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La conscience de l’humanité passera-t-elle par les réseaux sociaux ?

Tuesday 7 February 2017 at 14:10

Dans « Pourquoi nous regardons les étoiles », j’ai expliqué que l’humanité est pour moi un organisme multicellulaire qui est en train de se doter d’un système nerveux (l’écriture et Internet) et, bientôt, d’une conscience.

D’un point de vue anecdotique, il est intéressant de constater que le logiciel d’intelligence artificielle MogIA avait prédit, en analysant les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Google, que Trump serait élu là où les médias traditionnels étaient convaincus de la victoire d’Hillary Clinton.

J’ai la conviction que, bien qu’encore balbutiante, une conscience globale est en train d’émerger sur les réseaux sociaux.

Et vous avez un rôle primordial à jouer pour donner une direction à cette conscience, pour lui inculquer les valeurs qui vous sont chères.

Le piège des « fake news »

Depuis l’élection de Trump, un débat a lieu sur le partage des “fake news” sur les réseaux sociaux, des canulars présentés comme des nouvelles réelles et qui auraient influencés les électeurs américains.

Mais ces fake news ne sont-elles pas tout aussi représentatives de notre conscience collective que n’importe quelle autre information ? La réalité est une notion complexe et sa représentation est forcément subjective.

Après tout, notre société européenne s’est construite sur un livre, la bible, qui contient tellement de contradictions et d’absurdités que la question de sa réalité ne devrait pas se poser. Pourtant, il fut à la fois le fruit et l’influence de notre conscience collective durant plusieurs siècles.

Si nous voulons faire grandir notre conscience collective, il ne faut pas filtrer les fausses nouvelles, il faut apprendre à devenir critique et à les comprendre comme ce qu’elles sont : une partie légitime de nous-mêmes.

Il n’y a pas de vraies ou de fake news mais des expressions différentes de notre perception commune. Toute “vraie” news reste filtrée par la subjectivité de celui qui l’a écrite.

Construire une conscience collective sur Facebook

Je vous propose donc d’analyser l’influence que les réseaux sociaux ont sur nous et que nous pouvons avoir sur eux, en commençant par Facebook.

Pour chaque action que nous avons la possibilité d’effectuer, j’ai identifié trois effets :

Aimer une page Facebook

Sur Facebook, “Aimer” est un terme trompeur. Il serait plus juste de dire “Je soutiens publiquement”. Par exemple, en aimant la page Ploum, vous soutenez publiquement mon action de blogueur.

L’effet sur les autres est relativement important car cela revient à recommander Ploum à vos amis. Plus une page à des “J’aime”, plus elle est considérée comme crédible et importante, spécialement par les médias traditionnels. Votre “J’aime” a donc un poids réel (tout comme le fait de me suivre sur Twitter, le nombre de followers étant perçu comme une mesure de l’importance de la personne).

L’effet que cela a sur vous est très faible, voire nul à moins que vous ne cliquiez sur “Voir en premier”. Si vous ne faites pas cela, vous ne verrez presque pas les publications de la page en question. La raison est simple : Facebook fait payer les propriétaires de pages pour toucher leurs fans.

Le business de Facebook est donc de vous encourager à aimer ma page puis à me faire payer pour que mes posts vous parviennent.

Précision importante : vous offrez une part énorme de votre attention aux publicitaires si vous aimez des pages génériques ou liées à des domaines précis. Si vous aimez ce qui touche au vélo, vous serez inondés de publicités liées au vélo. C’est en utilisant cette technique que Trump a pu être élu malgré une campagne ridicule et un budget très limité.

Soyez donc vigilants et passez en revue tous vos “J’aime”, surtout ceux que vous avez fait à un moment ou un autre pour participer à un concours. N’aimez que ce que vous considérez comme un réel soutien public.

Personnellement, j’évite les marques, les grands groupes et les concepts génériques. J’aime les personnes, les artistes peu connus, les organisations ou les commerces locaux dont je souhaite activement assurer la promotion.

Profitez-en pour aimer Ploum.net sur Facebook et Twitter ! Ne suis-je pas un artiste peu connu ?

Aimer et repartager un contenu sur Facebook

En aimant et repartageant un contenu, vous un avez un effet maximal sur Facebook. Non seulement vous donnez du poids à un contenu mais vous augmentez la probabilité que votre entourage y soit confronté.

Attention, il y’a une astuce : ce poids va au contenu et pas au message au-dessus. Si vous aimez un message de type “Ce site d’extrême-droite est scandaleux”, vous donnez du poids… au site en question et favorisez l’apparition de ce site sur Facebook.

Il est donc important de ne pas partager ce qui vous indigne mais bien des sites, des articles, des vidéos que vous soutenez réellement.

Autre revers de la médaille : vous vous mettez à nu face aux publicitaires. Si vous aimez des articles sur le vélo, ils finiront par comprendre que vous aimez le vélo, bien que vous n’aimiez aucune page liée.

En résumé, soyez très prudents avec ce que vous partagez et soyez positifs !

Si vous voulez donner de la « conscience » à notre humanité Facebookienne, je vous encourage à partager des articles, des textes, des vidéos que vous trouvez vraiment intéressants, qui ont du fond, qui vous semblent pertinents.

Personnellement, je tente de proscrire les « révélations » de type « ce que les médecins/politiciens/médias vous cachent », les vidéos ou images amusantes, choquantes mais sans réelle réflexion. J’évite également les posts automatisés de type quizz, sondages ou « quel chat/acteur/personnage êtes-vous ? ». J’essaie également d’éviter ce qui fait réagir mais n’est au fond qu’anecdotique. Je fuis la manipulation des émotions.

En postant des articles ou des vidéos de fond, vous invitez à la réflexion, à échanger des idées. En développant des arguments sereins et positifs dans les commentaires, vous faites grandir notre conscience collective. C’est justement ce que j’essaie de faire, à ma petite échelle, avec les articles que j’écris ou que je partage.

Qui façonne ceux qui nous façonnent ?

En conclusion, il apparaît que Facebook est avant tout une machine à nous façonner. L’influence que Facebook a sur nous est maximale tandis que celle que nous avons sur Facebook est minimale.

Minimale mais existante !

Si nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser Facebook avec la pleine conscience de ce que nous faisons, l’effet sera tangible !

Je comprends le désir de beaucoup d’entre vous de quitter ou de ne jamais rejoindre Facebook. Malheureusement, on ne peut plus nier l’importance que cet outil a pris dans le façonnement de notre humanité. À tel point que je le trouve de plus en plus représentatif de la « conscience de l’humanité ». Alors est-il préférable de le quitter complètement ou d’essayer de le façonner à notre image ? À chacun de choisir sa solution en conscience…

 

Photo par Frans de Wit.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Source: https://ploum.net/la-conscience-de-lhumanite-passera-t-elle-par-les-reseaux-sociaux/


Pourquoi nous ne faisons pas la révolution ?

Sunday 5 February 2017 at 13:19

Autour de moi, nombreux sont ceux qui s’indignent sur les différentes injustices, sur la malhonnêteté flagrante et indiscutable des politiciens qui nous gouvernent. Et de s’interroger : « Comment se fait-il qu’on tolère ça ? Pourquoi n’y a-t-il pas de révolutions ? »

La réponse est simple : car nous avons trop à perdre.

Depuis la corruption à peine voilée et bien connue de nos dirigeants aux injustices inhumaines de notre système, nous dénonçons mais n’agissons pas.

Nous avons peur de perdre…

Grâce à la productivité accrue, notre société pourrait nous nourrir et nous loger confortablement sans soucis. Cependant, nous sommes encore tous entretenus dans la superstition qu’il est nécessaire de travailler pour mériter le droit de survivre. Nous avons peur de la pauvreté voir même de demander de l’aide, d’être assistés.

Le travail est une denrée de plus en plus rare ? Le travail est le seul moyen de survivre ?

Ces deux croyances sont si profondément ancrées qu’elles rendent difficile de prendre le moindre risque de changer les choses. Car tout changement pourrait être pire. Et induire le changement est un risque individuel !

Nous avons trop à perdre…

Emprunt hypothécaire, grosse voiture, smartphone assemblé en Chine, ordinateur portable, chemises de marque produites par des enfants au Bangladesh. La société de consommation nous pousse à trouver dans l’achat et le luxe ostentatoire une réponse à tous nos maux.

Nous soignons l’hyperpossession par des achats compulsifs. Nous ne sommes même pas intéressés par les objets en question mais par le simple fait d’acheter, de posséder. Sinon, nous achèterions de la qualité.

Et le résultat est que nous possédons énormément de brols, de produits de mauvaises qualité que nous n’utilisons pas mais que nous entassons et refusons de jeter pour ne pas remettre en question notre acte d’achat. Nous possédons tellement que tout changement nous fait peur. Serions-nous prêts, comme nos arrières-grand-parents, à partir sur les routes en n’emportant qu’une simple valise ? Nous avons travaillé tellement d’heures pour acheter ces biens que nous stockons, souvent sans les utiliser une fois l’effet de nouveauté passé.

Prendre des risques

Au plus nous possédons, au plus nous avons à perdre. Ajoutons à cela que, dans le crédo sociétal, toute déviation de la norme est perçue comme une prise de risque incroyable, vitale. Si vous n’avez pas votre maison, vous risquez d’être sans ressource à la pension. Si vous n’avez pas de travail, vous êtes sociétalement un paria et vous serez demain à la rue. Demander de l’aide à des amis ou à la famille serait le comble du déshonneur.

Il est donc préférable de perpétuer le système tel qu’il est, de ne surtout rien changer.

Alors, nous râlons devant les injustices flagrantes, les manquements. Nous nous attacherons à des petits avantages, des augmentations salariales.

Nous voterons pour “le changement” en espérant de tout cœur que rien ne change.

Les révolutions

Il faut se rendre à l’évidence : les révolutions se font par des gens qui sont prêts à sacrifier leur vie.

Or nous ne sommes même pas prêts à sacrifier notre nouvelle télévision et notre carte essence.

Tant que nous nous évertuerons à protéger notre emploi et nos petits avantages, fut-ce au mépris de nos valeurs et de nos propres règles morales, nous nous condamnons à entretenir le système.

Par contre, nous pouvons apprendre à acheter de manière responsable, à ne plus sacrifier nos valeurs pour un emploi, à sortir de nos aliénations. Nous pouvons apprendre à remettre en question ce que nous achetons, ce que nous faisons pour gagner notre vie. Nous pouvons apprendre à refuser de nous laisser manipuler.

Peut-être que c’est tout simplement cela la prochaine révolution : prendre conscience des conséquences de nos actions individuelles, reprendre le pouvoir sur nos vies au lieu de se contenter de remplacer régulièrement ceux à qui nous déléguons le pouvoir.

 

Photo par Albert.

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Source: https://ploum.net/pourquoi-nous-ne-faisons-pas-la-revolution/


Stagiaire au spatioport Omega 3000

Sunday 29 January 2017 at 14:30

Cette nouvelle, illustrée par Alexei Kispredilov, a été publiée dans le numéro 4 du magazine Amazing que vous pouvez dès à présent commander sur ce lien.

Un léger choc métallique m’informe que la navette vient de s’amarrer à la station spatiale. Je ne peux réprimer un sentiment de fierté, voire de supériorité en observant mes compagnon·ne·s de voyage. Que ce soit ce triplet verdâtre d’alligodiles de Procyon Beta, ce filiforme et tentaculaire Orionais ou ce couple d’humains à la peau matte, tou·te·s ne sont que de simples voyageur·euse·s qui ne feront que transiter dans la station pour quelques heures.

Alors que moi, j’ai été engagé! Je suis stagiaire!
À pleines narines, je déguste les relents tout particuliers du spatioport Omega 3000. Un remugle de mélange, de mixité, de races, d’espèces. Une odeur indéfinissable, bâtarde, propre à tous les spatioports. L’odeur de la vie dans la galaxie.

— Dis moi, jeune homme, tu n’aurais pas vu dans ta navette une dame répondant au nom de Nathan Pasavan? Je suis certaine qu’elle devait être dans ton vol mais…
Étonné, je suis sorti de ma rêverie par une imposante dame aux cheveux gris et frisés. Ses lèvres semblent s’agiter plus vite que la vitesse à laquelle me parviennent ses paroles.— Je suis Nathan Pasavan, fais-je en tentant de prendre mon ton le plus assuré.
Son corps semble se figer un instant et elle pose sur moi un regard amusé.— Toi? Tu es le stagiaire?
— Oui, j’ai été sélectionné après les années de formation, les examens et les tests physiques. Je suis très fier d’avoir été assigné à Oméga 3000.
— Mais… Tu es un homme! Voire même encore un garçon. Je ne m’attendais pas à un jeune homme. Enfin bon, après tout, pourquoi pas. Combien de spatioports as-tu déjà visité ?— Et bien… Un seul!
— Un seul! Lequel?
— Celui-ci… fais-je en bégayant un petit peu.
Elle éclate soudainement de rire.
— T’es mignon. Allez stagiaire, au boulot !
D’une poigne ferme, elle me traîne à travers les méandres de la station avant de me planter une brosse dégoulinante dans les mains.
— Tiens, me dit-elle en pointant du doigt une porte munie d’un hiéroglyphe abscons. Au boulot stagiaire ! Montre-nous qu’un homme peut accomplir un véritable boulot de femme !

Surpris, je reste tétanisé, la brosse à la main. Derrière moi, j’entends la porte se fermer alors qu’une odeur pestilentielle m’assaille violemment les narines. Dans une semi-pénombre, j’arrive à observer un incroyable carnage: une large toilette débordante d’une matière verdâtre, émettant des effluves nauséabondes miroitant à la limite du spectre visible. Une toilette bételgienne, visiblement peu entretenue et utilisée par une armée de blobs visqueux en transit entre la terre et leur planète natale.

Serrant la brosse dans ma main, je déglutis. Est-ce ainsi que sont accueillis les stagiaires? Avec les tâches les plus indignes, les plus avilissantes? Est-ce parce que je suis un homme ?

Retroussant mes manches, je pousse un soupir avant de… Des souvenirs de mon entraînement me remontent à l’esprit. Ce scintillement est caractéristique des excréments de Bételgiens femâles. Une caste sexuelle qui ne mange et n’excrète qu’une mousse organiquement friable. C’est un piège! Si je trempe ma brosse, la mousse va la coloniser et utiliser les particules de savon pour se nourrir et grandir. C’est certainement ce qui s’est passé dans cette toilette. Les excréments de Bételgiens femâles sont cependant particulièrement sensibles à la lumière. Obéissant à mon intuition, je cherche l’interrupteur et inonde la pièce d’une lumière blanche et crue. Aussitôt, l’immonde matière visqueuse se met à ramper et à fuir vers la seule issue obscure : la toilette. En quelques secondes, la pièce brille comme un sou neuf. La porte s’ouvre et ma mentor me dévisage avec un sourire étonné.

— Pas mal pour un mâle, me dit-elle. Bienvenue sur Omega 3000, je suis Yoolandia, Madame Pipi en chef de tout le spatioport. Te voici désormais Madame Pipi stagiaire. Solennellement, elle me tend le cache poussière rose à fleur traditionnel et l’assiette à piécette, insigne historique de la fonction. Ne pouvant réprimer un immense sentiment de fierté, je me mets aussitôt au garde-à-vous.

***

— Alerte ! Alerte ! Situation au box 137.
Mon écran digital vient de s’allumer et je bondis immédiatement. Cela fait à peine quelques mois que je suis sur Omega 3000 mais mon corps a déjà acquis les réflexes de ma fonction. Yoolandia me toise d’un regard narquois.

— Encore une mission dont notre petit génie va s’extirper avec les félicitations du jury. Tu vas bientôt obtenir le grade officiel de Madame Pipi et me faire de l’ombre si tu continues !

— Pourquoi n’ai-je pas le droit à être appelé Monsieur Pipi ?

Elle soupire…

— Jamais le terme n’a été utilisé. C’est une fonction trop importante pour un homme. Allez, va! Le box 137 a besoin de toi!

Tournant les talons, je m’engouffre dans les méandres de la station. Pourquoi les hommes ne pourraient-ils pas occuper de hautes fonctions? Car le rôle de Madame Pipi est primordial dans une station spatiale! Lorsque les races de l’univers sont entrées en contact, nous nous sommes très vite aperçu·e·s que le concept de sexe était extrêmement variable voire indéfini d’une race à l’autre. Par contre, excréter semblait être une constante de la nature.

Les êtres humains étaient la seule race à proposer des toilettes séparées pour les différents sexes. Alors que même les compétitions sportives avaient depuis longtemps aboli toute catégorisation par sexe, les toilettes restaient encore et toujours un lieu de ségrégation. Le reste de la galaxie trouva cette mode tellement excentrique qu’elle décida de l’adopter. Mais comme la plupart des races ne se divisent pas entre mâles et femelles, il fallut instituer des toilettes séparées pour chaque cas pouvant se présenter. Le lépidoptère amurien, par exemple, passe par 235 modifications de sexe au cours de son existence. Dont 30 au cours d’une seule et unique heure. Heureusement, ils ne voyagent que dans 17 de ces situations.

Le rôle de Madame Pipi est donc primordial dans un spatioport. Il requiert de longues années d’études et un entraînement physique à toute épreuve. Pour, par exemple, résoudre le cas qui se présente à moi au box 137. Un box réservé normalement aux surfemelles. Mais dans laquelle est entrée par erreur une limace tronesque agenrée.

Les excréments d’une limace tronesque ressemblent à des billes transparentes qui croissent au contact de l’eau si elles ne sont pas auparavant dissoutes. En tirant la chasse, les surfemelles Odariennes se sont donc retrouvées coincées au milieu de gigantesques sphères translucides.

Un cas d’école assez routinier.

***

— Alerte! Alerte! Situation au box 59!
Je pousse un profond soupir. Tous ces problèmes me semblent si simples à résoudre, si artificiels. En vérité, je m’ennuie !

***

– Bravo Nathan!
Tout en m’embrassant sur les deux joues, Yoolandia colle symboliquement une pièce dans mon assiette. La directrice du spatioport Omega 3000, en personne, s’adresse à l’assemblée.

— Nous sommes très fières, aujourd’hui, de nommer Nathan «Madame Pipi certifiée».
— Monsieur Pipi, grommelé-je entre mes dents.
— La pièce que vient de coller Yoolandia dans l’assiette de Nathan est une véritable pièce de monnaie préhistorique. Cet acte symbolique rappelle l’importance historique de la fonction…

Mais déjà je n’écoute plus. Je suis impatient d’exposer mon idée à Yoolandia. Une idée qui va révolutionner la fonction de Madame Pipi. Tandis que la directrice continue sa harangue, je tire Yoolandia un peu à l’écart.
— Alors, tu es prêt pour ton discours ? me fait-elle.
— Oui, justement, je compte présenter une idée incroyable !
— Quelle idée?
— Eh bien j’ai imaginé supprimer la ségrégation des toilettes…
— Comme c’est original, fait-elle en éclatant d’un rire jaune. Tu crois que tu es le premier? N’as-tu pas compris que chaque type d’excrément doit être traité différemment ? Que la séparation est nécessaire?
— Justement, fais-je, je m’attendais à cette objection. J’ai développé une méthode très simple qui évacue tous les types d’excréments sans produire la moindre réaction indésirable. Un système basé sur de la lumière pulsée, des vibrations et un assortiment d’enzymes tronesques dont…
— Malheureux !
Comme par réflexe, elle m’a couvert la bouche. Son regard est terrifié. Je tente de me dégager.

—Non, tais-toi ,me fait-elle. Tu ne comprends pas ? Tu ne vois pas que tu es en train de tuer notre métier ! Notre prestige !
—Hein?
— Si tu fais cela, c’est la fin des Madames Pipi! Tu n’es certainement pas le premier à arriver à cette solution. Mais celleux qui l’ont trouvée ont vite compris où était leur intérêt.
— Que veux-tu dire?
— Regarde-les, me dit-elle en pointant la foule hétéroclite des employé·e·s du spatioport. La moitié d’entre elleux nous obéissent. Iels sont plombier·e·s, nettoyeur·euse·s, spécialistes en sanitaires différenciés. Leur job dépend de nous! Tu ne peux pas simplifier la situation! Pense aux conséquences!
— Mais…
— Et maintenant, entonne la directrice dans son micro, je vous demande un tonnerre d’applaudissements pour Nathan, notre nouvelle Madame Pipi!
— Monsieur Pipi, murmuré-je machinalement !
Alors que je me dirige vers l’estrade, la voix de Yoolantia me parvient.
— Pense aux conséquences, Nathan. Pour ton emploi et ceux des autres.
À mi-chemin, je me retourne. Elle me darde de son regard perçant.
— N’oublie pas que tu es un mâle. Un mâle du box 227. Je suis une femelle du box 1. Alors, réfléchis bien aux conséquences…

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Source: https://ploum.net/stagiaire-au-spatioport-omega-3000/


Les pistes cyclables n’existent pas, ce sont des routes !

Saturday 21 January 2017 at 10:56

Ceci est le billet 2 sur 2 dans la série Les pistes cyclables

Je pensais avoir découvert la vérité : les pistes cyclables seraient en fait des parkings. Mais j’ai réalisé que ce n’était pas vrai. Les pistes cyclables sont tout simplement des routes comme les autres.

Il suffit donc de mettre des flèches sur le sol pour déclarer, avec fierté, être une commune cyclable.

Ce système n’apporte, bien entendu, aucune protection aux cyclistes. Pire : selon le code de la route, ils sont obligés de rester dans cette bande parfois mal définie et les voitures sont obligés de rouler sur cette bande. Ce système est donc pire pour les cyclistes que pas de piste cyclable du tout ! La couleur n’y change rien…

Tout au plus cela fait-il penser au sang versé par les cyclistes renversé. Cette couleur rouge a d’ailleurs la particularité d’être tellement glissante par temps de pluie que je l’évite à tout prix. Ce serait bien trop dangereux !

Une nouvelle idée a alors fait son chemin dans la tête des politiciens désireux de séduire l’électorat cycliste mais sans dépenser un centime. Les rues cyclables !

Une rue cyclable est une rue dans laquelle une voiture ne peut pas dépasser un vélo. Rappelons que, normalement, un automobiliste ne peut dépasser un cycliste qu’en laissant au minimum un mètre entre lui et le vélo. Cette initiative, si elle est sympathique, ne sert donc strictement à rien pour encourager l’utilisation du vélo.

Heureusement, les rues cyclables font rarement plus d’une dizaine de mètres de long. Il ne faut pas déconner non plus. Ces zones tendent donc à confiner l’utilisation du vélo dans certains rares endroits et renforcent la conviction des automobilistes que, ailleurs, ils sont les rois absolus.

Moralité, les pistes cyclables n’existent pas, ce sont tout simplement des routes ! Ou parfois, des trottoirs…

Le cycliste a donc l’obligation de circuler sur un trottoir étroit, mettant en danger les piétons. Car, rappelons-le, l’usage des pistes cyclables (qui n’existent pas), est obligatoire !

Mais heureusement, les pistes cyclables n’existent pas. Ce sont des routes…

…ou des trottoirs !

Les photos de cet article et du suivant illustrent le combat quotidien d’un cycliste à travers les communes de Grez-Doiceau (bourgmestre MR), Chaumont-Gistoux (bourgmestre MR, Ecolo dans la majorité), Mont-Saint-Guibert (bourgmestre Ecolo) et Ottignies-Louvain-la-Neuve (bourgmestre Ecolo).

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Source: https://ploum.net/les-pistes-cyclables-nexistent-pas-ce-sont-des-routes/


Les pistes cyclables n’existent pas, ce sont des parkings !

Friday 20 January 2017 at 12:50

Ceci est le billet 1 sur 2 dans la série Les pistes cyclables

À force de parcourir le brabant-wallon à vélo, j’ai eu une révélation : les pistes cyclables n’existent pas, ce sont tout simplement des parkings.

C’est aussi simple que cela et cela explique tout.

Dois-je accuser ce conducteur de me faire risquer ma vie en m’obligeant à brusquement me rabattre sur la chaussée sans avoir la moindre visibilité ?

Pas si l’on considère que cette bande est tout simplement un parking. Cet usage est encouragé par les pouvoirs publics qui utilisent cet espace pour mettre une signalisation temporaire.

Au moins, l’espace sert à quelque chose et cet usage ne bloque presque pas les possibilités de parking.

Au fond, si cela fonctionne pour les installations temporaires, pourquoi n’en serait-il pas autant pour les installations permanentes ?

Le terme « piste cyclable » est une sympathique blague mais soyons sérieux : qui utilise réellement un vélo pour se déplacer ? Alors qu’une route se doit d’être dégagée immédiatement, notre société considérant un embouteillage de plusieurs heures comme une catastrophe, les pistes cyclab…  pardon les voies de parking, elles, peuvent rester bloquées plusieurs jours.

Bien sûr qu’un cycliste ne pourra pas passer et devra risquer littéralement sa vie sur une voie rapide pour continuer son chemin. Mais il n’avait qu’à prendre la voiture comme tout le monde.

Plus sérieusement, je suis désormais convaincu que les pistes cyclables servent à tout sauf à passer à vélo. La preuve ? Il est explicitement demandé aux automobilistes de ne pas se garer sur les pistes cyclables lors de certaines manifestations.

Ces panneaux empêcheraient le passage d’un vélo mais nous savons désormais que les cyclistes n’existent pas vraiment.

À moins que les pistes cyclables ne soient pas des parkings ?

Mais que seraient-elles dans ce cas ? J’ai ma petite idée…  (à suivre)

 

Les photos de cet article et du suivant illustrent le combat quotidien d’un cycliste à travers les communes de Grez-Doiceau (bourgmestre MR), Chaumont-Gistoux (bourgmestre MR, Ecolo dans la majorité), Mont-Saint-Guibert (bourgmestre Ecolo) et Ottignies-Louvain-la-Neuve (bourgmestre Ecolo).

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Source: https://ploum.net/les-pistes-cyclables-nexistent-pas-ce-sont-des-parkings/


Printeurs, l’épopée d’un feuilleton

Friday 13 January 2017 at 14:50

Un soir d’août 2013, je me mis à écrire un début d’histoire qui me trottait dans la tête. Il est toujours difficile de dire d’où proviennent les idées mais peut-être avais-je fait évoluer « Les non-humains », un couple de nouvelles écrites en 2009 et 2012 dont j’avais préparé un tome 3 sans jamais l’achever.

Le thème de mon histoire était assez clair et le titre s’était imposé immédiatement : Printeurs.

Par contre, je n’avais aucun plan, aucune structure. Ma seule volonté était de placer la phrase qui clôturera le second épisode :

« Je suis pauvre mais je sais penser comme une riche. Je vais changer le système. »

Mon défi ? Publier un épisode par semaine et voir où me conduirait l’histoire.

Une nuit de septembre 2013, après 5 épisodes publiés, je me suis retrouvé dans un hôtel du centre-ville de Milan sans inspiration, sans envie de continuer.

Mes doigts se sont mis spontanément à écrire une autre histoire qui balbutiait dans mon cerveau, une histoire inspirée directement par les témoignages de survivants des camps de concentration nord-coréens et la découverte que ces prisonniers produisent des jouets ou des biens bon-marchés vendu en ce moment dans le reste du monde.

Avec ce très violent épisode 6, Printeurs se transforma. D’un feuilleton pulp cyberpunk gentillet, il devint une plongée noire et obscène dans ce que notre monde a de plus repoussant.

Le ton était donné : Printeurs n’allait pas ménager la sensibilité du lecteur.

Sans effort, les deux histoires de Nellio et de 689 continuèrent en parallèle tout en convergeant graduellement.

En cours d’écriture, le personnage d’Eva changea radicalement de finalité. Tout se mettait en place sans planification, sans effort conscient de ma part.

Malheureusement, Printeurs passa plusieurs fois au second plan pour de longs mois. Mais quelques lecteurs acharnés n’hésitaient pas à le réclamer et je voudrais les remercier : demander la suite d’un épisode est la plus belle des récompenses que vous pouviez me faire.

Au final, il m’a fallu 3 ans et demi pour finir les 51 épisodes de Printeurs et mettre un point final aux pérégrinations de Nellio, Eva et 689. J’avoue tirer une certaine fierté d’une particularité involontaire : dans une seule histoire cohérente, Printeurs se paie le luxe d’explorer de manière quasi-exhaustive toutes les interactions possibles entre le corps, la conscience et la technologie.

Terminer Printeurs est également un soulagement. En novembre 2013, en plus de Printeurs, je me suis lancé dans le challenge NaNoWriMo avec pour objectif d’écrire le roman : « L’Écume du temps ».

Les premiers 50.000 mots de ce roman ont bien été écrits mais je n’ai jamais achevé le reste, tiraillé en permanence entre me replonger dans l’Écume du Temps ou dans Printeurs.

J’ai donc décidé d’envoyer cette première version bêta et non-relue de Printeurs à tous ceux qui ont soutenu mon NaNoWrimo. Avec une promesse solennelle : désormais, je vais replonger dans l’Écume du Temps qui est très différent et beaucoup plus structuré que Printeurs.

Dans le courant du mois de janvier, j’enverrai également cette première version de Printeurs au format Epub à ceux qui me soutiennent sur Tipeee. Pour les autres, je vous invite à lire la série sur ce blog, dans l’Epub qui contient les 19 premiers épisodes ou sur Wattpad. Les derniers épisodes seront publiés sur ce blog progressivement.

J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire Printeurs que j’en ai eu à l’écrire. Et si vous avez un éditeur dans votre carnet d’adresses, sachez que je serais enchanté de tenir dans mes mains une version papier de ce qu’est devenu et deviendra Printeurs.

Merci pour votre soutien, vos corrections, vos encouragements et…bonne lecture !

 

Photo par Eyesplash.

Ce texte est a été publié grâce à votre soutien régulier sur Tipeee et sur Paypal. Je suis @ploum, blogueur, écrivain, conférencier et futurologue. Vous pouvez me suivre sur Facebook, Medium ou me contacter.

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Source: https://ploum.net/printeurs-lepopee-dun-feuilleton/


Le trading est-il éthique ?

Wednesday 11 January 2017 at 21:00

Comme beaucoup de gens, vous avez probablement un peu d’argent sur un compte d’épargne. Vous râlez que les taux d’intérêt soient si bas, cela ne vous rapporte rien ! Vous pensez également que les traders sont d’ignobles cyniques qui se font des millions sur votre dos, qu’ils sont responsables de la crise.

Moi, en tout cas, j’étais comme cela il n’y a pas si longtemps.

Et je ne me rendais pas compte à quel point ces positions sont bourrées de contradictions.

Le Bitcoin et la monnaie

Passionné par la décentralisation, je découvre un jour de 2010 le projet Bitcoin, qui construit une monnaie décentralisée. Le principe même du projet m’amène à découvrir le rôle complexe des banques dans la création monétaire.

Naïvement, je pensais que les banques prêtaient l’argent des épargnants. En réalité, un emprunt n’étant que la simple écriture d’une somme sur un compte, les banques peuvent prêter presqu’autant d’argent qu’elles le veulent. Elles créent littéralement de l’argent en prêtant. Cette création est cependant régulée par la loi. Au final, les banques doivent garder 1% de l’argent qu’elles prêtent dans leurs coffres.

Cela signifie que si vous mettez 1000€ sur un compte d’épargne, vous autorisez la banque à créer 100.000€ de prêts.

Les banques contrôlent donc l’argent et, par conséquence, le monde !

Le trading

En achetant, avec beaucoup de maladresse, des bitcoins, je découvris également le trading. Comme le nom l’indique, le trading consiste uniquement à acheter ou vendre un bien. Comme dans tout achat, il y’a un vendeur et un acheteur. Les deux sont convaincus de faire une bonne affaire.

Un trader professionnel cherche à acheter lorsqu’il pense que le bien va prendre de la valeur. Il va vendre lorsqu’il pense qu’au contraire les prix vont chuter.

Le fait d’acheter dans le but de revendre ultérieurement est appelé la spéculation.

Vu comme ça, difficile de trouver quoi que ce soit à redire. Si deux personnes souhaitent faire une transaction commerciale de leur plein gré, c’est parfaitement honnête.

Et pour peu que nous ayons de l’argent qui ne nous est pas utile immédiatement, nous allons naturellement spéculer en “plaçant notre argent”. Exiger un taux d’intérêt sur notre compte d’épargne, au fond, n’est que la spéculation la plus basique.

Alors, en quoi le trading serait-il à ce point amoral ?

Le prix et le cours

Une profonde incompréhension que le grand public a du trading est la fluctuation du prix. Celle-ci est perçue comme magique, dirigée par une sorte de pouvoir suprême.

En réalité, le prix n’est jamais fixé que par les ventes/achats successifs.

Si je possède un lingot d’or que je souhaite vendre 1000€ mais que personne ne veut l’acheter, c’est que je suis sans doute trop cher. De même, si je ne trouve pas de lingot d’or à acheter à 500€, c’est que je dois payer plus.

Le prix se fixe dès qu’il y’a un accord entre deux personnes.

Si plus personne ne veut acheter mon lingot, je vais descendre le prix de plus en plus. Parfois, de manière catastrophique. C’est ce qu’on appelle un crash.

Si, au contraire, une raison quelconque pousse tout le monde à acheter un lingot mais que l’offre n’est pas suffisante, le prix va monter.

En théorie, personne n’interfère dans les prix. L’offre et la demande sont le fruit des émotions humaines et le prix n’en est que le reflet. En ce sens, le trading cherche à comprendre la psychologie de la foule humaine.

Les acteurs économiques

Dans un tel système d’échange, les personnes faisant du bénéfice ne le font que parce que d’autres ont fait des pertes.

Mais il est important de remarquer que ceux qui ont perdu ont pris un risque, de leur plein gré, dans le seul et unique but de faire du gain. Ils ont acheté quelque chose dont ils n’avaient pas besoin en espérant le revendre.

Sur les marchés boursiers, par exemple, l’argent présent provient des grandes entreprises, des riches investisseurs et des banques.

Lorsqu’un trader fait fortune en jouant avec son propre argent, c’est donc sur le dos des grandes entreprises, des riches investisseurs et des banques.

Par comparaison, la majorité des publicitaires et des marketeux tentent de faire en sorte que les gens normaux, voire pauvres, dépensent leur argent. Si trader n’est probablement pas le métier le plus utile à la société, il me semble au fond bien plus moral qu’une panoplie d’autres métiers pourtant considérés comme respectables.

Retournement de situation : le trading ne serait pas une activité foncièrement nocive !

L’argent des banques

Si le trading est un outil moralement neutre, il peut comme tout outil être détourné.

Souvenez-vous qu’avec vos 1000€, les banques peuvent en créer 100.000€. La tentation est grande d’utiliser ces 100.000€ pour faire encore plus de profit à travers la spéculation.

Et c’est bien ça le nœud du problème : les banques peuvent jouer beaucoup d’argent. La probabilité est donc énorme de faire des gains substantiels.

Ces gains bénéficieront en immense majorité aux banques elles-mêmes, c’est pourquoi le milieu de la finance nous semble tellement déconnecté de notre univers. Une minuscule partie des gains vous sera cependant reversée : les intérêts.

En exigeant des intérêts sur votre compte d’épargne, vous encouragez, voire vous exigez que les banques jouent avec votre argent.

Si vous êtes contre le trading, alors assurez-vous de quitter toute banque qui propose un taux d’intérêt pour votre épargne et qui au contraire vous facture pour ses services !

Tout le monde est donc content de ce petit jeu. Jusqu’au jour où les banques perdent.

À ce moment là, soudainement, l’effet de levier qui a multiplié vos 1000€ en 100.000€ a l’effet inverse. Les banques n’ont plus de liquidités et se mettent en faillite.

À l’exception de l’Islande, la plupart des banques dans cette situation ont été renflouées… par l’état et donc par l’argent de nos impôts.

En résumé, les banques sont des entités qui encaissent des bénéfices réalisés grâce à notre argent et que nous devons renflouer en cas de pertes !

L’utilité du trading

Les traders que j’ai rencontré arguent que le trading est une activité utile qui permet aux prix de trouver leur valeur naturelle. Certains outils financiers permettent même aux producteurs de matières premières de s’assurer contre, par exemple, une mauvaise récolte.

Quoi qu’on pense du trading, difficile de considérer qu’il soit immoral pour deux personnes consentantes de faire une transaction commerciale.

Effectivement, on peut penser que les bénéfices du trading sont potentiellement sous-taxés par rapport à ceux du travail, que les lois actuelles avantages les riches. Ce n’est alors pas le trading qu’il faut critiquer mais les lois écrites par ceux que nous avons élus.

Au final, les traders ne font qu’essayer de s’enrichir sur le dos des capitalistes qui cherchent eux-même à s’enrichir toujours plus. Est-ce qu’on peut vraiment les blâmer pour cela ?

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Source: https://ploum.net/le-trading-est-il-ethique/


Printeurs 43

Sunday 8 January 2017 at 15:57

Ceci est le billet 43 sur 43 dans la série Printeurs

Après avoir échappé à un attentat, Nellio, Eva, Junior et Max sont dans une voiture de police qui fonce vers le siège du conglomérat de la zone industrielle.

— Ah, voilà !

Du doigt, Junior pointe une long ligne noire qui strie le ciel. La ligne est bientôt rejointe par une seconde et puis une troisième, dessinant une étrange arabesque, la stylisation d’une étroite fleur de pénombre se refermant, s’épaississant, ondulant dans une imperceptible sarabande filaire.

— Les drones, explique Junior ! À proximité de la zone industrielle, les couloirs aériens sont tellement chargés qu’on peut observer de véritables embouteillages de drones.

Rêveur, je contemple les longues ligne noires, étranges chrysanthèmes de pénombre se détachant dans l’uniformité grisonnante. À mesure que nous nous rapprochons, les drones individuels commencent à se distinguer, la ligne se fait discontinue, pointilée.

— Et dire que les politiciens sont fiers de leur intertube !

— À l’époque où le projet d’intertube a été lancé, les drones n’avaient pas encore l’autonomie ni la capacité de levage suffisante. De plus, les drones posent des problèmes au niveau de l’espace aérien sans compter les risques d’interception et de vols.

— Tout ces problèmes ont été résolus, fais-je. Mais c’est justement la constante du métier de politicien : ne pas voir que le monde évolue, que les problèmes peuvent être résolus. D’ailleurs, qu’est-ce qu’un politicien sans problème ? Un politicien qui ne peut pas promettre de solution et ne sera donc pas réélu. Les politiciens ne veulent pas que le monde change. Les électeurs non plus. Ils promettent le changement avec un grand « C », celui où tout restera pareil. Au fond, ils promettent exactement ce que nous voulons entendre.

— Pourtant, intervient Junior, s’ils ont continué à investir dans l’intertube, c’est qu’il doit bien y avoir une raison.

— Oh oui, il y en a une ! Celle de ne pas être celui qui reconnaîtra que le gouvernement ne fait pas d’erreur. Les erreurs, généralement, tu es forcé de les reconnaître quand elles te coûtent de l’argent. Et encore, les individus préfèrent parfois continuer à payer plutôt que d’admettre s’être trompé. Mais si ce n’est pas ton argent que tu dépenses et que reconnaître une erreur peut te coûter ton travail, il n’y a absolument aucun incitant à arrêter les entreprises les plus catastrophiques. Sans compter que le chantier de l’intertube crée de l’emploi. Des milliers de travailleurs qui vont creuser des trous inutiles dans les sous-sols de la ville, qui vont s’échiner, se crever, passer leurs journées sous terre pour faire un travail complètement inutile et qui aurait pu être automatisé. Tout ça pour avoir l’impression d’être moralement supérieur à un télé-pass. Vous voulez que je vous dise ? On accuse les politiciens, les riches, les industriels et même les télé-pass de tous les maux. Mais les véritables responsables, ce sont ceux qui font ce qu’on leur dit, qui accomplissent un travail inutile le plus consciencieusement possible par peur de perdre les maigres avantages qui vont avec. Ceux-là sont responsables.

— Et ceux-là, c’est nous, conclut Junior.

— Oui. C’est nous. Et nous n’avons aucune excuse.

— Nous n’avions peut-être pas le choix…

— Le seul choix que nous n’avons pas est celui de naître. Après cela, chaque respiration, chaque pas est un choix. Le choix, il se prend, il s’arrache, il se gagne. Mais il est tellement plus facile de se persuader que nous n’avons pas le choix, de nous conforter dans les rails que l’infinité de non-choix a tracé pour nous. Le choix, nous le refusons, nous le fuyons comme la peste. Et nous allons un jour payer le prix de notre inconséquence, de notre irresponsabilité.

— Naître est pourtant le seul choix que j’aie jamais fait.

Intrigué, je me tourne vers Eva, qui vient de m’interrompre.

— Que veux-tu dire ?

— Nellio…

— Vous vous expliquerez plus tard car nous sommes arrivés au complexe du conglomérat industriel.

Observant la route défiler, je constate que nous nous approchons d’un contrôle de sécurité. Deux agents se tiennent au garde-à-vous derrière la ligne rouge, tracée sur le sol, où la voiture devra forcément s’arrêter. Je déglutis avec peine en constatant que nous n’avons aucun papier, aucune excuse valable pour être dans ce quartier et que nous sommes recherchés.

— Merde, le contrôle. J’avais oublié. Une solution miracle pour nous sortir de là ?

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la ligne, un doute m’envahit. La voiture ne semble pas ralentir. Au contraire, nous accélérons. Dans les yeux des agents de sécurité, je lis le même doute se transformer soudain en peur puis en panique. Ils n’ont que le temps de plonger chacun d’un côté alors que la voiture les frôle à pleine vitesse.

— Hein ? Comment est-ce possible ? Nous avons passé le contrôle sans être arrêtés !

Junior me lance un clin d’œil dans le rétroviseur.

— C’est l’avantage du mode manuel. Il est devenu tellement rare et réservé aux forces de sécurité que la plupart des barrages se font uniquement par contrôle du logiciel de conduite.

— Mais cela signifie que le moindre terroriste pourrait…

— Oui. Mais ils ne le font pas. Ce qui prouve bien que les terroristes sont beaucoup moins formés et intelligents que ce qu’on veut bien nous dire. En fait, le but d’un contrôle routier n’est pas vraiment d’arrêter les terroristes mais de convaincre les citoyens que la menace est réelle et que toutes les mesures sont prises.

— Et je suppose que, en prime, ça fait de l’emploi…

— Énormément d’emploi. Depuis les trouffions comme nos deux vaillants plongeurs sur bitume aux responsables des commissariats.

— Quelle système profondément malhonnête ! Et dire que les responsables de tout ça le savent, qu’ils se moquent cyniquement de nous.

— Oh, pas la peine d’invoquer la malhonnêteté lorsque l’incompétence suffit. Tu sais Nellio, j’ai été amené à fréquenter de très haut gradés. Et tous, sans exception, sont convaincus du bien-fondé de leur mission.

— Mais comment expliques-tu pareille incompétence ?

— Premièrement parce que l’être humain a une capacité incroyable de ne pas voir ce qui pourrait perturber sa manière de penser. Le fait que les religions existent encore aujourd’hui l’illustre amplement. Ensuite parce que c’est l’essence même du système ! Si les gens faisaient bien leur boulot…

— …Il n’y aurait plus de boulot. C’est logique ! Du coup, plus on est incompétent, plus on crée de l’emploi, mieux on est perçu !

Nous sommes interrompus par Max, qui de sa voix douce et chaude nous fait une annonce digne des meilleurs vols transatlantiques.

— Incompétence qui atteint son sommet et sa splendeur ici, Mesdames et Messieurs, au siège du conglomérat industriel, épicentre de la création d’emploi et de la concentration des richesses. Bienvenue !

Sans que je puisse en expliquer la raison, mon cœur se serre alors que je lève les yeux vers le grand building.

— C’est donc ici que tout va se jouer…

 

Photo par Jin Mikami.

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Source: https://ploum.net/printeurs-43/


Mon second vélo et le piège de l’intuition

Friday 9 December 2016 at 11:48

Chez les cyclistes, il y a un dicton qui dit que le nombre idéal de vélos à avoir dans son garage est N+1, où N est le nombre de vélo qu’on possède actuellement.

Oui, il y a toujours une bonne raison pour acheter un nouveau vélo : avoir un vélo de route, un VTT, un vélo de gravel. Mais si N+1 est le nombre idéal, le nombre minimal est 2. Surtout si vous utilisez votre vélo quotidiennement.

Car il n’y a qu’une seule chose de pire pour un cycliste que de devoir pédaler de nuit dans le froid et la pluie : être forcé d’utiliser une voiture !

J’ai personnellement découvert ce problème lorsque, suite à un bris de dérailleur, j’ai appris que j’allais rester dix jours sans pédaler, la pièce n’étant pas en stock.

Le lendemain, j’avais trouvé un vélo d’occasion.

Un poil vieillotte mais ayant visiblement très peu servi, cette seconde monture joue admirablement son rôle de réserviste. Je l’enfourche lorsque mon fier destrier est à l’entretien, lorsqu’il me révèle une crevaison lente le matin et que je n’ai pas le courage de changer la chambre à air avant d’aller travailler, ou lorsque la simple envie me prend de changer un peu d’air.

Après deux années de ce rythme, j’eus une intuition bizarre.

En deux ans, mon vélo principal, que j’entretiens et que je bichonne, avait subit plusieurs révisions. Il avait connu de multiples crevaisons, plusieurs jeux de pneus. Les chaînes se succédaient, les roulements devaient être changés et les câbles se grippaient.

Rien de tout cela ne semblait atteindre mon réserviste. J’avais changé une fois une chambre à air mais la chaîne et les pneus étaient toujours ceux d’origine malgré des entretiens beaucoup plus succincts voire inexistants.

Cette constatation me conduisait à une explication impitoyable : bien que plus vieux, mon réserviste était de nettement meilleure qualité. Les nouveaux vélos avec les nouveaux pneus sont fragiles et faits pour encourager la consommation.

Intuitif, non ?

Et pourtant complètement faux. Car l’usage d’un vélo ne se compare pas en temps passé dans le garage mais en kilomètres parcourus.

Comme je vous l’ai raconté, je raffole de Strava. Chacune de mes sorties est enregistrée dans l’application avec le vélo utilisé pour l’occasion. J’indique même quand je change une pièce afin de connaître le kilométrage exact de chaque composant.

Je sais ainsi que pour mon vélo principal, une bonne chaine dure 2500km alors qu’une mauvaise s’use après 1500km. Les pneus, à l’arrière, durent entre 800 et 1600km. Facilement le triple à l’avant. Outre cela, mon utilisation du vélo nécessite un passage par l’atelier en moyenne tous les 2000km. Et le vélo va sur ses 8000km.

Mon vélo de réserve, par contre, vient lui tout juste de passer les 500km !

Il est donc parfaitement normal que je n’ai eu aucun ennui, aucun entretien, aucun travail sur ce vélo : il n’a tout simplement pas encore roulé le tiers de la distance à partir de laquelle l’usure de certains composants se fait sentir.

Mon intuition était complètement trompeuse.

Cette anecdote prête à une morale générale : souvent, nous nous laissons emporter par des intuitions, des similitudes. Les deux vélos étant en permanence côte à côte dans le garage, il est normal de les comparer. Le fait de prendre de temps en temps le vélo de réserve me donnait l’impression que les deux vélos vivaient une vie presque similaire. Certes, je pensais l’utiliser trois ou quatre fois moins. Mais les chiffres révèlent qu’il s’agit de quinze fois moins !

Lorsque vous avez des convictions, des intuitions, confrontez-les aux faits, aux chiffres réels.

Beaucoup de nos problèmes viennent du fait que nous suivons aveuglément nos intuitions, même lorsque les chiffres nous démontrent l’absurdité de nos croyances. Aujourd’hui encore, les politiciens prônent l’austérité afin de relancer l’économie, ils prônent l’expulsion d’étrangers pour libérer des emplois là où tous les exemples connus ont démontré l’absurde inanité et la contre-productivité de ce genre de mesures.

Pire : aujourd’hui, il y a encore des gens pour voter pour ces politiciens.

À ceux-là, racontez-leur donc l’histoire de mon second vélo.

 

Photo par AdamNCSU.

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Printeurs 42

Tuesday 6 December 2016 at 12:35

Ceci est le billet 42 sur 43 dans la série Printeurs

En parallèle aux aventures de Nellio, Eva et les autres, un étrange personnage continue sa vie : l’ex-ouvrier 689.

Je n’en reviens pas. Je n’en crois pas mes yeux. J’étais sûr de l’avoir tué. Pourtant, aujourd’hui, le plus jeune est revenu.

Cela fait des cycles et des cycles de sommeil que je suis cloîtré dans un confortable appartement. Le plus vieux m’a expliqué qu’il s’agissait de me protéger. En tant que travailleur, je suis un témoin clé dans le procès qu’il veut faire. À qui ? Je ne suis pas sûr de comprendre… Au système, aux riches, aux puissants, aux contre-maîtres. Peu importe, mon pouvoir marche d’autant mieux lorsqu’il est confronté à un idéalisme naïf et béat.

De temps en temps, le plus vieux vient me rendre visite afin de m’interroger, de dresser un tableau de la vie dans l’usine. Au vu de ses réactions à mes révélations initiales, j’ai préféré ne pas tout dire. Il risquerait de ne pas me croire.

Mais lorsque la porte s’est ouverte aujourd’hui, j’ai failli défaillir de surprise. Le plus jeune était là, souriant, complètement insensible à mon pouvoir. Il s’est dit amnésique et j’ai réussi à cacher mon trouble, à prétendre que je le connaissais pas.

Ce monde obéit-il à d’autres lois ? La mort et la douleur ne sont-elles pas les armes ultimes que je croyais maitriser ? Pour la première fois, le doute me gagne, m’envahit. Mon pouvoir s’étiole. Je tremble !

Tout fonctionnait pourtant comme sur des roulettes. Le plus vieux était bel et bien persuadé que le plus jeune était tombé du ballon par accident. Une fois le plus jeune parti, le plus vieux s’est révélé beaucoup plus vulnérable à mon pouvoir. Du moins le croyais-je…

Je regrette les contre-maitres qui étaient tellement facile à manipuler, je…

612 se tient en face de moi. Il sourit béatement et me couvre de son regard apaisant. Baissant les yeux, je constate que je suis un enfant. Machinalement, mon pouce s’est introduit dans ma bouche.

— La vie est pleine de mystère. Elle ne s’arrête pas à l’atelier et aux contre-maîtres. Un jour, l’un de vous le découvrira. Un jour, il percera les mystères de la vie et nous libérera…

Je hurle, je me rue en vociférant sur 612. Dans un craquement sourd, mon corps d’adulte s’écrase sur les parois de l’appartement. La douleur me réveille, me rassure. Ô toi, ma vieille amie, ma fidèle compagne, celle qui m’accompagnera jusqu’à la mort et au delà, celle qui me fera lutter, qui me réveillera, ô toi douleur…

Le crâne de 612 éclate tout autour de moi. Du sang ruisselle sur les murs, des lambeaux de cervelles gluants dégoulinent du plafond et, partout, le visage de 612 flotte en murmurant :
— Tu es noble !

À mes pieds, le sol est jonché de cadavres des travailleurs que j’ai fréquenté. Je reconnais chaque visage, chaque numéro. Les corps se décomposent, l’odeur me prend à la gorge et, soudain, chaque mort donne naissance, dans une explosion de pu et de chairs putrides, à un bébé sanguinolent, hurlant. Tournant leurs têtes vers moi, les bébés se mettent à ramper. Ils tiennent dans leurs petites menottes les jouets, les appareils électroniques, les outils que j’ai fabriqué. Ils les dévorent avant de ramper et de toucher, un par un, tous les objets de l’appartement.

L’un des bébés, mi-homme, mi-fœtus, caresse le rideau qui se gorge aussitôt de sang. Un autre s’empare de la tablette de divertissement qui se décompose en chairs putréfiées. Le plus effrayant se met soudain à flotter jusqu’au plafond avant d’avaler l’ampoule intelligente qui se transforme en millions de mouches bourdonnantes.

Les vêtements que je porte se mettent à hurler, à briller de longs éclairs de douleurs.

Plié en deux, je me met à vomir sous les sordides ricanements des bébés dont les visages se couvrent de rides et d’une barbe blanche.

Combien de temps suis-je resté dans le coma, étendu au milieu de la pièce ? Des heures ? Des jours ?

À mon réveil, tout m’a semblé effroyablement normal. Mais, au creux de mon estomac, j’ai ressenti une émotion nouvelle, angoissante. Une peur non physique. Ma vie n’est pas en danger, je n’ai pas à me défendre et, pourtant, j’ai peur, je tremble. Je veux oublier ! Et si le plus vieux décidait de me renvoyer à l’usine ? J’ai failli à ma mission ! Je serai probablement rétrogradé au plus bas de l’échelle, je redeviendrai le travailleur que j’ai toujours été.

Les genoux tremblants, je tente de me redresser et de me ressaisir. Je n’ai pas le choix, je dois continuer, je dois escalader chaque échelon. S’arrêter, c’est tomber. Monter, encore et encore, tel est mon destin.

Mais pour aller où ? Vers quels sommets ? C’est peut-être la question qu’il ne faut pas poser car seule l’ignorance me permettra de continuer.

Par quel miracle le plus jeune est-il encore en vie ? Je n’en sais rien et je n’ai pas besoin de le savoir. Je dois juste attraper le prochain échelon et monter, encore et toujours. Je dois écraser le plus vieux, je dois l’utiliser et le jeter. Ce n’est qu’à ce prix que je ne tomberai pas.

Prenant une profonde inspiration, je retrouve mon calme. Mon pouvoir est revenu, je le sens ! Il ne m’a jamais quitté. Le plus jeune est encore vivant ? Qu’à cela ne tienne, je le tuerai une seconde fois. Ou dix fois, cent fois, mille fois s’il le faut ! Car mon pouvoir est revenu et rien ni personne ne pourra plus arrêter ma fulgurante ascension.

Rien ! Pas même ces bébés à tête de vieillards qui rampent désormais partout où je porte mon regard, éructant en silence des moues terrifiées, touchant de leurs mains poisseuses chaque objet, chaque meuble, chaque outil.

Mais je les tiens à l’œil. Car eux aussi subiront désormais l’étendue de mon pouvoir.

 

Photo par Antoine Skipper.

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