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Le blogueur venu de Demain (première partie)

Sunday 3 March 2013 at 21:57

Le soleil de fin d’après-midi brille sur le bord de mer de cette charmante station balnéaire méditerranéenne. Alors que j’arrive en vue du bar où nous avons convenu de nous rencontrer, je le reconnais immédiatement, assis en terrasse en train de siroter un cocktail. Si j’ai déjà vu des photos de lui, j’ai été en grande partie aidé par son uniforme de blogueur typique: un t-shirt faisant référence à un jeu vidéo du siècle passé, un jeans usé et des tongs. Il n’a pas de sac mais je devine un téléphone dans sa poche. Son air concentré, ses lunettes sur le nez, les deux bracelets claviers à chaque poignets et les imperceptibles mouvement de ses doigts tapotant la table m’indiquent qu’il est en train d’écrire un billet.

Alors que je m’approche, il sourit et m’invite à prendre un siège. Dans ce geste de politesse devenu courant, il remonte ses lunettes sur le sommet de son crâne, indiquant par là qu’il se consacre tout entier à notre conversation. Ce faisant, je l’entends murmurer « draft ». Je ne m’étais pas trompé, il était bien en train de rédiger un article.

Je touche ostensiblement mes lunettes de l’index droit pour lui signaler que je suis en train de filmer. Comme je n’ai utilisé qu’un seul doigt, il comprend qu’il n’y a pas de retransmission en direct et qu’à priori la vidéo sera essentiellement pour mon usage personnel. Il acquiesce d’un sourire.

Bonjour Max. Heureux de te rencontrer. Tu es ici en vacances ?

Des vacances ? (il rit) Et bien c’est un concept que je ne comprends plus très bien. Je suis en vacances perpétuelles mais je travaille 365 jours par an. Je suppose que que le mot « vacances » ne s’applique plus vraiment à moi.

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs ? Quel est ton parcours ?

Dans une vie antérieure, j’étais un ingénieur en informatique, un programmeur. Je sais que ça me fait paraître pour un dinosaure auprès des plus jeunes mais je faisais du J2EE dans une banque. J’ai aussi travaillé un peu comme journaliste. Il y a quinze ans, j’ai démarré un blog, « Le blog de Max », car c’était la mode parmi les geeks. Certains le voyaient comme le futur du journalisme mais, personnellement, je n’avais pas d’objectifs particuliers. J’ai créé un blog, c’est tout.

Ce blog a commencé à avoir du succès et à attirer des lecteurs. Grâce à la publicité, j’ai pu rentabiliser le coût de mon hébergement puis, petit à petit, me créer un véritable salaire. J’ai quitté mon travail et je me suis lancé comme blogueur professionnel.

Tu considérais sans doute cela comme une réussite. Cela t’a-t-il rendu heureux ?

Au début, j’étais très fier, bien entendu. Mais j’ai réalisé que j’étais forcé de mettre mon blog à jour de plus en plus fréquemment. La compétition était très dure et il y avait une véritable course à l’audience. Auparavant, je ne m’inquiétais pas trop du nombre de visiteurs. Étant devenu un professionnel, je n’avais plus le choix. Ce que j’avais dans mon frigo à la fin du mois était directement proportionnel au nombre de lecteurs.

J’ai alors commencé à écrire des articles peu intéressants mais qui faisaient du chiffre : des potins de stars, du sensationnalisme, ce genre de choses.

J’ai aussi reçu des contrats pour parler de certains produits. Bien que ce soit de l’argent facile, j’ai découvert que je perdais mon indépendance. Ce n’était plus une passion mais un travail comme un autre. Je bâclais un post, je le postais sur Reddit et je demandais à mes followers sur Twitter de voter pour le billet. Puis, je modérais les commentaires sans vraiment les lire.

Parfois, je recevais des offres pour écrire un billet sur un produit où il était explicitement stipulé que je ne pouvais pas informer mes lecteurs du caractère commercial.

Comment as-tu répondu à ces offres ?

Je pense que chaque homme à un prix. Si on m’avait offert un million, j’aurais accepté sans hésiter. Mon prix est donc inférieur à un million mais, heureusement, les offres ne l’ont jamais atteint. Par ailleurs, ma crédibilité auprès des lecteurs s’essoufflait et ce genre de choses ne pouvaient que me faire du tort.

De manière amusante, c’est lorsque mon audience a été la plus grande que j’ai compris qu’il y avait un problème.

Que veux-tu dire ?

Beaucoup de gens se basent sur la valeur absolue. Mon audience était impressionnante et ne faisait que croître. J’aurais pu m’en contenter.

Mais, personnellement, je me fiais à d’autres indicateurs et à mon instinct. Mes plus fidèles lecteurs ne réagissaient plus dans les commentaires dont le niveau ortographique tendait vers le bas. Si on liait mes articles dans les forums génériques, ce n’était plus le cas sur les sites spécialisés où les communautés à la pointe. Bref, j’étais en train de devenir grand-public.

Est-ce un tort ? N’est-ce pas une bonne chose d’élargir son audience ?

Pour moi, c’était un très mauvais signe. Lorsqu’on est respecté par une communauté précise, on a un capital de réputation. Vis-à-vis du grand public, ce capital est nul. Les gens partageaient mes articles par habitude, parce que mon nom était relativement connu. Mais, en quelques semaines, je pouvais tomber dans l’oubli total, un peu comme ces stars de télé-réalité.

J’étais lu mais je n’étais plus respecté par personne. Personne ne disait plus: « Si Max en parle, c’est que c’est bien ». J’ai donc décidé de reconquérir cette confiance, de me recréer un public.

Quelle a été ta stratégie ?

Tout d’abord, du jour au lendemain, j’ai complètement supprimé la pub. J’ai également encourager mes lecteurs à réfléchir au sens profond de la publicité et à installer AdBlock.

Financièrement, je n’avais pas trop d’idée. J’acceptais les dons par Paypal mais c’est un lecteur qui m’a parlé de Flattr. C’est également à cette époque que j’ai découvert le bitcoin, qui était bien moins connu qu’aujourd’hui.

Et tu t’y es retrouvé financièrement ?

Non. Les premiers mois ont été durs. J’avais prévu le coup et mis de côté pour tenir un an. J’ai cependant été heureusement surpris de Flattr: un bon billet pouvait me rapporter 150-200€. Le plus surprenant étant qu’un bon billet peut continuer à rapporter durant plusieurs mois.

C’est un incitant génial : au lieu d’essayer de faire de l’audience, j’essayais d’écrire des billets que mes lecteurs auraient envie de Flattrer. Quand un billet que je trouvais bon se retrouvait presque sans Flattrs, je me posais des questions. Bref, j’ai énormément appris, je pense que j’ai fait beaucoup de progrès.

Paypal et bitcoins étaient eux anecdotiques. Faire un don régulier est trop ennuyeux avec ces systèmes.

Histoire de survivre, je retirais mes gains Flattr principalement en bitcoins et j’achetais autant que je pouvais en ligne en utilisant cette monnaie. Cela me permettait de ne pas payer d’impôts. C’est une forme de fraude mais Bitcoin n’étant pas reconnu comme une monnaie, cela n’est pas illégal: pour le législateur, je n’ai tout simplement jamais gagné d’argent. De plus, rien ne transite par un compte en France et n’est donc pas soumis aux lois françaises.

De toutes façons, si je dois me soumettre à des lois, pourquoi ici plutôt qu’ailleurs ? L’année passée, j’ai passé plus de jours à l’étranger qu’en France.

Au final, quelle était ta situation ?

Selon les mois, je faisais entre 500€ et 2000€ sur Flattr. Cela parait beaucoup mais n’oublions pas que j’étais taxé sur ce qui arrivait sur mon compte en banque. Et que vivre à Paris avec ce qui restait n’était pas envisageable. Je grignotais sur mes réserves.

J’ai découvert que c’était une réelle limitation lorsque le parlement a commencé à discuter d’interdire les smartglasses pour éviter que les gens soient filmés sans le savoir. À l’époque, il ne s’agissait que des Google glasses mais j’ai senti qu’une fois encore on exploitait la peur des gens pour bloquer l’innovation et tenter de se voiler la face.

J’ai écrit un billet à charge, qui a eu beaucoup de succès, et je suis devenu de facto le porte parole des « pro-lunettes ». J’ai voulu lancer un site dédié sur le sujet avec pétition en ligne, vidéos explicatives, etc. Et je me suis rendu compte que je n’avais pas le budget.

Pour la première fois de ma carrière de blogueur, je ne pouvais pas lancer un projet que j’avais en tête pour faute de budget. Pourtant, le graphiste était un ami, je connaissais ceux qui faisaient les vidéos : j’avais juste besoin d’une centaine de bitcoins. Investissement que j’étais d’ailleurs presque sûr de récupérer en dons et en vente de t-shirt par après. Mais je ne pouvais pas lancer le projet.

Pourtant, je me souviens de cette campagne. Quelle a été ta solution ?

C’est à ce moment là que j’ai découvert le crowdfunding. Popularisé par Kickstarter et Kisskissbankbank, le principe est fort simple : on lance un projet avec le montant dont on a besoin. Les gens donnent selon leur choix. Si l’argent n’est par récolté au bout d’un temps déterminé, le projet est annulé et les donateurs récupèrent leur argent.

Il s’agit donc en quelques sortes d’une donation a priori. Facile et sans risque. Les donateurs peuvent même donner dans la monnaie de leur choix qui est automatiquement convertie si nécessaire.

Cette expérience m’a complètement ouvert les yeux sur les possibilités du crowdfunding.

Quel parti en as-tu tiré ?

Aucun dans l’immédiat. En effet, le crowdfunding s’adressait à des projets concrets d’une certaine ampleur qui nécessitait une préparation. Je me voyais mal créer un projet pour chaque billet que je pensais écrire sur mon blog.

L’idée est juste resté dans un coin de mon cerveau jusqu’aux élections européennes.
Le serveur nous interrompt un instant pour apporter ma commande. Je reste une seconde interloqué. Cet interview est en train de prendre une tournure que je n’avais pas soupçonnée. Pourquoi parler d’élections ? Quel est le rapport entre la politique et le financement d’un blog ? Où Max est-il en train de m’emmener ?

Suite et fin dans la seconde partie

Photo par Elisa Pictures

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Source: http://ploum.net/post/le-blogueur-venu-de-demain-premiere-partie


Ripple, making Bitcoin easier (or obsolete)

Tuesday 26 February 2013 at 15:31

Who needs borders and local regulations when you have internet? The answer to this question is why I like Bitcoin so much. It is a trully decentralized currency.

But Bitcoin has some major issues, something which was covered by Rick Falkvinge on his blog.

The first problem that hits any Bitcoin user is usability. Using Bitcoin is complicated and cumbersome. You can’t send a simple payment with a comment to someone without asking him first to create a dedicated Bitcoin address. You have to care about making a secure backup of your wallet. This makes things nearly impossible to use for a huge percentage of the population.

The second problem is trust: how do you know that the Bitcoin address is valid and was not replaced through a man-in-the-middle attack? How do you know that you will well receive the goods or the service? Sure, many escrow services appeared but they make a Bitcoin transaction even more cumbersome.

The third problem is the power of the exchanges. The whole Bitcoin economy runs with only a handful of Bitcoin exchange services, MtGox being the bigger. This de-facto centralisation is a big weakness for Bitcoin. MtGox has the power to control the price. If MtGox has any problem, the whole value plummets.

Last but not least, people have to trust bitcoins. Except when Internet Archives offers its employees to receive a Bitcoin salary, most services accepting bitcoins are in fact converting them immediately to dollars/euros. It means that Bitcoin is seen as a transport, not a currency.

I even drafted a proposed solution as a Bitcoin-banking decentralized protocol. Recently a quite old project called Ripple surfaced and brought the idea to a whole new level: what if every one of us was a bank and we decide who we trust and at what level.

Remember when you go on a trip with a bunch of friends. Everybody pays for some stuff and, at the end, you try to equilibrate the balance. It was a nightmare until you discovered Tricount. Well, Ripple is basically a decentralised Tricount at the scale of the internet. We are 7 billions friends on the same trip. We pay for each other, we owe some people money and that’s it.

The beauty of it is that it solves all Bitcoin’s hurdles as long as there are enough people in the network. It is easy, decentralized. It will also make money exchanges completely obsoletes. It has the potential to create a true P2P economy.

Now, it is only a proof of concept. Firstly, if the client is opensource, the server is not (yet). And that’s a problem because there’s no competition to ripple.com at the moment. It means it is hugely centralised.

Also, you still have to exchange weird addresses like rKXFsg5EuG4BzLxdTBFXJq2a6iNfyx1hRX (this is my actual Ripple address). In order to become popular, Ripple should allow you to directly connect with your Facebook/G+/Twitter friends so you can trust them or send them money. After creating the Ripple wallet, the process is still very mysterious.

Ripple also raises a few questions. Is its own internal money (XRP) making Bitcoin obsolete? Or is Bitcoin going to stay? And what about the Dollar or the Euro? At least, an interesting experiment to follow.

 

Picture by Lee Haywood

 

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Source: http://ploum.net/post/ripple-making-bitcoin-easier-or-obsolete


Why you are probably not at inbox 0 (but should be)

Friday 22 February 2013 at 14:20

When I explain the tips I use to stay at inbox 0, a common reaction is to pretend to do the same with unread emails, read emails being “archived”.

Given how the human brain works, this is unfortunately not true.

Firstly, we don’t deal with individual items as we are with groups. Meet 3 persons? Those are Alice, Bob and Charles. Meet 15 persons? Those are a group. Or a lot of people. Same applies for your inbox: if there are hundreds of emails in your inbox, your brain doesn’t care about the read/unread status. It just consider it as “a lot of emails”.

The natural consequence is that you will have the tendency to not react to a new email. You have no reward for dealing with an email: 100 or 101 doesn’t change anything. Worst: dealing with an email looks useless and pointless. It will not change anything. While, if your inbox is empty, you will have a natural tendency to act as quickly as possible. Seeing your inbox empty is a relief, a reward in itself.

The second point is that the more time you are given to do a task, the harder the task will look. If I tell you that you have one hour to write an essay about a subject, you will rush and do it. If I give you six months, you will first procrastinate then do some research then realize that you have only one month left to do what is supposed to be a six months work. This will make you feel that the task is really hard. An email sitting in your inbox is doing exactly that: reminding you that you have a task that started the day you received an email. The longer the email stays in your inbox, the harder the task will unconsciously look, the more you will tend to procrastinate.

Of course, that doesn’t mean it’s impossible to be very efficient without an inbox 0. It is just a lot harder and requires more energy.

Now, maybe it’s time to ask the opposite question: why are you not at inbox 0? Why is that given email still in your inbox?

1. Because you need to reply to that email

In that case, don’t hesitate to go for the quick reply. A fast and quick reply is often better than a deep reply, one month later. If your reply really needs an in-depth investigation, it’s not a simple reply any more, it’s a task in itself and should be in your todo-list. Once replied, archive the mail immediately.

Try to answer as soon as you are reading the mail. But this does not mean you have to check your email every five minutes. Disable notifications and choose when to read your emails.

2. Because you need to do something about this email

Then take your todo-list and write that something. A todo should always start with a verb. It’s an action. The problem with an email is that, very often, you don’t know exactly what to do. You know you have something to do but you procrastinate because the next action is not clear.

Sit down, write the action you have to take regarding this email then archive the email.

A good todo-list will not bother you with every possible task every day but only give you what you can achieve, avoiding the constant exposition leading to procrastination.

3. Because the information in the email might be useful

If it is an information you need for another task, copy that information in your todo list, your agenda or where it belongs. Then archive the email.

If you don’t need the information immediately, archive the email. Your archive is not a trash, you can find the information you need at any time there.

4. Because you are not sure about what to do

Sometimes, you have to take decision. Such emails are often related to an invitation: I should reply but I still don’t know if I’m going. Action is simple: take your decision, put the event in your calendar.

If you are really unsure, put it in your calendar anyway and tell the sender that you have the event in your agenda but are not 100% sure to attend. Then archive the mail.

If the decision is really hard, just make it a task in your todo list: “make a decision about X”. Don’t let a related email clutter your inbox.

5. Because you are not sure if you should keep this email or not

Archive it. As I told you, forget the trash, archive everything.

6. Because you are not sure in which folder you should put this mail

Don’t do folders. Don’t. Archive. That’s exactly the main reason to avoid folders.

7. Because your inbox is your todo-list

While this is not impossible, it requires a lot more energy. It also makes your todo list completely weird: in most case, an email is not a task. It is related to a task, which is something completely different. Worst: an email called “weekly report” could contain multiple tasks and the title say nothing about them.

Maybe it’s time to hunt for a good todo-list. But, surely, your inbox is the worst possible solution.

Conclusion

When a mail stays for more than a few days in your inbox, you have to be conscious about the fact and not accept it with any excuse like “I’m already efficient enough”. You would never leave all your letters from the past years in your front-yard mailbox. Same applies for your inbox.

Having an inbox filled is not a fatality. You can, today, claims control over your inbox simply by realising why a mail sometimes rots in your inbox and by taking some proactive measures.

You would be surprised how email can still be very efficient and easy.

 

Picture by John Morgan

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Source: http://ploum.net/post/why-you-are-not-at-inbox-0


Le problème avec l’argent

Tuesday 19 February 2013 at 18:01

Si tout le monde rêve d’avoir de l’argent, force est de constater que le mot a pris une connotation très péjorative dans notre société. Est-il pire insulte que « riche » alors que « pauvre » porte la compassion ?

Pourtant, l’argent est un outil particulièrement utile. C’est une manière très efficace de rétribuer ou de récompenser quelqu’un pour un travail, un service ou n’importe quelle autre occasion. Lorsque notre mamy-gâteau nous donnait une pièce en nous disant « Va t’acheter des bonbons », elle exploitait au mieux le concept d’argent : nous pouvions en effet décider d’acheter des bonbons, un jouet ou économiser pour un nouveau vélo. Bref, nous étions libres.

À ce titre, l’argent est extrêmement libérateur. C’est également un merveilleux incitant si on estime que quelqu’un est rémunéré à hauteur de son talent. Un artiste va essayer de faire une très belle œuvre, un travailleur va faire de son mieux si il a des envies qui nécessitent de l’argent. Au contraire, une personne peut décider de travailler moins. C’est pour cette raison que je soutiens particulièrement des solutions comme Flattr : elles permettent d’offrir de l’argent à ceux dont nous apprécions le contenu.

Ici, la moitié de mes lecteurs bondiront sur leur chaise en me traitant d’ultra-capitaliste et m’enverront des photos d’enfants qui meurent de faim avec des mouches collées sur les yeux pour me prouver combien je suis ignoble, combien l’argent pervertit tout.

Mais le problème, ce n’est pas l’argent : c’est le fait que la manière la plus simple de gagner de l’argent est… d’avoir de l’argent.

Tant que l’argent est un incitant à produire quelque chose d’utile à la société, il est bénéfique. Aujourd’hui, il n’est malheureusement plus possible de devenir réellement riche par son travail. Toutes les grosses fortunes se basent sur la spéculation, la bourse et tous ces outils financiers qui permettent de gagner beaucoup d’argent sans avoir la moindre utilité vis-à-vis de la société.

Le capitalisme s’est toujours réfugié sous la notion de « risque » pris par les investisseurs. Le bénéfice serait donc une récompense sur la prise de risque. Le fait qu’une prise de risque puisse être rémunérée est sujet à discussion. Mais prenons-le comme acquis.

Si je participe, avec mille personnes, à une loterie dont le premier prix est la cagnotte globale, ma chance de gagner est de une sur mille et mon gain est de mille fois ma mise. On constate donc que mon gain est directement proportionnel à mon risque, ce qui semble intuitivement juste et se pratique dans les casinos ou sur les champs de courses.

Mais si la cagnotte est augmentée via l’argent issu du travail d’autres personnes, si plusieurs tickets sont marqués gagnants à un certain degré, mon gain augmente et mon risque diminue. Mieux : grâce à des algorithmes très puissants et très rapides, je peux déterminer quels sont les tickets les plus gagnants et les acheter/revendre en une fraction de seconde. À ce stade, mon risque devient virtuellement nul pour peu que j’aie assez d’argent pour spéculer dans plusieurs loteries à la fois.

Plus on a d’argent, plus il est facile d’en gagner sans rien faire d’utile.

L’expression « faire travailler son argent » signifie, en réalité, faire travailler ceux qui remplissent la cagnotte pour laquelle je me suis contenté d’acheter un ticket.

Ce simple constat augure d’une crise très profonde au sein de la société. Les riches ne peuvent que devenir plus riches. C’est mécanique, inéluctable dès qu’ils passent le stade où ils sont en mesure de payer des financiers compétents pour s’occuper de leur patrimoine.

Réfléchissons une seconde : qu’ont fait pour nous ces investisseurs, ces traders, ces financiers, ces géants bancaires ? En quoi nous sont-ils utiles ? Trouvons-nous normal qu’ils gagnent des milliers de fois plus que tout les services qui nous sont utiles ou agréables au quotidien ?

Mais même à court terme, l’effet financier est délétère. En effet, les acheteurs du ticket de loterie certifié gagnant exige toujours plus de cagnotte, toujours plus de gain. Cette vision à très court terme empêche toute stratégie, tout développement correct. À tel point que des entreprises géantes, comme Dell, annoncent se retirer de la bourse.

L’idée commence à faire son chemin : la bourse est un instrument devenu tout à fait nuisible qu’il faut supprimer.

Cela vous semble absurde ? Impossible ? Exagéré ? C’était également le cas pour les brevets il y a quelques années. Pourtant, les esprits changent.

L’argent est un magnifique outil pour récompenser ceux qui nous sont utiles et qui nous font plaisir. Tentons tout simplement de leur faire parvenir directement cet argent, sous forme de Flattr, de bitcoins, de dons, de paiements directs tout en évitant autant que possible la nuée de sangsues qui n’ont rien fait pour nous si ce n’est acheter un ticket le loterie…

 

Photo par Hernan Seoane

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Source: http://ploum.net/post/le-probleme-avec-largent


The Publisher’s Dilemma

Wednesday 13 February 2013 at 02:30

Ce texte en français

I’m a book publisher. Maybe I should say “I was”. Or “I’m still”. I’m not even sure what my job is. Nor do I know if I still have a job. I’m currently struggling with the “Publisher’s dilemma”. Should I be happy? Am I lucky or desperate? I have no idea…

In 2016, for the first time, there was more electronic magazines sold in the USA than prints. An evolution due to the offer of very cheap and waterproof ebook readers featuring coloured screens. Not to mention the advent of e-ink/amoled combined screens on phones and tablets.

Nevertheless, ebooks were still nearly as expensive as their paperback counterparts, encouraging users to illegally download when they could. Or to buy the paper version to get that superannuated feeling of “owning a thing”.

That was until ReadR appeared. During its first year, the startup was acclaimed and Wired called it “The Spotify for ebooks”. The model was simple: you could buy a subscription per month and read as many books as you want. Their slogan: “Read and Enjoy”.

You’ve probably used ReadR and you know the advantages: your virtual bookshelf is synchronized across all your devices. You can start reading a book on your big e-reader at home, continue it on your phone while in line at the supermarket then finish on your computer’s screen at work during your lunch break. Yes, you can even download a DRM free version of each ebook you’ve read.

The experience is seamless. Best of all : you can add your own ebooks to your ReadR account and share them with your ReadR friends or the whole ReadR community. You’ve just finished a book? Here’s a list of your friend’s recommendations, a list of books from the same authors, etc. ReadR abolishes the limitations of the physical world. Read and enjoy!

The upload feature combined with the recommendation system was immediately perceived as an open gate to massive piracy. Hopefully, the writing industry decided to not follow the steps of its musical counterpart and, instead, to embrace the progress.

After lengthy negotiations, most book publishers, including my company, agreed to publish their entire catalog on ReadR. Each book would receive some money each time it was read. But, instead of a fixed sum, the model was inspired by Flattr, a Swedish micro-donation company.

ReadR now offers four subscription models: the free one, where you can read free content including the complete Project Gutenberg catalog, the mini membership, at 2€/month, the regular, at 5€/month and the premium, at 10€/month. In fact, the 10€/month is a minimal price as you can choose to give as much as you want.

Each book you’ve opened during a given month is awarded a ReadR point for that month. If you recommended a book, to a single friend or to the community, that book receive a second point for that month.

At the end of the month, your monthly subscription is divided by the number of points you’ve awarded. If, in January, you’ve read three books and recommended the last one, that’s a total of four ReadR points. With a mini membership, each point is then valued at 50 cents and the last book receives 1€ (one reading point plus one recommendation point). Ninety percent of that sum goes directly to the author. Yes, authors all secretly hope that you start a book on the last day of the month and read it during five more weeks. They even publish separate chapters for that reason.

The book industry settled on that deal with one major condition: each author could choose to have his book only available for a given membership level. It was foreseen that people, on the average, don’t read more than two books a month. Thus, being read by people paying 5€ or 10€ a month was seen as a good deal. Short stories and small novels were made available for the mini members.

Everybody was happy with the deal and it looked like the books industry mastered the transition from the paper to the virtual. I remember partying all night after the formal agreement. The future was bright and our authors were happy. We laughed at those crooks from the musical industry.

But I didn’t realized that, for the last ten years, there was a growing cast of writers already used to the pure virtuality: bloggers, journalists, hobbyists authors. Most of them never published a dead tree paper book. For that reason, we never considered them as “true authors”. It was only a bunch of talentless amateurs. They nevertheless wrote and gained an audience. They immediately started to publish on ReadR, from short articles to full fledged novels. Journalists published their investigations. Through recommendations on social networks, all of them managed to get readers without having met a single book or a magazine publisher.

They were broadcasting their writing to readers without our help!

Who is a book author? Who is a journalist? Who is a blogger? Who is a teenager writing on the internet? Why would you even ask such a question? Read and enjoy!

Read and enjoy!

That’s when I really understood ReadR’s motto.

The whole concept of “book” is moving as we witness some experiments mixing movies, writing, still pictures, sounds. The soon to be published printed book I have next to my keyboard looks like an ancient manuscript. I feel obsolete myself, like an old yellowed page.

Two years after the launch of ReadR, the whole writing industry is entering into panic mode. Some best-sellers of the last decade didn’t managed to sell well on ReadR. There are many alternatives and everybody reads what he wants to read, thanks to recommendations of friends and acquaintances. We have to build a new marketing infrastructure from scratch in order to get people to read what we want them to read.

We envisioned the ReadR membership levels as a kind of guaranteed revenue. People would not read our books without paying. But what happened is that, instead of pirating, they decided to read something else.

This raised the question: publish for free on ReadR, to get recommendations and get as many readers as possible (including those with a highest membership) or only allow readers from the regular or premium membership?

The answer is simple: the free version is always better. The more visibility, the more chances you have to get premium readers. But if every author publish for free, why would anyone buy a membership? This is called the “Publisher’s dilemma” and is currently giving me a serious headache.

Maybe we should have followed the musical industry’s route: buying politicians, lobbying, suing and making as much money as possible for a few decades, even at the cost of perverting the morality. Or, like newspapers, begging at Google.

But there should be a way. There must be a way. I remember hearing a conversation today, in the street. The woman was saying “It’s funny…” to her girlfriend. Something like “It’s funny, I have a premium membership on ReadR and I only read books from the free catalog. But I don’t care. In fact, I’m happy to give a few bucks to the authors that share their writings.” Yes, it was something like that.

I have to think more about it. There must be a way. Read and enjoy! Read and enjoy!

 

Ce texte en français

This post is part of the Letters from the Future collection. Picture by Kevin Raybon.

 

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Source: http://ploum.net/post/publishers-dilemma


Où Flattrer après le spectacle ?

Monday 11 February 2013 at 12:09

Vous êtes incroyablement nombreux à relever mon défi de tester le web payant avec Flattr. Mais je reçois beaucoup de remarques me disant que, à part mon blog, il n’y a pas grand chose à Flattrer.

Allez, je vous donne un coup de main parce qu’il est vrai que certains se font discrets…

Activisme numérique

On ne présente plus Framasotf, promoteur acharné du logiciel et de la culture libre. Malgré mon lobbying intensif, il n’est toujours pas possible de Flattrer les articles individuels sur le Framablog. Mais Framasoft est bel et bien sur Flattr.

Notons aussi la présence de La Quadrature Du Net et de son pendant belge, la NURPA. Enfin, une telle liste ne peut passer à côté de l’Electronic Frontier Foundation.

Et pour les non geeks ?

Il n’y a pas que le numérique dans la vie. Envie de prendre des vacances loin de votre clavier ? Abonnez votre Flattr à Greenpeace, WWF ou Amnesty International. Il faut savoir que ces organisations ne paient pas les 10% Flattr. Votre argent leur est donc dédié à 100%.

Projets en ligne

Si vous vous intéressez au monde du logiciel libre, alors peut-être suivez-vous le Planet Libre. Pourquoi ne pas le Flattrer ? Si, comme moi, vous dévorez les livres électroniques du domaine public, alors ne ratez pas le Project Gutenberg. Et si vous appréciez les tentatives de concurrencer Google, vous êtes peut-être un utilisateur de DuckDuckGo ou d’OpenStreetMap.

Journalisme et actualité

Même si le bouton n’est plus intégré à chaque article, vous pouvez toujours Flattrer Numérama. Mais, tant qu’à faire, pourquoi ne pas soutenir une presse indépendante et sans publicité ? Au hasard, je propose Reflets ou, plus étonnant, le Monde Diplomatique.

Question : Je mets Damien Van Achter dans les blogs ou dans le journalisme ?

Blogs

Bon, il y a évidemment ce blog mais il est loin d’être le seul. Les poids lourds Korben et JCFrog sont sur Flattr, Sebsauvage et, depuis peu, Le Hollandais volantRick Falkvinge, fondateur du premier Parti Pirate et Paul Da Silva, pirate français, sont également sur Flattr. D’une manière générale, n’hésitez pas à insister auprès de votre blogueur favori pour qu’il ouvre un compte. Astuce : Flattrez son compte Twitter (à droite de la page) avant même qu’il ne soit sur Flattr.

Si vous êtes blogueur vous-même, mettez votre bouton Flattr de manière visible sur chaque article et dans votre flux RSS. Je salue d’ailleurs l’arrivée de Souquez les artimuses, qui a décidé de s’ouvrir aux Flattrs.

Certains blogueurs, comme Alias, publient chaque mois un rapport d’activités Flattr. L’occasion de découvrir du contenu.

Logiciels

Si vous êtes un utilisateur de logiciels libres, il y a de grandes chances que certains de vos favoris acceptent les dons Flattr. Getting Things GNOME, bien entendu, mais également Gimp ou Adblock. Pendant quelques temps, Raphaël Hertzog recommandait une sélection de logiciels libres à Flattrer. N’oubliez pas que n’importe quel projet GitHub est Flattrable !

N’oublions pas les jeux ! Étant un peu old school, j’aime bien Battle for Wesnoth et FreeCiv. Mais il y a également des tubes, comme Minecraft.

Vous pouvez également soutenir l’Open Source Initiative ou la Free Software Foundation Europe.

Lectures

Personnellement, je suis un grand fan de TheOatmeal mais la liste des web comics sur Flattr est impressionnante. Si on n’y trouve pas XKCD, les Geekscottes y sont !

Je vous ai offert quelques courtes nouvelles Flattrables mais force est de constater que l’écriture est encore un domaine peu exploré par Flattr. Je rêve d’un lecteur d’ebook avec un catalogue ouvert où l’on pourrait se recommander des textes et Flattrer immédiatement à la fin de la lecture.

Musique

Si on trouve quelques musiciens sur Flattr et si tout SoundCloud est Flattrable, il y en a peu que j’écoute régulièrement. J’ai donc activé le Flattrage automatique sur Grooveshark en espérant inciter les artistes à la création d’un compte Flattr.

Conclusion

Voilà, j’espère qu’avec cette liste, vous ne pourrez plus me dire qu’il n’y a rien à Flattrer. Bien entendu, elle est loin d’être exhaustive et j’ai certainement raté des tas de contenus pertinents. N’hésitez pas à le dire et à partager ce que vous Flattrez !

N’oubliez pas : chaque Flattr est un encouragement et, après le premier Flattr du mois, ne vous coûte rien. Dans le doute, Flattrez ! Et si vous n’êtes pas encore convaincu par Flattr, je vous renvoie vers Et si vous testiez le web payant et Donnez-moi la liberté de vous payer.

 

Photo par Chris Potter

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Source: http://ploum.net/post/ou-flattrer-apres-le-spectacle


Le petit Nicolas prend l’avion

Friday 8 February 2013 at 13:08

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Clotaire venait d’être envoyé au piquet, ce qui arrive à chaque fois que la maîtresse l’interroge sur les fleuves et les affluents, quand le directeur est entré dans la classe avec un monsieur à l’air très important :
— Debout ! a dit la maîtresse.
— Assis ! a dit le directeur.
Le directeur nous a regardé avec le même air que Geoffroy quand il vient à l’école avec un nouveau jouet. Il faut dire que Geoffroy a un papa très riche et qu’il vient souvent à l’école avec des nouveaux jouets.
— Mes enfants, a dit le directeur en mettant sa main sur sa poitrine, afin de promouvoir le goût de l’échange et de la culture, le Conseil Départemental pour la Coordination Provinciale a décidé cette année de financer un voyage à l’étranger pour certaines classes de nos écoles. Votre classe a été choisie. C’est un grand honneur qui échoit sur vous et notre école. J’espère que vous saurez vous en montrer dignes et aurez à cœur de remercier Monsieur le sous-conseiller au secrétaire régional.
— Sous-secrétaire au conseiller, a dit le monsieur.
— Le voyage s’effectuera en avion et nous demandons à vos parents de vous conduire à l’aéroport pour la date prévue. Votre maîtresse et le bou… Monsieur Dubon seront vos accompagnateurs.

Ça, c’était une nouvelle terrible parce que moi, plus tard, je veux faire aviateur alors les avions j’aime beaucoup même si je n’en ai jamais pris. D’ailleurs, le seul qui en a déjà pris c’est Geoffroy, même que l’avion a failli s’écraser, que le pilote était très malade, qu’il a confié les commandes à Geoffroy qui sauvé la vie de tas de passagers et qu’ils l’ont drôlement félicité. Mais il faut dire que Geoffroy est très menteur et moi je pense que tout ça, c’est des blagues.

Le jour du départ, on s’est retrouvé à l’aéroport avec nos papas et nos mamans. Les mamans avaient toutes des poussières dans l’œil et nos papas nous caressaient les cheveux en faisant « hé hé ». Le bouillon, ce n’est pas son vrai nom mais un jour je vous expliquerai pourquoi on l’appelle comme ça, est arrivé avec un grand chapeau comme les explorateurs dans les films, des chaussures de randonnée et des tas de sacs. Il avait l’air un peu nerveux le bouillon, il a serré les mains des papas et des mamans et il a dit:
— Ne vous inquiétez pas, tout va très bien se passer, pas d’inquiétude, ne nous énervons pas.

La maîtresse nous a compté pendant qu’on mettait notre valise sur un tapis roulant où une dame leur mettait un autocollant. Elle nous a dit de dire au revoir à nos papas et à nos mamans et de partir par le couloir qui passe devant un policier derrière une vitre.

Et puis Clotaire est arrivé avec son papa. Le papa de Clotaire était tout essoufflé et se plaignait qu’on lui avait dit que le rendez-vous était au terminal Est, qu’il attendait là-bas et que tout cela était très mal organisé.

Finalement, on a tous passé le policier derrière la vitre et on est arrivé devant une machine toute noire avec un second tapis roulant. On met notre sac sur le tapis roulant, il disparaît dans la machine, on passe dans une porte et si on sonne, bing, on retire un vêtement qu’on met dans la machine. On en retire jusqu’au moment où on ne sonne plus. Très chouette.

Si on a sonné, un monsieur très grand et très fort vous fait le même regard que la maîtresse quand on a un peu trop fait les guignols et puis il ouvre votre sac et vous fouille, comme dans les films de gangsters.
— Tu crois qu’il donne des retenues si on sonne ? j’ai dit à Joachim.
— En tout cas, il n’a pas l’air de rigoler, a dit Maixent.
Clotaire nous a dit qu’il préférait ne pas prendre de risque alors il s’est mis tout nu et a mis tout ses vêtements dans la machine. Le monsieur a eu l’air étonné mais Clotaire n’a pas sonné et il était très fier. Il a dit à Agnan, qui était derrière, que si il ne voulait pas de retenue, il avait intérêt à faire la même chose.

Agnan, il a eu l’air d’hésiter mais le coup de la retenue ça lui a fait plutôt peur. Il faut dire qu’il n’a pas l’habitude Agnan. Alors il a dit que bon d’accord et il est passé tout nu derrière Clotaire. Mais comme il avait oublié ses lunettes, ça n’a pas manqué: il a sonné.

Alors là, ça a été terrible. Agnan s’est mis à se rouler tout nu dans l’aéroport, en hurlant qu’il ne voulait pas de retenue, que personne ne l’aimait, qu’il était terriblement malheureux.

La maîtresse, qui était passée toute habillée à une autre machine, est arrivée à ce moment là. Elle a ouvert les yeux tous ronds et plusieurs fois la bouche sans qu’aucun son ne sorte. Il faut avouer que Agnan, quand il veut, il peut crier drôlement fort et que c’était un drôle de spectacle de le voir se rouler par terre tout nu au milieu des autres voyageurs.

— Agnan, veuillez cesser immédiatement ce cirque et vous rhabiller, a crié la maîtresse !

Agnan a été tellement surpris que la maîtresse le gronde qu’il s’est arrêté et à commencer à se rhabiller en faisant « Mou mou mou » tout doucement.

Pendant ce temps là, le monsieur derrière le tapis roulant avait ouvert le sac d’Alceste et en avait sorti une bouteille de limonade.
— Désolé mon petit, a dit le monsieur, mais je ne peux pas te laisser passer avec ça.
— Ben c’est ma bouteille de limonade, a répondu Alceste.
— Cela pourrait être un dangereux explosif, a fait le monsieur en jetant la bouteille dans la poubelle.
— Si c’est un dangereux explosif, à votre place, je la jetterais pas dans la poubelle, a dit Alceste. Mais tant que je peux emporter mes croissants et ma tartine à la confiture.
Le monsieur il n’a rien dit, il a regardé ses mains pleines de beurre et a commencé à les essuyer sur son pantalon pendant qu’Alceste reprenait son sac.

Ensuite, on est passé dans un endroit où il y avait plein de magasins mais la maîtresse a dit de ne pas traîner et d’aller directement à la porte d’embarquement. Geoffroy a dit que son papa disait la même chose à sa maman quand ils partaient en avion. Alors on a obéi même que le bouillon n’a du retourner que deux fois, la première pour Eudes et Joachim qui s’amusaient à faire pshit avec les parfums en démonstration et la seconde pour Alceste qui était resté devant la vitrine du magasin de pralines.

On est arrivé dans un énorme couloir dont on ne voyait pas le bout avec des tas de tapis roulants. Et vous ne devinerez jamais quoi : sur ceux là, on pouvait marcher !

— À celui qui ira le plus loin possible dans le couloir, a crié Maixent.

Nous nous sommes tous mis à courir sur les tapis roulants. J’ai un peu cogné un monsieur qui regardait son téléphone avant de faire tomber la valise d’une dame. C’était un drôle de chahut, c’était chouette, on s’amusait bien. Et puis j’ai vu arriver le bouillon qui était tout rouge. Il agitait les bras et les narines dans tous les sens, il n’avait pas l’air content, le bouillon.

— Petits voyous, vous finirez au bagne ! Disparaître au moment de l’embarquement ! Regardez-moi dans les yeux !

Il nous a fait mettre en rang et nous sommes montés dans l’avion. C’était tout étroit et une gentille dame a regardé nos tickets en souriant et en nous disant que c’était par là. Ça m’a un peu surpris parce qu’il n’y avait qu’une direction possible de toute façon.

Nous nous sommes assis sur nos fauteuils avec des ceintures de sécurité. J’ai été un peu déçu de ne pas avoir du enfiler un parachute.
— Avec tout ça, on ne saura pas qui a gagné, a dit Eudes.
— On n’a qu’à dire match nul, a répondu Maixent.

Mais moi, je pense que Joachim a gagné. Je l’ai vu entrer dans un mince couloir vers un avion, tout au bout de notre couloir, juste avant que la porte de l’avion se ferme. Il faudra demander à la maîtresse si c’est loin Nouméa, qu’elle puisse aller le chercher après notre atterrissage.

 

Si vous avez aimé ce pastiche de l’œuvre de Sempé et Gosciny, vous aimerez sans doute également Le petit Nicolas et le piratage.

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Source: http://ploum.net/post/le-petit-nicolas-prend-lavion


The Morality of Filesharing and the Thought Police

Thursday 7 February 2013 at 12:58

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A lot of people like to see morality as a clear line dividing the world between good and bad, white and black. As Randall Munroe would say: ” My hobby: making a thought experiment to test where exactly they put this line” (XKCD point, checked).

When I told you why I was a pirate, I received a lot of reactions telling me that I was only trying to give a justification to something inherently bad. When I wrote an open letter to artists and suggested a new way of being paid, I also had those kind of reactions and I was told that I had to respect the artist’s choice. If the artist doesn’t want to be found on The Pirate Bay, it was inherently bad to download his content there.

Inherently bad? But to what extend?

Let say that I legally bought a CD from an artist which is against the evil pirates of the internet. You know what I mean.

Is it bad to rip the CD to my hard disk and make MP3 files? Probably not.

I regularly backup my data on an external USB disk. The MP3 are then also on that disk. Is it bad? I would say no.

Being tired of the music, I sell the CD in a second hand store. Or I give it for free to a friend. Is that bad? Some would say that I have to delete the MP3s from my computer. Being honest, I do it. I delete the files.

One week later, my hard drive crashes. Hopefully, I have a week old backup and I restore from there. At this point, the MP3s are restored too. But, being busy recovering important files, I completely forgot those MP3s.

Am I a pirate because I have illegal MP3s on my computer? Even if I forgot about it? Is that morally bad? If yes, then piracy is the mere possession of a given information on a computer. In that case, listening to a streaming website should be OK, isn’t it? I can also make all my friends become pirates just by sending them the files. As long as they don’t delete the email and empty the trash, they are pirates! So, I would guess that only having the file is not inherently bad.

What if I didn’t originally bought the CD but received it for free from a friend who was tired of it? And who had a backup too?

When I listen to music, it’s usually random. There’s then a good chance that I will listen to those MP3. Do I become a pirate when I listen to the music, even if I forgot that I sold the CD weeks ago? If yes, then I’m also a pirate when my neighbour listen to loud music.

Or do I become a pirate when I realise that I don’t have the CD and willingly choose to not delete the music? Then, being a pirate is only a thought, it’s something completely intangible in your head.

I don’t know what you think but, to me, living in a society where you can be punished for a thought is probably the worst nightmare I can dream of.

How do you rate a “Thought Police” on your morality scale?

 

Picture by Scott Ogilvie

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Source: http://ploum.net/post/morality-filesharing-thought-police


Meet John Doe, founder of Blackma.il

Tuesday 5 February 2013 at 13:29

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Disponible en français

In fall 2014, BlackMa.il made the buzz. The startup is nonetheless very discreet. A simple CrowIT logo on a letterbox, a hallway, a lift and I am in the lair. Here, zero multicolored balls lying on the ground, zero ostensious accessories: a handful of grey desks and a dozen employees starring at their screens without paying attention to my visit.

With a tainted irony, the principal’s office displays “John Doe.” It is true that the creator of this London-based company prefers to remain anonymous. Respecting this was a requirement to grant me an interview.

The man is tall and has a bald head. Jovial, he rises from his chair to greet me. He looks humble and immediately puts me at ease while I pull out my dictaphone. I feel like I’m meeting a friendly grandfather running a small grocery store.

Hello Mr Doe. Thank you for this meeting. I think you do not give many interviews.

To tell the truth, it is the first time a journalist is allowed to enter this office. But I guess that’s the price of success…

Success, let’s talk about it. Blackma.il is only six months old and already showing an income of tens of millions of dollars. All of that without any VC funding. How do you explain this?

Unlike the majority of so-called social web companies, I have not tried to make a trendy service or to attract millions of users. I just asked myself the question: what would people be willing to pay?

The answer became clear at a time when everyone sees his intimacy unveiled on Google or Facebook. Before, we were paying to spread information. Nowadays, this information is public by default. The corollary is obvious: people will then pay to keep some information confidential.

And how does BlackMa.il practically work?

Rather than go fishing ourselves, we prefer to leave it to our users and to share half of our profits with them. Our users find hidden information and we offer them 50% of our profit.

But who is paying?

Those who wish to keep an information secret. An example: I witness that you cheat on your husband. I took a picture with my phone during one of your tryst. I send this photo on BlackMa.il with the sum I’m requesting, say € 1,000, and the email address of your husband.

From this point, you have one month to answer. After a month without response from you, Blackma.il will send the original photo to your husband. We call it the  ”recipient” in our jargon. If you pay € 1000, the case is closed and the photo is not sent. You can also buy some hesitation time at 10% of the requested price per month. In our case, every € 100 buys you a month. After a year, we consider the matter as concluded. It means you only pay for 2 more months to spread the payment.

50% of the money goes directly to our informant and you will never know his identity. We even care to remove all hidden information from pictures and videos.

Is it legal?

It heavily depends on the country and is different for each particular case. For this reason, the company that manages BlackMa.il is offshored. This office only hosts CrowIT, the consulting firm that provides computer expertise to BlackMa.il.

I know it might be surprising but we didn’t have the slightest threat of litigation so far.

How do you explain this? People should probably be upset to have to pay you!

Firstly, people prefer to avoid scandal. BlackMa.il is a middle man. If you refuse to pay, BlackMa.il is only sending an automatic mail written by another user. It is very difficult to attack, it would be like attacking GMail when someone sends an insult email. Everything was put in place with the help of several legal experts and the offshoring means it is really complicated to legally fight us.

Secondly, we offer guarantees. We explain that we are not responsible for anything but that we do have commitments: we do not accept that the same person have to pay more than once for the same information. Once you have paid € 1,000 for your extramarital affair, you can refute any new request by giving us the transaction number of the first application.

While € 100 is the minimum payment, we encourage informants to make reasonable requests that are more likely to receive a positive response.

We try to be a partner, an intermediary who does not take sides.

What prevents the informant to bypass Blackma.il to request more money a second time?

If you could bypass us, why use Blackma.il firstly? The answer is that Blackma.il offers a zero risk of being identified and facilitates payment. In addition, we have acquired a solid reputation. We guarantee the deletion of any information related to the informant at the end of each case. This way, it becomes impossible to trace the identity of an informant, even for us.

A month ago, a cheaper competitor appeared in Russia. It turned out that after the end of each case, the informants were threatened to have their identity revealed if they did not pay an unexpected amount of money.

I know that Blackma.il is often put in a bad light but we are ethical. This is what differentiates us.

How do you justify the morality of such a business?

Our lives are becoming more transparent. We hide certain aspects of our personality only because of stupid moral conventions. Why couldn’t a woman like you have many lovers? Contraception has obsoleted the need for monogamy.

Somehow, BlackMa.il tries to encourage people to publicly stand. We have many  cases in which the informant claimed to publicize the homosexuality of the subject. More than half stay unheeded. The financial threat pushes these people to make their coming out, to accept themselves. I think this is a very good thing.

In some countries, adultery and homosexuality is still a crime. Don’t you take exceptional measures?

Forcing people to hide their homosexuality is homophobia. This is what must be denounced. By deferring the guilt on the messenger, we justify homophobia and rejection. Everyone should be free to say that someone is gay just like you could say he has blonde hair.

I guess that homosexuality doesn’t cover all of your cases.

Over 80% of our business is sex related: infidelity, addiction to pornography, homosexuality, illegitimate children, going to prostitutes. Sex remains a huge taboo.

On Google Images, you can find images of dead people, images of violence, racism, weapons, nameless horrors. But naked body images are filtered by default. Death, yes. Violence, rejection, yes. Sex, no!

Indirectly, BlackMa.il forces people to accept their sexuality. Visiting a pornographic website does not make you a monster but that is the image we have. Even when we realize that 75% of adults consume pornography.

What about non-sexual cases?

If sex is our main supplier, the second recurring theme is money. Particularly within enterprises. An employee who is witnessing his boss diverting part of the budget. Or a person who realises that someone was scammed by somebody else and asks for a share in the scam.

Those cases are much less numerous but they are much more lucrative. The average amount is multiplied by a thousand.

Can you give an example?

I do not want to say too much. But if you witness someone diverting money, asking for 10% is the most profitable. The recipient is often reluctant to pay more. However, it is not uncommon to witness the diversion of millions or tens of millions.

BlackMa.il here plays a moral role similar to WikiLeaks: it discourages dishonest actions more effectively than any lawsuit threat and preserves the anonymity of the informant.

And BlackMa.il takes 50%?

The fact that we have a strong interest ensures that we wish above all the success of the business. We educate our informants about it. That’s also why we allow the spreading of payment. One non-paid case is a loss for BlackMa.il. It is not in our interest.

I prefer to say that it is a partnership with the informant, especially when one considers that we pay for the infrastructure.

Are you ever bargaining? Handling special cases?

This is one of the great strengths of BlackMa.il: the subject can not contact us other than with a form. He may only answer that he does not pay, that he will pay (monthly or fixed) or request an assimiliation with another previously paid case. There’s no discussion. Moreover, the process is fully automated. The subject knows it and has one month to take a decision.

Do you ever experience remorse?

The vast majority of cases we handle are, in fact, already public. For example, the discussion between the unfaithful husband and his lover can be found on Google in the archives of a forum. This man who is threatened with a revelation of his attendance at a striptease show is already a fan of that show on Facebook. However, he still pays to keep that public information out of his wife’s mailbox.

We are entering in a new transparent society. We can either be hypocrites and hide our differences. Or accept ourselves as we are and accept others without judging.

What about the fundamental right to privacy?

But we respect it! We do not make anything public. The information is only sent to a few selected recipients. Privacy is, for us, as going to the toilet: everyone does it and yet we do not like to do so in public. However, if I send to your husband a picture of yourself taking a piss, he will not be offended. It would be pointless. Unless you always said  to him that you never go to the toilet. In any case, it is not BlackMa.il’s problem and nothing would have been made public.

A word in conclusion?

BlackMa.il is strongly criticized. Publicly, everyone hates it. Yet we have hundreds of thousands of users. Including some of our most ardent critics.

BlackMa.il is to global morality the same shock that WikiLeaks was on world politics. Mankind will be forced to accept differences and stop judging others. BlackMa.il will actually have a positive and peacemaker effect.

Thank you for this interview Mr Doe.

The pleasure was all mine.

While he takes me back to the elevator, an idea suddenly comes.

What would happen if I threatened to publish your real name. How much would you be willing to pay?

This case has already been processed. You need to find something else. But I’m glad to see you as a potential partner. You understand all the potential of BlackMa.il.

With a delicate arm movement, he helps me to get into the elevator. Steel doors close on his smile as he gives me a friendly waving hand. Mechanically, I smile back, like at an old friend.

 

Photo by Marynka Egremy

Disponible en français

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Source: http://ploum.net/post/meet-john-doe-founder-blackma-il


The Winmail.dat Syndrome

Monday 4 February 2013 at 14:14

emails

For more than a decade, Microsoft Outlook has been acting in a weird way, sometimes sending email content or attachments in a file called “winmail.dat”. Most mail clients were unable to open that strange file.

The logic behind this behaviour is not trivial but the point is that Microsoft was sending mail in a non-standard format. They were guilty of breaking the mail standard and the only sane solution was, obviously, for them to fix MS Outlook.

But it didn’t happened. And people not using MS Outlook received winmail.dat files while Outlook users could exchange information without problems.

Even if it was nothing but a faulty implementation in MS Outlook, some webmails started to transparently convert winmail.dat to a normal mail format: Hotmail, Yahoo and even GMail. It’s not a standard, it’s the sender fault but the receiver is the one who ends complaining. As such, it was fixed on the receiver side. A really bad and disgusting hack.

The result is that a lot of people are now able to receive badly sent MS Outlook emails. If one of your contacts sends such an email to a bunch of friends, only a tiny minority will actually complain.

And because they are a minority, it will be considered that the fault is theirs. “Oh but you are using that strange mail provider/your own server. You are the geek, you do strange things, fix the issue on your side”.

Worst: if you run a business and offer mail services to paying customers, they will complain and get angry at you. They can’t read an email from a potential customer! They are loosing business opportunities because of you! And no, it’s not Microsoft fault : according to the sender, they are the first to complain. And even if it’s Microsoft fault, they don’t care, they just want to read their emails. Which is a perfectly understandable answer.

I call this anecdote the “Winmail.dat Syndrome“. In the Free Software community, we are eager to support standardisation. To blame people who don’t follow a written standard.

But, sometimes, we are blind to the real de facto standard. A standard that might be a piece of shit, a pure accident. A standard that was chosen by nobody. We try to educate people to the fact that their standard is not good, not a “real” one. But, in reality, nobody cares. They just want to use anything that works, even if suboptimal under the hood.

By being picky about using a true written-by-experts standard, we are sometimes only excluding ourselves from the party. We are doing exactly what we are blaming: not acting as everybody else and doing our own protocol that nobody can understand. The fact that our protocol is open and could be implemented by anyone doesn’t matter for the end users. Nobody understands it and we are the troublemakers.

Does it means that we should accept everything and forget about standardisation? Of course not! But shouldn’t we sometimes admit that we’ve lost a battle and that staying “pure” actually harm our end users instead of helping them?

I tend to think that when a project is hurting its users instead of helping them, even with good intentions, something is very wrong about that project.

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Source: http://ploum.net/post/winmail-dat-syndrome