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La démocratie effraie-t-elle nos élus ?

Sunday 28 May 2017 at 18:18

Comment les élus d’Ottignies-Louvain-la-Neuve semblent vouloir tout faire pour saboter une consultation populaire d’origine citoyenne.

Le 11 juin, dans ma ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, se déroulera une consultation populaire. Chaque citoyen de 16 ans ou plus est appelé à se prononcer sur la question « Êtes-vous favorable à une extension du centre commercial ? ».

Demander aux citoyens de se prononcer sur l’avenir de leur ville, cela semble la base d’une société démocratique. Et pourtant, l’incroyable défi que représente cette simple consultation populaire m’emmène à une conclusion terrible mais limpide : les conseillers communaux d’Ottignies-Louvain-la-Neuve sont soit cruellement incompétents soit prêts à tout pour faire échouer cette consultation populaire.

L’histoire d’une initiative citoyenne

Selon le code belge de la démocratie locale, chaque commune est tenue d’organiser une consultation populaire si le projet est porté par au moins 10% des citoyens dans les communes de plus de 30.000 habitants (32.000 à Ottignies-Louvain-la-Neuve).

Peu connue, cette loi n’est que rarement utilisée. Le code de la démocratie locale limite d’ailleurs le nombre de consultation possible à 6 par législature de 6 ans avec minimum 6 mois entre chaque et aucune dans les 16 mois avant la prochaine élection communale.

Lorsque le centre commercial L’Esplanade, dont la construction avait déjà suscité de nombreux émois, a annoncé vouloir s’agrandir, un groupe motivé de citoyens s’est lancé dans la récolte de près de 3500 signatures, obligeant les édiles à organiser une consultation populaire.

Les citoyens enterrent le veau d’or lors de la parade des utopies.

Le bourgmestre Jean-Luc Roland, pourtant issu du parti Écolo, étant un grand défenseur du centre commercial, il y’a fort à parier que cette consultation fasse grincer des dents et que son organisation soit faite à contre-cœur. Je n’ai jamais compris cet engouement politique pour le centre commercial de la part d’un écologiste mais Monsieur Roland ne s’en cache pas.

L’histoire complète de cette consultation populaire est narrée avec force humour et détails par Stéphane Vanden Eede, conseiller CPAS Écolo de la ville.

Les oublis de la brochure officielle

Comme le stipule le code de la démocratie locale, la commune a fait parvenir aux habitants une brochure explicative détaillant l’enjeu et les modalités de la consultation populaire.

Surprise de taille : la brochure insiste plusieurs fois lourdement sur le fait que la participation à la consultation n’est pas obligatoire (contrairement aux élections).

Mais il n’est nul part indiqué que s’il n’y a pas au moins 10% de participation, les urnes ne seront même pas ouvertes ! Si 3200 citoyens de plus de 16 ans ne se déplacent pas, la consultation n’aura servi à rien. Au contraire, le message envoyé sera : « Nous, citoyens, ne voulons pas choisir ». Et oui, on compte bien 10% de la population, enfants compris, ce qui signifie que près de 15% des électeurs doivent participer.

Cette information me semble cruciale et je trouve particulièrement dommage qu’elle ait été omise de la brochure.

Moralité : quel que soit votre avis, allez voter à tout prix lors des consultations populaires et encouragez votre entourage à faire de même. Il est possible de donner procuration à un autre électeur si vous ne savez pas vous déplacer ce jour là. Le taux de participation est un élément crucial pour faire vivre le processus démocratique.

L’illisibilité du bulletin

La pétition signée par 3500 citoyens demandait une consultation populaire sur une question claire et précise :

« Aujourd’hui, le propriétaire de L’esplanade envisage d’agrandir sa surface commerciale. Êtes-vous favorable à une extension du centre commercial ? »

Cependant, un comité de conseillers communaux présidé par Michel Beaussart, échevin de la participation citoyenne, a décidé de rajouter 20 questions sur le bulletin de vote !

Ces 20 questions supplémentaires rendent le bulletin complètement illisible. La question principale, seule qui ait de l’importance, est reléguée sur un tout petit espace en haut à droit et il est facile de la manquer !

Les réactions de citoyens confrontés au bulletin de vote démontrent une confusion certaine : Quelle est la question principale qui a de la valeur ? Est-ce grave si certaines de mes réponses sont en contradiction l’une avec l’autre ? Comment seront dépouillées mes réponses ? À la phrase « Il n’y a pas de nécessité d’agrandir le centre commercial et d’augmenter l’offre commerciale. », je dois répondre oui ou non si je suis contre ?

Force est de constater que si on avait voulu embrouiller les citoyens, on ne s’y serait pas pris autrement. Je pense que si le taux de votes blancs à la première question est important, on pourra sans hésiter accuser la rédaction du bulletin. Ce long bulletin de vote risque également de ralentir le processus et de décourager d’éventuels votants en rallongeant inutilement les files.

L’impossibilité de dépouiller les bulletins

Toute personne un peu au fait de la sociologie vous le dira : rédiger une enquête d’opinion est un travail difficile. La méthodologie d’interprétation des résultats doit être étudiée, testée et validée.

Quand je vois un tel bulletin, je suis très curieux de savoir quel sera le protocole de dépouillement et d’interprétation des résultats.

Toutes les personnes que j’ai consulté m’ont confirmé l’amateurisme apparent de ce formulaire. Si 10.000 citoyens se rendent aux urnes et remplissent consciencieusement les 21 questions, la commune sera tout simplement assise sur une masse de données inexploitable.

Ces 20 questions ne servent donc à rien. Si ce n’est à rendre le bulletin particulièrement illisible, induire les électeurs en erreur et rallonger les files.

Un vote qui n’est plus secret

Mais là où l’incompétence est la plus tangible, c’est que ces 20 questions supplémentaires annulent l’anonymat du vote. Le code de la démocratie locale exige que le vote soit secret. Or, avec un tel bulletin, il ne l’est plus.

En effet, outre la question principale (la seule qui ait de la valeur), il y’a 2^20 bulletins possibles. Ce qui fait plus d’un million !

Il est possible pour une personne mal intentionnée de faire pression pour imposer un vote.

Exemple concret : un employeur annonce à ses 100 employés qu’il exige d’eux de voter pour l’agrandissement du centre commercial. À chaque employé, il donne une combinaison unique de réponses aux 20 questions. Par exemple « 9 oui – 1 non – 9 oui – 1 non ».

Le patron annonce alors que ses agents vont assister au dépouillement et guetter les bulletins qui suivront cette combinaison pour vérifier le vote des employés.

Si aucun bulletin ne répond à cette combinaison, l’employé est viré. Si le ou les bulletins correspondant sont tous contre l’extension, l’employé est viré.

Bien sûr, il est possible que plusieurs bulletins aient la même combinaison. Mais comme il y’a un million de combinaison pour maximum 10.000 ou 20.000 votants, la probabilité d’avoir la même combinaison est d’une pour cent ou une pour cinquante !

Sans compter que certaines combinaisons sont illogiques et que le patron peut accorder le bénéfice du doute si deux bulletins ont la même combinaison mais que l’un est pour et l’autre contre.

Le 11 juin, ne votez que pour la toute première question, bien cachée en haut à droite. Laissez les autres blanches !

Alors, incompétence ou malveillance ?

Sans être un expert en la matière et sans avoir suivi le dossier de près, j’ai relevé ces problèmes essentiels en quelques minutes à peine.

En conséquence, je suis forcé d’accuser publiquement Michel Beaussart, échevin de la participation citoyenne et tous les conseillers communaux qui ont validé ce bulletin d’être soit incompétents soit malveillants par rapport à l’organisation de cette consultation populaire.

Si Monsieur Beaussart me répond être de bonne foi, ce que je présume, il doit adresser les 3 points que j’ai soulevé, notamment en publiant un protocole validé d’interprétation des résultats.

Faute de réponse correcte, je pense que toute personne un peu soucieuse de la démocratie comprendra qu’il est indispensable de modifier d’urgence le bulletin de vote pour que celui-ci ne comporte que la question initialement demandée par la pétition.

En tant qu’échevin en charge, cette modification incombe à Monsieur Beaussart. Selon ma lecture amateur du code de la démocratie locale, rien ne s’oppose à la modification du bulletin de vote en dernière minute.

Un bulletin de vote difficilement lisible et ne permettant pas de garantir le secret du vote est un manquement gravissime au bon fonctionnement démocratique et devrait entraîner la nullité des résultats.

Si l’incompétence me semble dramatique, je peux reconnaître que l’erreur de bonne foi est humaine et excusable lorsqu’il y’a une volonté de réparer son erreur. Faute de cette volonté, les électeurs seront forcés de tirer la seule conclusion qui s’impose : il ne s’agit plus d’une erreur mais d’un acte délibéré de saboter le processus démocratique par ceux-là même qui ont été élus pour nous représenter. Ou, au mieux, le camouflage irresponsable d’une incompétence dangereuse.

Dans tous les cas, j’invite les électeurs à faire de cette consultation du 11 juin un véritable succès de participation, à ne répondre qu’à la première question et à se souvenir des réactions à cet argumentaire lorsqu’ils voteront en 2018. Et à se demander si le régime sous lequel nous vivons est bel et bien une démocratie.

Photo de couverture par Manu K.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Source: https://ploum.net/la-democratie-effraie-t-elle-nos-elus/


L’humanité a-t-elle trouvé le sens de la vie ?

Sunday 14 May 2017 at 13:24

Quel est le sens de la vie ? Pourquoi y’a-t-il des êtres vivants dans l’univers plutôt que de la matière inerte ? Pour ceux d’entre vous qui se sont déjà posé ces questions, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne, c’est que la science a peut-être trouvé une réponse.

La mauvaise, c’est que cette réponse ne va pas vous plaire.

Les imperfections du big bang

Si le big bang avait été un événement parfait, l’univers serait aujourd’hui uniforme et lisse. Or, des imperfections se sont créées.

À cause des forces fondamentales, ces imperfections se sont agglomérées jusqu’à former des étoiles et des planètes faites de matière.

Si nous ne sommes pas aujourd’hui une simple soupe d’atomes parfaitement lisse mais bien des êtres solides sur une planète entourée de vide, c’est grâce à ces imperfections !

La loi de l’entropie

Grâce à la thermodynamique, nous avons compris que rien ne se perd et rien ne se crée. L’énergie d’un système est constante. Pour refroidir son intérieur, un frigo devra forcément chauffer à l’extérieur. L’énergie de l’univers est et restera donc constante.

Il n’en va pas de même de l’entropie !

Pour faire simple, l’entropie peut être vue comme une « qualité d’énergie ». Au plus l’entropie est haute, au moins l’énergie est utilisable.

Par exemple, si vous placez une tasse de thé bouillante dans une pièce très froide, l’entropie du système est faible. Au fil du temps, la tasse de thé va se refroidir, la pièce se réchauffer et l’entropie va augmenter pour devenir maximale lorsque la tasse et la pièce seront à même température. Ce phénomène très intuitif serait dû à l’intrication quantique et serait à la base de notre perception de l’écoulement du temps.

Pour un observateur extérieur, la quantité d’énergie dans la pièce n’a pas changé. La température moyenne de l’ensemble est toujours la même. Par contre, il y’a quand même eu une perte : l’énergie n’est plus exploitable.

Il aurait été possible, par exemple, d’utiliser le fait que la tasse dé thé réchauffe l’air ambiant pour actionner une turbine et générer de l’électricité. Ce n’est plus possible une fois que la tasse et la pièce sont à la même température.

Sans apport d’énergie externe, tout système va voir son entropie augmenter. Il en va donc de même pour l’univers : si l’univers ne se contracte pas sous son propre poids, les étoiles vont inéluctablement se refroidir et s’éteindre comme la tasse de thé. L’univers deviendra, inexorablement, un continuum parfait de température constante. En anglais, on parle de “Heat Death”, la mort de la chaleur.

L’apparition de la vie

La vie semble être une exception. Après tout, ne sommes-nous pas des organismes complexes et très ordonnés, ce qui suppose une entropie très faible ? Comment expliquer l’apparition de la vie, et donc d’éléments à entropie plus faible que leur environnement, dans un univers dont l’entropie est croissante ?

Jeremy England, un physicien du MIT, apporte une solution nouvelle et particulièrement originale : la vie serait la manière la plus efficace de dissiper la chaleur et donc d’augmenter l’entropie.

Sur une planète comme la terre, les atomes et les molécules sont bombardés en permanence par une énergie forte et utilisable : le soleil. Ceci engendre une situation d’entropie très faible.

Naturellement, les atomes vont alors s’organiser pour dissiper l’énergie. Physiquement, la manière la plus efficace de dissiper l’énergie reçue est de se reproduire. En se reproduisant, la matière crée de l’entropie.

La première molécule capable d’une telle prouesse, l’ARN, fut la première étape de la vie. Les mécanismes de sélection naturelle favorisant la reproduction ont alors fait le reste.

Selon Jeremy England, la vie serait mécaniquement inéluctable pour peu qu’il y aie suffisamment d’énergie.

L’humanité au service de l’entropie

Si la théorie d’England se confirme, cela serait une très mauvaise nouvelle pour l’humanité.

Car si le but de la vie est de maximiser l’entropie, alors ce que nous faisons avec la terre, la consommation à outrance, les guerres, les bombes nucléaires sont parfaitement logiques. Détruire l’univers le plus vite possible pour en faire une soupe d’atomes est le sens même de la vie !

Le seul dilemme auquel nous pourrions faire face serait alors : devons-nous détruire la terre immédiatement ou arriver à nous développer pour apporter la destruction dans le reste de l’univers ?

Quoi qu’il en soit, l’objectif ultime de la vie serait de rentre l’univers parfait, insipide, uniforme. De se détruire elle-même.

Ce qui est particulièrement angoissant c’est que, vu sous cet angle, l’humanité semble y arriver incroyablement bien ! Beaucoup trop bien

 

Photo par Bardia Photography.

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Le bouquet de fleurs

Sunday 30 April 2017 at 23:36

Parfois, au milieu du mépris de la cohue humaine, il parvenait à croiser un regard fuyant, à attirer une attention concentrée sur un téléphone, à briser pour quelques secondes le dédain empli de stress et d’angoisse des navetteurs préssés. Mais les rares réponses à son geste étaient invariables :
— Non !
— Merci, non. (accompagné d’un pincement des lèvres et d’un hochement de tête)
— Pas le temps !
— Pas de monnaie…

Il ne demandait pourtant pas d’argent ! Il ne demandait rien en échange de ses roses rouges. Sauf peut-être un sourire.

Pris d’une impulsion instinctive, il était descendu ce matin dans le métro, décidé à offrir un peu de gentillesse, un peu de bonheur sous forme d’un bouquet de fleur destiné au premier inconnu qui l’accepterait.

Alors que la nuée humaine peu à peu s’égayait et se dispersait dans les grands immeubles gris du quartier des affaires, il regarda tristement son bouquet.
— J’aurais essayé, murmura-t-il avant de confier les fleurs à la poubelle, cynique vase de métal.

Une larme perla au coin de sa paupière. Il l’effaça du revers de la main avant de s’asseoir à même les marches de béton. Il ferma les yeux, forçant son cœur à s’arrêter.
— Monsieur ! Monsieur !

Une main lui secouait l’épaule. Devant son regard fatigué se tenait un jeune agent de police, l’uniforme rutilant, la coupe de cheveux nette et fringuante.
— Monsieur, je vous ai observé avec votre bouquet de fleur…
— Oui ? fit-il, emplit d’espoir et de reconnaissance.
— Puis-je voir votre permis de colportage dans le métro ? Si vous n’en possédez pas, je serai obligé de vous verbaliser.

Courte histoire inspirée par ce tweet. Photo par Tiberiu Ana.

 

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Mastodon, le premier réseau social véritablement social ?

Wednesday 19 April 2017 at 00:10

Vous avez peut-être entendu parler de Mastodon, ce nouveau réseau social qui fait de la concurrence à Twitter. Ses avantages ? Une limite par post qui passe de 140 à 500 caractères et une approche orientée communauté et respect de l’autre là où Twitter a trop souvent été le terrain de cyber-harcèlements.

Mais une des particularités majeures de Mastodon est la décentralisation : ce n’est pas un seul et unique service appartenant à une entreprise mais bien un réseau, comme le mail.

Si chacun peut en théorie créer son instance Mastodon, la plupart d’entre nous rejoindrons des instances existantes. J’ai personnellement rejoint mamot.fr, l’instance gérée par La Quadrature du Net car j’ai confiance dans la pérennité de l’association, sa compétence technique et, surtout, je suis aligné avec ses valeurs de neutralité et de liberté d’expression. Je recommande également framapiaf.org, qui est administré par Framasoft.

Mais vous trouverez pléthore d’instances : depuis celles des partis pirate français et belge aux instances à thème. Il existe même des instances payantes et, pourquoi pas, il pourrait un jour y avoir des instances avec de la pub.

La beauté de tout ça réside bien entendu dans le choix. Les instances de La Quadrature du Net et de Framasoft sont ouvertes et libres, je conseille donc de faire un petit paiement libre récurrent à l’association de 2€, 5€ ou 10€ par mois, selon vos moyens.

Mastodon est décentralisé ? En fait, il faudrait plutôt parler de “distribué”. Il y’a 5 ans, je dénonçais les problèmes des solutions décentralisées/distribuées. Le principal étant qu’on est soumis au bon vouloir ou aux maladresses de l’administrateur de son instance.

Force est de constater que Mastodon n’a techniquement résolu aucun de ces problèmes. Mais semble créer une belle dynamique communautaire qui fait plaisir à voir. Contrairement à son ancêtre Identi.ca, les instances se sont rapidement multipliées. Les conversations se sont lancées et des usages ont spontanément apparu : accueillir les nouveaux, suivre ceux qui n’ont que peu de followers pour les motiver, discuter de manière transparente des bonnes pratiques à adopter, utilisation d’un CW, Content Warning, masquant les messages potentiellement inappropriés, débats sur les règles de modération.

Toute cette énergie donne l’impression d’un espace à part, d’une liberté de discussion éloignée de l’omniprésente et omnisciente surveillance publicitaire indissociable des outils Facebook, Twitter ou Google.

D’ailleurs, un utilisateur proposait qu’on ne parle pas d’utilisateurs (“users”) pour Mastodon mais bien de personnes (“people”).

Dans un précédent article, je soulignais que les réseaux sociaux sont les prémisses d’une conscience globale de l’humanité. Mais comme le souligne Neil Jomunsi, le media est une part indissociable du message que l’on développe. Veut-on réellement que l’humanité soit représentée par une plateforme publicitaire où l’on cherche à exploiter le temps de cerveau des utilisateurs ?

Mastodon est donc selon moi l’expression d’un réel besoin, d’un manque. Une partie de notre humanité est étouffée par la publicité, la consommation, le conformisme et cherche un espace où s’exprimer.

Mastodon serait-il donc le premier réseau social distribué populaire ? Saura-t-il convaincre les utilisateurs moins techniques et se démarquer pour ne pas être « un énième clone libre » (comme l’est malheureusement Diaspora pour Facebook) ?

Mastodon va-t-il durer ? Tant qu’il y’aura des volontaires pour faire tourner des instances, Mastodon continuera d’exister sans se soucier du cours de la bourse, des gouvernements, des lois d’un pays particuliers ou des desiderata d’investisseurs. On ne peut pas en dire autant de Facebook ou Twitter.

Mais, surtout, il souffle sur Mastodon un vent de fraîche utopie, un air de naïve liberté, un sentiment de collaborative humanité où la qualité des échanges supplante la course à l’audience. C’est bon et ça fait du bien.

N’hésitez pas à nous rejoindre, à lire le mode d’emploi de Funambuline et poster votre premier « toot » présentant vos intérêts. Si vous dîtes que vous venez de ma part ( @ploum@mamot.fr ), je vous « boosterais » (l’équivalent du retweet) et la communauté vous suggérera des personnes à suivre.

Au fond, peu importe que Mastodon soit un succès ou disparaisse dans quelques mois. Nous devons continuons à essayer, à tester, à expérimenter jusqu’à ce que cela fonctionne. Si ce n’est pas Diaspora ou Mastodon, ce sera le prochain. Notre conscience globale, notre expression et nos échanges méritent mieux que d’être de simple encarts entre deux publicités sur une plateforme soumise à des lois sur lesquelles nous n’avons aucune prise.

Mastodon est un réseau social. Twitter et Facebook sont des réseaux publicitaires. Ne nous y trompons plus.

 

Photo par Daniel Mennerich.

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Comment les réseaux sociaux ont transformé des attentats en merveilleux cadeau d’anniversaire

Sunday 26 March 2017 at 14:12

Certaines histoires commencent mal. Très mal. Mais, petit à petit, la vie se fraie un chemin à travers les pires situations pour s’épanouir en frêles et merveilleux bourgeons.

Cette histoire commence le 7 janvier 2015. Ce jour là, je croise Damien Van Achter, atterré par ce qui se passe à Paris. Il me parle de morts. Je ne comprends pas. J’ouvre alors Twitter et découvre l’ampleur des attentats contre Charlie Hebdo.

Je ne le sais pas encore mais ces attentats vont changer ma vie. En bien. En incroyablement, merveilleusement bien.

Sur le moment, choqué à mon tour, je me fends d’un tweet immédiat, instinctif. Étant moi-même parfois auteur d’humour de mauvais goût, je me sens attaqué dans mes valeurs.

Ce tweet sera retweeté plus de 10.000 fois, publié dans les médias, à la télévision, dans un livre papier et, surtout, sur Facebook où il sera mis en image par Pierre Berget, repartagé et lu par des centaines de milliers de personnes.

Parmi elles, une jeune femme. Intriguée, elle se mettra à lire mon blog et m’enverra un paiement libre. Après m’avoir croisé par hasard à l’inauguration du coworking Rue du Web, elle me contactera sur Facebook pour discuter certaines de nos idées respectives.

Deux ans plus tard, le 9 mars 2017, jour de mon 36ème anniversaire, cette jeune femme dont je suis éperdument amoureux a donné naissance à Miniploum, mon fils. Le plus beau des cadeaux d’anniversaire…

Je souris, je savoure la vie et je suis heureux. Ce bonheur, cet amour que j’ai la chance de vivre, ne le dois-je pas en partie aux réseaux sociaux qui ont transformé un ignoble attentat en une nouvelle vie ?

Rappelons-nous que chaque drame, chaque catastrophe porte en elle les germes de futurs bonheurs. Des bonheurs qui ne font peut-être pas toujours les grands titres de la presse, qui sont moins vendeurs mais qui sont les fondations de chacune de nos vies.

Souvenons-nous également que les outils, quels qu’ils soient, ne deviennent que ce que nous en faisons. Ils ne sont ni bons, ni mauvais. Il est de notre responsabilité d’en faire des sources de bonheur…

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Printeurs 44

Tuesday 28 February 2017 at 14:47

Ceci est le billet 44 sur 44 dans la série Printeurs

Nellio, Eva, Max et Junior sont dans la zone contrôlée par le conglomérat industriel.

Dans un silence religieux, nous descendons tous les quatre de la voiture. Tout autour de nous, des immeubles s’élancent dans une architecture torturée donnant une impression d’espace et de vide. Pas la moindre fissure, pas la moindre poussière. Même les plantes ornementales semblent se cantonner dans le rôle restreint et artificiel de nature morte. J’ai l’étrange impression d’être dans une simulation, un rendu 3D d’un projet d’architecture comme on en trouve sur les affiches jouxtant des terrains vagues d’où doivent, bientôt, naître de merveilleux projets immobiliers aux noms évocateurs.

Il me faut un certain temps avant de réaliser qu’aucune publicité n’est visible. Pourtant, les formes des bâtiments s’éloignent avec une certaine élégance d’un fonctionnalisme trop strict. Les murs s’élancent avec une certaine recherche esthétique où les motifs en fractale semblent occuper une place prépondérante.

Une brise un peu brusque dépose soudainement une fine feuille de plastique sur laquelle se distingue difficilement le logo d’une marque de chocolat.

La feuille se pose sur le trottoir et semble s’y enfoncer doucement, comme un fin navire de papier sombrant dans une écume solide.

Je pousse une exclamation de surprise. Junior s’accroupit.

— Du smart sand ! Tout le complexe est en smart sand !

D’un geste de la main, il donne quelques instructions à Max. Obtempérant, celui-ci donne un violent coup dans le mur de béton en utilisant une partie métallique de son corps. Le mur semble s’effriter légèrement. Un trou bien visible se dessine et le sable se met à couler avant de s’arrêter et, sous mes yeux ébahis, de se mettre à escalader le mur pour reboucher le trou. Quelques secondes s’écoulent et le mur semble comme neuf !

Je me tourne vers mes compagnons :

– Je croyais que ce smartsand n’était encore qu’à l’état de prototype. Mais si tout le complexe en est construit, cela a des implications profondes.

Junior me lance un regard étonné.

— C’est impressionnant mais je ne vois pas trop…
— Cela signifie que le bâtiment s’est imprimé tout seul. Un architecte a dessiné les plans et le bâtiment est sorti de terre sans aucune assistance humaine.
— Oui mais où est le problème ?
— Que tout ce complexe peut avoir existé depuis des années ou n’être qu’un leurre, créé de toutes pièces dans les dernières vingt-quatre heures.
— Quel genre de piège ? interroge Max.
— Le bâtiment peut se modifier en fonction de certains stimuli pré-programmés. Nous pouvons très bien nous retrouver enfermés.
— Nous le serions déjà, murmure Eva. Toute la route est dans la même matière et aurait pu nous engloutir.

Je me tourne vers elle.

— Eva, tu m’as dit que tu connaissais FatNerdz. C’est lui qui nous a emmené ici. Peut-on lui faire confiance ?

— Confiance ?

Elle bégaie légèrement, sa lèvre inférieure tremble.

— Il ne s’agit pas de confiance mais uniquement de logique. Tu n’es pas mort, Nellio. Cette seule information devrait te suffire.

Bravement, elle s’avance vers une porte vitrée et, sous mes yeux ahuris, passe simplement à travers comme s’il s’agissait d’un hologramme. Junior exulte !

– Wow ! Du smart glass ! Génial ! Il fond instantanément et se reforme. C’est impressionnant.

Sans hésiter, nous emboitons le pas à Eva. Après tout, nous sommes désormais sous le contrôle total du bâtiment. S’il doit nous arriver quelque chose, il est déjà trop tard.

En franchissant la porte, j’ai l’impression de passer sous une fine chute d’eau. Un léger contact qui s’estompe immédiatement.

Je rejoins Eva, talonné par Max et Junior. Je sens comme une légère vibration et un pincement au creux de l’estomac.

— Nous montons ! Le bâtiment nous pousse vers le haut sans avoir besoin d’un ascenseur. C’est aaaaaah…

Sans prendre la peine de finir sa phrase, Junior se met à hurler. Paniqué, il nous désigne à grand renfort de geste ses pieds. Où plutôt l’endroit où aurait du se trouver ses pieds. À lieu et place de ses chaussures, je vois deux tibias s’enfoncer parfaitement dans le sol.

— Tu t’enfonces ! crie Eva.
— Non, le sol monte mais sans lui, corrige Max de sa voix artificiellement calme et posée.
— Ce n’est vraiment pas le moment d’argumenter à ce sujet, fais-je en me ruant sur Junior.
— Merde ! Merde ! crie ce dernier. Je sens que ça monte.

En effet, le sol est désormais dans la partie supérieure de ses mollets.

— Mais c’est quoi ? Une sorte de sable mouvant ?
— Non, répond Eva. Le bâtiment sais exactement ce qu’il fait.

Comme en écho, une image se forme sur un mur. Une fiche d’identité apparaît avec une photo de Junior, en uniforme, un numéro de matricule et un ensemble de méta-données sur sa vie et sa carrière. En rouge clignote une ligne « Policier déserteur. Dangereux. Protection totale requise. »

Je sens la panique me gagner. Machinalement, je m’approche de Junior pour tenter de le tirer vers le haut. Il hurle de douleur. Sans dire un mot, nous nous affairons tous les trois mais sans succès. Le sol arrive désormais presqu’à la taille de Junior qui se calme subitement.

— Cela devait finir comme cela. Protection totale. Je suis donc à ce point dangereux que toute action est justifiée pour me mettre hors d’état de nuire.
— Il faut faire quelque chose, dis-je. Max, ne peux-tu pas tenter de creuser le béton et que nous le portons au-dessus de nous ?

Eva, qui s’est reculée, me regarde froidement.
— C’est inutile, Nellio. Nous sommes complètement sous l’emprise du bâtiment. Il n’y a rien à faire.
— Mais…

Je tourne la tête vers Junior. Celui-ci tente de me rendre un regard brave. Le sol a désormais dépassé son nombril. Sa respiration se fait plus difficile.

— Je le savais, murmure-t-il. J’étais en sursis. Je suis néanmoins fier. Mais il y’a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi suis-je le seul ? Qu’avez-vous de différent ?

Eva s’accroupit pour se mettre à son niveau.
— Cet immeuble est confiant et n’utilise qu’une protection positive : seuls les cas confirmés sont éliminés. Les autres peuvent circuler sans autorisation particulière.
— Ça ne tient pas debout ! Pourquoi serais-je le seul listé ?

Eva réfléchit un instant avant de répondre.

— Parce que tu es un policier déserteur, tu as été repéré. Mais pour les bases de données civiles, Max et Nellio sont morts. Moi, je n’existe tout simplement pas. Ces deux cas ne rentrent probablement dans aucune des conditions du programme de l’immeuble et, par défaut, il prend le programme automatique du personnel autorisé. C’est une énorme faille de sécurité, le programmeur a du pondre ça avec les pieds mais son bug serait passé inaperçu si deux morts et un non-être ne s’étaient pas pointés.

Je pousse une exclamation de surprise mais je n’ai pas le temps d’aller plus loin que Junior pousse un cri. Il vient de constate que sa main droite, qu’il a bougé en parlant, a également commencé à s’enfoncer. Les doigts sont désormais pris dans le sol. Désespérément il tente de lever le bras gauche et de faire des mouvements pour se dégager. Son corps est désormais enfoncé au delà du plexus solaire. Il se débat laborieusement en poussant des petits cris.

— On ne peut pas rester là sans rien faire à le regarder crever d’une mort horrible ? fais-je en tentant de secouer les bras de Max et Eva.
— Visiblement si, répond laconiquement Max.
— Mais…

Paralysé par l’angoisse, j’observe le niveau du sol engloutir les épaules de mon ami, commencer à monter au niveau du cou. Il penche la tête en arrière dans un ultime espoir de gagner du temps. La pression sur ses poumons doit être énorme, il halète en poussant de petits cris aigus.

— Junior, fais-je. Je… Je… Tu es mon ami !

Le visage est désormais au niveau même du sol, comme un hideux bas-relief. Le smart sand commence à emplir la bouche de Junior dont les yeux reflètent une terreur pure, brute. Une terreur abjectes qui me figent et arrêtent les battements de mon cœur.

Le souffle coupé, je reste immobile, paralysé, les yeux rivés sur un sol propre et lisse.

 

Photo par Frans de Wit.

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Source: https://ploum.net/printeurs-44/


Les 3 piliers de la sécurité

Wednesday 22 February 2017 at 13:57

La sécurité est un terme sur toutes les lèvres mais bien peu sont en mesure de la définir et de la concevoir rationnellement.

Je vous propose la définition suivante :

« La sécurité est l’ensemble des actions et des mesures mises en œuvre par une collectivité pour s’assurer que ses membres respectent les règles de la collectivité. »

Remarquons que la sécurité individuelle n’est garantie que si elle est explicite dans les règles de la collectivité. Si les règles précisent qu’il est permis de tuer, par exemple des esclaves, ces individus ne sont pas en sécurité.

Ces actions et mesures se divisent en trois grandes catégories, que j’appelle les trois piliers de la sécurité : la morale, les conséquences et le coût.

Le pilier moral

Le premier pilier est l’ensemble des incitants moraux qui encouragent l’individu à respecter les règles de la société. Ce pilier agit donc au niveau individuel et se transmet par l’éducation et la propagande.

Un excellent exemple de l’utilisation du pilier moral est le « piratage de musique ». À coup de propagande, les grandes maisons de disque ont fait entrer dans la tête des gens que télécharger une chanson équivalait virtuellement à voler voire blesser un artiste.

Cette affirmation est rationnellement absurde mais l’éducation morale a été telle que, aujourd’hui encore, pirater de la musique est perçu comme immoral. De manière amusante, ce phénomène est bien moindre avec les logiciels ou les séries télé car le côté « artiste spolié » est beaucoup moins pregnant dans l’imaginaire collectif pour ce type d’œuvres.

Le pilier des conséquences

Le second pilier est un facteur résultant de la multiplication du risque d’être pris en train de briser les règles avec la conséquence prévue en cas de flagrant délit.

Par exemple, malgré de nombreuses tentatives d’utilisation du pilier moral à travers les campagnes de la sécurité routière, la plupart des conducteurs ne respectent pas les limites de vitesse.

Des amendes ont donc été mises en place, parfois très élevée. Mais ces amendes ne sont pas dissuasives si le conducteur a l’impression que le risque d’être pris est nul. 0 multiplié par une grosse amende fait toujours 0.

Des contrôles radars ont donc été mis en place, en tentant de les garder secrets et d’interdire les détecteurs de radar. Mais là encore, l’efficacité s’est révélée limitée, le risque étant toujours perçu comme faible et relevant du « pas de chance ».

Par contre, l’installation de radars automatiques avec de grands panneaux « attention radar » a eu un effet drastique sur ces endroits en particuliers. Les conducteurs ralentissent et respectent la limitation, même si c’est pour une durée limitée.

Le pilier du coût

Enfin, il existe des situation où l’on se fiche de la morale et des conséquences. Le dernier pilier sécuritaire consiste donc à augmenter le coût nécessaire à briser les règles.

Ce coût peut prendre différentes formes : le temps, l’argent, l’expertise, le matériel.

Par exemple, je sais qu’un voleur de vélo se fout du pilier moral. Il a également peu de chances d’être pincé et donc n’a pas peur du pilier des conséquences. Je peux cependant légèrement augmenter pour lui le risque d’être pris en faisant tatouer mon vélo, mais c’est faible.

Par contre, je peux rendre le vol de mon vélo le plus coûteux possible en utilisant un très bon cadenas.

Voler mon vélo nécessitera donc plus de temps et plus de matériel que si mon cadenas était basique.

Les serrures sur votre porte ne sont qu’une augmentation du coût nécessaire pour rentrer chez vous sans la clé. Ce coût sera soit du temps (s’il faut fracturer la porte), soit en expertise (un serrurier vous ouvrira votre porte en quelques secondes).

Le théâtre sécuritaire

Toutes les mesures de sécurité qui sont prises doivent agir sur l’un de ces trois piliers. Des mesures peuvent même avoir des effets sur plusieurs piliers. En augmentant le temps nécessaire à enfreindre une règle (pilier du coût), on augmentera également la perception du risque d’être attrapé (pilier des conséquences).

Cependant, il existe également des mesures qui ne rentrent dans aucune de ces catégories. Ces mesures ne sont donc pas des mesures visant à augmenter la sécurité.

Par exemple, les militaires patrouillant dans les rues pour lutter contre le risque qu’un fou terroriste se fasse sauter. Les militaires n’ont clairement pas une influence sur le pilier moral. Ils n’ont pas d’influence sur le pilier des conséquences (un kamikaze se fout des conséquences). Et ils n’ont pas non plus d’influence sur le coût. Si vous voulez vous faire sauter, la présence de militaires armés dans les parages ne change rien à vos plans !

Cette analyse est donc importante car elle permet de détecter les mesures de non-sécurité. Ces mesures ne sont donc pas sécuritaires mais ont d’autres motivations. À titre d’exemple, les militaires dans la rue servent à donner l’impression à la population que le gouvernement agit. En effet, la seule action pertinente contre le terrorisme est le renseignement et l’action discrète mais la population aura alors l’impression que le gouvernement ne fait rien.

On appelle « security theatre » les mesures qui ne renforcent pas la sécurité mais ne servent qu’à donner l’image d’une sécurité renforcée. Dans certains cas, ces mesures sont justifiées (elles rassurent), dans d’autres, elles sont nocives (elles entraînent un sentiment de peur irrationnelle, sont elles-mêmes source d’insécurité).

Autre exemple : aux États-Unis, plusieurs états républicains ont mis en place des mesures pour soi-disant se protéger des fraudes électorales. Problème : ces mesures sont absolument inefficaces, adressent un problème dont l’existence n’a jamais été démontré mais elles ont un effet immédiat. Elle rende le vote très difficile voire impossible pour une grande partie des minorités et des populations les plus pauvres qui ont tendance à voter démocrate. Sous couvert de la sécurité, on prend des mesures dont l’objectif réel est d’avantager un parti.

Identifier les abus de sécurité

Lorsque des mesures de sécurité sont mises en place et qu’elles n’agissent efficacement sur aucun des 3 piliers, il est nécessaire d’être vigilant : la motivation n’est pas la sécurité mais certainement autre chose.

Si l’on prend des mesures pour soi-disant garantir votre sécurité, posez-vous toujours les bonnes questions :

– Est-ce que le problème est quantifié en termes de gravité et de probabilité ?
– Les mesures proposées adressent-elles efficacement au moins un des trois piliers ?
– Le coût et les conséquences de ces mesures sont-elles en relation avec le risque dont elles protègent ?

Mais si on applique la rationalité à la sécurité, on arrive à la conclusion effarante que pour nous protéger, nous devrions prendre des mesures drastiques pour réguler la circulation automobile, la qualité de notre alimentation et de l’air que nous respirons. Au lieu de ça, nous laissons nos émotions être manipulées, nous envoyons des soldats risquer leur vie un peu partout dans le monde ou nous luttons contre les freins à disque sur les vélos.

Au fond, nous ne cherchons pas la sécurité, nous cherchons à être rassuré sans devoir rien changer à notre mode de vie. Quoi de plus approprié pour cela qu’un ennemi commun et un régime totalitaire pour nous empêcher de penser ?

 

Photo par CWCS Managed Hosting.

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Promis, je reste !

Friday 10 February 2017 at 14:17

— S’il-te-plait, ne m’abandonne pas ! Résiste ! Reste !

Écrasé par la douleur, je broie sans m’en rendre compte les doigts frêles posé sur le lit d’hôpital. De longues larmes lourdes et pesantes ruissellent sur ma joue, inondant le drap.

Elle tourne vers moi un regard fatigué, épuisé par la douleur.

– Je t’aime, fais-je d’une voix implorante.

D’un clignement des yeux, elle me répond.

— Je t’aime, murmure un souffle, une ébauche de sourire.

Soudain, je me sens apaisé. Mon esprit s’est clarifié. D’une voix nette et fluide, je me mets à parler.

— J’ai toujours été deux avec toi. Ma vie s’est construite sur nous. Je n’ai jamais imaginé que l’un de nous puisse partir avant l’autre. L’amour, ce concept abstrait des poètes, a guidé chacun de mes pas, chacun de mes soupirs. C’est vers toi que j’ai toujours marché, c’est pour toi que j’ai toujours respiré.

Comme un barrage soudainement détruit, j’éclate en sanglot. Ma voix se déforme.

— Que vais-je faire sans toi ? Comment puis-je encore vivre ? Ne me laisse pas ! Reste !
— Je… Je te promets de rester, balbutie une voix faible. De rester aussi longtemps que tu le souhaiteras. Je partirai seulement quand tu me laisseras partir. Promis, je reste…
— Mon amour…

Pendant des heures, je baise cette main désormais décharnée, je pleure, je ris.

— Je t’aime ! Je t’aime mon amour !

Rien n’a plus d’importance que l’amour qui nous unit.

Une poigne ferme s’abat soudainement sur mon épaule.

— Monsieur ! Monsieur !

Hébété, je me retourne.

— Docteur ? Que…

— Je suis désolé. Il n’y a plus rien à faire. Nous devons procéder à la toilette du corps.

— Hein ? Mais…

Perdu, je me tourne vers ma bien aimée. Ses yeux sont fermés, un très léger sourire illumine son visage.

— Elle dort ! Elle s’est simplement assoupie !

Dans mes doigts, sa main est devenue glacée, rigide.

— Venez, me dit doucement le docteur en m’accompagnant. Avez-vous de la famille à appeler ?

*

J’entends à peine le chauffeur démarrer et faire demi-tour derrière moi. Sous mes pieds, les familiers graviers de l’allée crissent et se mélangent. Machinalement, j’ai introduit ma clé et ouvert la porte. Un sombre silence m’accueille. Ma bouche est sèche, mes tempes bourdonnent d’avoir trop pleuré.

Sans allumer la lumière, je traverse le hall d’entrée et m’installe dans la cuisine. Ouvrant le robinet, je me sers un verre d’eau.

Un frisson me parcourt l’échine. Une porte claque. Dans l’armoire du salon, les verres en cristal se mettent à chanter.

— Qui est là ?

Une fenêtre s’ouvre violemment et un tourbillon de vent envahit la pièce, m’enveloppant dans l’air froid de la nuit.

À mon oreille, une voix proche et lointaine susurre :

— Promis, je reste…

 

Photo par Matthew Perkins.

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Source: https://ploum.net/promis-je-reste/


La conscience de l’humanité passera-t-elle par les réseaux sociaux ?

Tuesday 7 February 2017 at 14:10

Dans « Pourquoi nous regardons les étoiles », j’ai expliqué que l’humanité est pour moi un organisme multicellulaire qui est en train de se doter d’un système nerveux (l’écriture et Internet) et, bientôt, d’une conscience.

D’un point de vue anecdotique, il est intéressant de constater que le logiciel d’intelligence artificielle MogIA avait prédit, en analysant les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Google, que Trump serait élu là où les médias traditionnels étaient convaincus de la victoire d’Hillary Clinton.

J’ai la conviction que, bien qu’encore balbutiante, une conscience globale est en train d’émerger sur les réseaux sociaux.

Et vous avez un rôle primordial à jouer pour donner une direction à cette conscience, pour lui inculquer les valeurs qui vous sont chères.

Le piège des « fake news »

Depuis l’élection de Trump, un débat a lieu sur le partage des “fake news” sur les réseaux sociaux, des canulars présentés comme des nouvelles réelles et qui auraient influencés les électeurs américains.

Mais ces fake news ne sont-elles pas tout aussi représentatives de notre conscience collective que n’importe quelle autre information ? La réalité est une notion complexe et sa représentation est forcément subjective.

Après tout, notre société européenne s’est construite sur un livre, la bible, qui contient tellement de contradictions et d’absurdités que la question de sa réalité ne devrait pas se poser. Pourtant, il fut à la fois le fruit et l’influence de notre conscience collective durant plusieurs siècles.

Si nous voulons faire grandir notre conscience collective, il ne faut pas filtrer les fausses nouvelles, il faut apprendre à devenir critique et à les comprendre comme ce qu’elles sont : une partie légitime de nous-mêmes.

Il n’y a pas de vraies ou de fake news mais des expressions différentes de notre perception commune. Toute “vraie” news reste filtrée par la subjectivité de celui qui l’a écrite.

Construire une conscience collective sur Facebook

Je vous propose donc d’analyser l’influence que les réseaux sociaux ont sur nous et que nous pouvons avoir sur eux, en commençant par Facebook.

Pour chaque action que nous avons la possibilité d’effectuer, j’ai identifié trois effets :

Aimer une page Facebook

Sur Facebook, “Aimer” est un terme trompeur. Il serait plus juste de dire “Je soutiens publiquement”. Par exemple, en aimant la page Ploum, vous soutenez publiquement mon action de blogueur.

L’effet sur les autres est relativement important car cela revient à recommander Ploum à vos amis. Plus une page à des “J’aime”, plus elle est considérée comme crédible et importante, spécialement par les médias traditionnels. Votre “J’aime” a donc un poids réel (tout comme le fait de me suivre sur Twitter, le nombre de followers étant perçu comme une mesure de l’importance de la personne).

L’effet que cela a sur vous est très faible, voire nul à moins que vous ne cliquiez sur “Voir en premier”. Si vous ne faites pas cela, vous ne verrez presque pas les publications de la page en question. La raison est simple : Facebook fait payer les propriétaires de pages pour toucher leurs fans.

Le business de Facebook est donc de vous encourager à aimer ma page puis à me faire payer pour que mes posts vous parviennent.

Précision importante : vous offrez une part énorme de votre attention aux publicitaires si vous aimez des pages génériques ou liées à des domaines précis. Si vous aimez ce qui touche au vélo, vous serez inondés de publicités liées au vélo. C’est en utilisant cette technique que Trump a pu être élu malgré une campagne ridicule et un budget très limité.

Soyez donc vigilants et passez en revue tous vos “J’aime”, surtout ceux que vous avez fait à un moment ou un autre pour participer à un concours. N’aimez que ce que vous considérez comme un réel soutien public.

Personnellement, j’évite les marques, les grands groupes et les concepts génériques. J’aime les personnes, les artistes peu connus, les organisations ou les commerces locaux dont je souhaite activement assurer la promotion.

Profitez-en pour aimer Ploum.net sur Facebook et Twitter ! Ne suis-je pas un artiste peu connu ?

Aimer et repartager un contenu sur Facebook

En aimant et repartageant un contenu, vous un avez un effet maximal sur Facebook. Non seulement vous donnez du poids à un contenu mais vous augmentez la probabilité que votre entourage y soit confronté.

Attention, il y’a une astuce : ce poids va au contenu et pas au message au-dessus. Si vous aimez un message de type “Ce site d’extrême-droite est scandaleux”, vous donnez du poids… au site en question et favorisez l’apparition de ce site sur Facebook.

Il est donc important de ne pas partager ce qui vous indigne mais bien des sites, des articles, des vidéos que vous soutenez réellement.

Autre revers de la médaille : vous vous mettez à nu face aux publicitaires. Si vous aimez des articles sur le vélo, ils finiront par comprendre que vous aimez le vélo, bien que vous n’aimiez aucune page liée.

En résumé, soyez très prudents avec ce que vous partagez et soyez positifs !

Si vous voulez donner de la « conscience » à notre humanité Facebookienne, je vous encourage à partager des articles, des textes, des vidéos que vous trouvez vraiment intéressants, qui ont du fond, qui vous semblent pertinents.

Personnellement, je tente de proscrire les « révélations » de type « ce que les médecins/politiciens/médias vous cachent », les vidéos ou images amusantes, choquantes mais sans réelle réflexion. J’évite également les posts automatisés de type quizz, sondages ou « quel chat/acteur/personnage êtes-vous ? ». J’essaie également d’éviter ce qui fait réagir mais n’est au fond qu’anecdotique. Je fuis la manipulation des émotions.

En postant des articles ou des vidéos de fond, vous invitez à la réflexion, à échanger des idées. En développant des arguments sereins et positifs dans les commentaires, vous faites grandir notre conscience collective. C’est justement ce que j’essaie de faire, à ma petite échelle, avec les articles que j’écris ou que je partage.

Qui façonne ceux qui nous façonnent ?

En conclusion, il apparaît que Facebook est avant tout une machine à nous façonner. L’influence que Facebook a sur nous est maximale tandis que celle que nous avons sur Facebook est minimale.

Minimale mais existante !

Si nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser Facebook avec la pleine conscience de ce que nous faisons, l’effet sera tangible !

Je comprends le désir de beaucoup d’entre vous de quitter ou de ne jamais rejoindre Facebook. Malheureusement, on ne peut plus nier l’importance que cet outil a pris dans le façonnement de notre humanité. À tel point que je le trouve de plus en plus représentatif de la « conscience de l’humanité ». Alors est-il préférable de le quitter complètement ou d’essayer de le façonner à notre image ? À chacun de choisir sa solution en conscience…

 

Photo par Frans de Wit.

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Source: https://ploum.net/la-conscience-de-lhumanite-passera-t-elle-par-les-reseaux-sociaux/


Pourquoi nous ne faisons pas la révolution ?

Sunday 5 February 2017 at 13:19

Autour de moi, nombreux sont ceux qui s’indignent sur les différentes injustices, sur la malhonnêteté flagrante et indiscutable des politiciens qui nous gouvernent. Et de s’interroger : « Comment se fait-il qu’on tolère ça ? Pourquoi n’y a-t-il pas de révolutions ? »

La réponse est simple : car nous avons trop à perdre.

Depuis la corruption à peine voilée et bien connue de nos dirigeants aux injustices inhumaines de notre système, nous dénonçons mais n’agissons pas.

Nous avons peur de perdre…

Grâce à la productivité accrue, notre société pourrait nous nourrir et nous loger confortablement sans soucis. Cependant, nous sommes encore tous entretenus dans la superstition qu’il est nécessaire de travailler pour mériter le droit de survivre. Nous avons peur de la pauvreté voir même de demander de l’aide, d’être assistés.

Le travail est une denrée de plus en plus rare ? Le travail est le seul moyen de survivre ?

Ces deux croyances sont si profondément ancrées qu’elles rendent difficile de prendre le moindre risque de changer les choses. Car tout changement pourrait être pire. Et induire le changement est un risque individuel !

Nous avons trop à perdre…

Emprunt hypothécaire, grosse voiture, smartphone assemblé en Chine, ordinateur portable, chemises de marque produites par des enfants au Bangladesh. La société de consommation nous pousse à trouver dans l’achat et le luxe ostentatoire une réponse à tous nos maux.

Nous soignons l’hyperpossession par des achats compulsifs. Nous ne sommes même pas intéressés par les objets en question mais par le simple fait d’acheter, de posséder. Sinon, nous achèterions de la qualité.

Et le résultat est que nous possédons énormément de brols, de produits de mauvaises qualité que nous n’utilisons pas mais que nous entassons et refusons de jeter pour ne pas remettre en question notre acte d’achat. Nous possédons tellement que tout changement nous fait peur. Serions-nous prêts, comme nos arrières-grand-parents, à partir sur les routes en n’emportant qu’une simple valise ? Nous avons travaillé tellement d’heures pour acheter ces biens que nous stockons, souvent sans les utiliser une fois l’effet de nouveauté passé.

Prendre des risques

Au plus nous possédons, au plus nous avons à perdre. Ajoutons à cela que, dans le crédo sociétal, toute déviation de la norme est perçue comme une prise de risque incroyable, vitale. Si vous n’avez pas votre maison, vous risquez d’être sans ressource à la pension. Si vous n’avez pas de travail, vous êtes sociétalement un paria et vous serez demain à la rue. Demander de l’aide à des amis ou à la famille serait le comble du déshonneur.

Il est donc préférable de perpétuer le système tel qu’il est, de ne surtout rien changer.

Alors, nous râlons devant les injustices flagrantes, les manquements. Nous nous attacherons à des petits avantages, des augmentations salariales.

Nous voterons pour “le changement” en espérant de tout cœur que rien ne change.

Les révolutions

Il faut se rendre à l’évidence : les révolutions se font par des gens qui sont prêts à sacrifier leur vie.

Or nous ne sommes même pas prêts à sacrifier notre nouvelle télévision et notre carte essence.

Tant que nous nous évertuerons à protéger notre emploi et nos petits avantages, fut-ce au mépris de nos valeurs et de nos propres règles morales, nous nous condamnons à entretenir le système.

Par contre, nous pouvons apprendre à acheter de manière responsable, à ne plus sacrifier nos valeurs pour un emploi, à sortir de nos aliénations. Nous pouvons apprendre à remettre en question ce que nous achetons, ce que nous faisons pour gagner notre vie. Nous pouvons apprendre à refuser de nous laisser manipuler.

Peut-être que c’est tout simplement cela la prochaine révolution : prendre conscience des conséquences de nos actions individuelles, reprendre le pouvoir sur nos vies au lieu de se contenter de remplacer régulièrement ceux à qui nous déléguons le pouvoir.

 

Photo par Albert.

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Source: https://ploum.net/pourquoi-nous-ne-faisons-pas-la-revolution/