a été jusqu’à présent intéressé par distribuer le catalogue de mon éditeur. Les librairies, elles, ne souhaitent pas passer directement par les éditeurs.

Pire : être dans un catalogue de distributeur n’offre pas toujours la garantie d’être trouvable en libraire. Du moins près de chez moi.

Dans ma ville, riante cité universitaire et pôle intellectuel majeur du pays, il n’existe que deux librairies (!), faisant toutes deux partie de grandes chaines (Fnac et Furet du Nord). Bon, il y’a aussi mon dealer de bandes dessinées devant la vitrine duquel je me prosterne tous les jours et deux bouquineries d’occasion. Enfin, bientôt plus qu’une. La plus grande des deux (et la seule qui fait également de la BD de seconde main) va en effet disparaître, l’université, à travers son organisme de gestion immobilière, ayant donné son congé au gérant. Le gérant m’a fait observer qu’en rénovant la place des Wallons (où est située la bouquinerie), les ouvriers ont installé devant chez lui des emplacements pour parasols. Il semble donc qu’il soit prévu de longue date de remplacer la bouquinerie par un commerce alimentaire. Une pétition a été mise en place pour sauver la bouquinerie.

https://www.change.org/p/soutien-au-bouquiniste-de-lln

Mais le gérant n’y croit plus. Il a commencé à mettre son stock en caisse, les larmes plein les yeux, ne sachant pas encore où aller ni que faire, espérant revenir. Deux librairies et bientôt une seule et minuscule bouquinerie pour toute une cité universitaire. Mais plusieurs dizaines de magasins de loques hors de prix cousues dans des caves par des enfants asiatiques. Heureusement qu’il reste mon temple bédéphile, mais je commence à m’en méfier : les vendeurs m’y appellent désormais par mon nom avec obséquiosité, déroulent un tapis rouge à mon arrivée dans la boutique, m’offrent boissons et mignardises en me vantant les dernières nouveautés et en me félicitant de mes choix. Lorsqu’un vendeur débutant ne me reconnait pas, l’autre lui montre sur l’écran ma carte de fidélité ce qui entraine un mouvement machinal de la main et un sifflement. Je ne sais pas trop comment interpréter ces signes…

Mais trêve de digression sentimentalo-locale, abandonnons les moutons de l’Esplanade (le centre commercial climatisé du cru qui tond lesdits ovins pour remplacer leur laine par les loques suscitées) pour revenir aux nôtres.

Souhaitant acquérir le roman Ecce Homo de l’autrice Ingid Aubry, j’ai découvert qu’il était affiché sur le site du Furet du Nord. Je me suis donc rendu dans l’enseigne de ma ville et j’ai demandé à une libraire de faction de le commander. Malgré son empressement sincère, elle n’a jamais trouvé le livre dans ses bases de données. Déjà, le fait qu’elle ait dû regarder dans pas moins de trois bases de données différentes (avec des interfaces très disparates) m’a semblé absurde. Mais le résultat a été sans appel : le livre, pourtant référencé sur le site de la librairie, était incommandable. (livre pourtant distribué par le plus grand distributeur en francophonie, Hachette, quasi-monopole).

https://ingridaubry.be/

Ingrid a finalement fini par m’envoyer le livre par la poste. Son mari Jean-François m’a révélé qu’ils avaient tenté de créer, à deux reprises, une boutique Amazon pour vendre son livre en ligne à moindre prix (il est en effet disponible sur Amazon, mais avec des frais de livraison de… 40€ !). À chaque fois, leur compte a été suspendu. La raison ? Ils vendaient un livre déjà listé sur Amazon. Le livre d’Ingrid est donc littéralement impossible à acheter à un prix décent !

Ingrid et son mari ont pris le problème à bras le corps et lancé leur propre plateforme de vente de livres. Une plateforme dédiée aux livres peu ou mal diffusés. Alternalivre.

https://alternalivre.be/

Je loue cette initiative en cruel manque de visibilité, étant coincé entre Fnac, Furet du Nord et Amazon pour assouvir ma bibliophilie compulsive (et je déteste acheter mes livres au milieu des tout nouveaux téléviseurs en promotion, ce qui exclut la Fnac). Mon éditeur s’est empressé de rendre Printeurs et toute la collection Ludomire disponible sur Alternalivre (ce qui devrait diminuer les frais d’expédition pour les Français et les Belges). Vous y trouverez également mon livre pour enfant, « Les aventures d’Aristide, le lapin cosmonaute ». Tout en espérant être un jour disponible au Furet du Nord (parce que, de mon expérience, les libraires y sont sympas, compétents et cultivés) voir, honneur suprême, chez Slumberland (qui fait aussi dans le roman de genre, mais je travaille à des scénarios de BD rien que pour être dans leurs rayons).

https://shop.alternalivre.be/fr/romans/printeurs

https://shop.alternalivre.be/fr/jeunesse/les-aventures-daristide-le-lapin-cosmonaute

Écrire un livre et le faire éditer et convaincre les lecteurs de l’acheter n’est donc pas tout. Encore faut-il que ce soit possible pour les lecteurs de l’acquérir. Dans Printeurs, je poussais à l’extrême le concept d’impression 3D jusqu’à inclure les êtres vivants. En 2012, Jaron Lanier imaginait l’impression locale des smartphones et autres gadgets dans son livre « Who owns the future? ». Pourrais-ton l’imaginer pour les livres, floutant de plus en plus la limite entre le livre électronique et le livre papier ?

Oui, m’a répondu mon éditeur en reposant le manuscrit de Printeurs. Et on va l’inventer. Ce sera le Print@home, un concept financé par les contributeurs de la campagne Ulule Printeurs.

Voici donc la première plateforme dédiée aux livres imprimables artisanalement. Cela ne vaut peut-être pas (encore?) une impression professionnelle, mais le concept peut ouvrir la voie à une nouvelle façon de diffuser les livres.

https://printathome.cc/

Et le tout, à prix libre bien sûr ! Les livres imprimables étant tous sous publiés sous une licence Creative Commons.

Pour financer cette plateforme, mon éditeur a lancé une campagne de crowdfunding pour le moins originale, car totalement décentralisée. Au lieu de tourner sur le gigantesque serveur d’un acteur quasi monopolistique (comme Ulule), la campagne tourne sur un raspberry dans son bureau. Et au lieu de payer avec des monnaies centralisées, les paiements se font en bitcoins.

http://crowdfund.printathome.cc/

Là où ça devient intéressant pour vous, amis lecteurs, c’est que les tarifs en bitcoin sont calculés en faisant l’hypothèse qu’un bitcoin vaut 100.000€. Cela signifie que si le bitcoin est inférieur et vaut, par exemple, 40.000€, vous ne payez que 40% du prix réel des livres commandés. Et cela, y compris pour les livres papier !

Si vous avez quelques centimes de bitcoins et que vous hésitiez à acheter une version papier de Printeurs, des exemplaires à offrir ou la collection complète Ludomire, c’est le moment !

Tout cela sent bon le bricolage et l’expérimentation. Il y’aura des erreurs, des apprentissages. De cette imprécision typiquement humaine dont nous nous sentons inconsciemment privés par les algorithmes perfectionnés des monopoles centralisés. Bonne découverte !

Photo by César Viteri on Unsplash

Oubliez un instant les réseaux sociaux et abonnez-vous par mail ou par RSS (max 2 billets par semaine et rien d’autre). Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, offrez et partagez ses livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
La terrifiante hégémonie des monopoles https://ploum.net/?p=6813 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?La-terrifiante-hégémonie-des-monopoles Fri, 30 Apr 2021 10:37:09 +0200 Il est assez rare qu’un livre bouleverse votre représentation du monde. Ou mieux, qu’il éclaire votre compréhension dudit monde en reliant sous un modèle unique parfaitement théorisé toute une série d’intuitions que vous aviez dans des domaines forts différents.

C’est exactement l’effet qu’a eu sur moi le livre Monopolized, de David Dayen, malheureusement pas encore traduit en français et que je n’ai pas réussi à obtenir à un prix décent en Europe (je me suis rabattu sur la version électronique pirate, la faute aux monopoles du livre).

https://thenewpress.com/books/monopolized

L’idée de David Dayen est de nous démontrer que la puissance économique (et donc politique) est de plus en plus concentrée dans un nombre de plus en plus restreint de mains au travers des monopoles et autres oligopoles, de nous expliquer pourquoi, historiquement et économiquement il en est ainsi, pourquoi c’est une mauvaise chose pour tous ceux qui ne sont pas à la tête d’un monopole et en quoi c’est une tendance « mécanique » : la monopolisation dans un domaine entraine l’apparition de monopoles dans les domaines connexes, ce qui fait boule de neige. Pour finir, David Dayen émet la thèse que seule la régulation politique peut enrayer les abus des monopoles (ce qu’elle faisait d’ailleurs à peu près bien jusque dans les années huitante).

Ceux d’entre vous qui suivent ce blog connaissent mon intérêt pour les problématiques liées aux monopoles de haute technologie (Google, Facebook, Microsoft, etc.). Ma fascination pour Monopolized vient du fait que j’ai compris que mon combat se dirigeait contre une simple conséquence anecdotique d’un paradigme beaucoup plus large : la monopolisation.

D’ailleurs, entre nous, pourquoi êtes-vous si nombreux à avoir l’intuition que « la financiarisation » de l’économie est une mauvaise chose alors qu’en soit, la finance voire même le trading ne sont que des échanges économiques entre adultes consentants ? À cause de la monopolisation de cette finance.

Pourquoi y’a-t-il une telle défiance envers l’industrie pharmaceutique entrainant des comportements absurdes comme le refus de la vaccination ? À cause de la monopolisation.

Pourquoi, quand je m’arrête dans une supérette ou une pompe à essence pour acheter un en-cas n’ai-je le choix qu’entre des dizaines de variations du même mauvais chocolat enrobé de mauvais sucre ? La monopolisation.

La monopolisation jusque dans l’art. La planète écoute désormais une vingtaine de musiciens surpayés alors que des millions d’autres tout aussi talentueux ne gagnent pas un sous, tout bénéfice pour les producteurs.

La tentation du monopole

De tout temps, le monopole s’est imposé comme le meilleur moyen de générer des fortunes pharaoniques. Lorsque vous disposez d’un monopole pour un produit quelconque, vous bénéficiez d’une rente immuable tant que ce produit sera consommé. Et comment s’assurer que le produit restera consommé ? Tout simplement en rachetant les jeunes entreprises qui développent des alternatives ou, mieux, qui pourraient être en mesure de le faire.

Un monopole peut augmenter les prix d’un produit à volonté pour maximiser ses rentes. Mais ce serait maladroit, car cela augmenterait d’autant les incitants économiques pour créer de la compétition. Il est donc préférable pour un monopole de garder le prix le plus bas possible pour empêcher toute compétition. Comment faire de la concurrence à Google ou Facebook alors que, pour l’utilisateur final, le produit semble gratuit ?

Au lieu d’augmenter ses tarifs, un monopole va chercher à diminuer ses coûts. Premièrement en exploitant ses fournisseurs qui, généralement, n’ont pas le choix, car pas d’autres clients potentiels. C’est le monopsone, l’inverse du monopole : un marché avec un seul acheteur et beaucoup de vendeurs. Grâce à cet état de fait, le monopole peut augmenter ses marges tout en gardant les mains propres. Le sale travail d’exploitation des travailleurs est transféré à des fournisseurs voire aux travailleurs eux-mêmes, considérés comme indépendants. C’est le phénomène de « chickenization » bien connu aux États-Unis où les éleveurs de poulets sont obligés de suivre des règles très strictes d’élevage, d’acheter leurs graines et d’utiliser le matériel fourni par… leur seul et unique acheteur qui peut fixer le prix d’achat du poulet. Les éleveurs de poulets sont, pour la plupart, endettés auprès de leur propre client qui peut refuser d’acheter les poulets et les ruiner complètement, mais qui se garde bien de le faire, leur laissant juste de quoi avoir l’espoir d’un jour en sortir. Dans « Planètes à gogos » et sa suite, Frederik Pohl et Cyril Kornbluth nous mettaient en garde contre ce genre d’abus à travers une superbe scène où le personnage principal, ex-publicitaire à succès, se retrouve à travailler sur Vénus pour un salaire qui ne lui permet juste pas de payer son logement et sa nourriture fournie par son employeur monopolistique.

Enfin, le dernier facteur permettant à un monopole de faire du profit, c’est de réduire toute innovation voire même d’activement dégrader la qualité de ses produits. Un phénomène particulièrement bien connu des habitants des zones rurales aux États-Unis où la connexion Internet est de très mauvaise qualité et très chère. Preuve s’il en est qu’il s’agit d’une réelle volonté, des villes ont décidé de mettre en place des programmes municipaux d’installation de fibre optique. Il en résulte… des attaques en justice de la part des fournisseurs d’accès Internet traditionnel pour « concurrence déloyale ».

La morbidité des monopoles

Depuis des siècles, la nocivité des monopoles est bien connue et c’est même l’un des rôles premiers des états, quels que soient la tendance politique : casser les monopoles (les fameuses lois antitrust), mettre hors-la-loi les accords entre entreprises pour perturber un marché ou, si nécessaire, mettre le monopole sous la coupe de l’état, le rendre public. Parfois, l’état peut accorder un monopole temporaire et pour un domaine très restreint à un acteur particulier. Cela pouvait être une forme de récompense, une manière de donner du pouvoir à un vassal ou à l’encourager. Les brevets et le copyright sont des monopoles temporaires de ce type.

Mais, en 1980, Robert Bork, conseiller du président Reagan, va émettre l’idée que les monopoles sont, tout compte fait, une bonne chose sauf s’ils font monter les prix. À partir de cet instant, l’idée va faire son chemin parmi les gens de pouvoir qui réalisent qu’ils sont des bénéficiaires des fameux monopoles. Mais comme je l’ai expliqué ci-dessus, un monopole résulte rarement en une augmentation franche et directe du prix. Pire, il est impossible de prévoir. En conséquence de quoi, les administrations américaines vont devenir de plus en plus souples avec les fusions et les acquisitions.

Si IBM et AT&T sont cassés en plein élan dans les années 80, si Microsoft doit mollement se défendre dans les années 90, Google et Facebook auront un boulevard à partir des années 2000, boulevard ouvert par le fait que les acteurs du passé ont encore peur des lois antitrust et que les acteurs du futur ne peuvent plus émerger face à la toute-puissance de ce qu’on appelle désormais les GAFAM, ces entreprises qui ont saisi la fenêtre d’opportunité parfaite. Une dominance entérinée de manière officielle quand, après les attentats du 11 septembre 2001, l’administration américaine stoppe toute procédure visant à interdire à Google d’exploiter les données de ses utilisateurs, procédure annulée en échange d’une promesse, tenue, que Google aidera désormais la défense à détecter les terroristes grâce aux données susnommées (anecdote racontée dans The Age of Surveillance Capitalism, de Shoshana Zuboff).

Fusion, acquisition

Le laxisme face aux monopoles donne le signal d’une course à l’ultra-monopolisation. Pour survivre dans une économie de mastodontes, il n’est d’autre choix que de devenir un mastodonte soi-même. En fusionnant ou en rachetant de plus petits concurrents, on détruit la compétition et on diminue les coûts de production, augmentant de ce fait les bénéfices et construisant autour de son business ce que Warren Buffet appelle une « douve protectrice » qui empêche toute concurrence. Warren Buffet n’a jamais fait un mystère que sa stratégie d’investissement est justement de favoriser les monopoles. Mieux : il en a fait une idéologie positive. Pour devenir riche, à défaut de construire un monopole à partir de rien (ce que bien peu pourront faire après Mark Zuckerberg et Jeff Bezos), investissez dans ce qui pourrait devenir un monopole !

Il faut dire que le business des fusions/acquisitions est particulièrement juteux. Les transactions se chiffrent rapidement en milliards et les cabinets de consultance qui préparent ces fusions sont payés au prorata, en sus des frais administratifs.

Alors jeune ingénieur en passe d’être diplômé, j’ai participé à une soirée de recrutement d’un de ces prestigieux cabinets (un des « Big Three »). Sur la scène, une ingénieure de quelques années mon aînée, décrivait le cas sur lequel elle avait travaillé, sans donner les noms. Les chiffres s’alignaient explicitement avec, dans la colonne « bénéfices », le nombre d’employés que la fusion permettrait de licencier avec peu ou prou d’indemnités, le nombre de sites à fermer, les opportunités de délocalisation pour échapper à certaines régulations financières ou écologiques.

J’ai levé la main et j’ai demandé, naïvement, ce qu’il en était des aspects éthiques. L’oratrice m’a répondu avec assurance que l’éthique était très importante, qu’il y avait une charte. J’ai demandé un exemple concret de la manière dont la charte éthique était appliquée au projet décrit. Elle me répondit que, par exemple, la charte impliquait que l’intérêt du client passait avant toute chose, ce qui impliquait le respect de la confidentialité et l’interdiction pour un employé du cabinet d’être en contact avec les employés du cabinet qui représentaient l’autre côté du deal.

J’ai été surpris d’une telle naïveté et, surtout, de la non-réponse à ma question. Après la conférence, je suis allé la trouver durant le cocktail dinatoire traditionnel. Un verre à la main, j’ai insisté. Elle ne comprenait pas de quoi je voulais parler. J’ai explicité ce que j’entendais par éthique : l’impact de cette fusion sur les travailleurs, sur les conditions économiques, sur l’aspect écologique global. L’éthique quoi !

La brave ingénieure, qui nous avait été présentée comme ayant obtenu le grade le plus élevé à la fin de ses études (le cabinet ne recrutant que parmi les meilleures notes et les doctorats, je n’avais d’ailleurs aucune chance), est devenue blanche. Elle m’a regardé la bouche ouverte et a fini par balbutier qu’elle n’avait jamais pensé à cela.

Il faut bien avouer que, face à un tel pactole, il est tentant de ne voir que des colonnes de chiffres. En théorie, les cabinets spécialistes des fusions/acquisitions sont censés déconseiller les fusions qui ne seraient pas vraiment intéressantes. Mais, sans fusion, pas de pourcentage. Aucun cabinet ne va donc déconseiller ce type d’opération. C’est également particulièrement intéressant pour les individus hautement impliqués. Wikipedia raconte que, entre 2009 et 2013, un jeune banquier d’affaire de la banque Rothschild va gagner plus de deux millions d’euros en travaillant sur des fusions et des rachats controversés. Il faut avouer que, selon ses supérieurs, il est extrêmement doué pour ce métier et pourrait devenir l’un des meilleurs de France. Il va cependant choisir une autre voie, profitant des appuis importants de ce milieu. Son nom ? Emmanuel Macron.

La quête de rendement et la métamorphose du métier d’entrepreneur.

Historiquement, un entrepreneur est une personne qui cherche à créer un business. Plutôt que de travailler pour un patron, l’entrepreneur va travailleur pour des clients. Les entrepreneurs à succès pouvaient espérer gagner très bien leur vie, une société florissante pouvant se permettre de payer un très haut salaire à son patron fondateur. Il n’en reste pas moins qu’il s’agissait d’un salaire lié à un travail. Pour les investisseurs, une entreprise pouvait également verser des dividendes.

Cependant, la quête de rendement élevé a, ironiquement, entrainé la chute des dividendes. À quoi bon gagner quelques pour cent par an sur une somme immobilisée et donc totalement illiquide, ne permettant pas de bénéficier d’autres opportunités ? La plupart des entreprises actuelles ne versent d’ailleurs que peu ou prou de dividendes. Achetez pour 1000€ d’actions et, à la fin de l’année, vous seriez chanceux d’avoir plus de 10€ de dividendes.

Pour un investisseur qui parie sur une jeune entreprise, il n’existe que deux façons de faire du profit et récupérer sa mise (ce qu’on appelle un « exit »). Premièrement si cette entreprise est cotée en bourse, ce qui est extrêmement rare et prend beaucoup de temps ou, et c’est la voie préférée, en voyant cette entreprise rachetée.

C’est également tout bénéfice pour les fondateurs qui au lieu de travailler toute leur vie sur un projet espèrent désormais gagner un pactole après quelques années seulement (et beaucoup de chance). J’ai vu et encadré suffisamment de startups et de levées de fonds dans ma vie professionnelle pour comprendre que le but d’une startup, désormais, n’est plus de faire un produit, mais d’être rachetée. Pas de vendre mais d’être vendu. Les modalités potentielles d’exit sont discutées avant même les premières lignes de code ou le premier client. De cette manière, toute l’énergie entrepreneuriale est dirigée vers un seul et unique objectif : faire croître les géants.

Ces échanges sont facilités par le fait que les investisseurs, les fameux Venture Capitalists, ont généralement des liens étroits avec les actionnaires de ces fameux géants qui rachètent. Dans certains cas, ce sont tout simplement les mêmes personnes. Pour faire simple, si je fais partie du board de Facebook, je vais donner un million à de jeunes entrepreneurs en les conseillant sur la meilleure manière de développer un produit que Facebook voudra racheter puis je m’arrange pour que le-dit Facebook rachète la boîte à un tarif qui valorise mes parts à 10 millions. Un simple trafic d’influence qui me rapporte 9 millions. Si la startup n’a pas développé de produit, ce n’est pas grave, on parlera alors d’acqui-hire (on rachète une équipe, une expertise et on tue le produit).

C’est également tout bénéfice pour Facebook qui tue de cette manière toute concurrence dans l’œuf et qui augmente ses effectifs pour une bouchée de pain. Voire même qui optimise fiscalement certains bénéfices de cette manière.

Ce procédé est tellement efficace qu’il s’est industrialisé sous forme de fonds. Les investisseurs, au lieu de mettre 1 million dans une jeune startup, créent un fonds de manière à mettre 100 millions dans 100 startups. Les 100 millions sont fournis par les riches qui sont en dehors de toutes ces histoires et qui sont du coup taxés avec des frais de gestion et un pourcentage sur les bénéfices (typiquement, 2 ou 3% du capital par an plus entre 20 et 30% des bénéfices reviennent au gestionnaire du fonds. Ce qui reste intéressant : si un gestionnaire transforme votre million en 10  millions, vous pouvez lui donner 3 millions, vous n’en aurez pas moins gagné 6 millions. Une fameuse somme !).

Les fonds de type Private Equity fonctionnent sur le même principe. Les gestionnaires investissent dans diverses entreprises durant 2 ou 3 ans puis se donnent 6 ou 7 ans pour réaliser des exits. L’argent est bloqué pour 10 ans, mais avec la promesse d’avoir été multiplié par 5 au bout de cette période (ce qui fait du 20% par an !).

Comment garantir les exits ? Premièrement grâce à des lobbies auprès des géants du secteur susceptibles d’acheter les petites boîtes. En dernier recours, il restera au gestionnaire du fonds la possibilité de créer un nouveau fonds pour racheter les invendus du premier. Cette opération fera du premier fond un réel succès, asseyant la réputation du gestionnaire et lui permettant de lever encore plus d’argent dans son nouveau fonds.

Le paradoxe du choix

Cette concentration est pourtant rarement perceptible lorsque nous allons faire nos courses. Et pour cause ? Les monopoles ne sont pas bêtes et proposent « de la diversité pour satisfaire tous les consommateurs ». Que vous achetiez des M&Ms, des Maltesers, un Mars, un Milky Way, un Snickers, un Twix, un Bounty, un Balisto ou bien d’autres, seul l’emballage change. Il s’agit des mêmes produits fabriqués dans les mêmes usines.

Du riz Uncle Ben’s, de l’Ebly, des pâtes Miracoli ou Suzi Wan ? Pareil.

Et pour les animaux ? Pedigree, Cesar, Whiskas, Royal Canin, Sheba, Kitekat, Canigou, Frolic ? Pareil.

Passez dans le rayon chewing-gum, toutes les marques sont par le même fournisseur.

D’ailleurs, je n’ai pas choisi ces exemples au hasard. Le fournisseur en question est identique pour toutes les marques que je viens de citer : Mars.

Rendez-vous dans votre supermarché et supprimez les produits Mars, Nestlé et Unilever. Il ne restera plus grand-chose à part quelques produits Kraft, Danone ou Pepsico. Vos magasins bio ne sont pas en reste. Certaines marques bio appartiennent aux même grands groupes, d’autres sont en pleine consolidation, car le marché est encore jeune.

L’exemple de la nourriture est frappant, mais il en est de même dans tous les secteurs lorsqu’on gratte un peu : automobile, hôtellerie, vêtements, voyages, compléments alimentaires naturels et bio… Grâce aux « alliances », il n’existe en réalité plus qu’une poignée de compagnie aérienne en Europe.

Lutter contre les monopoles.

Les monopoles, par leur essence même, sont difficilement évitables. Nous consommons monopoles, nous travaillons pour un monopole ou ses sous-traitants, renforçant chaque jour leur pouvoir.

Intuitivement, nous percevons le danger. Dans un billet précédent, je vous parlais de l’intuition à l’origine des théories du complot. Si l’on applique le filtre « monopole » à ces théories du complot, la révélation est saisissante.

https://ploum.net/et-si-les-conspirationnistes-avaient-raison/

Le monopole de l’industrie pharmaceutique conduit à des problématiques importantes (lobby pour la non-mise en open source du vaccin contre le Covid, fourniture des vaccins mélangés dans des ampoules pour diminuer les coûts même au prix d’une baisse d’efficacité et d’une augmentation des effets secondaires, augmentation des tarifs et lobby pour des brevets absurdes) qui entrainent une méfiance envers le principe même d’un vaccin, surtout développé en un an alors que les entreprises ont toujours dit qu’il fallait des années (afin d’allonger la durée de vie des brevets et créer des pénuries sur le marché).

Le contrôle total des monopoles du web sur nos données entraine une méfiance envers les ondes qui transmettent lesdites données voire même, dans une succulente fusion avec le monopole précédent, la crainte que les vaccins contiennent des puces 5G pour nous espionner (mais n’empêche cependant personne d’installer des espions comme Alexa ou Google Home dans sa propre maison).

Le sentiment profond d’une inégalité croissante, d’une financiarisation nocive, d’une exploitation sans vergogne de la planète et des humains qui s’y trouvent, tout cela est créé ou exacerbé par la prise de pouvoir des monopoles qui n’hésitent pas à racheter des entreprises florissantes avant de les pousser à la faillite afin de liquider tous les avoirs (bâtiments, machines, stocks). Une technique qui permet de supprimer la concurrence tout en faisant du profit au prix de la disparition de certaines enseignes de proximité dans les régions les plus rurales (sans parler du désastre économique des pertes d’emploi massives brutales dans ces mêmes régions).

Heureusement, la prise de conscience est en train de se faire. De plus en plus de scientifiques se penchent sur le sujet. Un consensus semble se développer : il faut une réelle volonté politique de démanteler les monopoles. Volonté difficile à l’heure où les politiciens ont plutôt tendance à se prosterner devant les grands patrons en échange de la promesse de créer quelques emplois et, dans certains cas, la promesse d’un poste dans un conseil d’administration une fois l’heure de la retraite politique sonnée. S’il y a quelques années, un chef d’entreprise était tout fier de poser pour une photo serrant la main à un chef d’État, aujourd’hui, c’est bel et bien le contraire. La fierté brille dans les yeux des chefs d’État et des ministres.

Si l’Europe cherche à imiter à tout prix son grand frère américain, les Chinois semblent avoir bien compris la problématique. Un géant comme Alibaba reste sous le contrôle intimidant de l’état qui l’empêche, lorsque c’est nécessaire, de prendre trop d’ampleur. La disparition, pendant plusieurs mois, de Jack Ma a bien fait comprendre qu’en Chine, être milliardaire ne suffit pas pour être intouchable. Ce qui ne rend pas le modèle chinois désirable pour autant…

Un autre consensus se dessine également : l’idéologie promue par Robert Bork sous Reagan est d’une nocivité extrême pour la planète, pour l’économie et pour les humains. Même pour les plus riches qui sont pris dans une course frénétique à la croissance de peur d’être un peu moins riches demain et qui savent bien, au fond d’eux-mêmes, que cela ne durera pas éternellement. Cette idéologie est également nocive pour tous les tenants d’une économie de marché libérale : les monopoles détruisent littéralement l’économie de marché ! Le capitalisme reaganien a apporté aux Américains ce qu’ils craignaient du communisme : de la pénurie et de la piètre qualité fournie par des monopoles qui exploitent une main-d’œuvre qui tente de survivre.

Avant de lutter, avant même d’avoir des opinions sur des sujets aussi variés que la vie privée sur le web, la finance, la politique ou la malbouffe, il est important de comprendre de quoi on parle. À  ce titre, Monopolized de David Dayen est une lecture édifiante. Certainement trop centré sur les États-Unis d’Amérique (mais qui déteignent sur l’Europe), écrit « à l’américaine » avec force anecdotes et certaines généralités questionnables (par exemple le chapitre sur les Private Equity), le livre n’en reste pas moins une somme parfaitement documentée et argumentée, bourrée de références et de repères bibliographiques.

Ce qui est intéressant également, c’est de constater que notre vision de la politique a été transformée avec, à droite, les tenants de monopoles privés et, à gauche, les tenants de monopoles appartenant à l’état. Une ambiguïté sur laquelle Macron, fort de son expérience, a parfaitement su jouer en proposant un seul et unique parti monopolistique n’ayant que pour seul adversaire le populisme absurde.

Lorsque vous êtes témoin d’une injustice, posez-vous la question : ne s’agit-il pas d’un monopole à l’œuvre ? Et si le futur passait par la désintégration pure et simple des monopoles ? Depuis les plus petits et les plus éphémères comme les brevets et le copyright, transformé en arme de censure massive, jusqu’aux géants bien connus.

Photo by Joshua Hoehne on Unsplash

Oubliez un instant les réseaux sociaux et abonnez-vous par mail ou par RSS (max 2 billets par semaine et rien d’autre). Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, offrez et partagez ses livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Il est assez rare qu’un livre bouleverse votre représentation du monde. Ou mieux, qu’il éclaire votre compréhension dudit monde en reliant sous un modèle unique parfaitement théorisé toute une série d’intuitions que vous aviez dans des domaines forts différents.

C’est exactement l’effet qu’a eu sur moi le livre Monopolized, de David Dayen, malheureusement pas encore traduit en français et que je n’ai pas réussi à obtenir à un prix décent en Europe (je me suis rabattu sur la version électronique pirate, la faute aux monopoles du livre).

https://thenewpress.com/books/monopolized

L’idée de David Dayen est de nous démontrer que la puissance économique (et donc politique) est de plus en plus concentrée dans un nombre de plus en plus restreint de mains au travers des monopoles et autres oligopoles, de nous expliquer pourquoi, historiquement et économiquement il en est ainsi, pourquoi c’est une mauvaise chose pour tous ceux qui ne sont pas à la tête d’un monopole et en quoi c’est une tendance « mécanique » : la monopolisation dans un domaine entraine l’apparition de monopoles dans les domaines connexes, ce qui fait boule de neige. Pour finir, David Dayen émet la thèse que seule la régulation politique peut enrayer les abus des monopoles (ce qu’elle faisait d’ailleurs à peu près bien jusque dans les années huitante).

Ceux d’entre vous qui suivent ce blog connaissent mon intérêt pour les problématiques liées aux monopoles de haute technologie (Google, Facebook, Microsoft, etc.). Ma fascination pour Monopolized vient du fait que j’ai compris que mon combat se dirigeait contre une simple conséquence anecdotique d’un paradigme beaucoup plus large : la monopolisation.

D’ailleurs, entre nous, pourquoi êtes-vous si nombreux à avoir l’intuition que « la financiarisation » de l’économie est une mauvaise chose alors qu’en soit, la finance voire même le trading ne sont que des échanges économiques entre adultes consentants ? À cause de la monopolisation de cette finance.

Pourquoi y’a-t-il une telle défiance envers l’industrie pharmaceutique entrainant des comportements absurdes comme le refus de la vaccination ? À cause de la monopolisation.

Pourquoi, quand je m’arrête dans une supérette ou une pompe à essence pour acheter un en-cas n’ai-je le choix qu’entre des dizaines de variations du même mauvais chocolat enrobé de mauvais sucre ? La monopolisation.

La monopolisation jusque dans l’art. La planète écoute désormais une vingtaine de musiciens surpayés alors que des millions d’autres tout aussi talentueux ne gagnent pas un sous, tout bénéfice pour les producteurs.

La tentation du monopole

De tout temps, le monopole s’est imposé comme le meilleur moyen de générer des fortunes pharaoniques. Lorsque vous disposez d’un monopole pour un produit quelconque, vous bénéficiez d’une rente immuable tant que ce produit sera consommé. Et comment s’assurer que le produit restera consommé ? Tout simplement en rachetant les jeunes entreprises qui développent des alternatives ou, mieux, qui pourraient être en mesure de le faire.

Un monopole peut augmenter les prix d’un produit à volonté pour maximiser ses rentes. Mais ce serait maladroit, car cela augmenterait d’autant les incitants économiques pour créer de la compétition. Il est donc préférable pour un monopole de garder le prix le plus bas possible pour empêcher toute compétition. Comment faire de la concurrence à Google ou Facebook alors que, pour l’utilisateur final, le produit semble gratuit ?

Au lieu d’augmenter ses tarifs, un monopole va chercher à diminuer ses coûts. Premièrement en exploitant ses fournisseurs qui, généralement, n’ont pas le choix, car pas d’autres clients potentiels. C’est le monopsone, l’inverse du monopole : un marché avec un seul acheteur et beaucoup de vendeurs. Grâce à cet état de fait, le monopole peut augmenter ses marges tout en gardant les mains propres. Le sale travail d’exploitation des travailleurs est transféré à des fournisseurs voire aux travailleurs eux-mêmes, considérés comme indépendants. C’est le phénomène de « chickenization » bien connu aux États-Unis où les éleveurs de poulets sont obligés de suivre des règles très strictes d’élevage, d’acheter leurs graines et d’utiliser le matériel fourni par… leur seul et unique acheteur qui peut fixer le prix d’achat du poulet. Les éleveurs de poulets sont, pour la plupart, endettés auprès de leur propre client qui peut refuser d’acheter les poulets et les ruiner complètement, mais qui se garde bien de le faire, leur laissant juste de quoi avoir l’espoir d’un jour en sortir. Dans « Planètes à gogos » et sa suite, Frederik Pohl et Cyril Kornbluth nous mettaient en garde contre ce genre d’abus à travers une superbe scène où le personnage principal, ex-publicitaire à succès, se retrouve à travailler sur Vénus pour un salaire qui ne lui permet juste pas de payer son logement et sa nourriture fournie par son employeur monopolistique.

Enfin, le dernier facteur permettant à un monopole de faire du profit, c’est de réduire toute innovation voire même d’activement dégrader la qualité de ses produits. Un phénomène particulièrement bien connu des habitants des zones rurales aux États-Unis où la connexion Internet est de très mauvaise qualité et très chère. Preuve s’il en est qu’il s’agit d’une réelle volonté, des villes ont décidé de mettre en place des programmes municipaux d’installation de fibre optique. Il en résulte… des attaques en justice de la part des fournisseurs d’accès Internet traditionnel pour « concurrence déloyale ».

La morbidité des monopoles

Depuis des siècles, la nocivité des monopoles est bien connue et c’est même l’un des rôles premiers des états, quels que soient la tendance politique : casser les monopoles (les fameuses lois antitrust), mettre hors-la-loi les accords entre entreprises pour perturber un marché ou, si nécessaire, mettre le monopole sous la coupe de l’état, le rendre public. Parfois, l’état peut accorder un monopole temporaire et pour un domaine très restreint à un acteur particulier. Cela pouvait être une forme de récompense, une manière de donner du pouvoir à un vassal ou à l’encourager. Les brevets et le copyright sont des monopoles temporaires de ce type.

Mais, en 1980, Robert Bork, conseiller du président Reagan, va émettre l’idée que les monopoles sont, tout compte fait, une bonne chose sauf s’ils font monter les prix. À partir de cet instant, l’idée va faire son chemin parmi les gens de pouvoir qui réalisent qu’ils sont des bénéficiaires des fameux monopoles. Mais comme je l’ai expliqué ci-dessus, un monopole résulte rarement en une augmentation franche et directe du prix. Pire, il est impossible de prévoir. En conséquence de quoi, les administrations américaines vont devenir de plus en plus souples avec les fusions et les acquisitions.

Si IBM et AT&T sont cassés en plein élan dans les années 80, si Microsoft doit mollement se défendre dans les années 90, Google et Facebook auront un boulevard à partir des années 2000, boulevard ouvert par le fait que les acteurs du passé ont encore peur des lois antitrust et que les acteurs du futur ne peuvent plus émerger face à la toute-puissance de ce qu’on appelle désormais les GAFAM, ces entreprises qui ont saisi la fenêtre d’opportunité parfaite. Une dominance entérinée de manière officielle quand, après les attentats du 11 septembre 2001, l’administration américaine stoppe toute procédure visant à interdire à Google d’exploiter les données de ses utilisateurs, procédure annulée en échange d’une promesse, tenue, que Google aidera désormais la défense à détecter les terroristes grâce aux données susnommées (anecdote racontée dans The Age of Surveillance Capitalism, de Shoshana Zuboff).

Fusion, acquisition

Le laxisme face aux monopoles donne le signal d’une course à l’ultra-monopolisation. Pour survivre dans une économie de mastodontes, il n’est d’autre choix que de devenir un mastodonte soi-même. En fusionnant ou en rachetant de plus petits concurrents, on détruit la compétition et on diminue les coûts de production, augmentant de ce fait les bénéfices et construisant autour de son business ce que Warren Buffet appelle une « douve protectrice » qui empêche toute concurrence. Warren Buffet n’a jamais fait un mystère que sa stratégie d’investissement est justement de favoriser les monopoles. Mieux : il en a fait une idéologie positive. Pour devenir riche, à défaut de construire un monopole à partir de rien (ce que bien peu pourront faire après Mark Zuckerberg et Jeff Bezos), investissez dans ce qui pourrait devenir un monopole !

Il faut dire que le business des fusions/acquisitions est particulièrement juteux. Les transactions se chiffrent rapidement en milliards et les cabinets de consultance qui préparent ces fusions sont payés au prorata, en sus des frais administratifs.

Alors jeune ingénieur en passe d’être diplômé, j’ai participé à une soirée de recrutement d’un de ces prestigieux cabinets (un des « Big Three »). Sur la scène, une ingénieure de quelques années mon aînée, décrivait le cas sur lequel elle avait travaillé, sans donner les noms. Les chiffres s’alignaient explicitement avec, dans la colonne « bénéfices », le nombre d’employés que la fusion permettrait de licencier avec peu ou prou d’indemnités, le nombre de sites à fermer, les opportunités de délocalisation pour échapper à certaines régulations financières ou écologiques.

J’ai levé la main et j’ai demandé, naïvement, ce qu’il en était des aspects éthiques. L’oratrice m’a répondu avec assurance que l’éthique était très importante, qu’il y avait une charte. J’ai demandé un exemple concret de la manière dont la charte éthique était appliquée au projet décrit. Elle me répondit que, par exemple, la charte impliquait que l’intérêt du client passait avant toute chose, ce qui impliquait le respect de la confidentialité et l’interdiction pour un employé du cabinet d’être en contact avec les employés du cabinet qui représentaient l’autre côté du deal.

J’ai été surpris d’une telle naïveté et, surtout, de la non-réponse à ma question. Après la conférence, je suis allé la trouver durant le cocktail dinatoire traditionnel. Un verre à la main, j’ai insisté. Elle ne comprenait pas de quoi je voulais parler. J’ai explicité ce que j’entendais par éthique : l’impact de cette fusion sur les travailleurs, sur les conditions économiques, sur l’aspect écologique global. L’éthique quoi !

La brave ingénieure, qui nous avait été présentée comme ayant obtenu le grade le plus élevé à la fin de ses études (le cabinet ne recrutant que parmi les meilleures notes et les doctorats, je n’avais d’ailleurs aucune chance), est devenue blanche. Elle m’a regardé la bouche ouverte et a fini par balbutier qu’elle n’avait jamais pensé à cela.

Il faut bien avouer que, face à un tel pactole, il est tentant de ne voir que des colonnes de chiffres. En théorie, les cabinets spécialistes des fusions/acquisitions sont censés déconseiller les fusions qui ne seraient pas vraiment intéressantes. Mais, sans fusion, pas de pourcentage. Aucun cabinet ne va donc déconseiller ce type d’opération. C’est également particulièrement intéressant pour les individus hautement impliqués. Wikipedia raconte que, entre 2009 et 2013, un jeune banquier d’affaire de la banque Rothschild va gagner plus de deux millions d’euros en travaillant sur des fusions et des rachats controversés. Il faut avouer que, selon ses supérieurs, il est extrêmement doué pour ce métier et pourrait devenir l’un des meilleurs de France. Il va cependant choisir une autre voie, profitant des appuis importants de ce milieu. Son nom ? Emmanuel Macron.

La quête de rendement et la métamorphose du métier d’entrepreneur.

Historiquement, un entrepreneur est une personne qui cherche à créer un business. Plutôt que de travailler pour un patron, l’entrepreneur va travailleur pour des clients. Les entrepreneurs à succès pouvaient espérer gagner très bien leur vie, une société florissante pouvant se permettre de payer un très haut salaire à son patron fondateur. Il n’en reste pas moins qu’il s’agissait d’un salaire lié à un travail. Pour les investisseurs, une entreprise pouvait également verser des dividendes.

Cependant, la quête de rendement élevé a, ironiquement, entrainé la chute des dividendes. À quoi bon gagner quelques pour cent par an sur une somme immobilisée et donc totalement illiquide, ne permettant pas de bénéficier d’autres opportunités ? La plupart des entreprises actuelles ne versent d’ailleurs que peu ou prou de dividendes. Achetez pour 1000€ d’actions et, à la fin de l’année, vous seriez chanceux d’avoir plus de 10€ de dividendes.

Pour un investisseur qui parie sur une jeune entreprise, il n’existe que deux façons de faire du profit et récupérer sa mise (ce qu’on appelle un « exit »). Premièrement si cette entreprise est cotée en bourse, ce qui est extrêmement rare et prend beaucoup de temps ou, et c’est la voie préférée, en voyant cette entreprise rachetée.

C’est également tout bénéfice pour les fondateurs qui au lieu de travailler toute leur vie sur un projet espèrent désormais gagner un pactole après quelques années seulement (et beaucoup de chance). J’ai vu et encadré suffisamment de startups et de levées de fonds dans ma vie professionnelle pour comprendre que le but d’une startup, désormais, n’est plus de faire un produit, mais d’être rachetée. Pas de vendre mais d’être vendu. Les modalités potentielles d’exit sont discutées avant même les premières lignes de code ou le premier client. De cette manière, toute l’énergie entrepreneuriale est dirigée vers un seul et unique objectif : faire croître les géants.

Ces échanges sont facilités par le fait que les investisseurs, les fameux Venture Capitalists, ont généralement des liens étroits avec les actionnaires de ces fameux géants qui rachètent. Dans certains cas, ce sont tout simplement les mêmes personnes. Pour faire simple, si je fais partie du board de Facebook, je vais donner un million à de jeunes entrepreneurs en les conseillant sur la meilleure manière de développer un produit que Facebook voudra racheter puis je m’arrange pour que le-dit Facebook rachète la boîte à un tarif qui valorise mes parts à 10 millions. Un simple trafic d’influence qui me rapporte 9 millions. Si la startup n’a pas développé de produit, ce n’est pas grave, on parlera alors d’acqui-hire (on rachète une équipe, une expertise et on tue le produit).

C’est également tout bénéfice pour Facebook qui tue de cette manière toute concurrence dans l’œuf et qui augmente ses effectifs pour une bouchée de pain. Voire même qui optimise fiscalement certains bénéfices de cette manière.

Ce procédé est tellement efficace qu’il s’est industrialisé sous forme de fonds. Les investisseurs, au lieu de mettre 1 million dans une jeune startup, créent un fonds de manière à mettre 100 millions dans 100 startups. Les 100 millions sont fournis par les riches qui sont en dehors de toutes ces histoires et qui sont du coup taxés avec des frais de gestion et un pourcentage sur les bénéfices (typiquement, 2 ou 3% du capital par an plus entre 20 et 30% des bénéfices reviennent au gestionnaire du fonds. Ce qui reste intéressant : si un gestionnaire transforme votre million en 10  millions, vous pouvez lui donner 3 millions, vous n’en aurez pas moins gagné 6 millions. Une fameuse somme !).

Les fonds de type Private Equity fonctionnent sur le même principe. Les gestionnaires investissent dans diverses entreprises durant 2 ou 3 ans puis se donnent 6 ou 7 ans pour réaliser des exits. L’argent est bloqué pour 10 ans, mais avec la promesse d’avoir été multiplié par 5 au bout de cette période (ce qui fait du 20% par an !).

Comment garantir les exits ? Premièrement grâce à des lobbies auprès des géants du secteur susceptibles d’acheter les petites boîtes. En dernier recours, il restera au gestionnaire du fonds la possibilité de créer un nouveau fonds pour racheter les invendus du premier. Cette opération fera du premier fond un réel succès, asseyant la réputation du gestionnaire et lui permettant de lever encore plus d’argent dans son nouveau fonds.

Le paradoxe du choix

Cette concentration est pourtant rarement perceptible lorsque nous allons faire nos courses. Et pour cause ? Les monopoles ne sont pas bêtes et proposent « de la diversité pour satisfaire tous les consommateurs ». Que vous achetiez des M&Ms, des Maltesers, un Mars, un Milky Way, un Snickers, un Twix, un Bounty, un Balisto ou bien d’autres, seul l’emballage change. Il s’agit des mêmes produits fabriqués dans les mêmes usines.

Du riz Uncle Ben’s, de l’Ebly, des pâtes Miracoli ou Suzi Wan ? Pareil.

Et pour les animaux ? Pedigree, Cesar, Whiskas, Royal Canin, Sheba, Kitekat, Canigou, Frolic ? Pareil.

Passez dans le rayon chewing-gum, toutes les marques sont par le même fournisseur.

D’ailleurs, je n’ai pas choisi ces exemples au hasard. Le fournisseur en question est identique pour toutes les marques que je viens de citer : Mars.

Rendez-vous dans votre supermarché et supprimez les produits Mars, Nestlé et Unilever. Il ne restera plus grand-chose à part quelques produits Kraft, Danone ou Pepsico. Vos magasins bio ne sont pas en reste. Certaines marques bio appartiennent aux même grands groupes, d’autres sont en pleine consolidation, car le marché est encore jeune.

L’exemple de la nourriture est frappant, mais il en est de même dans tous les secteurs lorsqu’on gratte un peu : automobile, hôtellerie, vêtements, voyages, compléments alimentaires naturels et bio… Grâce aux « alliances », il n’existe en réalité plus qu’une poignée de compagnie aérienne en Europe.

Lutter contre les monopoles.

Les monopoles, par leur essence même, sont difficilement évitables. Nous consommons monopoles, nous travaillons pour un monopole ou ses sous-traitants, renforçant chaque jour leur pouvoir.

Intuitivement, nous percevons le danger. Dans un billet précédent, je vous parlais de l’intuition à l’origine des théories du complot. Si l’on applique le filtre « monopole » à ces théories du complot, la révélation est saisissante.

https://ploum.net/et-si-les-conspirationnistes-avaient-raison/

Le monopole de l’industrie pharmaceutique conduit à des problématiques importantes (lobby pour la non-mise en open source du vaccin contre le Covid, fourniture des vaccins mélangés dans des ampoules pour diminuer les coûts même au prix d’une baisse d’efficacité et d’une augmentation des effets secondaires, augmentation des tarifs et lobby pour des brevets absurdes) qui entrainent une méfiance envers le principe même d’un vaccin, surtout développé en un an alors que les entreprises ont toujours dit qu’il fallait des années (afin d’allonger la durée de vie des brevets et créer des pénuries sur le marché).

Le contrôle total des monopoles du web sur nos données entraine une méfiance envers les ondes qui transmettent lesdites données voire même, dans une succulente fusion avec le monopole précédent, la crainte que les vaccins contiennent des puces 5G pour nous espionner (mais n’empêche cependant personne d’installer des espions comme Alexa ou Google Home dans sa propre maison).

Le sentiment profond d’une inégalité croissante, d’une financiarisation nocive, d’une exploitation sans vergogne de la planète et des humains qui s’y trouvent, tout cela est créé ou exacerbé par la prise de pouvoir des monopoles qui n’hésitent pas à racheter des entreprises florissantes avant de les pousser à la faillite afin de liquider tous les avoirs (bâtiments, machines, stocks). Une technique qui permet de supprimer la concurrence tout en faisant du profit au prix de la disparition de certaines enseignes de proximité dans les régions les plus rurales (sans parler du désastre économique des pertes d’emploi massives brutales dans ces mêmes régions).

Heureusement, la prise de conscience est en train de se faire. De plus en plus de scientifiques se penchent sur le sujet. Un consensus semble se développer : il faut une réelle volonté politique de démanteler les monopoles. Volonté difficile à l’heure où les politiciens ont plutôt tendance à se prosterner devant les grands patrons en échange de la promesse de créer quelques emplois et, dans certains cas, la promesse d’un poste dans un conseil d’administration une fois l’heure de la retraite politique sonnée. S’il y a quelques années, un chef d’entreprise était tout fier de poser pour une photo serrant la main à un chef d’État, aujourd’hui, c’est bel et bien le contraire. La fierté brille dans les yeux des chefs d’État et des ministres.

Si l’Europe cherche à imiter à tout prix son grand frère américain, les Chinois semblent avoir bien compris la problématique. Un géant comme Alibaba reste sous le contrôle intimidant de l’état qui l’empêche, lorsque c’est nécessaire, de prendre trop d’ampleur. La disparition, pendant plusieurs mois, de Jack Ma a bien fait comprendre qu’en Chine, être milliardaire ne suffit pas pour être intouchable. Ce qui ne rend pas le modèle chinois désirable pour autant…

Un autre consensus se dessine également : l’idéologie promue par Robert Bork sous Reagan est d’une nocivité extrême pour la planète, pour l’économie et pour les humains. Même pour les plus riches qui sont pris dans une course frénétique à la croissance de peur d’être un peu moins riches demain et qui savent bien, au fond d’eux-mêmes, que cela ne durera pas éternellement. Cette idéologie est également nocive pour tous les tenants d’une économie de marché libérale : les monopoles détruisent littéralement l’économie de marché ! Le capitalisme reaganien a apporté aux Américains ce qu’ils craignaient du communisme : de la pénurie et de la piètre qualité fournie par des monopoles qui exploitent une main-d’œuvre qui tente de survivre.

Avant de lutter, avant même d’avoir des opinions sur des sujets aussi variés que la vie privée sur le web, la finance, la politique ou la malbouffe, il est important de comprendre de quoi on parle. À  ce titre, Monopolized de David Dayen est une lecture édifiante. Certainement trop centré sur les États-Unis d’Amérique (mais qui déteignent sur l’Europe), écrit « à l’américaine » avec force anecdotes et certaines généralités questionnables (par exemple le chapitre sur les Private Equity), le livre n’en reste pas moins une somme parfaitement documentée et argumentée, bourrée de références et de repères bibliographiques.

Ce qui est intéressant également, c’est de constater que notre vision de la politique a été transformée avec, à droite, les tenants de monopoles privés et, à gauche, les tenants de monopoles appartenant à l’état. Une ambiguïté sur laquelle Macron, fort de son expérience, a parfaitement su jouer en proposant un seul et unique parti monopolistique n’ayant que pour seul adversaire le populisme absurde.

Lorsque vous êtes témoin d’une injustice, posez-vous la question : ne s’agit-il pas d’un monopole à l’œuvre ? Et si le futur passait par la désintégration pure et simple des monopoles ? Depuis les plus petits et les plus éphémères comme les brevets et le copyright, transformé en arme de censure massive, jusqu’aux géants bien connus.

Photo by Joshua Hoehne on Unsplash

Oubliez un instant les réseaux sociaux et abonnez-vous par mail ou par RSS (max 2 billets par semaine et rien d’autre). Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, offrez et partagez ses livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Je ne suis plus à vendre sur Linkedin https://ploum.net/?p=6802 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Je-ne-suis-plus-à-vendre-sur-Linkedin Tue, 13 Apr 2021 15:01:11 +0200 Hier, j’ai enfin supprimé mon compte Linkedin. Ce compte me narguait depuis 2006 par son inutilité et son impact sur ma boîte mail. Ce compte que je voulais supprimer depuis des années, mais que je gardais, acceptant son coût de maintenance, dans la crainte qu’il me soit un jour utile.

La goutte d’eau a été de découvrir que j’avais été abonné à des newsletters par des gens que j’avais acceptés dans mon réseau (j’accepte tout le monde, comme ça je ne me pose pas de questions) et qui avait utilisé des services externes permettant d’exporter les adresses email de ses contacts Linkedin.

Mais le vase était déjà plein depuis bien longtemps. En presque 15 années d’utilisation et des milliers de mails dans ma boîte, je n’ai pas trace d’un seul contact utile, d’une seule opportunité qui m’a été permise par Linkedin. Ah si ! Un lecteur de mon roman Printeurs m’a dit, connaissant mon amour pour ce réseau, que c’est par Linkedin qu’il a appris la parution du livre. Que Linkedin m’a donc apporté un lecteur.

Pourtant, j’y ai mis du mien. Jeune et naïf, j’avais tenté de n’accepter dans mon réseau que des personnes que je connaissais suffisamment pour les recommander. Aux requêtes inconnues, j’opposais un refus poli. Je me suis pris plusieurs bordées de bois vert raillant ma jeunesse et mon incompréhension de l’open-networking. Je me suis alors adapté en acceptant toutes les requêtes, sans exception.

Durant quelques mois, j’ai poussé l’expérience (ou le vice, c’est selon) jusqu’à accepter toutes les propositions qui m’arrivaient par message, disant oui que j’étais intéressé. Du moins à celles qui ne me demandaient pas de payer pour un service, mais qui proposaient de m’employer ou de me faire rejoindre des projets.

Dans l’immense majorité des cas, je n’ai eu aucune nouvelle suite à mon acceptation. Dans certains cas, la conversation s’est poursuivie jusqu’à ce qu’on oublie de me répondre. J’étais d’accord sur tout, j’affirmais mon désir d’aller plus loin. Rien n’y a fait. J’ai même accepté d’aller donner une formation informatique en Éthiopie, je me suis retrouvé dans une discussion à 3 avec le responsable. J’ai dit oui, j’ai relancé plusieurs fois et mes derniers mails sont restés lettre morte.

J’ai ensuite décidé d’appliquer ma stratégie « email only ». Elle consiste à répondre un message standard lorsqu’on me contacte par une messagerie quelconque : « Hello, je ne consulte pas cette messagerie. Merci de me contacter par mail pour ce sujet. Voici mon adresse ». Ma page Facebook dispose d’ailleurs d’un répondeur qui le fait automatiquement et se fait régulièrement insulter.

L’idée étant que si la personne ne prend pas le temps de m’envoyer un véritable mail, c’est que ce n’est pas vraiment important, qu’elle n’attend pas vraiment une réponse.

Et bien le constat est sans attente. Je peux compter sur les doigts d’une main ceux qui m’ont effectivement envoyé un mail. Dans tous les cas, c’étaient des gens que je connaissais hors Linkedin et qui disposaient probablement de mes coordonnées.

J’ai découvert que, parfois, des connaissances me contactaient par Linkedin et que je ne voyais le message que bien plus tard. Paradoxalement, les réseaux me rendent moins facilement joignable.

https://ploum.net/facebook-ma-rendu-injoignable/

Du coup, j’ai pris le réflexe d’aller vérifier Linkedin quelques fois par mois. Et donc de subir les notifications, les demandes de connexions. Bref, de me faire aspirer par la machine à attention que les fabricants de réseaux sociaux construisent désormais si efficacement.

J’ai parfois l’impression d’être désorganisé, de lancer des tas de projets avant de les abandonner. Je crois que, sur Linkedin, les gens sont pires que moi. La quantité des relations a remplacé la qualité. Les recruteurs, les marketeux, les aspirants entrepreneurs sont comme des enfants dans un magasin de jouets. Ils veulent tout, ils remplissent leur caddie avec gourmandise avant de passer à autre chose sans rien déballer.

Linkedin a toujours été pour moi un réseau de mendiants. Mendiants pour un job (pardon « Looking for new opportunities » ou « Ready for the next challenge »), mendiants pour des clients sous toutes les formes, mendiants pour de la visibilité « professionnelle ». Les marketeux trouvent leur compte, car ils peuvent envoyer des messages à X contacts, récolter des adresses email et dire que leur journée est faite. Les recruteurs se contentent de faire des recherches par mot clé et d’utiliser des moulinettes automatisées. Le fait que j’aie fait 6 mois de J2EE en 2006 semble toujours faire de moi « le profil idéal pour un client important ». Pour le reste, tout le monde espère que passer sa journée sur Linkedin va miraculeusement se transformer en espèce sonnante et trébuchante.

Malgré tout cela, je suis resté toutes ces années. Parce que j’avais l’impression que « ça pourrait ptêtre servir un jour ». Parce que c’est dur d’accepter que le bilan soit tellement nul après autant d’années. Parce que je pensais que « c’est dommage d’abandonner un réseau patiemment constitué » (tu parles, quelques milliers de clics pour accepter des demandes souvent aléatoires).

Mais je ne pouvais plus supporter cet enjouement corporate forcé, ces messages de félicitations semi-automatiques pour fêter mes trois ans dans un job que j’ai quitté il y a 2 ans et demi en oubliant de mettre mon profil à jour (envoyés par d’illustres inconnus ou des gens avec qui j’ai partagé un bureau pendant 3 semaines il y a 10 ans), cette timeline remplie d’adjectifs dithyrambiques pour se congratuler l’un l’autre de ce qui n’est qu’une énième tentative de transformer un spreasheet d’emails en clients débités tous les mois ou de vendre un concept intellectuellement rachitique en journée de formation pour booster la performance de votre équipe.

Linkedin étant pour moi un réseau de mendiants, tout ce que j’y voyais était à vendre. Y compris mes données, mon adresse email, mon temps. J’ai décidé de me retirer, avec mes données, du marché. Je ne suis plus sur Linkedin.

Si vous me suiviez là-bas, il suffit de vous abonner à ce blog. Votre adresse mail ne sera visible que par moi, ne sera pas utilisée pour autre chose qu’envoyer mes billets et ne sera jamais partagée. Le tout, sans passer par l’intermédiaire de Microsoft (propriétaire de Linkedin). Je pense que le ratio qualité de l’information par rapport au temps passé et nombre de mails reçus est bien plus avantageux en vous abonnant à ce blog qu’en allant sur Linkedin. Si nous perdons contact suite à mon départ de Linkedin, c’est peut-être que nous n’étions tout simplement pas en contacts en premier lieu. Nous en avions seulement l’illusion, comme souvent dans l’univers des réseaux sociaux. L’illusion d’être aimé (Facebook), l’illusion d’avoir des amis (Facebook), l’illusion d’être écouté (Twitter), l’illusion d’avoir une vie cool (Instagram), l’illusion d’être professionnellement important et bien connecté (Linkedin). D’ailleurs, sans ce billet, il est probable que personne n’aurait remarqué mon absence. Sur les réseaux sociaux, les absents sont rapidement emporté par le flux, la brêve et illusoire gloriole qu’ils avaient construite se diluant instantanément dans l’immédiateté de l’oubli. Le lit de la rivière ne conserve pas la trace du caillou que vous venez de retirer.

Une situation n’est pas l’autre. Linkedin est peut-être utile, voire indispensable pour votre activité. L’important étant, comme le souligne Cal Newport dans son excellent Digital Minimalism, de bien peser le coût réel par rapport aux bénéfices réels (et non pas ceux supposés) et de faire ses propres choix en conscience.

Dans ma situation, chaque source de distraction supprimée est un livre de plus lu à la fin de l’année. Donc acte. Je quitte le grand réseau bleu, je retire ma cravate, mes chaussures corporate et me replonge dans mes lectures.

Photo by Jonathan Kho on Unsplash

Oubliez un instant les réseaux sociaux et abonnez-vous par mail ou par RSS (max 2 billets par semaine et rien d’autre). Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, offrez et partagez ses livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Hier, j’ai enfin supprimé mon compte Linkedin. Ce compte me narguait depuis 2006 par son inutilité et son impact sur ma boîte mail. Ce compte que je voulais supprimer depuis des années, mais que je gardais, acceptant son coût de maintenance, dans la crainte qu’il me soit un jour utile.

La goutte d’eau a été de découvrir que j’avais été abonné à des newsletters par des gens que j’avais acceptés dans mon réseau (j’accepte tout le monde, comme ça je ne me pose pas de questions) et qui avait utilisé des services externes permettant d’exporter les adresses email de ses contacts Linkedin.

Mais le vase était déjà plein depuis bien longtemps. En presque 15 années d’utilisation et des milliers de mails dans ma boîte, je n’ai pas trace d’un seul contact utile, d’une seule opportunité qui m’a été permise par Linkedin. Ah si ! Un lecteur de mon roman Printeurs m’a dit, connaissant mon amour pour ce réseau, que c’est par Linkedin qu’il a appris la parution du livre. Que Linkedin m’a donc apporté un lecteur.

Pourtant, j’y ai mis du mien. Jeune et naïf, j’avais tenté de n’accepter dans mon réseau que des personnes que je connaissais suffisamment pour les recommander. Aux requêtes inconnues, j’opposais un refus poli. Je me suis pris plusieurs bordées de bois vert raillant ma jeunesse et mon incompréhension de l’open-networking. Je me suis alors adapté en acceptant toutes les requêtes, sans exception.

Durant quelques mois, j’ai poussé l’expérience (ou le vice, c’est selon) jusqu’à accepter toutes les propositions qui m’arrivaient par message, disant oui que j’étais intéressé. Du moins à celles qui ne me demandaient pas de payer pour un service, mais qui proposaient de m’employer ou de me faire rejoindre des projets.

Dans l’immense majorité des cas, je n’ai eu aucune nouvelle suite à mon acceptation. Dans certains cas, la conversation s’est poursuivie jusqu’à ce qu’on oublie de me répondre. J’étais d’accord sur tout, j’affirmais mon désir d’aller plus loin. Rien n’y a fait. J’ai même accepté d’aller donner une formation informatique en Éthiopie, je me suis retrouvé dans une discussion à 3 avec le responsable. J’ai dit oui, j’ai relancé plusieurs fois et mes derniers mails sont restés lettre morte.

J’ai ensuite décidé d’appliquer ma stratégie « email only ». Elle consiste à répondre un message standard lorsqu’on me contacte par une messagerie quelconque : « Hello, je ne consulte pas cette messagerie. Merci de me contacter par mail pour ce sujet. Voici mon adresse ». Ma page Facebook dispose d’ailleurs d’un répondeur qui le fait automatiquement et se fait régulièrement insulter.

L’idée étant que si la personne ne prend pas le temps de m’envoyer un véritable mail, c’est que ce n’est pas vraiment important, qu’elle n’attend pas vraiment une réponse.

Et bien le constat est sans attente. Je peux compter sur les doigts d’une main ceux qui m’ont effectivement envoyé un mail. Dans tous les cas, c’étaient des gens que je connaissais hors Linkedin et qui disposaient probablement de mes coordonnées.

J’ai découvert que, parfois, des connaissances me contactaient par Linkedin et que je ne voyais le message que bien plus tard. Paradoxalement, les réseaux me rendent moins facilement joignable.

https://ploum.net/facebook-ma-rendu-injoignable/

Du coup, j’ai pris le réflexe d’aller vérifier Linkedin quelques fois par mois. Et donc de subir les notifications, les demandes de connexions. Bref, de me faire aspirer par la machine à attention que les fabricants de réseaux sociaux construisent désormais si efficacement.

J’ai parfois l’impression d’être désorganisé, de lancer des tas de projets avant de les abandonner. Je crois que, sur Linkedin, les gens sont pires que moi. La quantité des relations a remplacé la qualité. Les recruteurs, les marketeux, les aspirants entrepreneurs sont comme des enfants dans un magasin de jouets. Ils veulent tout, ils remplissent leur caddie avec gourmandise avant de passer à autre chose sans rien déballer.

Linkedin a toujours été pour moi un réseau de mendiants. Mendiants pour un job (pardon « Looking for new opportunities » ou « Ready for the next challenge »), mendiants pour des clients sous toutes les formes, mendiants pour de la visibilité « professionnelle ». Les marketeux trouvent leur compte, car ils peuvent envoyer des messages à X contacts, récolter des adresses email et dire que leur journée est faite. Les recruteurs se contentent de faire des recherches par mot clé et d’utiliser des moulinettes automatisées. Le fait que j’aie fait 6 mois de J2EE en 2006 semble toujours faire de moi « le profil idéal pour un client important ». Pour le reste, tout le monde espère que passer sa journée sur Linkedin va miraculeusement se transformer en espèce sonnante et trébuchante.

Malgré tout cela, je suis resté toutes ces années. Parce que j’avais l’impression que « ça pourrait ptêtre servir un jour ». Parce que c’est dur d’accepter que le bilan soit tellement nul après autant d’années. Parce que je pensais que « c’est dommage d’abandonner un réseau patiemment constitué » (tu parles, quelques milliers de clics pour accepter des demandes souvent aléatoires).

Mais je ne pouvais plus supporter cet enjouement corporate forcé, ces messages de félicitations semi-automatiques pour fêter mes trois ans dans un job que j’ai quitté il y a 2 ans et demi en oubliant de mettre mon profil à jour (envoyés par d’illustres inconnus ou des gens avec qui j’ai partagé un bureau pendant 3 semaines il y a 10 ans), cette timeline remplie d’adjectifs dithyrambiques pour se congratuler l’un l’autre de ce qui n’est qu’une énième tentative de transformer un spreasheet d’emails en clients débités tous les mois ou de vendre un concept intellectuellement rachitique en journée de formation pour booster la performance de votre équipe.

Linkedin étant pour moi un réseau de mendiants, tout ce que j’y voyais était à vendre. Y compris mes données, mon adresse email, mon temps. J’ai décidé de me retirer, avec mes données, du marché. Je ne suis plus sur Linkedin.

Si vous me suiviez là-bas, il suffit de vous abonner à ce blog. Votre adresse mail ne sera visible que par moi, ne sera pas utilisée pour autre chose qu’envoyer mes billets et ne sera jamais partagée. Le tout, sans passer par l’intermédiaire de Microsoft (propriétaire de Linkedin). Je pense que le ratio qualité de l’information par rapport au temps passé et nombre de mails reçus est bien plus avantageux en vous abonnant à ce blog qu’en allant sur Linkedin. Si nous perdons contact suite à mon départ de Linkedin, c’est peut-être que nous n’étions tout simplement pas en contacts en premier lieu. Nous en avions seulement l’illusion, comme souvent dans l’univers des réseaux sociaux. L’illusion d’être aimé (Facebook), l’illusion d’avoir des amis (Facebook), l’illusion d’être écouté (Twitter), l’illusion d’avoir une vie cool (Instagram), l’illusion d’être professionnellement important et bien connecté (Linkedin). D’ailleurs, sans ce billet, il est probable que personne n’aurait remarqué mon absence. Sur les réseaux sociaux, les absents sont rapidement emporté par le flux, la brêve et illusoire gloriole qu’ils avaient construite se diluant instantanément dans l’immédiateté de l’oubli. Le lit de la rivière ne conserve pas la trace du caillou que vous venez de retirer.

Une situation n’est pas l’autre. Linkedin est peut-être utile, voire indispensable pour votre activité. L’important étant, comme le souligne Cal Newport dans son excellent Digital Minimalism, de bien peser le coût réel par rapport aux bénéfices réels (et non pas ceux supposés) et de faire ses propres choix en conscience.

Dans ma situation, chaque source de distraction supprimée est un livre de plus lu à la fin de l’année. Donc acte. Je quitte le grand réseau bleu, je retire ma cravate, mes chaussures corporate et me replonge dans mes lectures.

Photo by Jonathan Kho on Unsplash

Oubliez un instant les réseaux sociaux et abonnez-vous par mail ou par RSS (max 2 billets par semaine et rien d’autre). Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, offrez et partagez ses livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
La sculptrice et le regret du créateur. https://ploum.net/?p=6792 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?La-sculptrice-et-le-regret-du-créateur Fri, 26 Feb 2021 13:42:27 +0100 À la mémoire de Gilberte De Windt, décédée en février 2021

Fin février 2020, je décidai, sur un coup de tête, d’appeler un numéro trouvé dans l’annuaire. Celui de la sculptrice Gilberte De Windt.

Mon épouse et moi l’avions rencontrée lors de ses expositions. Nous étions tombés amoureux de ses statues comme de sa personnalité. Cette vieille dame au corps frêle, mais à l’esprit incroyablement agile nous avait charmés par la finesse de son art. Nous avions sympathisé et beaucoup discuté.

Au téléphone, de but en blanc, je lui annonçai que nous souhaitions acquérir une de ses œuvres. Avec une incroyable gentillesse, elle nous invita à venir visiter son atelier.

Nous passâmes une après-midi passionnante en compagnie de son mari, Guy Berbé, artiste peintre de renom. Alors que mon épouse discutait peinture avec Guy, dans son incroyable atelier, je parlais inspiration, méditation et création avec Gilberte. Par le plus grand des hasards, nous étions tous deux en train de lire le même livre de Steven Laureys, « La méditation, c’est bon pour le cerveau ». Curieux, je tentais de m’inspirer des techniques de Gilberte pour apprendre à sculpter les mots comme elle la matière.

L’entente entre nos deux couples fut immédiate et nous convînmes de nous revoir régulièrement. Mon épouse et moi hésitions entre deux sculptures et, pour tout avouer, le budget nous faisait un peu frémir. Il s’agissait d’un pur coup de cœur irrationnel, une hérésie économique.

Deux semaines plus tard, le confinement commençait. Les enfants furent rapidement déscolarisés et nos priorités furent bouleversées.

Cependant, cette rencontre m’obsédait. J’en rêvais. Je me demandais comment allaient Gilberte et Guy. Je me rendais compte que les visiter n’était plus imaginable en ces temps de confinement. J’en souffrais, car nous avions fait la promesse de revenir. Je prenais également conscience que si l’esprit de Gilberte était brillant, son corps n’était pas immortel. Un pressentiment me hantait.

C’est avec stupeur que je découvris, presque un an jour pour jour après notre après-midi partagé, un message m’annonçant son décès. Un an que, comme beaucoup, je n’ai pas vu passer. Qui s’est envolé, emportant Gilberte avec lui. Je regarde avec tendresse la photo où elle pose près de la statue préférée de notre fils. J’ai une pensée pour Guy, son mari. Je n’ose pas l’avouer, mais je suis triste. Qui suis-je pour prétendre à la tristesse, moi qui ne les ai rencontrés que quelques fois ?

Si ce décès est naturel, dans l’ordre des choses, je ne peux m’empêcher de penser à cette dame qui, comme elle le racontait elle-même, a mené plusieurs vies fort différentes. Elle ne se mit à la sculpture qu’après sa retraite de l’enseignement ! À travers ses statues, elle transmettra pour toujours un mouvement, une finesse, une énergie aux générations à venir.

Égoïstement, je maudis cette pandémie pour avoir empêché que je passe plus de temps avec Gilberte, que je la connaisse mieux. Je suis heureux de cette après-midi lumineuse dans sa maison, son atelier. C’est un souvenir impérissable. J’aurais tant aimé la rencontrer plus tôt.

J’ai le regret de ne pas avoir pu lui acheter une statue. Secrètement, je rêvais de trouver chez moi un écrin merveilleux, d’inviter Gilberte pour lui montrer, pour lui rendre la pareille et lui faire découvrir mon atelier d’écriture orné de son œuvre. Pour lui expliquer qu’elle m’avait enseigné qu’un manuscrit est comme une de ses sculptures en terre. Un matériau de base qui doit ensuite passer par tout un processus, qu’elle nous a décrit en détail, avant de devenir la statue en bronze qu’est le livre final.

Mon atelier d’écriture n’existe pas encore et je n’ai pas de statue de Gilberte. Je n’ai plus que son souvenir.

Au fond, j’ai la chance rare de l’avoir rencontrée et de garder avec moi le souffle d’inspiration qu’elle m’a donné. Lorsque j’ai l’impression de devenir trop vieux pour être créatif, lorsque je réalise que les jeunes artistes talentueux du moment sont plus jeunes que moi, je repense souvent à son expérience, à l’admiration que j’ai éprouvée lorsqu’elle m’a confié l’importance pour elle de continuer à apprendre chaque jour, lorsque j’ai compris l’énergie qu’elle mettait dans une création.

C’est peut-être pour ça que je souhaitais tant avoir une statue de Gilberte à proximité de ma machine à écrire. Parce que ses personnages longilignes caractéristiques me rappellent les regards que nous avons échangés dans son atelier, parce qu’ils m’ancrent dans le désir de création matérielle qu’elle avait sublimé et qui m’échappe trop souvent. Parce qu’en une seule après-midi chez elle, elle a eu une influence notable sur ma vision de la création.

Merci, Gilberte, et bonne chance pour les prochaines de tes nombreuses vies, celles qui apparaissent chaque fois qu’un regard se pose sur l’une de tes nombreuses œuvres.

Salut l’artiste !

Abonnez-vous par mail ou par RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, offrez et partagez ses livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
À la mémoire de Gilberte De Windt, décédée en février 2021

Fin février 2020, je décidai, sur un coup de tête, d’appeler un numéro trouvé dans l’annuaire. Celui de la sculptrice Gilberte De Windt.

Mon épouse et moi l’avions rencontrée lors de ses expositions. Nous étions tombés amoureux de ses statues comme de sa personnalité. Cette vieille dame au corps frêle, mais à l’esprit incroyablement agile nous avait charmés par la finesse de son art. Nous avions sympathisé et beaucoup discuté.

Au téléphone, de but en blanc, je lui annonçai que nous souhaitions acquérir une de ses œuvres. Avec une incroyable gentillesse, elle nous invita à venir visiter son atelier.

Nous passâmes une après-midi passionnante en compagnie de son mari, Guy Berbé, artiste peintre de renom. Alors que mon épouse discutait peinture avec Guy, dans son incroyable atelier, je parlais inspiration, méditation et création avec Gilberte. Par le plus grand des hasards, nous étions tous deux en train de lire le même livre de Steven Laureys, « La méditation, c’est bon pour le cerveau ». Curieux, je tentais de m’inspirer des techniques de Gilberte pour apprendre à sculpter les mots comme elle la matière.

L’entente entre nos deux couples fut immédiate et nous convînmes de nous revoir régulièrement. Mon épouse et moi hésitions entre deux sculptures et, pour tout avouer, le budget nous faisait un peu frémir. Il s’agissait d’un pur coup de cœur irrationnel, une hérésie économique.

Deux semaines plus tard, le confinement commençait. Les enfants furent rapidement déscolarisés et nos priorités furent bouleversées.

Cependant, cette rencontre m’obsédait. J’en rêvais. Je me demandais comment allaient Gilberte et Guy. Je me rendais compte que les visiter n’était plus imaginable en ces temps de confinement. J’en souffrais, car nous avions fait la promesse de revenir. Je prenais également conscience que si l’esprit de Gilberte était brillant, son corps n’était pas immortel. Un pressentiment me hantait.

C’est avec stupeur que je découvris, presque un an jour pour jour après notre après-midi partagé, un message m’annonçant son décès. Un an que, comme beaucoup, je n’ai pas vu passer. Qui s’est envolé, emportant Gilberte avec lui. Je regarde avec tendresse la photo où elle pose près de la statue préférée de notre fils. J’ai une pensée pour Guy, son mari. Je n’ose pas l’avouer, mais je suis triste. Qui suis-je pour prétendre à la tristesse, moi qui ne les ai rencontrés que quelques fois ?

Si ce décès est naturel, dans l’ordre des choses, je ne peux m’empêcher de penser à cette dame qui, comme elle le racontait elle-même, a mené plusieurs vies fort différentes. Elle ne se mit à la sculpture qu’après sa retraite de l’enseignement ! À travers ses statues, elle transmettra pour toujours un mouvement, une finesse, une énergie aux générations à venir.

Égoïstement, je maudis cette pandémie pour avoir empêché que je passe plus de temps avec Gilberte, que je la connaisse mieux. Je suis heureux de cette après-midi lumineuse dans sa maison, son atelier. C’est un souvenir impérissable. J’aurais tant aimé la rencontrer plus tôt.

J’ai le regret de ne pas avoir pu lui acheter une statue. Secrètement, je rêvais de trouver chez moi un écrin merveilleux, d’inviter Gilberte pour lui montrer, pour lui rendre la pareille et lui faire découvrir mon atelier d’écriture orné de son œuvre. Pour lui expliquer qu’elle m’avait enseigné qu’un manuscrit est comme une de ses sculptures en terre. Un matériau de base qui doit ensuite passer par tout un processus, qu’elle nous a décrit en détail, avant de devenir la statue en bronze qu’est le livre final.

Mon atelier d’écriture n’existe pas encore et je n’ai pas de statue de Gilberte. Je n’ai plus que son souvenir.

Au fond, j’ai la chance rare de l’avoir rencontrée et de garder avec moi le souffle d’inspiration qu’elle m’a donné. Lorsque j’ai l’impression de devenir trop vieux pour être créatif, lorsque je réalise que les jeunes artistes talentueux du moment sont plus jeunes que moi, je repense souvent à son expérience, à l’admiration que j’ai éprouvée lorsqu’elle m’a confié l’importance pour elle de continuer à apprendre chaque jour, lorsque j’ai compris l’énergie qu’elle mettait dans une création.

C’est peut-être pour ça que je souhaitais tant avoir une statue de Gilberte à proximité de ma machine à écrire. Parce que ses personnages longilignes caractéristiques me rappellent les regards que nous avons échangés dans son atelier, parce qu’ils m’ancrent dans le désir de création matérielle qu’elle avait sublimé et qui m’échappe trop souvent. Parce qu’en une seule après-midi chez elle, elle a eu une influence notable sur ma vision de la création.

Merci, Gilberte, et bonne chance pour les prochaines de tes nombreuses vies, celles qui apparaissent chaque fois qu’un regard se pose sur l’une de tes nombreuses œuvres.

Salut l’artiste !

Abonnez-vous par mail ou par RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Dernier livre paru : Printeurs, thriller cyberpunk. Pour soutenir l’auteur, offrez et partagez ses livres.

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
Et si les conspirationnistes avaient raison ? https://ploum.net/?p=6774 http://www.dotmana.com/streisand/ploum/?Et-si-les-conspirationnistes-avaient-raison Wed, 17 Feb 2021 12:41:44 +0100 De la nocivité des ondes à la bouffe bio et aux réseaux pédophiles, de la politique de la crise COVID à la distribution de vaccins : et si les complots étaient bien réels ? Réels mais pas tout à fait comme on les imagine.

Le complot des ondes électromagnétiques

Lorsque je me retrouve face à une personne qui me parle de la nocivité des ondes électromagnétiques, je lui demande d’abord si elle sait ce qu’est, physiquement, une telle onde. Dans la totalité des cas que j’ai vécus, la personne avoue son ignorance totale.

Une onde électromagnétique n’est qu’une série de particules, appelées photons, qui voyagent en vibrant à une certaine fréquence. Pour une certaine plage de fréquence, les photons deviennent visibles. On appelle cela… la lumière. Il y’a d’autres fréquences que nous ne voyons pas : l’infrarouge, l’ultraviolet et, bien entendu, les ondes radio.

Les ondes radio sont tellement difficiles à détecter qu’il est nécessaire de fabriquer des antennes particulièrement sophistiquées pour les capter. Antennes qui équipent nos téléphones.

Les ondes électromagnétiques peuvent être absorbées. L’énergie de leur vibration se transforme alors en chaleur. Pour vous en convaincre, il vous suffit de vous promener sous la plus grande source électromagnétique à notre disposition : le soleil. Les ondes émises par le soleil vous réchauffent. À trop grandes doses, elles peuvent même vous brûler. C’est le fameux « coup de soleil ». C’est également le principe qu’utilise votre four à micro-ondes, qui envoie des ondes à une fréquence dont l’énergie se transmet particulièrement bien à l’eau. C’est pour cela que votre four reste froid : il ne réchauffe que l’eau.

Les ondes électromagnétiques qui possèdent une très grande quantité d’énergie peuvent faire sauter un électron de l’atome qu’elles vont toucher. Cet atome est ionisé. Si un trop grand nombre d’atomes de notre ADN est ionisé, cet ADN ne pourra plus être réparé et cela peut induire des cancers. Il faut bien entendu une exposition longue, répétée à une source très puissante.

Par exemple le soleil. Responsable de nombreux cancers de la peau. Ou bien les rayons X, utilisés pour faire des radiographies médicales. L’avantage des ondes à très haute énergie, c’est qu’elles interagissent avec la première chose qu’elles touchent et qu’elles sont donc arrêtées facilement. C’est pour ça qu’il y’a des petits rideaux de caoutchouc plombé sur le tapis à rayons X  des aéroports. Ces protections servent essentiellement à protéger les employés qui, sans cela, seraient exposés en permanence aux rayons X. Pour le voyageur qui ne fait que passer deux fois par an, c’est bien moins essentiel.

En ce sens, les antennes GSM sont un peu comme des phares. Ils émettent des rayons électromagnétiques de la même façon. Seule la fréquence est différente.

Si un phare peut éblouir voire même brûler si on s’approche à quelques centimètres, personne n’ose imaginer que l’exposition à un phare puisse provoquer des cancers ou être nocive. De même pour votre routeur wifi : il n’émet pas plus d’énergie que votre ampoule halogène.

S’inquiéter de l’impact des ondes électromagnétiques semble donc absurde. Même si on venait à découvrir que certaines fréquences très précises pouvaient avoir un effet délétère, nous sommes dans un bain permanent d’ondes électromagnétiques depuis l’aube de l’humanité. Il est donc raisonnable de penser que tout impact actuellement inconnu, si un tel impact existe, est anecdotique.

Pourtant, je pense que les « anti-ondes » ont raison.

Les ondes sont nocives. Non pas parce qu’elles sont des ondes, mais à cause de l’usage que nous en faisons. Aujourd’hui, nous sommes en permanence hyperconnectés. Nos téléphones bruissent de notifications indésirables que nous ne savons pas désactiver. Nos maisons regorgent de petites lampes qui clignotent pour nous dire que le réseau est actif, que la tablette recharge. Quand je dors dans une chambre d’hôtel, je dois démonter la télévision pour accéder au routeur caché derrière et le débrancher. Non pas à cause des ondes, mais parce que je ne supporte pas ces lumières vertes clignotantes dans l’obscurité, lumière agrémentée de l’insupportable œil rouge luisant de la télévision en veille.

Comment ne pas être stressé à l’idée des millions de bits qui nous transperce en permanence pour aller notifier notre voisin de restaurant qu’une nouvelle vidéo YouTube est disponible ? Comment dormir en sachant toute cette activité qui nous traverse ? Les expériences ont montré que la sensibilité électromagnétique est belle et bien réelle. Que les gens en souffrent. Mais qu’elle n’est pas causée par la présence d’ondes électromagnétiques. Elle est causée par la croyance qu’il y’a des ondes électromagnétiques.

Les anti-ondes ont intuitivement perçu le problème. Avant de l’assigner à une raison qui n’est pas sous leur contrôle.

D’une manière générale, toutes les théories conspirationnistes sont des constructions basées sur un problème très juste. Problème auquel on a créé une cause artificielle absurde ou exagérée, cause qui symbolise et personnifie le problème afin d’avoir l’impression de le comprendre.

C’est pour cela que prouver l’absurdité d’une théorie du complot ne fonctionne pas. Le complot existe généralement réellement. Mais il est beaucoup trop simple, banal. Ce qui donne un sentiment d’impuissance. En lui donnant un nom, on se crée un ennemi identifié et la possibilité d’agir, de le combattre activement.

Le complot du deep state

Selon la légende, Dame Carcas libéra la ville de Carcassonne, assiégée par Charlemagne depuis cinq ans. La population mourant de faim, Dame Carcas eut l’idée de prendre le dernier porc de la ville, de nourrir avec le dernier sac de blé avant de le jeter du haut des remparts sur les assaillants. Ceux-ci se dirent que si la ville pouvait se permettre de balancer un porc nourri au blé, c’est qu’elle avait encore de nombreuses ressources et qu’il était préférable de lever le siège. Charlemagne ne se posa pas la question de savoir comment la ville pouvait avoir encore autant de ressources après cinq années de siège. Alors que les troupes s’éloignaient, Dame Carcas fit sonner les cloches de la ville qui en tirera désormais son nom : Carcas sonne !

La plupart des théories du complot se heurtent à un problème fondamental : leur réalité implique des milliers de spécialistes de domaines extrêmement différents travaillant dans le secret le plus total au sein d’une organisation incroyablement parfaite et efficace qui ne ferait jamais la moindre erreur. Or, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que dès que trois personnes travaillent ensemble, l’inefficacité est la loi.

Pour vous en convaincre, il vous suffit de regarder des films d’espionnage. L’histoire est toujours là même : un service ultra-secret de contre-espionnage lutte contre une organisation ultra-secrète d’espionnage qui cherche à accomplir son rôle en mettant au grand jour le service de contre-espionnage, qui s’engage donc dans une lutte de contre-contre-espionnage. C’est particulièrement marquant dans les « Missions Impossibles » ou dans la série Alias. Un peu de recul permet de se rendre compte que toutes ces organisations… ne servent strictement à rien. Même les scénaristes, spécialistes de la fiction, n’arrivent pas à trouver des idées pour justifier l’existence de telles organisations. On parachute alors artificiellement un terroriste qui veut faire sauter une bombe nucléaire, afin de camoufler légèrement la fatuité du scénario.

La réalité des services d’espionnage est tout autre. Des fonctionnaires qui, pour justifier leur budget et l’existence de leurs nombreux emplois, vont jusqu’à inventer des complots (un truc qui revient aussi dans Mission Impossible). Contrairement à Tom Cruise, les milliardaires surpuissants et les espions sont des humains qui mangent, dorment, font caca et se grattent les hémorroïdes. Ils font des erreurs de jugement, se laissent emporter par leur idéologie et leur sentiment de toute-puissance.

Et oui, ils tentent de favoriser leurs intérêts, même de manière illégale ou immorale. Cela consiste essentiellement à tenter de convaincre le monde d’acheter leur merde (le marketing), de commettre des délits d’initiés sur les plateformes boursières et de financer du lobbying politique pour que les lois soient en leur faveur. Là se trouvent les véritables complots, les véritables scandales qui ne requièrent la complicité que de quelques personnes, qui ne nécessitent pas de compétence ou de technologie particulière et qui ne sont, la plupart du temps, même pas secrets du tout !

La plupart des innovations secrètes de la guerre froide n’étaient que des canulars qui servaient à effrayer le camp adverse : rayons de la mort, rayon de contrôle des esprits, contacts extra-terrestres. D’ailleurs, les innovations réelles étaient tout sauf secrètes. La bombe nucléaire, la conquête spatiale, l’informatique et les prémices d’Internet. Comme le cochon de Dame Carcas, tout était entièrement public et les seules choses vraiment secrètes étaient ce qui n’existait pas, dans une tentative d’intoxication informationnelle.

Dans certains cas, la recherche des services secrets mènera à quelques rares avancées réelles. Ce fut par exemple le cas de Clifford Cocks qui inventa la cryptographie asymétrique en 1973 pour le compte des services secrets anglais. Malheureusement, cette invention purement théorique ne pouvait être mise en pratique sans un développement que Cocks ne pouvait réaliser seul. Elle fut dont jetée aux oubliettes avant que le concept ne soit redécouvert de l’autre côté de l’Atlantique, 3 ans plus tard, par Diffie, Hellman et Merkle qui la publieront et lanceront les bases d’une nouvelle science : la cryptographie informatique. Une fois encore l’histoire démontre que rien n’est réellement possible dans le secret et l’isolement. Le mythe de l’entrepreneur scientifique solitaire fonctionne dans les romans d’Ayn Rand (quand c’est un bon) et Ian Flemming (quand c’est un mauvais), pas dans la réalité.

La notion de « Deep state » ou d’élites secrètes prenant les décisions est plus rassurante que la vérité selon laquelle, oui, nos dirigeants sont corrompus, mais tout simplement comme des humains, pour favoriser leurs petits intérêts personnels en lieu et place de l’intérêt général. Le tout, en faisant des erreurs et en tentant de se justifier moralement que leur profit est bien pour l’intérêt général (comme la théorie du ruissellement des richesses ou l’idée selon laquelle la richesse se mérite). Les complots existent, mais ils sont petits, mesquins et pas particulièrement secrets.

Le complot des vaccins

L’idée d’un vaccin avec des puces pour nous surveiller ou des chemtrails pour contrôler nos esprits (technologies qui semblent complètement impossibles dans l’état actuel de nos connaissances et qu’il serait donc particulièrement difficile de développer en marge de la communauté scientifique, dans le secret le plus total) nous sert à oublier que nos téléphones nous surveillent déjà très bien et fournissent plus de données que ne peuvent en exploiter les gouvernements, que la télévision nous abrutit parfaitement, et que nous avons choisi de les utiliser, que personne ne nous a jamais forcés.

De même, les anti-vaccins pointent, avec justesse, le fait que l’oligopole pharmaceutique a un intérêt commercial évident à ce que nous soyons le plus possible malade pour consommer le plus de médicaments. Qu’à travers les brevets, l’industrie pharmaceutique privatise d’énormes budgets publics pour les transformer en juteux profits, parfois au détriment de notre santé. Mais il est difficile de se passer des médicaments. Il est donc plus simple d’attaquer les vaccins, médicaments dont la procédure est impressionnante (une piqure) et qui ont, à très court terme, un effet néfaste (fièvre ou durillon). Pire, on ne perçoit jamais l’utilité d’un vaccin. Si un vaccin fonctionne, on se dira toute sa vie qu’il n’était pas nécessaire… Et qu’on a été victime d’un complot.

Le vaccin, qui est probablement la plus belle invention de l’humanité en ce qui concerne le confort et l’espérance de vie, sert donc très injustement d’étendard à l’intuitif conflit d’intérêts et à la rapacité (réelle) de l’industrie pharmaceutique. La plupart des médicaments sont beaucoup moins efficaces que ce qu’ils prétendent, ils sont vendus à grands coups de marketing. Le simple fait que les devantures de pharmacie soient transformées en gigantesques panneaux publicitaires est un scandale en soi. Les vaccins sont peut-être l’exception la plus sûre, la plus bénéfique et la plus surveillée. Mais c’est aussi intuitivement la plus facile à critiquer.

Et ces critiques sont parfois nécessaires : les vaccins étant peu rentables (on ne les prend qu’une fois dans sa vie), l’industrie pharmaceutique tente de les faire développer sur des fonds publics à travers les universités avant de s’arroger tous les bénéfices en les revendant très cher aux états… qui ont financé leur mise au point ! L’université d’Oxford avait d’ailleurs annoncé son souhait de mettre son vaccin COVID dans le domaine public, sur le modèle de l’Open Source, avant de se raviser sous, à ce qu’il parait, la pression de la fondation Bill Gates. Un complot qui, sans remettre en cause la qualité du vaccin, me semble parfaitement plausible et réaliste. À  croire que les complots absurdes comme les puces 5G dans les vaccins sont inventés exprès pour décrédibiliser la moindre des critiques et nous détourner des véritables problématiques. À noter que la fondation Bill Gates joue un rôle positif prépondérant dans l’éradication de la polio. Rien n’est jamais parfaitement noir ni blanc. Le monde est complexe.

Le complot des réseaux pédophiles

Pour faire une bonne théorie du complot, il suffit donc de reprendre les souffrances réelles, de les amalgamer avec une histoire séduisante et choquante. Un exemple parmi tant d’autres est la persistance des théories de réseaux pédophiles très sophistiqués pour les élites. Parfois mâtinée de satanisme et de cannibalisme pour le décorum.

La pédophilie est bel et bien un problème de notre société. Hélas, elle est majoritairement présente au sein des familles elles-mêmes. Les enfants sont le plus souvent abusés par un parent ou un proche de confiance (comme l’ont souvent été les prêtres). Mais imaginer qu’un oncle ou un père puisse violer un enfant de sa propre famille est tellement affreux que nous rejetons la faute sur les ultra-riches. Ultra-riches qui ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu en ayant parfois une sexualité débridée par un sentiment d’impunité, sentiment exacerbé par une culture machiste du viol menant parfois réellement à la pédophilie comme les affaires Weinstein ou Polanski.

Le traumatisme de l’affaire Dutroux en Belgique s’explique en partie, car il est difficile d’admettre qu’un pauvre type complètement malade puisse tout simplement enlever des gamines dans sa camionnette et les planquer dans sa cave. Que son nom était bien sur la liste des suspects, mais que la lenteur de la police à le démasquer s’explique essentiellement par l’application aveugle des procédures administratives en vigueur à l’époque, procédures ralenties par certains conflits de pouvoir au sein de la hiérarchie (ce qui a conduit, d’ailleurs, à une refonte complète de la police en Belgique). Il y’a un certain réconfort à imaginer que le crime n’est pas juste une série de malchances et de mesquineries administratives, mais bien la volonté d’une organisation toute puissante impliquant jusqu’à la famille royale.

Les complots de la juiverie internationale et de QAnon

Les théories du complot sont généralement l’illustration d’une perte de confiance justifiée envers les garants de la moralité et de l’autorité. Elles fleurissent le plus souvent en période de désarroi profond. La misère économique des années 30, juste après le krach boursier, permettra de mettre en avant la théorie séculaire de la cabale juive avec les conséquences que l’on sait en Allemagne. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de vous recommander l’excellent « Le cimetière de Prague », d’Umberto Eco, pour une illustration romancée de cette cabale.

La crise financière de 2008 n’échappe pas à la règle. Sur ses cendres naitront Donald Trump et QAnon qui n’ont, d’un point de vue historique, aucune originalité. Tout semble être, à la lettre près, issu des théories complotistes du passé.

Des thèses absurdes, mais avec, encore une fois, une intuition d’un problème très juste. Le problème de l’existence de l’industrie de la finance. Comment se fait-il qu’une industrie qui ne semble produire rien de concret pour les citoyens lambdas, qui génère des milliards, qui semble rendre chacun de ses membres millionnaires, comment se fait-il que cette industrie aux pratiques incompréhensibles reçoivent autant d’argent du gouvernement lors d’une difficulté qu’elle a elle-même créé ? Comment se fait-il que, dans ce qui se présente comme une démocratie, le principal facteur pour arriver au pouvoir soit la richesse ? Comment se fait-il que tous nos meilleurs cerveaux issus des écoles d’ingénieurs, de science ou d’administration soient recrutés dans le domaine de la finance ?

À ce sujet, je conseille le magnifique discours de Fabrice Luchini (préparé, mais jamais déclamé) dans le film « Alice et le maire ». Un film qui illustre de manière très réaliste les dessous de la politique : des gens stressés, qui enchainent les réunions et qui n’ont plus le temps de penser. Comment voulez-vous que ces organisations dont la vision à long terme relève de la prochaine élection puissent sérieusement mettre en place des complots d’envergure ?

Le complot de la malbouffe

Les théories du complot ne peuvent que diviser. Les intuitifs savent qu’elles représentent un problème réel. Les rationnels peuvent démontrer qu’elles sont absurdes et en viennent à nier l’existence du problème initial. Les deux camps ne peuvent donc plus se parler. Les comportements sensés et absurdes se mélangent.

Entrez dans un magasin de nourriture bio et vous serez abasourdi par le fatras de concepts dont une simple boîte de conserve peut se revendiquer.

Votre boîte est « bio ». Cela signifie qu’elle a reçu un label comme quoi elle utilisait une quantité limitée de certains pesticides.

La démarche est rationnelle. Si la nocivité des pesticides sur l’humain n’est pas toujours démontrée, elle l’est sur le vivant. L’absorption des pesticides par le corps a été démontrée et l’hypothèse que ces pesticides puissent avoir un impact sur la santé est sérieusement étudiée.

Votre boîte est également dans un emballage « écologique ». Cela semble intuitif, mais, malheureusement, la culture biologique produit énormément plus de CO2 que la culture avec pesticide. Ceci dit, les pesticides ont également un impact environnemental non négligeable, même si ce n’est pas du CO2.

L’aliment est également garanti sans OGM. Là, cela devient plus étrange. La nature produit en effet des OGM en permanence. C’est même le principe de l’évolution. Les OGM pourraient donc être particulièrement bénéfiques, par exemple en étant plus nutritifs. Rejeter les OGM, c’est rejeter le principe du bouturage, vieux comme l’agriculture. Mais le rejet des OGM est, encore une fois, le symptôme d’un réel problème, à savoir la volonté d’apposer une propriété intellectuelle sur les semences, procédé monopolistique dangereux. La lutte anti-OGM n’est pas tant contre le principe de l’OGM lui-même (la plupart des anti-OGM ne savent d’ailleurs pas ce qu’est un OGM) qu’une défiance envers ceux qui prétendent manipuler la nourriture sans vouloir nous dire comment ni nous permettre de le faire nous-mêmes. La défiance envers l’industrie qui pratique l’OGM  est pertinente. La défiance envers le principe même de l’OGM ne l’est sans doute pas.

Enfin, il arrive que votre nourriture (ou vos produits de beauté, s’ils sont de la marque Weleda) soit issue des principes de la biodynamie. La biodynamie est un concept inventé par Rudolf Steiner, un illuminé notoire qui a décidé de réinventer la philosophie, les sciences, la médecine, l’éducation et la religion en se basant uniquement sur son intuition. Il n’y connaissait strictement rien en agriculture, mais a un jour improvisé une conférence devant une centaine d’amis, dont seule une minorité d’agriculteurs, sur la meilleure manière de cultiver. Cette conférence a été retranscrite par une sténographe, mais Steiner lui-même a dit plusieurs fois qu’il n’avait pas relu cette transcription et que sa conférence avait pour objectif d’être orale, pas écrite. Que la transcription devait comporter énormément d’erreurs. Il mourra peu après sans jamais relire ni même mentionner le terme « biodynamie » qui sera inventé par après.

Il n’empêche que cette transcription erronée d’une conférence improvisée par un non-agriculteur passionné d’occultisme et de magie sert aujourd’hui de référence à toute une industrie. Les règles sont du style : « Telle plante doit être plantée quand Mars est visible dans le ciel parce que les fleurs sont rouges et que Mars est rouge. Et il faut répandre des rats morts dans le compost durant les nuits de pleines lunes parce que ça le fait ». Tout livre ou agriculteur qui se revendique de la biodynamie aujourd’hui ne fait qu’une chose : reprendre les élucubrations sans aucune substance empirique issues de la transcription erronée d’une seule et unique conférence d’un illuminé. Bref, la définition même de la théologie. Cependant, si on supprime toute la partie ésotérique, on retrouve les fondements de l’agriculture biologique. Comme n’importe quelle religion, la biodynamie est donc loin d’avoir tout faux. Tout simplement parce que, statistiquement, avoir tout faux est aussi improbable que d’avoir tout vrai et parce que, comme le souligne Kahneman, l’intuition est souvent juste. Mais pas toujours. Ce qui est son gros problème.

Donc, en achetant de la nourriture bio, ce que je fais personnellement, je mélange le plus souvent du sensé, du pas complètement sensé et de l’absurde total.

Tout cela à cause d’un problème intuitif bien réel : on possède désormais un confort suffisant pour faire le difficile concernant notre nourriture et force est de constater qu’on bouffe de la merde. À travers le sucre et les graisses saturées, les producteurs de nourriture ne cherchent qu’à nous rendre addicts à moindre coût au mépris le plus total de notre santé. Les aliments sont manipulés pour paraitre jolis en magasin, au détriment de leur composition. Depuis des décennies, des arnaques intellectuelles, parfois promues par nos gouvernements, ont servi les intérêts industriels (par exemple le fait de boire du lait pour renforcer les os ou le principe de la pyramide alimentaire, principe sans aucun fondement scientifique). Le complot est donc bel et bien réel !

Le complot des complotistes

Nous le sentons alors nous cherchons à préserver notre santé, à diminuer nos cancers en nous protégeant des ondes électromagnétiques et en bouffant bio. Ce qui, objectivement, pourrait avoir un impact positif. Très faible, mais ce n’est pas impossible.

Mais vous savez ce qui a un impact majeur sur notre santé ?

La cigarette, les pots d’échappement de voiture, l’alcool. Supprimez ces trois-là, dont deux sont à votre portée immédiate, et cela aura un million de fois plus d’effet que de bouffer bio et de mettre son GSM en mode avion la nuit. Pour un effet maximal, diminuez également la viande rouge, cancérigène établi, et faites 30 minutes d’exercice par jour.

Ils sont là les complots qui en veulent à votre santé. Ils crèvent les yeux. C’est le lobby du tabac qui fait qu’il est légal de fumer en public, en empestant autour de soi. C’est le lobby automobile qui vous vend des SUV en vous faisant pester sur les embouteillages et en tuant les jeunes adultes inconscients qui roulent à pleine vitesse. C’est le lobby de l’alcool qui fait des cartes blanches contre le concept de « tournée minérale » en Belgique et qui subventionne les cercles étudiants, ce sont les Facebook et Google qui accaparent toute votre vie privée et mettent en place des procédés monopolistiques qui les rendent incontournables.

Nous pouvons tous lutter contre ces complots qui nous menacent directement dans notre intégrité physique et mentale. Les plus grandes causes de mortalités évitables, hors suicide, peuvent se résumer à alcool, tabac et bagnole.

Mais c’est très difficile de renoncer à sa clope, à sa bagnole et à son compte Facebook. Alors on poste contre les vaccins, contre les OGMs et contre la 5G. On manifeste contre ce qu’on ne peut pas vraiment changer. Quitte à se mettre en danger un fumant de l’herbe « bio », en buvant des alcools distillés artisanalement et en refusant les vaccins pour ses enfants. Tout en le clamant haut et fort sur Facebook.

À force de remettre en question l’autorité, on se tourne alors vers des sources d’autorités sans aucune légitimité, mais qui nous font du bien. On prétend ne pas vouloir se faire manipuler et on va se mettre dans les pattes des intérêts commerciaux des gourous, des shamans et des vendeurs de cruches qui énergétisent l’eau. Sous prétexte de ne pas vouloir obéir, on en vient à faire exactement le contraire de ce que les autorités disent, sans réfléchir au fait qu’on est encore plus facilement manipulable, comme l’enfant qui dit toujours non et à qui on dit « Ne mange surtout pas ta soupe ! ».

Si vous pensez qu’un domaine quelconque est corrompu, de l’industrie alimentaire à la recherche scientifique, vous avez probablement raison. Mais ce n’est pas contre le domaine en question qu’il faut lutter, c’est contre la corruption. L’industrie de l’alimentation biologique, celle du cannabis, celle des cristaux énergétiques et des réseaux de coaching anti-cancer astrologique sont tout aussi corrompus, tout comme l’est la politique écologique. Ils comportent une partie de gens honnêtes dilués dans une population ne cherchant qu’à vider votre portefeuille.

Le plus dur à accepter c’est que, non, on ne nous cache pas la vérité. Elle est là, devant les yeux de qui veut bien la voir. Il n’y a rien de secret, rien de mystérieux. L’intelligence moyenne reste la même, quel que soit le niveau de richesse ou de pouvoir politique. Mais cette réalité est difficile à accepter, car elle n’offre pas de réponse toute faite, parce qu’elle n’offre aucune certitude, que des probabilités, parce qu’elle va très souvent en contradiction avec nos convictions et nos actions passées. Et parce que, si le complot est le plus souvent inventé ou exagéré, la souffrance qui en résulte est elle bien réelle.

Pour aller plus loin :  complot du Covid et autres lectures

« Vaincre les épidémies », par Didier Pittet et Thierry Crouzet.

Inventeur du gel hydroalcoolique que nous utilisons désormais tous les jours, Didier Pittet est un spécialiste suisse mondialement reconnu des maladies infectieuses et des épidémies. Dans ce livre, il retrace sa découverte du Covid, sa comparaison avec les autres épidémies (H1N1, grippe aviaire) et son expérience de devenir l’expert de référence pour Macron, qui enverra un jet privé le chercher pour l’amener à une réunion de l’Élysée. Ce livre illustre donc à merveille la vision d’une personne qui fait partie du plus haut niveau de pouvoir en ce qui concerne le COVID. Au menu : incompétences à tous les niveaux de décisions, conflits politiques qui impactent des décisions qui devraient être purement scientifiques, tentatives pas souvent efficaces de manipuler l’opinion publique « dans le bon sens » à travers le marketing. Dans le COVID comme partout, les complots sont bel et bien présents, mais tellement petits, humains, mesquins…

Didier Pittet vient d’être fait Docteur honoris causa de l’université où j’enseigne l’Open Source. Ce que je salue, car, avec la formule de son gel hydroalcoolique, il est un pionnier de l’Open Source dans le domaine de la santé.

Thierry Crouzet revient sur la nécessité de créer un vaccin Open Source.


https://tcrouzet.com/2020/12/02/je-veux-la-paix-dit-le-vaccin-mais-je-fais-la-guerre/

Ce qui n’est malheureusement pas le cas, comme je l’ai raconté, à cause de la fondation Bill Gates.


https://khn.org/news/rather-than-give-away-its-covid-vaccine-oxford-makes-a-deal-with-drugmaker/

Dans son intervention, le parlementaire belge François De Smet tente de trouver un juste milieu entre les mesures anti-Covid et les libertés publiques. Loin de crier au complot, dans un sens ou dans l’autre, il milite pour un équilibre raisonnable. Cela devient tellement rare que cela mérite d’être souligné. De la même façon, il avait dénoncé les procédures entourant le marché des vaccins anti-covid tout en militant pour plus de transparence. Un politicien qui me fait plaisir. Il risque de ne pas avoir beaucoup de voix. D’ailleurs, il ne semble intéresser personne d’autre que moi.

https://francoisdesmet.blog/2021/02/05/chambre-debat-covid-et-libertes-publiques/

https://francoisdesmet.blog/2020/12/22/chambre-vaccins-et-transparence/

Bad science, un livre et une chronique qui revient sur les arnaques scientifiques de l’industrie pharmaceutique, depuis Big Pharma aux laboratoires bio/indépendants qui fournissent les compléments alimentaires « alternatifs » (je n’ai pas lu le livre, je me fie à la critique de Cory Doctorow).


https://memex.craphound.com/2010/10/19/bad-science-comes-to-the-usa-ben-goldacres-tremendous-woo-fighting-book-in-print-in-the-states/

« Le cimetière de Prague », d’Umberto Eco. Avec sa verve habituelle, Eco nous plonge dans la vie d’un faussaire obligé de créer de toutes pièces les preuves d’un complot. Jouissif.

Compte-rendu de l’incompétence des services secrets anglais


https://www.bbc.co.uk/blogs/adamcurtis/entries/3662a707-0af9-3149-963f-47bea720b460

Un très long témoignage sur comment les théories du complot nous manipulent et sur le parallèle entre la diététique « alternative », les religions et les complots politiques.


https://wisetendersnob.medium.com/this-secret-message-could-change-your-life-wellness-culture-jesus-and-qanon-cd576e53c9c8

Photo by Markus Spiske on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander et partager mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>
De la nocivité des ondes à la bouffe bio et aux réseaux pédophiles, de la politique de la crise COVID à la distribution de vaccins : et si les complots étaient bien réels ? Réels mais pas tout à fait comme on les imagine.

Le complot des ondes électromagnétiques

Lorsque je me retrouve face à une personne qui me parle de la nocivité des ondes électromagnétiques, je lui demande d’abord si elle sait ce qu’est, physiquement, une telle onde. Dans la totalité des cas que j’ai vécus, la personne avoue son ignorance totale.

Une onde électromagnétique n’est qu’une série de particules, appelées photons, qui voyagent en vibrant à une certaine fréquence. Pour une certaine plage de fréquence, les photons deviennent visibles. On appelle cela… la lumière. Il y’a d’autres fréquences que nous ne voyons pas : l’infrarouge, l’ultraviolet et, bien entendu, les ondes radio.

Les ondes radio sont tellement difficiles à détecter qu’il est nécessaire de fabriquer des antennes particulièrement sophistiquées pour les capter. Antennes qui équipent nos téléphones.

Les ondes électromagnétiques peuvent être absorbées. L’énergie de leur vibration se transforme alors en chaleur. Pour vous en convaincre, il vous suffit de vous promener sous la plus grande source électromagnétique à notre disposition : le soleil. Les ondes émises par le soleil vous réchauffent. À trop grandes doses, elles peuvent même vous brûler. C’est le fameux « coup de soleil ». C’est également le principe qu’utilise votre four à micro-ondes, qui envoie des ondes à une fréquence dont l’énergie se transmet particulièrement bien à l’eau. C’est pour cela que votre four reste froid : il ne réchauffe que l’eau.

Les ondes électromagnétiques qui possèdent une très grande quantité d’énergie peuvent faire sauter un électron de l’atome qu’elles vont toucher. Cet atome est ionisé. Si un trop grand nombre d’atomes de notre ADN est ionisé, cet ADN ne pourra plus être réparé et cela peut induire des cancers. Il faut bien entendu une exposition longue, répétée à une source très puissante.

Par exemple le soleil. Responsable de nombreux cancers de la peau. Ou bien les rayons X, utilisés pour faire des radiographies médicales. L’avantage des ondes à très haute énergie, c’est qu’elles interagissent avec la première chose qu’elles touchent et qu’elles sont donc arrêtées facilement. C’est pour ça qu’il y’a des petits rideaux de caoutchouc plombé sur le tapis à rayons X  des aéroports. Ces protections servent essentiellement à protéger les employés qui, sans cela, seraient exposés en permanence aux rayons X. Pour le voyageur qui ne fait que passer deux fois par an, c’est bien moins essentiel.

En ce sens, les antennes GSM sont un peu comme des phares. Ils émettent des rayons électromagnétiques de la même façon. Seule la fréquence est différente.

Si un phare peut éblouir voire même brûler si on s’approche à quelques centimètres, personne n’ose imaginer que l’exposition à un phare puisse provoquer des cancers ou être nocive. De même pour votre routeur wifi : il n’émet pas plus d’énergie que votre ampoule halogène.

S’inquiéter de l’impact des ondes électromagnétiques semble donc absurde. Même si on venait à découvrir que certaines fréquences très précises pouvaient avoir un effet délétère, nous sommes dans un bain permanent d’ondes électromagnétiques depuis l’aube de l’humanité. Il est donc raisonnable de penser que tout impact actuellement inconnu, si un tel impact existe, est anecdotique.

Pourtant, je pense que les « anti-ondes » ont raison.

Les ondes sont nocives. Non pas parce qu’elles sont des ondes, mais à cause de l’usage que nous en faisons. Aujourd’hui, nous sommes en permanence hyperconnectés. Nos téléphones bruissent de notifications indésirables que nous ne savons pas désactiver. Nos maisons regorgent de petites lampes qui clignotent pour nous dire que le réseau est actif, que la tablette recharge. Quand je dors dans une chambre d’hôtel, je dois démonter la télévision pour accéder au routeur caché derrière et le débrancher. Non pas à cause des ondes, mais parce que je ne supporte pas ces lumières vertes clignotantes dans l’obscurité, lumière agrémentée de l’insupportable œil rouge luisant de la télévision en veille.

Comment ne pas être stressé à l’idée des millions de bits qui nous transperce en permanence pour aller notifier notre voisin de restaurant qu’une nouvelle vidéo YouTube est disponible ? Comment dormir en sachant toute cette activité qui nous traverse ? Les expériences ont montré que la sensibilité électromagnétique est belle et bien réelle. Que les gens en souffrent. Mais qu’elle n’est pas causée par la présence d’ondes électromagnétiques. Elle est causée par la croyance qu’il y’a des ondes électromagnétiques.

Les anti-ondes ont intuitivement perçu le problème. Avant de l’assigner à une raison qui n’est pas sous leur contrôle.

D’une manière générale, toutes les théories conspirationnistes sont des constructions basées sur un problème très juste. Problème auquel on a créé une cause artificielle absurde ou exagérée, cause qui symbolise et personnifie le problème afin d’avoir l’impression de le comprendre.

C’est pour cela que prouver l’absurdité d’une théorie du complot ne fonctionne pas. Le complot existe généralement réellement. Mais il est beaucoup trop simple, banal. Ce qui donne un sentiment d’impuissance. En lui donnant un nom, on se crée un ennemi identifié et la possibilité d’agir, de le combattre activement.

Le complot du deep state

Selon la légende, Dame Carcas libéra la ville de Carcassonne, assiégée par Charlemagne depuis cinq ans. La population mourant de faim, Dame Carcas eut l’idée de prendre le dernier porc de la ville, de nourrir avec le dernier sac de blé avant de le jeter du haut des remparts sur les assaillants. Ceux-ci se dirent que si la ville pouvait se permettre de balancer un porc nourri au blé, c’est qu’elle avait encore de nombreuses ressources et qu’il était préférable de lever le siège. Charlemagne ne se posa pas la question de savoir comment la ville pouvait avoir encore autant de ressources après cinq années de siège. Alors que les troupes s’éloignaient, Dame Carcas fit sonner les cloches de la ville qui en tirera désormais son nom : Carcas sonne !

La plupart des théories du complot se heurtent à un problème fondamental : leur réalité implique des milliers de spécialistes de domaines extrêmement différents travaillant dans le secret le plus total au sein d’une organisation incroyablement parfaite et efficace qui ne ferait jamais la moindre erreur. Or, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que dès que trois personnes travaillent ensemble, l’inefficacité est la loi.

Pour vous en convaincre, il vous suffit de regarder des films d’espionnage. L’histoire est toujours là même : un service ultra-secret de contre-espionnage lutte contre une organisation ultra-secrète d’espionnage qui cherche à accomplir son rôle en mettant au grand jour le service de contre-espionnage, qui s’engage donc dans une lutte de contre-contre-espionnage. C’est particulièrement marquant dans les « Missions Impossibles » ou dans la série Alias. Un peu de recul permet de se rendre compte que toutes ces organisations… ne servent strictement à rien. Même les scénaristes, spécialistes de la fiction, n’arrivent pas à trouver des idées pour justifier l’existence de telles organisations. On parachute alors artificiellement un terroriste qui veut faire sauter une bombe nucléaire, afin de camoufler légèrement la fatuité du scénario.

La réalité des services d’espionnage est tout autre. Des fonctionnaires qui, pour justifier leur budget et l’existence de leurs nombreux emplois, vont jusqu’à inventer des complots (un truc qui revient aussi dans Mission Impossible). Contrairement à Tom Cruise, les milliardaires surpuissants et les espions sont des humains qui mangent, dorment, font caca et se grattent les hémorroïdes. Ils font des erreurs de jugement, se laissent emporter par leur idéologie et leur sentiment de toute-puissance.

Et oui, ils tentent de favoriser leurs intérêts, même de manière illégale ou immorale. Cela consiste essentiellement à tenter de convaincre le monde d’acheter leur merde (le marketing), de commettre des délits d’initiés sur les plateformes boursières et de financer du lobbying politique pour que les lois soient en leur faveur. Là se trouvent les véritables complots, les véritables scandales qui ne requièrent la complicité que de quelques personnes, qui ne nécessitent pas de compétence ou de technologie particulière et qui ne sont, la plupart du temps, même pas secrets du tout !

La plupart des innovations secrètes de la guerre froide n’étaient que des canulars qui servaient à effrayer le camp adverse : rayons de la mort, rayon de contrôle des esprits, contacts extra-terrestres. D’ailleurs, les innovations réelles étaient tout sauf secrètes. La bombe nucléaire, la conquête spatiale, l’informatique et les prémices d’Internet. Comme le cochon de Dame Carcas, tout était entièrement public et les seules choses vraiment secrètes étaient ce qui n’existait pas, dans une tentative d’intoxication informationnelle.

Dans certains cas, la recherche des services secrets mènera à quelques rares avancées réelles. Ce fut par exemple le cas de Clifford Cocks qui inventa la cryptographie asymétrique en 1973 pour le compte des services secrets anglais. Malheureusement, cette invention purement théorique ne pouvait être mise en pratique sans un développement que Cocks ne pouvait réaliser seul. Elle fut dont jetée aux oubliettes avant que le concept ne soit redécouvert de l’autre côté de l’Atlantique, 3 ans plus tard, par Diffie, Hellman et Merkle qui la publieront et lanceront les bases d’une nouvelle science : la cryptographie informatique. Une fois encore l’histoire démontre que rien n’est réellement possible dans le secret et l’isolement. Le mythe de l’entrepreneur scientifique solitaire fonctionne dans les romans d’Ayn Rand (quand c’est un bon) et Ian Flemming (quand c’est un mauvais), pas dans la réalité.

La notion de « Deep state » ou d’élites secrètes prenant les décisions est plus rassurante que la vérité selon laquelle, oui, nos dirigeants sont corrompus, mais tout simplement comme des humains, pour favoriser leurs petits intérêts personnels en lieu et place de l’intérêt général. Le tout, en faisant des erreurs et en tentant de se justifier moralement que leur profit est bien pour l’intérêt général (comme la théorie du ruissellement des richesses ou l’idée selon laquelle la richesse se mérite). Les complots existent, mais ils sont petits, mesquins et pas particulièrement secrets.

Le complot des vaccins

L’idée d’un vaccin avec des puces pour nous surveiller ou des chemtrails pour contrôler nos esprits (technologies qui semblent complètement impossibles dans l’état actuel de nos connaissances et qu’il serait donc particulièrement difficile de développer en marge de la communauté scientifique, dans le secret le plus total) nous sert à oublier que nos téléphones nous surveillent déjà très bien et fournissent plus de données que ne peuvent en exploiter les gouvernements, que la télévision nous abrutit parfaitement, et que nous avons choisi de les utiliser, que personne ne nous a jamais forcés.

De même, les anti-vaccins pointent, avec justesse, le fait que l’oligopole pharmaceutique a un intérêt commercial évident à ce que nous soyons le plus possible malade pour consommer le plus de médicaments. Qu’à travers les brevets, l’industrie pharmaceutique privatise d’énormes budgets publics pour les transformer en juteux profits, parfois au détriment de notre santé. Mais il est difficile de se passer des médicaments. Il est donc plus simple d’attaquer les vaccins, médicaments dont la procédure est impressionnante (une piqure) et qui ont, à très court terme, un effet néfaste (fièvre ou durillon). Pire, on ne perçoit jamais l’utilité d’un vaccin. Si un vaccin fonctionne, on se dira toute sa vie qu’il n’était pas nécessaire… Et qu’on a été victime d’un complot.

Le vaccin, qui est probablement la plus belle invention de l’humanité en ce qui concerne le confort et l’espérance de vie, sert donc très injustement d’étendard à l’intuitif conflit d’intérêts et à la rapacité (réelle) de l’industrie pharmaceutique. La plupart des médicaments sont beaucoup moins efficaces que ce qu’ils prétendent, ils sont vendus à grands coups de marketing. Le simple fait que les devantures de pharmacie soient transformées en gigantesques panneaux publicitaires est un scandale en soi. Les vaccins sont peut-être l’exception la plus sûre, la plus bénéfique et la plus surveillée. Mais c’est aussi intuitivement la plus facile à critiquer.

Et ces critiques sont parfois nécessaires : les vaccins étant peu rentables (on ne les prend qu’une fois dans sa vie), l’industrie pharmaceutique tente de les faire développer sur des fonds publics à travers les universités avant de s’arroger tous les bénéfices en les revendant très cher aux états… qui ont financé leur mise au point ! L’université d’Oxford avait d’ailleurs annoncé son souhait de mettre son vaccin COVID dans le domaine public, sur le modèle de l’Open Source, avant de se raviser sous, à ce qu’il parait, la pression de la fondation Bill Gates. Un complot qui, sans remettre en cause la qualité du vaccin, me semble parfaitement plausible et réaliste. À  croire que les complots absurdes comme les puces 5G dans les vaccins sont inventés exprès pour décrédibiliser la moindre des critiques et nous détourner des véritables problématiques. À noter que la fondation Bill Gates joue un rôle positif prépondérant dans l’éradication de la polio. Rien n’est jamais parfaitement noir ni blanc. Le monde est complexe.

Le complot des réseaux pédophiles

Pour faire une bonne théorie du complot, il suffit donc de reprendre les souffrances réelles, de les amalgamer avec une histoire séduisante et choquante. Un exemple parmi tant d’autres est la persistance des théories de réseaux pédophiles très sophistiqués pour les élites. Parfois mâtinée de satanisme et de cannibalisme pour le décorum.

La pédophilie est bel et bien un problème de notre société. Hélas, elle est majoritairement présente au sein des familles elles-mêmes. Les enfants sont le plus souvent abusés par un parent ou un proche de confiance (comme l’ont souvent été les prêtres). Mais imaginer qu’un oncle ou un père puisse violer un enfant de sa propre famille est tellement affreux que nous rejetons la faute sur les ultra-riches. Ultra-riches qui ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu en ayant parfois une sexualité débridée par un sentiment d’impunité, sentiment exacerbé par une culture machiste du viol menant parfois réellement à la pédophilie comme les affaires Weinstein ou Polanski.

Le traumatisme de l’affaire Dutroux en Belgique s’explique en partie, car il est difficile d’admettre qu’un pauvre type complètement malade puisse tout simplement enlever des gamines dans sa camionnette et les planquer dans sa cave. Que son nom était bien sur la liste des suspects, mais que la lenteur de la police à le démasquer s’explique essentiellement par l’application aveugle des procédures administratives en vigueur à l’époque, procédures ralenties par certains conflits de pouvoir au sein de la hiérarchie (ce qui a conduit, d’ailleurs, à une refonte complète de la police en Belgique). Il y’a un certain réconfort à imaginer que le crime n’est pas juste une série de malchances et de mesquineries administratives, mais bien la volonté d’une organisation toute puissante impliquant jusqu’à la famille royale.

Les complots de la juiverie internationale et de QAnon

Les théories du complot sont généralement l’illustration d’une perte de confiance justifiée envers les garants de la moralité et de l’autorité. Elles fleurissent le plus souvent en période de désarroi profond. La misère économique des années 30, juste après le krach boursier, permettra de mettre en avant la théorie séculaire de la cabale juive avec les conséquences que l’on sait en Allemagne. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de vous recommander l’excellent « Le cimetière de Prague », d’Umberto Eco, pour une illustration romancée de cette cabale.

La crise financière de 2008 n’échappe pas à la règle. Sur ses cendres naitront Donald Trump et QAnon qui n’ont, d’un point de vue historique, aucune originalité. Tout semble être, à la lettre près, issu des théories complotistes du passé.

Des thèses absurdes, mais avec, encore une fois, une intuition d’un problème très juste. Le problème de l’existence de l’industrie de la finance. Comment se fait-il qu’une industrie qui ne semble produire rien de concret pour les citoyens lambdas, qui génère des milliards, qui semble rendre chacun de ses membres millionnaires, comment se fait-il que cette industrie aux pratiques incompréhensibles reçoivent autant d’argent du gouvernement lors d’une difficulté qu’elle a elle-même créé ? Comment se fait-il que, dans ce qui se présente comme une démocratie, le principal facteur pour arriver au pouvoir soit la richesse ? Comment se fait-il que tous nos meilleurs cerveaux issus des écoles d’ingénieurs, de science ou d’administration soient recrutés dans le domaine de la finance ?

À ce sujet, je conseille le magnifique discours de Fabrice Luchini (préparé, mais jamais déclamé) dans le film « Alice et le maire ». Un film qui illustre de manière très réaliste les dessous de la politique : des gens stressés, qui enchainent les réunions et qui n’ont plus le temps de penser. Comment voulez-vous que ces organisations dont la vision à long terme relève de la prochaine élection puissent sérieusement mettre en place des complots d’envergure ?

Le complot de la malbouffe

Les théories du complot ne peuvent que diviser. Les intuitifs savent qu’elles représentent un problème réel. Les rationnels peuvent démontrer qu’elles sont absurdes et en viennent à nier l’existence du problème initial. Les deux camps ne peuvent donc plus se parler. Les comportements sensés et absurdes se mélangent.

Entrez dans un magasin de nourriture bio et vous serez abasourdi par le fatras de concepts dont une simple boîte de conserve peut se revendiquer.

Votre boîte est « bio ». Cela signifie qu’elle a reçu un label comme quoi elle utilisait une quantité limitée de certains pesticides.

La démarche est rationnelle. Si la nocivité des pesticides sur l’humain n’est pas toujours démontrée, elle l’est sur le vivant. L’absorption des pesticides par le corps a été démontrée et l’hypothèse que ces pesticides puissent avoir un impact sur la santé est sérieusement étudiée.

Votre boîte est également dans un emballage « écologique ». Cela semble intuitif, mais, malheureusement, la culture biologique produit énormément plus de CO2 que la culture avec pesticide. Ceci dit, les pesticides ont également un impact environnemental non négligeable, même si ce n’est pas du CO2.

L’aliment est également garanti sans OGM. Là, cela devient plus étrange. La nature produit en effet des OGM en permanence. C’est même le principe de l’évolution. Les OGM pourraient donc être particulièrement bénéfiques, par exemple en étant plus nutritifs. Rejeter les OGM, c’est rejeter le principe du bouturage, vieux comme l’agriculture. Mais le rejet des OGM est, encore une fois, le symptôme d’un réel problème, à savoir la volonté d’apposer une propriété intellectuelle sur les semences, procédé monopolistique dangereux. La lutte anti-OGM n’est pas tant contre le principe de l’OGM lui-même (la plupart des anti-OGM ne savent d’ailleurs pas ce qu’est un OGM) qu’une défiance envers ceux qui prétendent manipuler la nourriture sans vouloir nous dire comment ni nous permettre de le faire nous-mêmes. La défiance envers l’industrie qui pratique l’OGM  est pertinente. La défiance envers le principe même de l’OGM ne l’est sans doute pas.

Enfin, il arrive que votre nourriture (ou vos produits de beauté, s’ils sont de la marque Weleda) soit issue des principes de la biodynamie. La biodynamie est un concept inventé par Rudolf Steiner, un illuminé notoire qui a décidé de réinventer la philosophie, les sciences, la médecine, l’éducation et la religion en se basant uniquement sur son intuition. Il n’y connaissait strictement rien en agriculture, mais a un jour improvisé une conférence devant une centaine d’amis, dont seule une minorité d’agriculteurs, sur la meilleure manière de cultiver. Cette conférence a été retranscrite par une sténographe, mais Steiner lui-même a dit plusieurs fois qu’il n’avait pas relu cette transcription et que sa conférence avait pour objectif d’être orale, pas écrite. Que la transcription devait comporter énormément d’erreurs. Il mourra peu après sans jamais relire ni même mentionner le terme « biodynamie » qui sera inventé par après.

Il n’empêche que cette transcription erronée d’une conférence improvisée par un non-agriculteur passionné d’occultisme et de magie sert aujourd’hui de référence à toute une industrie. Les règles sont du style : « Telle plante doit être plantée quand Mars est visible dans le ciel parce que les fleurs sont rouges et que Mars est rouge. Et il faut répandre des rats morts dans le compost durant les nuits de pleines lunes parce que ça le fait ». Tout livre ou agriculteur qui se revendique de la biodynamie aujourd’hui ne fait qu’une chose : reprendre les élucubrations sans aucune substance empirique issues de la transcription erronée d’une seule et unique conférence d’un illuminé. Bref, la définition même de la théologie. Cependant, si on supprime toute la partie ésotérique, on retrouve les fondements de l’agriculture biologique. Comme n’importe quelle religion, la biodynamie est donc loin d’avoir tout faux. Tout simplement parce que, statistiquement, avoir tout faux est aussi improbable que d’avoir tout vrai et parce que, comme le souligne Kahneman, l’intuition est souvent juste. Mais pas toujours. Ce qui est son gros problème.

Donc, en achetant de la nourriture bio, ce que je fais personnellement, je mélange le plus souvent du sensé, du pas complètement sensé et de l’absurde total.

Tout cela à cause d’un problème intuitif bien réel : on possède désormais un confort suffisant pour faire le difficile concernant notre nourriture et force est de constater qu’on bouffe de la merde. À travers le sucre et les graisses saturées, les producteurs de nourriture ne cherchent qu’à nous rendre addicts à moindre coût au mépris le plus total de notre santé. Les aliments sont manipulés pour paraitre jolis en magasin, au détriment de leur composition. Depuis des décennies, des arnaques intellectuelles, parfois promues par nos gouvernements, ont servi les intérêts industriels (par exemple le fait de boire du lait pour renforcer les os ou le principe de la pyramide alimentaire, principe sans aucun fondement scientifique). Le complot est donc bel et bien réel !

Le complot des complotistes

Nous le sentons alors nous cherchons à préserver notre santé, à diminuer nos cancers en nous protégeant des ondes électromagnétiques et en bouffant bio. Ce qui, objectivement, pourrait avoir un impact positif. Très faible, mais ce n’est pas impossible.

Mais vous savez ce qui a un impact majeur sur notre santé ?

La cigarette, les pots d’échappement de voiture, l’alcool. Supprimez ces trois-là, dont deux sont à votre portée immédiate, et cela aura un million de fois plus d’effet que de bouffer bio et de mettre son GSM en mode avion la nuit. Pour un effet maximal, diminuez également la viande rouge, cancérigène établi, et faites 30 minutes d’exercice par jour.

Ils sont là les complots qui en veulent à votre santé. Ils crèvent les yeux. C’est le lobby du tabac qui fait qu’il est légal de fumer en public, en empestant autour de soi. C’est le lobby automobile qui vous vend des SUV en vous faisant pester sur les embouteillages et en tuant les jeunes adultes inconscients qui roulent à pleine vitesse. C’est le lobby de l’alcool qui fait des cartes blanches contre le concept de « tournée minérale » en Belgique et qui subventionne les cercles étudiants, ce sont les Facebook et Google qui accaparent toute votre vie privée et mettent en place des procédés monopolistiques qui les rendent incontournables.

Nous pouvons tous lutter contre ces complots qui nous menacent directement dans notre intégrité physique et mentale. Les plus grandes causes de mortalités évitables, hors suicide, peuvent se résumer à alcool, tabac et bagnole.

Mais c’est très difficile de renoncer à sa clope, à sa bagnole et à son compte Facebook. Alors on poste contre les vaccins, contre les OGMs et contre la 5G. On manifeste contre ce qu’on ne peut pas vraiment changer. Quitte à se mettre en danger un fumant de l’herbe « bio », en buvant des alcools distillés artisanalement et en refusant les vaccins pour ses enfants. Tout en le clamant haut et fort sur Facebook.

À force de remettre en question l’autorité, on se tourne alors vers des sources d’autorités sans aucune légitimité, mais qui nous font du bien. On prétend ne pas vouloir se faire manipuler et on va se mettre dans les pattes des intérêts commerciaux des gourous, des shamans et des vendeurs de cruches qui énergétisent l’eau. Sous prétexte de ne pas vouloir obéir, on en vient à faire exactement le contraire de ce que les autorités disent, sans réfléchir au fait qu’on est encore plus facilement manipulable, comme l’enfant qui dit toujours non et à qui on dit « Ne mange surtout pas ta soupe ! ».

Si vous pensez qu’un domaine quelconque est corrompu, de l’industrie alimentaire à la recherche scientifique, vous avez probablement raison. Mais ce n’est pas contre le domaine en question qu’il faut lutter, c’est contre la corruption. L’industrie de l’alimentation biologique, celle du cannabis, celle des cristaux énergétiques et des réseaux de coaching anti-cancer astrologique sont tout aussi corrompus, tout comme l’est la politique écologique. Ils comportent une partie de gens honnêtes dilués dans une population ne cherchant qu’à vider votre portefeuille.

Le plus dur à accepter c’est que, non, on ne nous cache pas la vérité. Elle est là, devant les yeux de qui veut bien la voir. Il n’y a rien de secret, rien de mystérieux. L’intelligence moyenne reste la même, quel que soit le niveau de richesse ou de pouvoir politique. Mais cette réalité est difficile à accepter, car elle n’offre pas de réponse toute faite, parce qu’elle n’offre aucune certitude, que des probabilités, parce qu’elle va très souvent en contradiction avec nos convictions et nos actions passées. Et parce que, si le complot est le plus souvent inventé ou exagéré, la souffrance qui en résulte est elle bien réelle.

Pour aller plus loin :  complot du Covid et autres lectures

« Vaincre les épidémies », par Didier Pittet et Thierry Crouzet.

Inventeur du gel hydroalcoolique que nous utilisons désormais tous les jours, Didier Pittet est un spécialiste suisse mondialement reconnu des maladies infectieuses et des épidémies. Dans ce livre, il retrace sa découverte du Covid, sa comparaison avec les autres épidémies (H1N1, grippe aviaire) et son expérience de devenir l’expert de référence pour Macron, qui enverra un jet privé le chercher pour l’amener à une réunion de l’Élysée. Ce livre illustre donc à merveille la vision d’une personne qui fait partie du plus haut niveau de pouvoir en ce qui concerne le COVID. Au menu : incompétences à tous les niveaux de décisions, conflits politiques qui impactent des décisions qui devraient être purement scientifiques, tentatives pas souvent efficaces de manipuler l’opinion publique « dans le bon sens » à travers le marketing. Dans le COVID comme partout, les complots sont bel et bien présents, mais tellement petits, humains, mesquins…

Didier Pittet vient d’être fait Docteur honoris causa de l’université où j’enseigne l’Open Source. Ce que je salue, car, avec la formule de son gel hydroalcoolique, il est un pionnier de l’Open Source dans le domaine de la santé.

Thierry Crouzet revient sur la nécessité de créer un vaccin Open Source.


https://tcrouzet.com/2020/12/02/je-veux-la-paix-dit-le-vaccin-mais-je-fais-la-guerre/

Ce qui n’est malheureusement pas le cas, comme je l’ai raconté, à cause de la fondation Bill Gates.


https://khn.org/news/rather-than-give-away-its-covid-vaccine-oxford-makes-a-deal-with-drugmaker/

Dans son intervention, le parlementaire belge François De Smet tente de trouver un juste milieu entre les mesures anti-Covid et les libertés publiques. Loin de crier au complot, dans un sens ou dans l’autre, il milite pour un équilibre raisonnable. Cela devient tellement rare que cela mérite d’être souligné. De la même façon, il avait dénoncé les procédures entourant le marché des vaccins anti-covid tout en militant pour plus de transparence. Un politicien qui me fait plaisir. Il risque de ne pas avoir beaucoup de voix. D’ailleurs, il ne semble intéresser personne d’autre que moi.

https://francoisdesmet.blog/2021/02/05/chambre-debat-covid-et-libertes-publiques/

https://francoisdesmet.blog/2020/12/22/chambre-vaccins-et-transparence/

Bad science, un livre et une chronique qui revient sur les arnaques scientifiques de l’industrie pharmaceutique, depuis Big Pharma aux laboratoires bio/indépendants qui fournissent les compléments alimentaires « alternatifs » (je n’ai pas lu le livre, je me fie à la critique de Cory Doctorow).


https://memex.craphound.com/2010/10/19/bad-science-comes-to-the-usa-ben-goldacres-tremendous-woo-fighting-book-in-print-in-the-states/

« Le cimetière de Prague », d’Umberto Eco. Avec sa verve habituelle, Eco nous plonge dans la vie d’un faussaire obligé de créer de toutes pièces les preuves d’un complot. Jouissif.

Compte-rendu de l’incompétence des services secrets anglais


https://www.bbc.co.uk/blogs/adamcurtis/entries/3662a707-0af9-3149-963f-47bea720b460

Un très long témoignage sur comment les théories du complot nous manipulent et sur le parallèle entre la diététique « alternative », les religions et les complots politiques.


https://wisetendersnob.medium.com/this-secret-message-could-change-your-life-wellness-culture-jesus-and-qanon-cd576e53c9c8

Photo by Markus Spiske on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander et partager mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

<style type="text/css"> .mailpoet_hp_email_label{display:none!important;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_form { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_column_with_background { padding: 10px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:not(:first-child) { margin-left: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph { line-height: 20px; margin-bottom: 20px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_segment_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_text_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_radio_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_list_label, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_label { display: block; font-weight: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea, #mailpoet_form_1 .mailpoet_select, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_month, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_day, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date_year, #mailpoet_form_1 .mailpoet_date { display: block; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_text, #mailpoet_form_1 .mailpoet_textarea { width: 200px; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_checkbox { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_submit { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_divider { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_message { } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading { width: 30px; text-align: center; line-height: normal; } #mailpoet_form_1 .mailpoet_form_loading > span { width: 5px; height: 5px; background-color: #5b5b5b; }#mailpoet_form_1{border-radius: 0px;text-align: center;}#mailpoet_form_1 form.mailpoet_form {padding: 20px;}#mailpoet_form_1{width: 100%;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_message {margin: 0; padding: 0 20px;}#mailpoet_form_1 .mailpoet_paragraph.last {margin-bottom: 0} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 {background-image: none;}} @media (min-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .last .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}} @media (max-width: 500px) {#mailpoet_form_1 .mailpoet_form_column:last-child .mailpoet_paragraph:last-child {margin-bottom: 0}}

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

]]>