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Printeurs sur Wattpad

Saturday 11 July 2015 at 19:26

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TL;DR: Printeurs est désormais disponible sur Wattpad. Suivez-moi sur cette plateforme et commencez votre lecture.

 

Il y a plus de deux ans, je m’interrogeais sur le futur du livre et l’édition. J’imaginais une plateforme où n’importe qui pourrait publier des séries, des romans, des articles, une plateforme qui abolirait la frontière entre lecteurs et auteurs. Deux ans plus tard, la plateforme qui semble avoir le plus de succès sur ce créneau est sans conteste Wattpad.

Encore peu connu chez les adultes « sérieux », Wattpad, dédié entièrement à l’écriture et à la lecture, semble rencontrer son plus grand succès… chez les adolescents. Ceux dont on dit qu’ils ne lisent pas, qu’ils n’ont pas de culture. Sur Wattpad, les adolescents se déchaînent, écrivent des kilomètres de fan-fictions, lisent, commentent, critiquent le style d’un texte.

Testé et recommandé par les blogauteurs Greg, Alias, Neil Jomunsi et analysé par Thierry Crouzet, qui y voit le contraire d’un blog, j’avoue être très en retard pour le train Wattpad.

Alors, certes, Wattpad est plein de défaut : il affiche des pubs si on n’a pas installé Adblock, il ne permet pas de rémunérer les auteurs, il n’est pas lisible sur ma liseuse Kobo (un énorme frein en ce qui me concerne). Dois-je pour autant l’éviter à tout prix ?

Au même moment, je constate que je ne progresse pas aussi vite que je le voudrais sur ma série Printeurs et que je n’arrive pas à terminer le dernier chapitre de l’Écume du temps. Pourtant, l’écriture de ces romans me procure un plaisir autrement plus important que celle d’un billet de blog. Mais je perçois un frein, une gêne.

Et si ce frein c’était tout simplement le fait que je n’utilise pas le bon outil ? Comme le théorise très bien Thierry Crouzet dans La mécanique du texte, l’outil façonne autant que l’auteur. Et l’outil ne se limite pas au clavier ou au stylo, il représente toute la chaine entre l’auteur et son lectorat. Ne suis-je pas en train d’essayer de sculpter du marbre avec un tournevis ?

Il est donc temps pour moi de tester ce nouvel outil et de vous annoncer l’arrivée de Printeurs sur Wattpad.

Pour les lecteurs, la recette est simple :

  1. Installez l’application Wattpad sur votre smartphone ou tablette (ou créez un compte via le site web).
  2. Suivez moi !
  3. Commencez à lire Printeurs.
  4. N’oubliez pas de voter pour chaque épisode.

Pourquoi voter ? Tout simplement car cela donne de la visibilité à l’histoire sur la plateforme Wattpad, cela attire de nouveaux lecteurs et, au final, cela peut être un incitant très fort à poster l’épisode suivant. Je fais donc l’expérience d’un pur chantage qui semble être la norme chez les utilisateurs de Wattpad : vous voulez la suite ? Votez !

Bonne lecture !

 

Remarque : je continuerai à publier les épisodes de Printeurs sur mon blog, par soucis d’uniformité. Mais l’expérience nous dira si cette approche vaut la peine d’être continuée.

Photo par Tim Hamilton.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Source: https://ploum.net/printeurs-sur-wattpad/


Printeurs 32

Monday 6 July 2015 at 20:57

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Ceci est le billet 32 sur 36 dans la série Printeurs

En se connectant à un avatar, Nellio a gagné le laboratoire où il a lancé l’impression du contenu de sa carte mémoire. Eva semble hystérique et hurle. Reprenant le contrôle de la situation, Junior Freeman a injecté un sédatif à Eva avant de déconnecter Nellio et de l’envoyer dans un avatar hors d’usage.

— Nellio ? Nellio ? Nellio, réveille-toi !

J’ouvre brutalement les yeux et me redresse. J’ai le sentiment de naître, de m’extraire du néant. Où suis-je ? Quand suis-je ? Quel est mon passé ? Je suis complètement désorienté, je ne trouve aucun souvenir auquel me raccrocher. Un visage flou coiffé d’une broussaille rousse se penche sur moi.

— Désolé Nellio ! Mais je n’avais pas le temps de discuter. Je t’ai transféré dans un avatar hors d’usage afin que tu ne puisses pas faire de dégâts.

Avatar ? Dégâts ? Lentement les pièces du puzzle se remettent en place.
— Où… où sommes-nous ?
— Chez moi, dans mon appartement. Mais nous n’avons guère de temps à perdre. Mes collègues vont très vite comprendre ce qui s’est passé.
— Mais… comment sommes-nous ici ?

Du doigt, il me désigne un avatar qui se tient debout dans l’embrasure de la porte d’entrée, immobilisé dans une position grotesque.
— J’ai amené ta copine ici avec l’avatar avant de partir chercher nos deux corps au commissariat et de programmer une déconnexion différée. J’ai été un peu optimiste, je me suis fait éjecter de l’avatar à peine le pas de la porte franchie. Je me suis connecté à mon corps biologique alors qu’il était en pleine chute vers le plancher. Je te raconte pas l’atterrissage…
Il me montre des ecchymoses sur les coudes. Le brouillard qui m’engourdit le cerveau se dissipe petit à petit.
— Ma copine ? Quel cop… Eva !
— Ne t’inquiète pas, elle dort paisiblement et va se réveiller d’un instant à l’autre.
Tournant la tête, j’aperçois le corps d’Eva reposant paisiblement sur un vieux canapé en plastique souple. Junior l’a bordé d’une vieille couverture. Doucement, je m’approche et lui caresse les cheveux. Sa respiration se fait plus rapide, ses yeux s’entrouvrent et une sorte de cri étouffé commence à jaillir de sa bouche. La prenant dans mes bras, je fais de mon mieux pour la rassurer. Elle articule avec peine.
— Nel… lio ?

Junior me tend un gobelet d’eau que je porte à ses lèvres. Eva tente de boire mais, comme un enfant, ne semble pas comprendre comment utiliser ses lèvres. Sa déglutition est saccadée, comme désynchronisée. L’eau ruisselle sur son visage et inonde la couverture.

— Je vais lui prêter des vêtements, continue Junior. Et puis il faudra filer. Nous avons très peu de temps. Nous allons devoir nous barbouiller de maquillage anti-reco et trouver une planque.

Il se tourne brutalement vers moi.

— T’imagines ? Tu débarques dans ma petite vie peinard et, quelques heures plus tard, je suis un criminel recherché. Je devrais t’en vouloir mais, honnêtement, je ne me suis jamais autant marré. C’est vachement excitant ! Surtout que maintenant on va continuer sans avatar, dans un simple corps biologique. Sacré challenge !

Tout en me décrochant un grand éclat de rire, il se met à me lancer des t-shirts trop larges et des vêtements peu seyants.
— C’est parfait, ça va casser la reconnaissance de silhouette des drones. Ce sont de vieilles loques, aucune puce ou fonction électronique intégrée. Par contre, je n’ai aucune idée de où nous pourrions nous réfugier.
— Tentons de mettre un peu d’ordre dans nos idées, raisonné-je. Quel est l’objectif de Georges Farreck dans cette histoire ? S’il voulait me supprimer, il aurait déjà pu le faire. S’il ne l’a pas fait c’est que je lui suis encore indispensable pour mettre en place les printeurs. Il n’a donc pas tous les éléments.
– Cela expliquerait la relative facilité avec laquelle j’ai pu m’échapper : les policiers ont l’ordre de ne pas te tuer !
— Il a perdu Eva, il ne veut pas me perdre moi, cela se tient. Mais son comportement reste étrange.
— Ok, mais on fait quoi maintenant ? C’est le plus important !

Je réfléchis un instant.
— Junior, t’es prêt à sacrifier ton appartement ? À ne plus y revenir ?
— Ben je pense que c’est déjà le cas, je suis grillé ! Je t’avoue que, de toutes façons, en tant qu’unité spéciale ma vie était surtout au commissariat.
— Donne moi une tablette avec une connexion vers un nœud Tor2.

Il attrape un fin écran et me le tend. Pianotant rapidement, je me connecte à IRC. Impossible de me souvenir du nom du chan que Max m’avait recommandé, une longue série de caractères hexadécimaux, mais je me rappelle très bien du serveur sur lequel se connecter. En quelques secondes, je crée un compte et rejoint le chan public le plus fréquenté.

« Max, FatNerdz : Eva a perdu la clé du wifi de maman. Merci de me l’envoyer en MP. »

Junior me regarde avec un air interrogatif.
— Mais qu’est-ce que cela signifie ?
— Ça, tu vois, c’est un appeau à emmerdes. Cela signifie que ton appartement va bientôt être rayé de la carte et qu’on doit le quitter au plus vite.
— Hein ?

Son sourire s’est brutalement effacé.

— Mais pourquoi t’as fait ça ?
— Parce que j’espère que Max ou FatNerdz m’enverront une réponse avant l’explosion.
— Et si ils ne le font pas ?
— On n’aura pas le temps de s’inquiéter.
— Merde ! Merde ! Merde !

Une ligne s’affiche soudainement dans le client IRC.
— Un message privé ! C’est de Max. Un seul mot : « A12-ZZ74 000-000 ». Note-le !
— Ben copie-colle le dans mon logiciel de prise de note.
— Non, on ne doit prendre aucun matériel électronique. Note-le sur un papier.
— Un papier ? T’es comique ! Je n’ai pas ce genre de trucs, je ne suis pas un musée !
— Même dans tes toilettes ?
Il me regarde, étonné.
— Tu as bien du papier dans tes toilettes ? Ne me dis pas que tu te contentes de trois coquillages !
— Ben… Oui, j’ai du papier. Mais avec quoi j’écris ?
— Avec ce que tu trouves dans tes toilettes et qui permet d’écrire sur ce genre de papier, fais-je avec un clin d’œil.
— Mais… c’est absolument dégueulasse !
— Ton appart va sauter d’une minute à l’autre.
— Merde ! Merde !
— C’est le cas de le dire !
— Espèce d’enfoiré, fait-il en se ruant vers la toilette.
J’entends sa voix, étouffée par la porte.
— Répète ce que je dois noter.
— A12-ZZ74 000-000
— A12-ZZ74 000-000 ?
— Oui, c’est bon. On dégage !

Chacun par un bras, nous empoignons Eva qui nage dans son vieux t-shirt trop large. Elle a l’air hébétée mais nous suit sans opposer la moindre résistance. Son déplacement maladroit semble gagner en vigueur. Quatre-à-quatre, nous dévalons les escaliers de secours à l’arrière du bâtiment.

Les escaliers sont rouillés, un vent tourbillonnant ne cesse de me déséquilibrer et je réalise avec effroi que Junior vivait dans l’un des étages les plus élevés. Les moins chers dans ce genre d’immeubles où les ascenseurs ne sont plus assurés.

Chaque marche me semble un calvaire. Histoire de détourner mon attention, je tente de me mettre dans la peau de Georges Farreck. Quelles sont ses motivations ? Quel était son plan depuis le début ? Quel sera son prochain mouvement ? Ne suis-je pas complètement paranoïaque ? N’essaie-t-il pas de m’aider ?

Un drone se met soudainement à voleter autour de nous. Une voix en jaillit.
— Vous utilisez les escaliers de secours sans qu’aucune alerte n’aie été enregistrée. Veillez me montrer votre visage et énoncer la raison de votre présence.
— Il ne reconnait pas nos visages grâce à ton maquillage, murmuré-je en tournant le dos au drone.
— Il n’a sans doute pas encore contacté le central, me répond Junior. Si on arrive à activer le killswitch en le retournant, il va s’éteindre et s’écraser 30 étages plus bas.
— Problème, il se tient hors d’atteinte, à plus d’un mètre de la balustrade.
— J’ai fait ce genre de choses à l’entrainement.

Junior m’adresse un clin d’œil et, soudainement, saute sur la barrière tout en se jetant dans le vide les pieds en avant. Au dernier moment, ses mains s’accrochent à la balustrade tandis que, d’un prodigieux coup de bassin, il a saisit le drone entre ses chevilles et le retourne. L’engin automatique tombe aussitôt comme une pierre tandis que Junior reste suspendu du bout des doigts.
— Aaaaah ! hurle-t-il.
Ses doigts résistent une seconde avant de céder et de s’entrouvrir, le précipitant dans une chute mortelle.

 

Photo par Ioan Sameli.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Source: https://ploum.net/printeurs-32/


Les 5 réponses à ceux qui veulent préserver l’emploi

Monday 29 June 2015 at 20:51

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Si vous avez été redirigé vers cette page, c’est que d’une manière ou d’une autre vous vous êtes inquiété pour la préservation d’un type d’emploi voire que vous avez même proposé des idées pour sauvegarder ou créer de l’emploi.

Les 5 arguments contre la préservation de l’emploi

Chacun des arguments peut être approfondi en cliquant sur le ou les liens appropriés.

1. La technologie a pour but premier de nous faciliter la vie et, en conséquence, de réduire notre travail. Détruire l’emploi n’est donc pas une conséquence de quoi que ce soit, c’est le but premier que recherche notre espèce depuis des millénaires ! Et nous sommes en train de réussir ! Pourquoi voudrions-nous revenir en arrière afin d’atteindre l’inefficace plein-emploi ?

2. Le fait de ne pas travailler n’est pas un problème. C’est le fait de ne pas avoir d’argent pour vivre qui l’est. Nous avons malheureusement tendance à confondre le travail et le social. Nous sommes convaincus que seul le travail rapporte de l’argent mais c’est une croyance complètement erronée. Pour approfondir : Qu’est-ce que le travail ?

3. Vouloir créer de l’emploi revient à creuser des trous pour les reboucher. C’est non seulement stupide, c’est également contre-productif et revient à construire la société la plus inefficace possible !

4. Si créer/préserver l’emploi est un argument recevable dans un débat, alors absolument tout peut être justifiable : depuis la destruction de nos ressources naturelles à la torture et la peine de mort en passant par le sacrifice de milliers de vies sur les routes. C’est ce que j’appelle l’argument du bourreau.

5. Quel que soit votre métier, il pourra être fait mieux, plus vite et moins cher par un logiciel dans la décennie qui vient. C’est bien sûr évident quand on pense aux chauffeurs de taxi/Uber mais cela comprend également les artistes, les politiciens et même les chefs d’entreprises.

 

Conclusion : s’inquiéter pour l’emploi est dangereusement rétrograde. Ce n’est pas facile car on nous bourre le crâne avec cette superstition mais il est indispensable de passer à l’étape suivante. Que l’on apprécie l’idée ou pas, nous sommes déjà dans une société où tout le monde ne travaille pas. C’est un fait et le futur n’a que faire de votre opinion. La question n’est donc pas de créer/préserver l’emploi mais de s’organiser dans une société où l’emploi est rare.

Personnellement, je pense que le revenu de base, sous une forme ou une autre, est une piste à explorer sérieusement.

 

Photo par Friendly Terrorist.

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Le « gravel » ou quand les cyclistes bouffent du gravier

Tuesday 23 June 2015 at 18:17

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Attention, ce bolg est bien un bolg sur le cyclimse. Merci de votre compréhension !

Dans cet article, j’aimerais présenter une discipline cycliste très populaire aux États-Unis : le « gravel grinding », qui signifie littéralement « broyage de gravier », plus souvent appelé « gravel ».

Mais, pour ceux qui ne sont pas familiers avec le vélo, je vais d’abord expliquer pourquoi il y a plusieurs types de vélos et plusieurs façons de rouler en vélo.

 

Les différents types de cyclisme

Vous avez certainement déjà remarqué que les vélos des coureurs du tour de France sont très différents du VTT que vient d’acquérir votre petite nièce.

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Un cycliste sur route, par Tim Shields.

En effet, en fonction du parcours, le cycliste sera confronté à des obstacles différents. Sur une longue route dans un environnement venteux, le cycliste sera principalement freiné par la résistance de l’air. Il doit donc être aérodynamique. Sur un étroit lacet de montagne, le cycliste se battra contre la gravité et doit donc être le plus léger possible. Par contre, s’il emprunte un chemin de pierres descendant entre les arbres, le principal soucis du cycliste sera de garder les roues en contact avec le sol et de ne pas casser son matériel. Le vélo devra donc amortir au maximum les chocs et les aspérités du terrain.

Enfin, un vélo utilitaire cherchera lui à maximiser le confort du cycliste et l’aspect pratique du vélo, même au prix d’une baisse drastique des performances.

 

Les compromis technologiques

Aujourd’hui, les vélos sont donc classés en fonction de leur utilisation. Un vélo très aérodynamique sera utilisé pour les compétitions de contre-la-montre ou les triathlons. Pour les courses classiques, les pros utilisent un vélo de route de type “aéro” ou un vélo ultra léger en montagne.

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Vélo aérodynamique en contre-la-montre, par Marc

Pour rouler dans les bois, on préfèrera un VTT mais les VTT eux-mêmes se déclinent en plusieurs versions, le plus éloigné du vélo de route étant le vélo de descente qui est très lourd, bardé d’amortisseurs et qui, comme son nom l’indique, ne peut servir qu’en descendant.

Ceci dit, la plupart de ces catégories sont liées à des contraintes technologiques. Ne pourrait-on pas imaginer un vélo ultra-léger (adapté à la montagne) qui soit ultra-aérodynamique (adapté à la route ou au contre-la-montre) et ultra-confortable (adapté à la ville) ? Oui, on peut l’imaginer. Ce n’est pas encore possible aujourd’hui et rien ne dit que ce le sera un jour. Mais ce n’est théoriquement pas impossible.

 

Le compromis physique

Par contre, il existe un compromis qui lui est physiquement indiscutable : le rendement par rapport à l’amortissement. Tout amortissement entraîne une perte de rendement, c’est inévitable.

L’amortissement a deux fonctions : maintenir le vélo en contact avec la route même sur une surface inégale et préserver l’intégrité physique du vélo voire le confort du cycliste.

Le cycliste va avancer en appliquant une force sur la route à travers son pédalier et ses pneus. Le principe d’action-réaction implique que la route applique une force proportionnelle sur le vélo, ce qui a pour effet de le faire avancer.

L’amortissement, lui, a pour objectif de dissiper les forces transmises au vélo par la route. Physiquement, on voit donc bien que rendement et amortissement sont diamétralement opposé.

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Un vélo de descente, par Matthew.

Pour vous en convaincre, il suffit d’emprunter un vélo pourvu d’amortisseurs et de régler ceux-ci sur amortissement maximal. Tentez ensuite de gravir une route montant fortement pendant plusieurs centaines de mètres. Vous allez immédiatement percevoir que chaque coup de pédale est partiellement amorti par le vélo.

 

Montre-moi tes pneus et je te dirai qui tu es…

L’amortisseur principal présent sur tous les types de vélos sans exception est le pneu. Le pneu est remplit d’air. La compression de l’air atténue les chocs.

Une idée largement répandue veut que les vélos de routes aient des pneus fins car les pneus larges augmentent le frottement sur la route. C’est tout à fait faux. En effet, tous les pneus cherchent à frotter au maximum sur la route car c’est ce frottement qui transmet l’énergie. Un pneu qui ne frotte pas sur la route patine, ce que l’on souhaite éviter à tout prix.

Il a même été démontré que des pneus plus larges permettaient de transmettre plus d’énergie à la route et étaient plus efficaces. C’est une des raisons pour lesquelles les Formule 1 ont des pneus très larges.

Cependant des pneus très larges signifient également plus d’air et donc plus d’amortissement. Les pneus larges dissipent donc plus d’énergie à chaque coup de pédale !

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Roues de VTT, par Vik Approved.

C’est pourquoi les vélos de route ont des pneus très fin (entre 20 et 28mm d’épaisseur). Ceux-ci sont également gonflés à très haute pression (plus de 6 bars). La quantité d’air étant très petite et très comprimée, l’amortissement est minimal.

Par contre, en se déformant les pneus larges permettent d’épouser les contours d’un sol inégal. En amortissant les chocs, ils sont également moins sensibles aux crevaisons. C’est la raison pour laquelle les VTT ont des pneus qui font généralement plus de 40mm d’épaisseur et qui sont moins gonflés (entre 2 et 4 bars). Des pneus plus fins patineraient (perte d’adhérence) et crèveraient au moindre choc.

En résumé, le pneu est certainement l’élément qui définit le plus un vélo, c’est véritablement sa carte d’identité. Pour en savoir plus, voici un lien très intéressant sur la résistance au roulement des pneus.

 

Entre la route et le VTT

Nous avons donc défini deux grandes familles de vélos sportifs. Tout d’abord les vélos de routes, avec des pneus de moins de 30mm, taillés pour la vitesse sur une surface relativement lisse mais incapables de rouler hors du bitume. Ensuite les VTTs, avec des pneus de plus de 40mm, capables de passer partout mais qui sont tellement inefficaces sur la route qu’il est préférable de les emmener en voiture jusqu’à l’endroit où l’on veut pratiquer. Il existe également bien d’autres types de vélos mais ils sont moins efficaces en terme de performance : le city-bike, inspiré du VTT qui optimise l’aspect pratique, le « hollandais », qui optimise le confort dans un pays tout plat aux pistes cyclables bien entretenues ou le fixie, qui optimise le côté hipster de son possesseur.

Mais ne pourrait-on pas imaginer un vélo orienté performance qui serait efficace sur route et qui pourrait passer partout où le VTT passe ?

Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers une discipline particulièrement populaire en Belgique : le cyclocross. Le cyclocross consiste à prendre un vélo de route, à lui mettre des pneus un peu plus larges (entre 30 et 35mm) et à le faire rouler dans la boue en hiver. Lorsque la boue est trop profonde ou que le terrain est trop pentu, le cycliste va descendre de sa machine, l’épauler et courir tout en la portant. L’idée est que, dans ces situations, il est de toutes façons plus rapide de courir (10-12km/h) que de pédaler (8-10km/h).

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Une coureuse de cyclocross, par Sean Rowe

Le vélo de cyclocross doit donc être léger (pour le porter), capable de rouler et virer dans la boue mais avec un amortissement minimal pour être performant sur les passages les plus lisses.

Ce type de configuration se révèle assez efficace sur la route : un vélo de cyclo-cross roule sans difficulté au-delà des 30km/h mais permet également de suivre un VTT traditionnel dans les chemins forestiers. L’amortissement moindre nécessitera cependant de diminuer la vitesse dans les descentes très rugueuses. Les montées les plus techniques sur les sols les plus gras nécessiteront de porter le vélo (avec parfois le résultat inattendu de dépasser les vététistes en train de mouliner).

 

La naissance du gravel

Si une course de vélo de route peut se parcourir sur des longues distances entre un départ et une arrivée, le cyclo-cross, le VTT et les autres disciplines sont traditionnellement confinées à un circuit court que les concurrents parcourent plusieurs fois. La première raison est qu’il est de nos jours difficile de concevoir un long parcours qui ne passera pas par la route.

De plus, si des motos et des voitures peuvent accompagner les vélos de routes pour fournir le ravitaillement, l’aide technique et la couverture médiatique, il n’en est pas de même pour les VTTs. Impossible donc de filmer correctement une course de VTT ou de cyclocross qui se disputerait sur plusieurs dizaines de km à travers les bois.
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Le  genre de route qui donne son nom à la discipline.

L’idée sous-jacente du « gravel » est de s’affranchir de ces contraintes et de proposer des courses longues (parfois plusieurs centaines de km) entre un départ et une arrivée mais en passant par des sentiers, des chemins encaissés et, surtout, ces longues routes en gravier qui sillonnent les États-Unis entre les champs et qui ont donné leur nom à la discipline. Le passage par des routes asphaltées est également possible.

Des points de ravitaillements sont prévus par les organisateurs le long du parcours mais, entre ces points, le cyclistes sera le plus souvent laissé à lui-même. Transporter des chambre à air, du matériel de réparation et des sparadraps fait donc partie du sport !

Quand à la couverture média, elle sera désormais effectuée par les cyclistes eux-mêmes grâce à des caméras embarquées sur les vélos ou sur les casques.

 

L’essor du gravel

Au fond, il n’y a rien de vraiment neuf. Le mot « gravel » n’est jamais qu’un nouveau mot accolé à une discipline vieille comme le vélo lui-même. Mais ce mot « gravel » a permis une renaissance et une reconnaissance du concept.

Le succès des vidéos embarquées de cyclistes parcourant 30km à travers champs, 10km sur de l’asphalte avant d’attaquer 500m de côtes boueuses et de traverser une rivière en portant leur vélo contribuent à populariser le « gravel », principalement aux États-Unis où le cyclo-cross est également en plein essor.

La popularité de courses comme Barry-Roubaix (ça ne s’invente pas !) ou Gold Rush Gravel Grinder intéresse les constructeurs qui se mettent à proposer des cadres, des pneus et du matériel spécialement conçus pour le gravel.

 

Se mettre au gravel ?

Contrairement au vélo sur route ou au VTT sur circuit, le gravel comporte un volet romanesque. L’aventure, se perdre, explorer et découvrir font partie intégrante de la discipline. Dans l’équipe Deux Norh, par exemple, les sorties à vélo sont appelées des « quêtes » (hunt). L’intérêt n’est pas tant dans l’exploit sportif que de raconter une aventure, une histoire.

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L’auteur de ces lignes au cours d’une montée à travers bois.

Le gravel étant, par essence, un compromis, les vélos de cyclo-cross sont souvent les plus adaptés pour le pratiquer. D’ailleurs, beaucoup de cyclistes confirmés affirment que s’ils ne devaient avoir qu’un seul vélo pour tout faire, ce serait leur vélo de cyclo-cross. Cependant, il est tout à fait possible de pratiquer le gravel avec un VTT hardtail (sans amortissement arrière). Le VTT est plus confortable et passe plus facilement les parties techniques au prix d’une vitesse moindre dans les parties plus roulantes. Pour les parcours les plus sablonneux, certains vont jusqu’à s’équiper de pneus ultra-larges (les « fat-bikes »).

Par contre, je n’ai encore jamais vu de clubs de gravel ni la moindre course organisée en Belgique. C’est la raison pour laquelle j’invite les cyclistes belges à rejoindre l’équipe Belgian Gravel Grinders sur Strava, histoire de se regrouper entre gravelistes solitaires et, pourquoi pas, organiser des sorties communes.

Si l’aventure vous tente, n’hésitez pas à rejoindre l’équipe sur Strava. Et si vous deviez justement acheter un nouveau vélo et hésitiez entre un VTT ou un vélo de route, jetez un œil aux vélos de cyclo-cross. On ne sait jamais que vous ayez soudainement l’envie de bouffer du gravier !

 

Photo de couverture par l’auteur.

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Source: https://ploum.net/le-gravel-ou-quand-les-cyclistes-bouffent-du-gravier/


L’argument du bourreau

Friday 12 June 2015 at 17:05

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C’était il n’y a pas si longtemps, à une époque où l’air était pur et les forêts recouvraient notre pays. L’eau des ruisseaux était limpide et l’on mourait d’une rage de dent à trente ans.

Le village était florissant et reconnu dans tout le comté pour le savoir-faire de ses habitants : la plupart étaient bourreaux de père en fils.

Chaque famille avait sa spécialité. Faire souffrir lentement. Faire avouer rapidement. Torturer de manière spectaculaire. Tuer efficacement et sans douleur. Ces derniers étaient particulièrement appréciés par l’administration publique. Quoiqu’il en soit, chacun avait sa clientèle, son histoire, son patrimoine et sa fierté. Le village exportait sa compétence dans tout le pays et même au-delà !

Un jour d’été, une étrange rumeur se fit dans le village. Le gouvernement étudierait en secret la ratification d’une charte des droits de l’humain. Cette charte comportait l’abolition pure et simple de toute peine de mort, qu’elle soit rapide ou longue et douloureuse. De même, la charte prohiberait la torture sur l’ensemble du territoire.

Le village était bien entendu fortement opposé à cette charte. Elle signifiait la ruine économique pure et simple. La fin d’une tradition séculaire, d’un art transmis de génération en génération.

Le village était souvent pris en exemple dans les débats politiques qui dégénéraient souvent en violentes manifestations.
— Il faut bien que les gens du village vivent ! disaient les uns.
— Comment voulez-vous offrir une reconversion professionnelle à ces centaines de familles ? renchérissaient les autres.
— On peut ne pas être d’accord, ils ne font que leur boulot ! assénaient les troisièmes.

Le mouvement étudiant prit fait et cause en faveur de la charte. Après quelques sanglants débordements, les meneurs furent arrêtés et condamnés à mort. Le bourreau qui vint du village était justement un jeune homme qui avait beaucoup voyagé. Avant de porter le coup fatal, il s’adressa discrètement à ses victimes.
— Vous savez, je pense que vous avez raison. On ne peut pas tuer les gens, le progrès nécessite d’abolir la peine de mort. Je tenais à vous remercier pour votre combat. Puis-je vous serrer la main ?
— Mais ne vas-tu pas nous tuer ?
— Que voulez-vous, c’est mon boulot. Je n’ai pas le choix. Mais je suis de tout cœur avec vous.

Le bourreau accomplit son œuvre sans discuter. Les étudiants survivants en firent un symbole et le remercièrent pour son humanité et son courage.

Il devint un médiateur entre les deux parties et mit fin au conflit en prononçant un discours désormais célèbre.

« Tuer et faire souffrir les gens est une coutume barbare. Nous sommes d’accord que le progrès ne peut se construire que sur le respect de l’homme. L’humanité ne peut progresser qu’en défendant l’intégrité de chaque individu.

Cependant, des familles entières sont héritières d’une tradition millénaire. Elles ont investi dans de la formation et du matériel de pointe. Elles vivent, boivent, mangent et consomment. Elles font tourner l’économie. N’ont-elles pas le droit de vivre elle aussi ? N’ont-elles pas le droit de voir leur travail respecté ?

Mettre à mort un humain ne me plaît pas. Mais c’est un mal nécessaire afin de faire vivre la société et les individus qui la composent. »

L’argument du bourreau fit mouche. Certes, le recours aux bourreaux devint de moins en moins populaire. Plus personne ne payait pour leurs services ou pour assister à une exécution. Les exécutions devinrent gratuites et étaient parrainées par des grandes marques de boisson ou de nourriture. Malgré une baisse notable de la criminalité, l’état encouragea les juges à se montrer sévères et lança un grand plan de subventions pour les bourreaux qui, sans cela, n’existeraient sans doute plus de nos jours.

Aussi, lorsqu’on vous explique que votre travail est inutile voire néfaste, lorsqu’on prétend qu’il est nécessaire de faire évoluer la société, rappelez-vous l’argument du bourreau : c’est votre job. Vous n’avez pas le choix. Et il y a des dizaines de gens comme vous qui vivent de ce travail. Certains sont trop vieux pour espérer une reconversion. Ils ont le droit de vivre. Alors, même si c’est néfaste, dangereux, inutile ou stupide, même si vous n’êtes pas vraiment d’accord avec ce que vous faites, il est nécessaire de défendre ceux qui, comme vous, ont le courage d’obéir et de faire leur boulot sans poser de questions.

 

Photo par Joan G. G.

 

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Source: https://ploum.net/largument-du-bourreau/


Printeurs 31

Monday 8 June 2015 at 18:40

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Ceci est le billet 31 sur 34 dans la série Printeurs

Depuis combien de temps suis-je enfermé sans bouger ? Depuis cet instant mythique que j’appelle naissance. Depuis combien de temps… Mais qu’est-ce que le temps si ce n’est une perception, une sensation, une douleur. Le temps, c’est la vie qui s’écoule goutte après goutte de notre corps. Le temps n’est que de la souffrance distillée, un tourment qui nous donne l’impression d’exister.

Les points blancs dansent devant mes yeux. La boule bleue grandit. Je suis seul face à l’univers. Enfin en sécurité. Pour la première fois de ma vie, j’ai la certitude que je ne vais pas recevoir de coups, que je ne vais pas me faire insulter. Étrange sensation. Je ferme les yeux. Lorsque je les réouvre, la boule bleue a envahi mon champs de vision. Je les referme. Des coups secouent mon corps, mon estomac se noue, un bruit furieux m’inonde et m’envahit tandis que je rôti sous l’effet d’une intense chaleur. Je ferme les yeux, je hurle et j’accueille la douleur comme une vieille amie trop longtemps absente. Mes yeux se révulsent et je disparait dans un torrent de noirceur infinie.

Le silence me réveille en sursaut. Tout mon corps semble peser une tonne et me tire vers le plancher. Avec difficulté, je m’extrait du vaisseau et me met à ramper sur le plancher. Éclairé par une blafarde lumière orangée, le hangar dans lequel je me trouve me semble gigantesque. Tournant la tête, je découvre une large ouverture donnant sur une boule lumineuse. Mon astéroïde ? Non, il n’est pas si rond. Sans doute un autre, rempli lui aussi d’usines, de travailleurs et de gardiens. Mais il ne fait aucun doute que mon vaisseau est arrivé par cette ouverture.

Je me débarrasse du scaphandre. Ma respiration est plus aisée mais je me sens tout de même particulièrement alourdi. Le silence m’étonne. Personne ne vient donc réceptionner la cargaison ? Après m’être trainé derrière une caisse, je me recroqueville, espérant pouvoir guetter sans être vu.

Les voix me réveillent. Une lumière vive et blessante inonde à présent le hangar. Deux hommes se rapprochent. Deux hommes grands, droits. Ils passent près de ma cachette et j’ai le temps d’examiner leur visage. Ils sont beaux. Leurs cheveux et leurs dents sont ordonnés. Ils marchent d’un pas énergique tout en discutant. Le plus âgé respire la confiance et l’expérience. Ses cheveux sont grisonnants et pourtant il parle et bouge comme un jeune homme. Leur accent m’est difficilement compréhensible, leur vocabulaire m’échappe le plus souvent. Mais je perçois l’essentiel de leur discussion.

— Tous ces travailleurs me semblent bien traités. Certes, leur travail est répétitif et peu épanouissant mais peut-être est-ce ce qui leur convient. Pourquoi veux-tu absolument les remplacer par des printeurs ?
— Ne soit pas naïf Nellio. Tous ces gens que tu as vu avec des belles casquettes bleues, des gants bleus et un tablier bleu ne font strictement rien. Ce sont des télé-pass à qui on fait croire qu’ils travaillent.
— Mais j’ai pourtant vu qu’ils vissaient des pièces, qu’ils assemblaient…
— Bien sûr. Un département assemble des pièces, un second les démonte et un troisième s’occupe du transport entre les deux premiers.
— Mais pourquoi ? Quel est le but ?
— Diminuer le nombre de télé-pass.
– C’est absurde !
— Pourquoi ? Les télé-pass veulent du travail. Les travailleurs veulent qu’il y ait moins de télé-pass qui soient payés à ne rien faire. Tout le monde est content.
— Mais dans ce cas, Georges, pourquoi avoir créé une fondation pour le bien-être des ouvriers ? Ne me dit pas que c’est juste pour ton image ?
— Il y a un peu de ça, c’est vrai. Le pouvoir a également besoin de contre-pouvoirs fantoches afin d’occuper les esprits et de dissuader les rebellions les plus profondes. Depuis que la religion est tombée en décrépitude, nous avons du nous rabattre sur les médias et les syndicats.
— Quoi ? Mais… Tu n’es donc qu’une ordure ?

Le jeune homme s’est arrêté et regarde le plus âgé avec une fureur à peine contenue. Je sens poindre une vague de violence, de haine. Intérieurement, je me réjouis du spectacle. Mais, à ma grande surprise, l’homme plus âgé lance un regard, un seul accompagné d’un sourire.

— Voyons Nellio. Tu te doutes bien que si je t’ai fait venir ici c’est que j’ai des motifs bien plus nobles.

Incroyable ! Cet homme semble également disposer du Pouvoir. Ou du moins d’une variante. Il est dangereux. Très dangereux !

— Ce que je viens de te dire est la version officielle, celle qui m’a permis d’arriver jusqu’ici sans éveiller les soupçons. Celle qui m’a permis de découvrir une horreur sans nom à laquelle le printeur peut mettre un terme.
— N’essaye pas de m’embrouiller Georges !
— Réfléchis Nellio, pourquoi t’ai-je amené ici si ce n’est pour te convaincre ? Où crois-tu que nous sommes ?
— On dirait une base souterraine pour les cargos spatiaux automatiques. Comme celui-ci. Une véritable pièce de musée qui doit dater de l’époque des mines spatiales.
— Tout juste !
— Enfant, je rêvais de voyager dans l’espace, de devenir astronaute, que ce soit comme mineur ou déboucheur de chiottes. Je ne savais pas encore que toute l’exploitation spatiale avait été abandonnée. Trop peu rentable.
— C’est effectivement ce qu’on peut lire sur les sites historiques. Une belle propagande.
— Car ce n’est pas le cas ?
— Regarde ce vaisseau, il est arrivé cette nuit.
— Quoi ? Mais…
— Il est chargé de marchandises.
— Hein ?

Les deux hommes sont entrés dans le vaisseau. Je tente de m’approcher mais leur voix ne me parvient plus. Qui sont-ils ? Et que font-ils ici ? Est-ce que le Pouvoir aura de l’effet sur eux ? Le plus vieux m’inquiète.

Ils ressortent, tenant à la main une poupée en plastique.
— Mais ces jouets sont complètement démodés. Plus aucun enfant n’en utilise de nos jours.
— Oui, ce vaisseau m’étonne. Il vient de coordonnées auxquelles nous n’avons plus fait de commandes depuis longtemps. Leurs produits ne se vendent plus.
— Que veux-tu dire George ? De quoi parles-tu ?
— Il me reste encore beaucoup à comprendre. Tout ce que je sais c’est que lorsqu’une usine a besoin d’un chargement d’un produit donné, elle remplit un vaisseau de rations alimentaires et l’expédie avec des cordonnées déterminées par le produit désiré. Au retour, le cargo est plein.
— Comment est-ce possible ? Qui remplit le cargo ?
— Je n’ai à ce jour aucune certitude mais toutes les hypothèses que je peux émettre sont toutes plus terribles les unes que les autres.
— Je sais ! Les prisonniers ! Je me souviens qu’il y a quelques années on a expédié les condamnés pour crimes graves dans les astéroïdes miniers désaffectés. Une forme de peine de mort moralement justifiable dans les médias qui avait fait scandale chez les étudiants.
— Ce n’est pas impossible mais ces prisonniers n’ont jamais été plus de quelques milliers, répartis dans toute la ceinture d’astéroïdes. Trop peu nombreux pour créer une industrie.
— Mais pourquoi ne pas faire travailler les télé-pass ? Et qui fabrique donc ces fichus jouets périmés ?
— Les télé-pass sont très protégés, ils ont de la famille, des amis. Et ils sont incompétents. Si nous les formons, il vont commencer à réfléchir, à déstabiliser le système. Si nous les exploitons, cela finirait par se savoir. C’est pourquoi je suis convaincu que ces fichus jouets, comme tu dis, sont produits par des humains qui souffrent, des humains exploités. Peut-être des enfants. Je suis persuadé que cette histoire d’astéroïde n’est qu’un écran de fumée qui sert à masquer un commerce peu avouable avec le sultanat islamiste.
— Quoi ? Tu voudrais dire que les musulmans…
— Quoi de plus logique ? Ils n’ont pas de scrupules, pas de sécurité sociale. Ils ont de la main d’œuvre et de la matière première. Par contre toute la région est un désert ultra-pollué par le pétrole et les retombées radioactives. Ils crèvent donc littéralement de faim.
— C’est… C’est affreux !
— Oui. C’est pourquoi le printeur est un outil primordial. Il nous permettra de mettre fin à cet odieux échange.
— Mais il faut le dénoncer tout de suite ! Il faut arrêter ça immédiatement.
— Nellio, tout ce que nous achetons, tout ce que nous utilisons provient de ces usines cachées. Tes vêtements, ton neurex, ton ordinateur. Sans eux, nous ne sommes plus rien. Sans eux, il deviendra évident que les télé-pass font un travail inutile. Toute notre société risque de s’écrouler ! Le chaos ! L’anarchie !

J’ai cru un moment qu’ils parlaient de l’astéroïde mais les phrases sont complexes, les mots étranges. Changeant d’appui pour mieux entendre, je heurte mon casque de la main. Ce dernier roule sur le sol en un bruit de tonnerre qui se répercute dans tout le hangar. Les deux hommes se figent et se tournent brutalement vers moi.

— Mais qu’est-ce que…
— Qui…

Je me redresse avec lourdeur et, tout en gardant mon regard fixé sur l’extrémité de mes orteils, articule une présentation improvisée :
— G89, à vos ordres chef !

 

Photo par Photophilde.

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Est-il encore nécessaire de manger ?

Tuesday 2 June 2015 at 18:53

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Une étude et une comparaison des différents substituts à la nourriture traditionnelle (de type Soylent) disponibles en Europe.

Il est amusant de constater que la moindre remise en question de votre alimentation transformera tout votre entourage en diététiciens expérimentés prêts à vous apprendre la vie. Vous tentez un régime vegan ? Tout le monde s’inquiétera soudainement pour votre apport en vitamine B12, même ceux qui n’en avaient jamais entendu parler et ne s’en étaient jamais tracassés. Vous suggérez un menu végétarien ? L’être humain est soudainement “naturellement carnivore”, ce qui devrait clore tout débat.

Bref, la bouffe c’est sacré, c’est une religion. Remettre en question une vie d’habitudes alimentaires, c’est se heurter à la barrière de la foi, c’est dresser contre vous les ayatollahs de la tradition.

Mais au fond, quel est le rôle premier de la nourriture ? Réponse : apporter à votre corps une série de nutriments.

Est-ce qu’on ne pourrait pas optimiser cela en apportant au corps directement les nutriments dont il a besoin plutôt que de passer par un processus extrêmement complexe qui comporte l’achat de matériaux nutritifs, leur conservation, leur préparation, leur ingestion suivant un rituel bien codifié et le nettoyage final de tous les outils mis en œuvre ?

Après tout, on le fait bien pour les animaux : mon vétérinaire m’a assuré que les croquettes contenaient tout ce dont mon chat a besoin. Depuis, je regarde mon chat avec envie. Pourquoi n’y a-t-il pas des croquettes pour les humains ?

C’est exactement le défi que s’est lancé Soylent, une startup américaine qui a pour but d’offrir une poudre à mélanger dans de l’eau qui contient exactement ce dont le corps a besoin. J’en vois certains d’entre vous bondir…

Mais on ne sait pas mesurer précisément ce dont notre corps a besoin. Nous sommes différents.

En effet. Mais est-ce que la nourriture traditionnelle est meilleure en ce sens ? Avez-vous la moindre idée des nutriments que vous avez avalés au cours des dernières 24h ? Pire, notre alimentation traditionnelle a tendance à nous apporter trop de certains types de nutriments, pas assez d’autres et également nous faire ingérer des substances non-nécessaires qui peuvent s’avérer nocives (les pesticides, certains conservateurs ou additifs, …).

Si vous avez commencé votre journée avec une tartine au choco, un café, pris un sandwich et un coca à midi avant de finir avec un spaghetti bolo, pouvez-vous réellement affirmer que votre alimentation a été plus saine qu’une personne qui a passé toute la journée avec du Soylent ? Est-ce réellement préférable de manger des céréales le matin, une salade à midi et un menu trois services au restaurant le soir ? La réponse objective est que vous n’en savez rien, vous vous fiez à vos sensations pour savoir ce qui est bon pour vous.

Mais le repas a également une fonction sociale !

Est-ce que vos trois repas par jour ont une fonction sociale ? Vraiment ? Si c’était le cas, les fast food, les sandwichs n’existeraient pas.

Historiquement, le fait de se nourrir prend tellement de temps qu’il est devenu traditionnel d’associer ce temps perdu avec d’autres fonctions : sociabiliser, se reposer le corps et l’esprit. Mais il n’existe aucune corrélation avec les repas autre que l’habitude. Dissocier les repas peut même être une excellente chose. Il m’arrive souvent d’être concentré et productif mais que mon corps aie faim. Cela me force à m’arrêter, à prendre une pause, cassant mon rythme. Plus tard, lorsque mon esprit sera fatigué, je culpabiliserai à l’idée de prendre une seconde pause.

Mais manger est un plaisir. La cuisine est un art.

Manger peut en effet être un plaisir pour certains. Il existe également des gens pour qui manger est tout simplement une corvée nécessaire à la vie. D’autres qui l’apprécient quand ils ont le temps mais qui ont d’autres priorités dans la vie. Si manger est un plaisir pour vous, pourquoi ne pas accepter que d’autres s’en passent ? Il existe des milliers de façons pour les humains d’exprimer leur art et chaque individu a le droit de choisir ce qui lui convient. Après tout, la fécondation in-vitro n’a jamais menacé votre sexualité.

Mais…

Bref, n’ayant jamais été particulièrement attiré par la nourriture, le concept de Soylent m’a tout de suite plu et j’ai décidé de le tester. Soylent n’est pas encore disponible en Europe mais la formule étant ouverte et libre, beaucoup de startups s’en sont inspiré. Pour vous, mes chers lecteurs, j’ai donc décidé de tester les alternatives européennes au Soylent.

Joylent (NL)

Joylent est actuellement le leader sur le marché européen et le premier que j’ai testé. Le produit se veut fun et se décline en 4 goûts : Fraise, Banane, Vanille et Chocolat.

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Une caisse de Joylent (photo issu du blog Joylentfor30days)

Utilisant de la protéine de lait comme base, le Joylent est légèrement écœurant. Le goût est fort sucré et les arômes font très artificiels. L’ingestion de Joylent doit donc se faire calmement et ne plaira pas à tout le monde. Ceci dit, on s’habitue assez vite.

L’effet est assez étrange : la faim ne semble pas tout à fait calmée mais on ne ressent aucun manque. Contrairement à un repas normal, pas de somnolence, pas de pic glycémique. Étonnamment, je n’ai constaté aucune fringale à l’heure du goûter. Lorsque la faim revient réellement, c’est généralement à l’heure du prochain repas.

Joylent est fourni par sac de 3 portions, ce qui n’est pas très pratique mais réduit sensiblement les déchets. Les livraisons sont rapides, le support est hyper réactif. Le repas coûte 2€.

À noter que Joylent travaille sur une version vegan sans produits laitiers.

Mana (CZ)

Mana est une alternative qui fait également beaucoup parler d’elle. À l’opposé de Joylent, Mana se veut sérieux, de qualité, garanti sans OGM. Mana n’est pas aromatisé et ne se base pas sur du lait. La poudre est donc entièrement vegan. Par contre, Mana doit être mélangé avec de l’huile, fournie en petites bouteilles. L’huile originale était un mélange d’huile végétale et d’huile de poisson. Elle est désormais entièrement végétale ce qui rend Mana compatible avec un régime vegan.

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Contrairement à Joylent, Mana n’est pas poudreux mais fait de “flocons” qui tombent dans le bas du verre. Le fond du verre donne l’impression de manger une sorte de porridge.

De toutes les solutions testées, Mana est la seule qui m’a donné un gros coup de barre digestif. J’ai du m’allonger et faire une sieste. À mon réveil, je crevais de faim. Expérience peu concluante donc.

UPDATE : Avec l’habitude et en ne tenant pas compte du dosage recommandé, Mana s’est révélé de plus en plus agréable. Une fois le bon dosage personnel trouvé, c’est celui qui nourrit et « cale » le plus longtemps. Son goût neutre se marie également parfaitement avec des fruits ou du chocolat, selon le goût. Bref, à tester.

Les commandes sont particulièrement longues à être livrées (plusieurs semaines). Les sachets contiennent trois portions et sont livrés avec des petits flacons d’huile gradués contenant également 3 portions. Le repas revient aux alentours de 3,5€.

Queal (NL)

Tout comme Joylent, Queal est néerlandais. Mais la ressemblance ne s’arrête pas là : Queal est vraiment très proche de Joylent. Une base de protéine de lait (donc non vegan) mais une plus grande variété de goûts.

Contrairement à Joylent, les goûts semblent moins artificiels. Certains sont même franchement bons (j’adore le chocolat-cacahuète) et il existe un goût “neutre” sans arôme ajouté qui est parfait pour mélanger avec les goûts plus prononcés.

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Il est nécessaire d’ajouter une cuillerée d’huile végétale. L’huile est fournie sous forme d’une unique bouteille qu’il faudra doser à l’œil. Un peu moins pratique donc.

Au niveau de l’effet, Queal me semble légèrement plus nourrissant que Joylent. De mon expérience, Queal est le plus adapté avant le sport : il n’alourdit pas, calme la faim et fournit de l’énergie pendant plusieurs heures. Un Queal à 14h pour remplacer mon repas de midi m’a permis de tenir sans effort, sans fringale et sans le moindre autre apport jusqu’à 8h du soir au cours d’une après-midi de vélo intense.

Queal est livré par sachet de 3 portions (2€ la portion) mais ces portions sont tellement larges que 3,5 portions me semble plus indiqué. Le support est réactif et la livraison rapide même si l’image générale est moins dynamique et plus orientée marketing que Joylent, qui se veut vraiment proche de ses consommateurs. Notons que Queal est également garanti sans OGM.

Jake (NL)

Toujours chez les Néerlandais, Jake obtient la palme du boulot sérieux : sachet individuel très pratique (mais du coup moins écologique), valeur nutritive détaillée sur le site et les sachets, un blog très informatif sur la nutrition, un compte Twitter réactif. Le tout étant 100% vegan à 3,5€ la portion.

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Le défaut ? Le goût. Il n’existe qu’une seule saveur : vanille. Et c’est assez infâme. Vous avez l’impression de boire du lait de soja vanillé ultra-sucré… en poudre. C’est à la limite gerbant. Et, malheureusement, c’est très peu nourrissant : après 2h, on crève de faim.

Jake est assurément la grosse déception de ce test.

Veetal (DE)

À l’opposé de Jake, le site de Veetal ne donne presqu’aucune information. Et la notice qui accompagne les sachets est entièrement en allemand. Certaines informations sont particulièrement bien cachées : Veetal n’est pas Vegan car il contient de la protéine de lait. Par contre, il est garanti sans OGM.

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Il est également nécessaire de rajouter de l’huile qui n’est pas fournie. Les sachets contiennent trois portions et reviennent à 3€ le repas.

Contrairement à Jake, le goût est une bonne surprise : c’est le seul produit de ce test qui fait ressortir une pointe de salé pas du tout désagréable. Le goût est neutre, un mélange équilibre de salé/sucré qui se laisse boire.

Les autres

Il existe bien d’autres variantes. Dans ma liste, j’ai également noté :

Conclusion

Ce qui m’a fortement marqué avec cette expérience c’est, comme annoncé, l’efficacité. Si, comme moi, vous n’êtes pas un maniaque du goût, un Joylent ou un Queal apporte la valeur nutritive d’un repas avec un temps de préparation de l’ordre de la minute !

La plus grande surprise a été de me rendre compte que je pouvais être productif l’après-midi, n’ayant pas le fameux coup de barre digestif. Je n’imaginais pas que la digestion consommait autant d’énergie chez moi.

Les jours où je consomme un Soylent-like à midi, je n’éprouve plus le besoin de me ruer sur l’armoire à chocolat à 4h. Je consomme également beaucoup moins de plats préparés, de sandwichs, de pizzas surgelées ou de cornets de pâtes. Ma compagne, qui est pourtant passionnée de cuisine, trouve cette alternative particulièrement pratique pour les jours où son business ne lui laisse pas le temps de manger correctement. Avant le sport, les Soylent-like se sont révélés une solution idéale et bon marché.

D’un point de vue productivité, tant intellectuelle que sportive, les Soylent-like sont une véritable révélation et m’apportent un nouveau confort de vie dont j’aurais désormais du mal à me passer.

Bien entendu, je continue à apprécier un restaurant ou un repas avec des amis ou de la famille. Mais je les perçois plutôt comme des événements exceptionnels. J’ai désormais plus l’envie de manger des bonnes choses plutôt qu’en grande quantité. L’envie de manger est moins présente et, étonnamment, après un gros gueuleton, je suis content de pouvoir faire une journée “diète Soylent” pour reposer mon système digestif.

Système digestif qui, entre nous, se porte d’ailleurs beaucoup mieux. J’ai des intestins particulièrement irritables et les soylents semblent une bénédiction pour eux. Même si, je vous préviens, la courte période d’adaptation à ce type de nourriture n’est pas sans une certaine propension aux flatulences.

Photo par l@mie. Cet article n’a reçu le soutien d’aucune des marques citées et a nécessité un investissement non négligeable afin de se procurer un échantillon représentatif. S’il vous l’avez trouvé intéressant, n’hésitez pas à y contribuer librement.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Printeurs 30

Monday 1 June 2015 at 18:09

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Ceci est le billet 30 sur 33 dans la série Printeurs

Utilisant un avatar, Nellio est parvenu jusqu’au printeur dans son labo secret. Il a lancé l’impression de la mystérieuse carte mémoire. Mais les policiers, guidés par Georges Farreck, sont à la porte.

 

La porte du laboratoire vient de sauter. Paniqué, je me retourne. Le printeur est en pleine action: un vent terrible balaie la pièce, un bruit de tempête bourdonne à mes oreilles, le liquide d’impression bout.

Les cris des policiers me parviennent. Je risque un œil par dessus la montagne de débris qui me sert de barricade. Une fusée jaillit de mon bras et explose en flammes à leurs pieds.
— Mais…
— C’est moi, me rassure la voix de Junior. Je contrôle l’armement. Contente-toi de les regarder, je balance la purée. La majeure partie de ta défense est de toutes façons assurée par des algorithmes automatiques.

Un déluge de feu et de hurlements se déchaînent vers l’entrée du laboratoire. Je me sens totalement passif, déconnecté. Déboussolé, je tourne en vain la tête en tout sens. Des coups de feu jaillissent de mes mains, de mon torse et de ma tête mais je ne contrôle rien. Un uniforme de policier que je n’avais pas vu apparaît soudain face à moi. Il doit avoir rampé le long des murs. Mon coeur s’arrête un instant alors que je le vois lever une arme vers mon visage. J’observe trois brefs éclairs avant d’entendre trois détonations. Je ne sens rien. Sous le casque, le visage se décompose. Le visage d’une jeune femme d’une vingtaine d’années semblable à toutes les jeunes femmes que j’ai fréquenté.
— Merde ! Un avat…
Un trou rouge se dessine sur son front et, comme au ralenti, je vois ses yeux se révulser. Elle tente un dernier sursaut incrédule avant de s’affaisser à mes pieds, les bras étrangement désarticulés trempant dans la cuve du printeur. Ses yeux ouverts continuent à me fixer par delà la mort. Je l’ai tuée ! J’ai tué un humain ! Ou n’était-ce qu’un policier ? Est-ce bien moi le coupable ? Est-ce mon corps ? Et qui le contrôle ? Qui a pressé la détente ? Junior, l’algorithme ou mon propre subconscient ?

Une explosion violente retentit et la scène semble se figer. Un épais silence s’installe dans notre ancien laboratoire. Seul me parvient encore le clapotis du printeur.
— Première vague repoussée, m’annonce Junior. Ils se replient pour préparer la seconde vague. Cela peut prendre plusieurs heures. Tactique classique en cas de résistance imprévue. Ils pensent sans doute que nous sommes plusieurs, cela va nous donner l’opportunité de filer. Où en est l’impression ?

Je baisse les yeux. Dans la cuve de fortune, une masse rougeâtre et filandreuse a fait son apparition alors que le corps sans vie du policier semble se décomposer.
— Nom d’un processeur ! Un corps humain !
Le rouge des muscles se couvre rapidement d’une peau matte et foncée. Je manque de hurler.
— Eva !
Le son n’a pas finit de franchir mes temporaires lèvres de métal que ses yeux s’ouvrent. Durant une éternité, son regard semble fixer le plafond. Je n’ose effectuer le moindre mouvement, le temps s’est arrêté.

Et puis, brusquement, son visage émerge du liquide d’impression et se met à hurler. Un hurlement rauque, inhumain, un feulement, une agonie. Elle hurle en se débattant, se contorsionnant. Son corps nu glisse hors de la baignoire improvisée. Couchée sur le sol, elle semble reprendre son souffle avec difficulté. Du bout des doigts, elle touche sa peau, son avant bras, son visage. Et se remet à hurler.

Maladroitement, je m’approche d’elle et tente de la rassurer.
— Eva ! Eva ! C’est moi, Nellio !
Ses grands yeux effrayés croisent mon regard électronique. Je sens qu’elle essaie de me dire quelque chose mais ses lèvres ne sont qu’un cri de détresse infinie. La voix de Junior me parvient. Il semble sous le choc.
— Merde… Nellio… Ne me dis pas que…
— Si, c’est Eva. Elle s’est scannée pour sauver sa peau.
— Merde… Merde… Merde… C’est pas croyable ça !
— Mais ce n’était pas censé fonctionner pour les êtres vivants…
— Et bien si tu veux mon avis, ça n’a pas l’air de fonctionner super bien. Ou, en tout cas, c’est extrêmement douloureux.

Le laissant à son soliloque ponctué de « Merde ! », j’entoure Eva de mes bras. Arrachant un morceau de tissu quelconque des décombres, je protège ses épaules et la serre contre moi. Inlassablement, je murmure.
— Eva, c’est moi, Nellio !
Son long cri finit par se calmer et se transforme en hoquet saccadé. Sa respiration semble pénible, forcée. Elle tourne vers moi un visage inondé de larmes. Ses lèvres frémissantes tentent avec peine de former un mot. Elle déglutit, crache, tousse et articule finalement :
— Nel… lio ?
— Oui Eva, c’est moi !
Ses yeux se ferment et elle tombe, inerte, dans mes bras.
— Eva ? Eva ?
Je tente de la réveiller, de lui faire reprendre conscience. Une vague de panique m’envahit. Et si le printeur ne fonctionnait réellement pas pour les êtres vivants ?
— Eva ? Eva ?
Écartant ma main, je constate une petite plaie rouge sur son épaule, à l’endroit exact où je la tenais.
— Qu’est-ce que…
— Ne t’inquiète pas Nellio, je lui ai administré un sédatif. Il faut que nous sortions d’ici avant la deuxième vague.
— Quoi ? Un sédatif ? Mais tu l’as peut-être tuée espèce de salopard ! Tu ne sais rien de son corps et…
— Stop ! Tu arrêtes tout de suite ! On règlera nos comptes après. Pour le moment, nous avons un intérêt commun : ramener l’avatar et Eva en sécurité. Le reste peut attendre.

Je rêve ! Eva revient à la vie, ce type me la tue aussitôt et il voudrait que je lui obéisse ? Mais c’est quoi ce délire ?
— Salopard, tu es un traître, je le savais depuis le début, tu as…

Aucun son ne sort plus de mes lèvres. Autour de moi, tout est devenu soudainement sombre et calme. Je suis dans un hangar. Contre le mur qui me fait face je distingue vaguement un alignement de silhouettes immobiles. Des avatars ! J’ai beau essayer de tourner la tête, mon regard est définitivement fixe. Je veux avancer, bouger. Rien à faire, mon avatar semble déconnecté. Je crie mais aucun son ne me parvient. Un épais sentiment de claustrophobie m’étreint la poitrine. Eva et Junior me sont sorti de l’esprit, je ne pense qu’à une chose : bouger ou sortir de ce corps éteint !

Le temps lui-même semble avoir disparu. Je n’ai aucun moyen d’évaluer depuis quand je suis dans ce hangar. Même les battements de mon cœur ont disparu ! Suis-je fou ? Suis-je enfermé depuis des années ou seulement depuis quelques secondes ? Comment savoir ?

Un néon clignote brusquement. Une porte se referme. Des pas. Deux être humains se rapprochent. Ami ou ennemi ? Peu me chaut, il faut que je sorte d’ici.
— Aidez-moi ! Je suis ici ! Pitié !
Mais, bien entendu, je n’émet aucun son.

Les deux silhouettes se rapprochent et s’arrêtent en face de moi. Deux femmes en tenue de travail, casquettes vissées sur la tête. Je tente de concentrer mon regard sur elles, de leur faire comprendre que j’existe.
— C’est celui-ci ? fait la plus grande des deux en pointant mon voisin de droite.
— Oui, répond l’autre. Les capteurs visuels présentent des défaillances.
— Retire-les, on va voir ce qu’on peut faire à l’atelier ! Et remplace les capteurs par ceux de celui-ci ! C’est un modèle qui ne sort pas et qui sert pour les pièces détachée.

J’entends un grincement sur le sol. Du coin de l’œil, je les vois tirer une escabelle de métal vers moi. Le visage de la plus petite apparait soudainement dans mon champs de vision. Son nez frôle le mien. Elle tient un tournevis automatique qu’elle approche de mon œil. Je hurle, je me débats. La pointe du tournevis emplit mon champs de vision, un petit bruit de moteur suivi d’un grincement se fait entendre. Noir.

Je suis désormais plongé dans l’obscurité absolue. J’entends le couinement de l’escabelle qu’on déplace, le bruit de la visseuse.
— Voilà, au moins celui-ci est opérationnel.
— Parfait, portons le capteur à l’atelier.
Respirations. Rangement de matériel suivi de pas qui s’éloignent et de la porte qui se referme. Noir.

Je suis seul dans le noir absolu. J’aimerais pleurer, greloter ou même ressentir. Je n’ai que le noir…
— Eva…

 

Photo par 7th Army JMTC.

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Les 10 millions de conducteurs du train magique tueur

Tuesday 19 May 2015 at 18:23

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Fermez les yeux.

Imaginez un long train contenant toutes les marchandises transportées durant une année en Europe. Ce train est magique : il part le 1er janvier, roule quelques millions de kilomètres sur une voie sans fin et, automatiquement, toutes les livraisons de l’année sont effectuées dans tous les magasins et usines du continent.

Maintenant imaginez qu’une personne soit couchée sur la voie et empêche le train de passer. Si le train freine, c’est toute l’économie de l’année qui est par terre. Le train doit-il s’arrêter pour sauver la vie de cet individu ? Ou bien, au contraire, la société doit-elle sacrifier une vie pour faire tourner l’économie ?

Aux États-Unis, avec 4000 personnes sur la voie, le train ne s’arrête pas. Et je pense que les chiffres seraient similaires partout dans le monde. 4000, c’est en effet le nombre de personnes tuées chaque année dans des accidents causés par des camions de transport (et, dans la plupart des cas, par une faute humaine du conducteur). Par comparaison, les attaques du 11 septembre qui ont chamboulé le monde et fait dépenser des trilliards en « mesures de sécurité » ont fait… 3000 victimes. Les camions de transport représente à eux-seuls plus d’un 11 septembre chaque année rien que sur le sol américain.

Et si nous avons été hypnotisé par les cadavres du onze septembre, nous ignorons superbement les milliers de morts de la route, les considérant comme d’anonymes tragédies individuelles. Peut-être que si, comme pour le onze septembre, on nous repassait en boucle les images des gens en train de mourir, nous aurions une autre perception de la conduite automobile ? Personnellement, c’est la raison pour laquelle je ne veux plus conduire.

Mais j’ai une bonne nouvelle pour vous : j’ai dernièrement eu l’occasion de m’asseoir au volant d’un camion moderne. Tout est désormais automatisé : le camion anticipe les freinages, surveille la conduite du conducteur, avertit des obstacles et ralentit. De quoi éviter bien des accidents et sauver des vies.

Mieux ! Ce mois de mai 2015 voit la mise en circulation aux États-Unis du premier camion entièrement autonome. Pas de conducteur, pas d’erreur. Comme l’a démontré la Google Car, le remplacement progressif des conducteurs par des intelligences artificielles va drastiquement réduire le nombre de victimes. En plus d’un millions de miles, les Google Cars n’ont en effet connu que 11 accidents mineurs, tous sans exception ayant été causés par une erreur humaine (dans 7 de ces accidents, la voiture s’est fait emboutir par l’arrière alors qu’elle était à l’arrêt).

Génial, non ?

Il y a juste un petit problème. Il y a 3,5 millions de conducteurs de camion aux États-Unis. Dans son excellent article que je vous encourage à lire, Scott Santens estime qu’avec les motels, les restoroutes et tous les services associés, la conduite de camion représente 10 millions d’emplois.

10 millions d’emplois qui vont devenir obsolètes. Ou plutôt qui le sont déjà vu que le camion automatique existe. Un camion qui pollue moins car il peut conduire de manière optimale. Un camion qui allège la route car il peut rouler 24h/24 et donc remplacer 3 camions qui sont forcés de faire des pauses régulières.

10 millions d’emplois qui seront réalisés de manière plus efficace, plus rapide et plus sûre par des intelligences artificielles. 10 millions d’emplois qui sont, chaque année, responsables de 4000 morts.

On pourrait se réjouir sans rien changer à la société. On sauve 4000 vies et on envoie 10 millions de personnes dans la misère. Le revenu actuellement perçu par ces 10 millions de personnes se partagera entre les quelques milliers de veinards qui auront acheté des camions automatiques. Ils vivront dans le luxe en le louant sans réellement rien faire de leur journée, accusant les anciens chauffeurs d’être des paresseux. C’est une possibilité.

On pourrait également lutter de toutes nos forces contre une innovation de toutes façons inéluctable, on pourrait prétendre que rien ne vaut un bon camion manuel conduit par un routier qui sent la sueur. On pourrait tenter de faire passer des lois pour interdire les camions automatiques, permettant à 10 millions de personnes de continuer à faire un travail inutile de creusage et rebouchage de trous tout en tuant 4000 personnes par an. C’est une autre possibilité.

Je vous laisse choisir la meilleure.

Ça y’est ? Vous avez choisi votre camp ?

Ne trainez pas car les camionneurs ne sont bien entendu qu’un exemple. Si votre gagne-pain actuel n’est pas encore obsolète aujourd’hui, cela ne va guère tarder. Tout ce qu’un humain peut faire, y compris créer ou inventer, peut ou pourra être réalisé demain par une intelligence artificielle. En mieux, plus rapide et moins cher.

Alors, dépêchez-vous de faire votre choix : allez-vous investir massivement en espérant être parmi les riches et que les pauvres crèveront de faim avant de vous couper la tête ? Allez-vous lutter de toutes vos forces pour empêcher le moindre progrès technologique afin que tout le monde puisse creuser des trous et les reboucher inutilement, même au prix de nombreuses vies humaines ?

Ne pourrait-on pas imaginer une alternative, une troisième voie ? Contrairement aux politiciens, que le manque total de vision cantonne à l’équation emplois = social et donc à la dualité ci-dessus, je suis persuadé qu’il existe bien d’autres voies. Et tout comme Scott Santens, je suis convaincu que le revenu de base est une condition nécessaire à ces alternatives.

Si vous êtes contre le revenu de base, je vous laisse choisir entre les deux solutions précédentes.

 

Photo par Daniel Bracchetti.

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Printeurs 29

Monday 11 May 2015 at 19:59

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Ceci est le billet 29 sur 32 dans la série Printeurs

Dans le commissariat où il a trouvé refuge, Nellio a sympathisé avec Junior Freeman, le policier qui lui a sauvé la vie. Ensemble, ils décident d’imprimer le mystérieux contenu de la carte mémoire qu’Eva avait implantée sous la peau de Nellio. Mais pour arriver au printeur avant Georges Farreck, il va falloir utiliser un avatar, un robot dans lequel les policiers uploadent leurs esprits.

J’ouvre les yeux et contemple étonné les murs de béton du réduit. J’avais beau m’y attendre, la sensation reste particulièrement surprenante. Un diffus sentiment de panique parcours mon corps. Mon corps ? Ou plutôt ce corps artificiel que contrôle momentanément mon esprit. Cet assemblage mécanique enfermé dans un oppressant cercueil de béton.

— La sortie est devant toi ! Ne perd pas de temps. Si nécessaire, je te transmettrai le flux vidéo de l’escadre Farreck.

La voix de Junior est étrange, tellement proche et tellement lointaine. Il a insisté pour que je prenne sa place dans l’avatar. Lui ne pourrait pas faire fonctionner le printeur sans hésitation ou guidage de ma part. Et chaque seconde peut être critique.

Je prends une profonde inspiration. Avec quel corps ? Pas le temps de répondre à cette question pour le moment. J’avance.

La marche et l’ouverture de la porte se révèle incroyablement intuitive. À peine ai-je fait quelques pas à l’air libre que l’idée d’être dans un corps artificiel disparait. Par réflexe, je tourne mon visage vers le soleil. Il fait beau. Est-ce mon imagination ou ai-je véritablement senti cette odeur de bitume ramolli, de tarmac recuit qui est la caractéristique des villes les jours de chaleur ?

— Nellio, arrête de rêvasser ! Georges Farreck se rapproche et ta copine ne l’a pas encore intercepté !

Obéissant à l’injonction, je me mets à courir dans les ruelles familières. À mon passage, les passants s’écartent craintivement sans se poser de questions. Après tout, quoi de plus naturel qu’un policier en train de courir ?

La vitesse de ma course me surprend moi-même. En quelques bonds, j’arrive à l’entrée de notre ancien repère. Traversant le petit salon et le laboratoire dévasté, je me retrouve face au frigo d’azote renversé. Sans effort, je le soulève et dégage l’entrée du réduit où Max m’avait fait passer le fameux scanner multi-modal auquel je dois vraisemblablement mon amnésie. Mais pourquoi Max aurait-il fait cela ? Au fond, était-ce bien Max ?

J’ai un éclair soudain de compréhension en revoyant les lieux : je ne suis pas amnésique ! J’ai été gardé, drogué et nourri, pendant plusieurs mois. Un autre a pris ma place, sans doute pour sous-tirer des informations à Georges Farreck. À moins qu’il ne soit lui-même complice ? Et, dans ce cas, qui avait donc intérêt à me cacher dans un endroit que Georges Farreck ne connaissait pas ? Max bien entendu ! Pour me protéger ! Georges Farreck m’a probablement fait assassiner ou, pour le moins, aura fait assassiner mon double ! Tout se tient !

— Nellio, il faut que tu voies ça. Je crois que ta copine a réussi !
Une image apparait soudain dans mon champs de vision. Elle est filmée depuis l’intérieur du véhicule policier. On y voit Georges Farreck regardant par une fenêtre. Des poings tapent sur la carrosserie.
— Georges Farreck ! Georges Farreck !
— Ils sont trop nombreux, nous n’arrivons plus à avancer.
— Mais comment ont-ils pu être au courant de ma présence ? C’est incompréhensible ?
— Cela pue le coup monté. Je vais envoyer deux-trois gars pour tenter d’identifier les meneurs, cela va aller vite.

C’est toujours ça de gagné, murmuré-je. Entrant dans la pièce aveugle, je commence à vérifier l’état du printeur. La structure est renversée mais semble intacte. Par contre, la cuve d’impression s’est cassée lors de mon réveil brutal. Je tente de réfléchir à tout vitesse. Le liquide n’est pas un problème. Il suffit de l’imprimer : il est auto-générant. Par contre la cuve est plus problématique. Elle doit être étanche et nous n’en avions pas de réserve.

— La cuve est cassée ! Pas moyen d’imprimer !

Ma voix est-elle sortie de mon avatar ou de mon corps abandonné ? Peut-être les deux ? Quoi qu’il en soit, la réponse désincarnée de Junior me parvient immédiatement.

— De quoi as-tu besoin ?
— Un récipient étanche.
— Quelle taille ?
— La taille de l’objet qui est sur cette foutue carte mémoire.
— Bref, tu n’as aucune idée.
— Non, si ça se trouve, c’est grand comme la pièce !

Une intuition subite me parcourt. Retournant dans le labo dévasté, je cours vers le minuscule coin que nous appelions familièrement « cafétéria ». La zone a été vaguement épargnée et je retrouve sans peine les restes de la table écroulée.
— Elle est toujours là !
D’un geste, je saisis la nappe. Une nappe en toile cirée inusable, du genre de celles introuvables en magasin mais qui apparaissent spontanément sur la table de votre cuisine le jour où vous avez des petits enfants. Peut-être qu’on les fournit avec le kit « tisane de grand-maman » ? Retournant dans la pièce secrète, je me mets à disposer des tables de manière à délimiter un espace fermé à même le sol. Par dessus tout, j’étend la nappe. Elle pourrait couvrir une table de huit personnes.
— Et voilà ! Une véritable baignoire de luxe.
— Nellio, j’ai une mauvaise nouvelle. Jette un œil à ce qui se passe du côté de chez Georges Farreck !
— Isabelle !

Dans mon champs de vision, je vois apparaitre une image d’Isabelle entourée de deux policiers. Elle hurle :
— Georges Farreck ! Laissez moi parler à Georges Farreck ! J’ai des révélations à lui faire.
La voix de Georges retentit dans mes oreilles, extrêmement proche.
— Amenez moi cette femme !
— Mais c’est une télé-pass hystérique, sans doute une de vos fans. Elle veut juste vous violer ou un truc du genre.
— Vous êtes capable de me protéger, non ? Cette foule qui bloque notre passage ne me semble pas un hasard.
Une main gantée apparait à l’écran et fait un signe à destination des autres policiers. Isabelle est conduite sans ménagement. Je distingue sa figure échevelée, ses joues rubicondes. Son essoufflement est visible. Elle s’arrête un instant, interdite.
— Oh merde ! Georges Farreck ! Le Georges Farreck ! J’ai la culotte qui dégouline ! Je… J’ai vu tous vos films, je vous adore !
Georges ne peut se retenir de dégainer un sourire charmeur. Ses dents étincellent.
— Merci, c’est très gentil à vous. Je suis flatté. Mais vous me parliez d’une révélation ?
— Ouais, justement, est-ce que vous allez tourner un nouveau film ici dans la ville ?
— Je ne sais pas encore, pourquoi cette question ?
— Parce que voilà, on m’a d’mandé de venir faire la fan rapport à votre film. Une obligation qu’y disaient. Mais j’suis pas conne. Je sens bien que c’est autre chose.
— Attendez, je suis pas sûr de vous suivre. Vous voulez dire qu’on vous a demandé de réunir des personnes pour m’acclamer ici ?
— C’est ça !
— Dans quel but ?
— J’sais pas. Et c’est ça qui semble bizarre.
— Et pourquoi l’avez-vous fait ?
— Ben c’t’une obligation. J’ai pas envie de perdre mes allocs. Mais je me dis que si je vous aide, vous pouvez p’têtre m’aider en retour. J’ai toujours su que j’serais une star. J’pourrais jouer dans vos films.
— Qui vous a donné cette obligation ?
— Attends mon pote, d’abord on négocie ce que j’aurais en échange !

J’éclate de rire. Sacrée Isabelle. Elle a réussit le tour de force de retarder Georges Farreck tout en lui extorquant un quelconque avantage.
— Nellio, ne traîne pas ! Isabelle nous offre un répit inespéré mais les policiers ne sont vraiment pas loin.

Mécaniquement, je remets en place le printeur. D’une pression sur le clavier, je lance l’impression du liquide d’impression. Je note mentalement d’optimiser l’algorithme pour imprimer le liquide dynamiquement, en fonction de l’objet à traiter.

— Connecte-toi à l’ordinateur que j’uploade le fichier à imprimer !
— Connecter ? Mais comment ?
— Les avatars disposent de la plupart des ports standards. Regarde dans ton torse.

C’est la première loi de l’ère électrique. Depuis qu’il est possible de brancher deux appareils entre eux, le format des prises a évolué de manière aussi explosive qu’irrationnelle. Chacun tentant de créer un format standard que tout le monde utilisera. Au final, tout terminal implémente une quinzaine de ports avec l’espoir d’une intersection avec la quinzaine implémentée par le terminal d’en face.

La seconde loi, quant à elle, stipule que c’est toujours le dernier câble que vous testez qui rentre dans le trou. Loi qui se révèle, une nouvelle fois, empiriquement exacte.

— Voilà, je suis branché !
— Fichier uploadé, en cours de transfert sur l’ordinateur.
— Quoi ? Si vite ? Mais ce n’est pas possible !
— Les avatars ne passent pas par le réseau traditionnel. Trop dangereux. D’ailleurs, la pièce où tu te trouves semble être une cage de Faraday parfaitement isolée.
— Mais…
— Chaque avatar est lié au centre par quantum entanglement. Deux photons émis au même moment. L’un est stocké dans l’avatar, l’autre au centre de contrôle, le tout grâce à des ralentisseurs de lumière. Cela permet une communication instantanée dont la vitesse n’est théoriquement pas limitée.
— Je croyais que ce n’était encore qu’un prototype !
— C’est l’avantage de travailler dans un commissariat à haut tarif !
Ébahi, je tente de me reconcentrer sur ma tâche.
— Bon, je lance l’impression !
— Merde ! Les flics ! Ils sont là, j’étais distrait ! Nellio !

Un bruit d’explosion retentit soudainement dans l’entrée du laboratoire.

 

Photo par Trey Ratcliff.

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Source: https://ploum.net/printeurs-29/