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Le minibus et la discothèque

Friday 2 May 2014 at 14:22

minibus

Tous les matins, Gérard se mettait au volant de son minibus et parcourait les rues de la ville, depuis les lointains faubourgs aux quartiers chics du centre-ville. Lorsqu’un piéton lui faisait un signe de la main, Gérard s’arrêtait, embarquait le nouveau passager et continuait sa tournée. Lorsqu’il voulait descendre, étant arrivé à destination, le passager tapait sur l’épaule de Gérard et lui glissait un billet dans la poche.

Gérard était très fier de son métier. « Je permets à tout le monde de se déplacer, disait-il. Une vraie démocratie doit offrir à chacun le droit de se rendre où il veut. Sinon, ce n’est qu’une prison aux barreaux dorés. » Petits et grands, jeunes et vieux, tous bénéficiaient des services de Gérard.

À quelques kilomètres de la ville, dans une banlieue mal fréquentée, Janine avait ouvert une discothèque. Afin de faire venir du monde, elle contacta Gérard.

— Je te propose de mettre sur ton véhicule une grande affiche pour ma discothèque.
— Pourquoi ferais-je cela ? demanda Gérard.
— Sur l’affiche sera placé un code donnant droit à un prix d’entrée réduit dans ma discothèque. Pour toute personne utilisant ce code, tu toucheras 10% du prix de l’entrée. Et puis, ça ne te coûte rien.
— Et tu exiges autre chose de moi ?
— Absolument pas. Tu es entièrement libre de continuer à faire ce que tu as toujours fait. Tu vas où tu veux, comme tu veux.
— Alors, marché conclu !

À vrai dire, la publicité pour la discothèque de Janine ne modifia en rien le travail de Gérard. Tout au plus cela lui permettait de mettre un peu de beurre dans les épinards.

Et puis, comme toujours, le monde changea. Les mentalités évoluèrent. Le réchauffement planétaire avait transformé le climat de la ville qui baignait à présent dans un soleil permanent. Les habitants préféraient éviter autant que possible tout véhicule à essence. Le vélo et la marche à pieds redevenaient extrêmement populaires. Quelques habitués continuaient à faire appel à Gérard mais ils avaient tendance à oublier de verser un billet ou une petite pièce. Ils ne voyaient d’ailleurs pas pourquoi il était nécessaire de payer un trajet qu’ils auraient aussi bien pu faire à vélo.

Voyant le prix de l’essence augmenter et son compte en banque diminuer, Gérard s’assit un soir à sa table pour faire ses comptes. Il fut étonné de constater que ses revenus du vendredi étaient toujours nettement supérieurs à ceux du reste de la semaine. « Bizarre ! murmura-t-il. » Il comprit soudain. Le vendredi, il tournait dans le quartier mal-famé où se trouvait la discothèque de Janine. Il n’embarquait jamais beaucoup de monde le vendredi mais les habitants devait sans doute le voir passer et noter le code de réduction qu’ils utiliseraient le soir à la discothèque.

Ayant réalisé cela, Gérard décida de modifier sa tournée du mardi. Au lieu d’embarquer les personnes âgées de la maison de retraite pour les emmener au centre culturel, il décida d’aller tourner dans le quartier de la discothèque. Les personnes âgées étaient de toutes façons chiches et le mardi était son jour le moins rentable. Il n’embarqua pas un seul client ce jour-là et rentra chez lui, déçu.

Le lendemain, à sa grande surprise, il constata que Janine lui avait envoyé de l’argent. Plus d’argent que n’importe quel mardi !

Il décida alors de remplacer sa tournée du mercredi (les élèves de maternelle qui vont à la plaine de jeu et qui ne paient qu’en boutons de culotte) et sa tournée du jeudi (les travailleurs de l’usine qui vont chercher des frites sur le temps de midi). La stratégie s’avéra payante. Certes, ce n’était pas le Pérou. Mais, au moins, Gérard pouvait continuer à vivre. Mieux : en restant immobile quelques dizaines de minutes à différents endroits stratégiques du quartier près de la discothèque, il économisait de l’essence sans pour autant diminuer son impact sur les habitants. Ils avaient d’ailleurs plus facile à noter le code. Il pouvait même partir manger à midi en laissant son véhicule bien en vue !

Après quelques semaines, Gérard avait complètement abandonné ses tournées traditionnelles. Il se contentait de tourner en rond dans le quartier de la discothèque. Une présence permanente était devenue indispensable car il devait lutter contre la concurrence. D’autres véhicules avaient fait leur apparition. Ils portaient des codes différents pour la discothèque de Janine. Afin d’attirer l’attention sur lui, Gérard équipa son minibus d’un gyrophare et d’une sirène. Lorsqu’il croisait un piéton, il donnait un grand coup de klaxon et montrait le code désormais inscrit en lettres de néon clignotantes sur chaque côté du véhicule.
La dernière fois que je vis Gérard, il buvait une bière avec Janine à la terrasse d’un café. Gérard était amaigri, les traits tirés. Il semblait quémander quelque chose à Janine. Je m’approchai et, après les présentations d’usage, posai les questions qui me brûlaient les lèvres depuis plusieurs semaines.

— Dis-moi Janine, tu n’as pas l’impression de pervertir le travail de Gérard ?
— Mais pas du tout ! Je n’ai aucun contrôle sur ce qu’il fait, il est entièrement libre. C’est plus pour moi une manière de le soutenir. Son travail est important.
— En quoi est-ce tellement important ?

Gérard me darda un regard noir. Il posa son verre brutalement et déclara avec force :
— Je permets à tout le monde de se déplacer. Je suis un pilier de la démocratie car une vraie démocratie doit offrir à chacun le droit de se rendre où il veut. Sinon, ce n’est qu’une prison aux barreaux dorés. Si je disparais, c’est la fin de la démocratie !

J’acquiesçai poliment, réglai mes consommations et enfourchai mon vélo pour rentrer chez moi.

 

Photo par JosEnrique.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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La mort de la presse ? Tant mieux !

Thursday 24 April 2014 at 22:39

Daily News.

La presse est en train d’agoniser. Et, entre nous, c’est une excellente chose.

Je tiens à différencier deux aspects très différents du journalisme : l’information et l’analyse. Il est évident que l’analyse n’est pas possible sans l’information. Et, historiquement, obtenir l’information était le plus difficile. C’est pourquoi le journalisme apportait de la valeur en fournissant principalement de l’information. Au point de parfois oublier la composante « analyse ». D’ailleurs, ne parle-t-on pas de consulter « les informations » ?

Le modèle de fonctionnement était le suivant :

Événements -> Correspondants locaux ou envoyés spéciaux -> Agences de presse -> Organes de publications -> Libraires -> Lecteurs

La valeur réelle du journalisme se trouvait dans toute la chaîne, conçue pour transmettre l’information depuis son origine à n’importe quel citoyen. Mais la monétisation n’arrivait qu’à la toute fin, dans les publications payées par le lecteur. Cela a conduit la plupart des journalistes à penser que ce qui avait le plus de valeur était la mission sacrée de la toute-puissante « rédaction » : choisir ce qui était pertinent ou non, la place sur le papier étant limitée.

Pour s’adapter à Internet, la presse a transformé les publications traditionnelles en sites webs. L’idée de base était de ne surtout rien changer et de faire payer une version électronique, un PDF du journal. Génial, on a trouvé un business model et, surtout, rien ne change. On fait même des économies sur le papier. Et sur les libraires. Mais eux, ce n’est pas très important. Tant que la sacro-sainte presse reste entière, pas de soucis.

Événements -> Correspondants locaux ou envoyés spéciaux -> Agences de presse -> Organes de publications -> Internet -> Lecteurs

Sauf que personne ne paie les versions électroniques. Du coup, les sites se sont remplis de pubs. Et qui dit pub dit course au clic. Au lieu de fournir des articles, il est devenu plus intéressant d’attirer le cliqueur avec des titres affriolants, des vidéos de chatons ou des infos peu importantes mais à caractère sensationnel.

Et, tant qu’à faire, exigeons des subsides du gouvernement ou de Google. Parce que, sans blague, le méchant Ninternet fait que les gens n’achètent plus nos journaux. Donc c’est la faute de Google.

Or la réalité est bien plus simple. Aujourd’hui, la chaîne de l’information c’est ça :

Événements -> Témoin équipé d’un smartphone -> Twitter ou Facebook -> Lecteurs

Twitter et Facebook ont remplacé toute la chaîne de l’information. Ce sont les plus grandes agences de presse du monde avec plus d’un milliard de correspondants et la gratuité de rediffusion de dépêches. Simple, non ?

Tellement simple que les journalistes ou les agences refusent de le voir. Mais il n’y a pas plus aveugle et réactionnaire qu’un humain dont le gagne-pain vient d’être rendu obsolète par la technologie. Le fait qu’ils s’en prennent à Google au lieu de Facebook ou Twitter prouve à quel point ils n’ont tout simplement rien compris. Ils s’accrochent à l’ancienne chaîne sans admettre que l’information se transmet sans eux. Pire : ils sont parfois les derniers informés, n’étant plus que des lecteurs comme les autres ! Du coup, ils publient des articles sur des choses que vous avez déjà lues dix fois sur les réseaux sociaux. La valeur du service rendu est donc nulle. Économiquement, c’est très logique : dans un monde où l’information est rare, elle a beaucoup de valeur. Dans un monde où nous sommes tous bombardés d’informations, elle a une valeur nulle voire négative. Le métier de « transmetteur d’information » doit donc être repensé de fond en comble.

Bien sûr, l’inertie du public fait que le cadavre est encore chaud et remue. Une entreprise zombie typique. Les lecteurs, surtout les vieux, s’abonnent par habitude aux journaux papiers histoire d’avoir de quoi emballer les pommes de terre. Les internautes vont sur les sites des noms historiques d’organes de presse parce que… pourquoi au fond ? Simple réflexe reptilien. Bref, la presse est une poule sans tête qui continue à courir. Mais elle est bien morte. La preuve ? Les journalistes se sentent obligés de défendre leur métier en disant que seuls les « pros » font du bon boulot et que l’état doit les subsidier et que, économiquement, ça mettrait plein de gens au chômage. Bref, on est dans l’archétype du déni et du processus de deuil. Posez-vous la question : quand votre journal favori a-t-il révélé une information importante qui n’existait pas ailleurs sur le web ?

Honnêtement, cela ne m’attriste pas du tout : profitant de son aura et de son audience, la presse est devenue majoritairement un outil anti-démocratique, inconsciemment au service du pouvoir en place, participant à la peoplisation des élites et fournissant du divertissement abrutissant sous forme de chiens écrasés. Car, oui, la majeure partie de l’information est aujourd’hui du divertissement qu’on consomme à la pause café au boulot car c’est socialement plus acceptable que de jouer à Flappy Bird. Les médias sont détenteurs d’un pouvoir de diffusion arbitrairement centralisé. Ils ne font qu’exploiter une splendeur passée et brandissent l’étendard du contre-pouvoir qu’ils ont été il y a tellement longtemps. Certes, ils ont été utiles quand il n’y avait rien de mieux mais, à l’ère d’Internet, ils sont devenus contre-productifs. Pas d’accord ? Citez simplement les propriétaires des groupes de presse pour vous faire une idée !

Pour les journalistes en mal de recyclage, il reste la voie de l’analyse, de la recherche ou de la curation intelligente. Malheureusement, cela demande un talent et un effort bien plus important. Et la concurrence est rude : n’importe qui peut faire de l’analyse sur le web, même sans diplôme de journalisme. Pire, le contenu produit est tout sauf publicliquable. Il est long, fastidieux à lire. La majorité de la presse vivant grâce à la pub, l’idée de faire de l’analyse a donc été le plus souvent abandonnée. Si vous pensez produire un travail journalistique de valeur, et heureusement il y en a, prouvez-le ! Produisez du contenu et demandez à être payé ! Ou proposez des projets et faites jouer le crowdfunding. C’est simple, non ? C’est exactement ce que des structures comme Mediapart font. Et les gens paient.

Les agences de presse et les rédactions traditionnelles disparaissent ? Je m’en réjouis. Par essence, un contre-pouvoir finit toujours par s’acoquiner avec le pouvoir, à l’incarner et le défendre. À ce moment là, il est nécessaire de trouver un nouveau contre-pouvoir. La fin de la presse traditionnelle ne sera jamais qu’un outil de propagande en moins pour une société de consommation et un système démocratique à bout de souffle. Quand aux journalistes, les plus talentueux n’auront aucun mal à s’adapter. D’ailleurs, certains profitent déjà pleinement de cette nouvelle liberté que leur offre le web. Au fond, il ne reste qu’une question à résoudre : dans quoi va-t-on emballer les patates ?

 

Photo par Florian Plag.

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Source: http://ploum.net/la-mort-de-la-presse-tant-mieux/


Élections, demandez le programme !

Tuesday 22 April 2014 at 16:00

crossed_fingers

Les élections se rapprochent et les tests en ligne fleurissent, vous annonçant que vous êtes à 65% favorable à tel parti ou 43% à tel autre. Dans les médias, les candidats se gargarisent de leur programme et critiquent celui des autres.

Une manipulation de plus à mettre sur le compte des élections. Car rien n’est plus inutile, plus absurde, plus hypocrite qu’un programme politique.

L’impossibilité mathématique

En Belgique, le scrutin proportionnel rend l’exécution d’un programme politique strictement impossible. En effet, la majorité élue sera dans tous les cas composée de plusieurs partis qui auront forcément des éléments de programme incompatibles.

Pour qu’un parti aie la moindre chance de réaliser son programme, il faudrait qu’il obtienne la majorité absolue. Quand j’étais candidat pour le Parti Pirate, les gens dans la rue me demandait souvent notre programme. Je répondais : « Dans le meilleur des cas, nous aurons un élu. Vous voulez vraiment que je vous promette n’importe quoi ? Cela ne m’engage à rien, je sais que quoi qu’il arrive, je ne pourrai pas le remplir. »

Une fantaisie idéalisée

On pourrait croire que cela ne concerne que la Belgique. Mais la France nous démontre que même un scrutin majoritaire ne permet pas la réalisation d’un programme. Arrivé au pouvoir suite à une campagne intense, le politicien se verra brusquement confronté à la réalité. Quand bien même le nouvel élu était honnête et croyait sincèrement en son programme (accordons lui le bénéfice du doute), le voilà obligé de gérer les urgences du quotidien et les conflits internes, de réagir face à l’émotion d’événements imprévus, de revoir de fond en comble ce qu’il croyait être un programme parfait et immuable.

Imaginez-vous passer un entretien d’embauche durant lequel vous devez promettre de réaliser certaines choses durant 4 ou 5 ans ! Si vous êtes engagé à la suite de cet entretien, personne ne pourra vous virer, vous serez en poste. Il est bien entendu que promettre n’importe quoi à 4 ou 5 ans est complètement irréaliste. Mais bon, si c’est pour avoir le poste…

Une absurdité historique

Dans toute l’histoire de la démocratie moderne, aucun élu n’a jamais réalisé l’entièreté de son programme. Certes, beaucoup se targuent d’en réaliser une partie. Mais les programmes politiques sont devenus tellement vastes et complexes qu’il est statistiquement presqu’impossible de ne pas le réaliser du tout.

C’est aussi une réponse que je donne régulièrement quand on me parle du manque de programme du Parti Pirate : « Citez-moi le programme du parti pour lequel vous avez voté aux dernières élections ! ». Au fond, personne ne lit réellement les programmes politiques. D’ailleurs, la majeure partie du public ne sait pas exactement ce qui est en jeu. J’ai entendu parler d’immigration et d’emploi lors des élections communales. J’entends parler de la rénovation des trottoirs lors de ce scrutin européen.

Un outil de campagne

Parfois, on me dit que l’utilité d’un programme est d’illustrer les valeurs d’un parti. Ou de convaincre les électeurs. Mais, comme je l’ai dit, personne ne lit les programmes. Sauf… les candidats des autres partis. Les programmes servent donc à entretenir l’actualité et à alimenter les médias. Le parti X annonce une mesure qui coûtera autant de millions d’euros. Mais le parti Z a mis des spécialistes sur le coup qui ont estimé que l’impact serait en fait le double ou le triple. Gros débats sur les télévisions. Pour rien.

Car personne n’est dupe. Même le plus enthousiaste des téléspectateurs sait très bien qu’une telle mesure ne pourra jamais être mise en place, qu’elle n’a aucune chance de voir le jour avant des dizaines d’années et des aménagements conséquents. Et que, finalement, personne ne sera capable d’estimer le coût réel, même a posteriori. Bref, les programmes ne sont que d’extraordinaires machines à vent.

Nous avons besoin de souplesse

Dans le monde professionnel, on commence à comprendre que faire des prévisions et des plans quinquennaux n’a plus de sens. Il faut pouvoir s’adapter vite et bien. Les méthodes comme « Lean Startup » mettent l’emphase sur ce soucis permanent de s’adapter, d’avancer par itérations et de confronter ses croyances, son idéologie, à la réalité.

Et dans l’univers politique ? Il y a seulement deux législatures d’ici, Facebook et Youtube n’existaient même pas, vous aviez encore probablement un écran à tube cathodique sur votre bureau et dans votre salon. Lors des dernières élections européennes, il y a de grandes chances que vous ne saviez pas encore ce qu’était un smartphone. Vous aviez dans votre voiture un GPS de la taille d’un poing qui vous avait coûté le prix d’un smartphone haut de gamme actuel. Les voitures sans conducteur relevaient de la plus pure science-fiction. Aujourd’hui, on s’interroge sur la date de commercialisation de celles-ci et de leur impact sur la société. Oui, nous vivons dans le futur.

Ces évolutions très rapides ont un impact profond sur notre société. Quand il s’agit d’accepter ces changements et de s’y adapter, les politiciens se révèlent généralement la frange de la population la plus incapable. Les récents exemples à Bruxelles en sont la plus parfaite illustration.

Et vous voudriez que ces mêmes politiciens fassent des prévisions à 5 ans dans un monde où même les futurologues de Google se refusent à prédire les 6 prochains mois ? Vous souhaitez réellement que les personnes qui ne s’adaptent pas au présent vous pondent un programme politique précis duquel on ne s’écarterait pas pour la durée du prochain lustre ?

À ce stade, ce ne sont plus les politiciens qu’il faut critiquer mais bien les électeurs. Tant que les électeurs demanderont des « programmes » et des « promesses » en échange de leur voix, nous n’aurons au pouvoir que les politiciens les plus auto-suffisants, les plus hypocrites et les plus capables de dire avec aplomb « je vous promets de faire ça pour les prochaines 5 années, d’ailleurs, mes 5 dernières années ont été un succès ! ».

Peut-être qu’il y a parfois un candidat qui dit « Je ne sais pas de quoi l’avenir est fait. La société est en perpétuelle évolution, il ne faut pas essayer de la figer. Essayons simplement de trouver un processus pour vivre ensemble, un processus lui-même évolutif. Même si cela implique de changer fondamentalement nos habitudes. »

Mais ce candidat-là n’a jamais de voix. Car, à chaque fois, on lui réplique : « Oui, bon, d’accord. Mais c’est quoi ton programme ? »

 

Photo par Kygp.

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Lily & Lily à Ottignies

Tuesday 15 April 2014 at 14:04

lilylily

Dans le strass et les paillettes du Hollywood des années 1930, la star sur le déclin Lily Da Costa remplit plus souvent les verres et les chroniques des journaux à scandale que les salles obscures et les plateaux de tournage. Sam, le brave imprésario dépassé par tous ses caprices, ne sait plus à quel saint se vouer. Entre un mari gigolo, un bagnard en cavale et des domestiques malhonnêtes, voici que débarque à l’improviste Déborah, la sœur jumelle de Lily, pleine de bonnes intentions. Mais l’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ?

Envie de connaître la suite ? Alors je vous invite à venir assister à l’une des représentations de Lily & Lily par les Comédiens du Petit-Ry à l’école primaire Saint-Pie X d’Ottignies-Louvain-la-Neuve :

Le prix des places est de 10€ et les réservations se font à l’adresse reservationscomry@gmail.com.

Outre le rire, les portes qui claquent, les amants sous les lits et dans les placards, Lily & Lily est également l’occasion de fêter les 30 ans d’existence de la troupe et les 25 ans de participation de Laure Destercke, qui jouera bien entendu Lily.

lily_lily

 La troupe, en pleine répétition

À titre plus personnel, Lily & Lily représente ma première participation à la troupe. Lors de la lecture du texte, j’ai également eu la surprise de découvrir que la pièce a été montée en 1985 avec Jacqueline Maillan et… Francis Lemaire, mon oncle, décédé il y a un an déjà. C’est donc avec une pointe d’émotion et une certaine fierté que je monterai sur les planches en pensant à lui.

Tout cela fait beaucoup d’occasions de rire et de faire la fête. Alors prenez votre agenda, choisissez une date, faites suivre les événements, invitez vos amis et, comme Lily Da Costa, venez vous enfiler un godet avec nous durant l’entracte ! Avec les comédiens du Petit-Ry, l’ambiance est autant dans la salle que sur la scène !

Au plaisir de vous voir dans la salle un de ces soirs…

 

 

 

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zombiephone

Depuis des années, les opérateurs téléphoniques s’evertuent à proposer des plans tarifaires d’une complexité post-relativiste soit disant pour être plus adaptés à vos besoins : 15 centimes la minute en heures creuses les jeudis de pleine lune, 3000 SMS par semaine de quatre jeudis, gratuité pour les appels vers les numéros qui sont un nombre premier et… 20 Mo de transfert par mois. Youpie !

Sauf que j’envoie à tout casser 15 SMS et que je passe 10 coups de fils de moins d’une minute par mois. La seule chose qui compte pour les utilisateurs comme moi ? Le prix du Giga ! C’est pour ça que je prends le plan 15€ de Mobile Vikings, qui me met le Giga à 7,50€ (et que je ne prends pas les plans à 25€ ou 50€).

Le Giga-octet est infacturable

Pour les opérateurs, un problème de taille se pose. Le Go n’est pas du tout intuitif. Dès qu’on sort du milieu geeko-geek, le client n’a aucune idée de ce qu’est un Go. Certains ont 20Mo par mois. D’autres 1 Go. Et ils ne comprennent pas la différence ni ce qu’ils peuvent faire avec ça. Au final, beaucoup bloquent la 3G, par crainte de payer sans comprendre.

Mais même pour un technicien, le Go n’est pas contrôlable. Vous pouvez toujours surveiller la durée d’un appel et raccrocher. Ou arrêter d’envoyer un SMS. Mais vous ne pouvez pas contrôler, en cliquant sur un lien, si votre navigateur va télécharger une version haute-résolution d’une photo ou une version optimisée. Sans compter les publicités qui, en plus de vous corrompre le cerveau, vous coûtent directement de l’argent !

Actuellement, la plupart des services de nos smartphones reposent sur la possibilité d’un accès permanent à Internet. Parfois, un bug ou une application mal codée entraine un pic de connexions. Pourriez-vous être tenu responsable des connexions de votre smartphone et vous voir infliger une facture astronomique ? La plupart des fois où ce problème s’est posé, l’opérateur a préféré poser « un geste commercial » plutôt que d’aller en justice.

Bref, le Giga est, en temps que tel, infacturable.

La mort de la compétition

Ce n’est pas tout ! La complexité des offres entretenait la compétition. Personne n’y comprenant rien, on se retrouvait finalement chez celui qui avait les vendeurs les plus persuasifs. Avec le « tout-au-net » que nous sommes en train de vivre, la concurrence se fait uniquement sur le coût du Giga. Plus besoin d’un doctorat en mécanique quantique pour comprendre quelle offre est la plus intéressante !

Pour les opérateurs, se battre pour les prix implique de rogner sévèrement sur les marges. Et cela risque d’entraîner la disparition progressive de la concurrence. Au final, tout le monde sera chez le moins cher qui pourra, par économie d’échelle, baisser encore un peu plus le prix de son Giga.

La neutralité du net

C’est pour lutter contre ces deux énormes failles dans leur business model que les opérateurs souhaitent avec tant d’insistance pouvoir discriminer les paquets du réseau en fonction du site et du contenu. Histoire de pouvoir offrir des abonnements « Facebook illimité et 3h de vidéo Youtube par mois ».

Cette discrimination permettrait de garder artificiellement une complexité sur un produit devenu trop simple, de maintenir la concurrence (tel opérateur est meilleur si tu es beaucoup sur Facebook mais sinon utilise untel) et de ne pas mettre au chômage cette armée de commerciaux qui nous concoctent chaque année ces formules ultra complexes mais tellement adaptées à mon usage quotidien que mes dents blanchissent et que je saute en l’air ! (C’est en tout cas ce que promettent les pubs)

Bien sûr, mettre à mal la neutralité du net pourrait avoir des conséquences dramatiques en termes de censure, de liberté d’expression et de démocratie. Cela renforcerait un réseau à plusieurs vitesses où quelques acteurs auraient le contrôle absolu. Mais, aux yeux des opérateurs, ces considérations sont accessoires face à la remise en question de leur business model. Surtout que ce sont eux qui seraient au pouvoir.

Je n’aimerais pas être un opérateur

Ce que j’aime beaucoup avec cette histoire, c’est qu’il s’agit d’un exemple particulièrement édifiant de la manière dont Internet remet en cause un business bien implanté. Pour l’utilisateur comme vous et moi, Internet bon marché et partout est une bénédiction. Plus de soucis à communiquer avec une personne qui se trouve à l’autre bout du monde. Pas d’obligation de couper les données mobiles dès qu’on s’approche trop près d’une frontière. Plus de limitations arbitraires dans la manière dont nous communiquons. Un choix clair et évident pour un service bon marché.

Si on se met à la place des opérateurs, ces bienfaits deviennent des fléaux. On comprend mieux le lobbying intensif contre la neutralité des réseaux. On perçoit la peur de disparaître dans les menaces à peine voilée « sans nous, il n’y aura plus d’infrastructure, plus d’investissements ». On réalise tout l’intérêt économique que représente toutes les frontières qui justifient le roaming dès qu’on s’en approche. Bref, les opérateurs téléphoniques sont devenus des adversaires de leurs propres utilisateurs. Ils se battent pour que nos vies ne deviennent pas meilleures !

Mais, pour une fois, et cela fait plaisir de le souligner, le monde politique ne s’y est pas laissé prendre. Le Parlement Européen soutient la neutralité du net et une interdiction des frais de roaming.

Bien sûr, la victoire est loin d’être acquise. Mais les opérateurs téléphoniques sont désormais officiellement en train de faire leur deuil. Et, contrairement à de nombreuses industries zombies, on dirait que, cette fois, les politiques ne vont pas faire dans l’acharnement thérapeutique.

Bref, sortez les popcorns. Les années qui viennent vont être giga passionnantes !

 

Photo par Pete.

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Source: http://ploum.net/gigas-chocottes-chez-les-operateurs-telephoniques/


J’ai vendu mon âme pour un Chromebook

Sunday 6 April 2014 at 13:18

chromebook

Depuis quelques mois, je me surprends à utiliser de moins en moins mon ordinateur en faveur de ma tablette. D’ailleurs, la majeure partie de mes documents est accessible via des services en ligne. Mais la tablette a un inconvénient majeur : elle ne dispose pas d’un clavier.

J’ai beau garder, à portée de main, un clavier facile à brancher, la tablette me décourage d’écrire. C’est avant tout un outil de consommation de contenu. Existe-t-il un outil similaire dédié à la production de contenu ? C’est pour le tester, et aussi par pure curiosité, que j’ai décidé de plonger dans l’univers Chromebook.

La tranquilité de l’esprit

Ce qui frappe avec la première prise en main d’un Chromebook, c’est la rapidité et la légèreté du processus. Vous ouvrez votre nouveau Chromebook, vous entrez votre identifiant Google et c’est tout.

Vous pouvez l’emporter partout sans risque ni soucis : si vous perdez ou cassez votre Chromebook, il suffit d’en racheter un et vous serez immédiatement sur votre bureau avec votre fond d’écran, vos icônes et tous vos services.

Entre transporter un Chromebook à 300€ et un ordinateur quatre ou cinq fois plus cher dont le dernier backup remonte à plusieurs semaines, le choix est vite fait. Rien que pour cette tranquilité d’esprit, le Chromebook est un excellent produit.

La dépendance à Google

Bien sûr, cette tranquilité a un prix. Et ce prix est important : une dépendance totale vis-à-vis de Google. Personnellement, je suis convaincu depuis longtemps par le principe d’un client léger vers les services clouds. Malheureusement, les services clouds libres (comme Owncloud) ont encore beaucoup de retard et il me semble raisonnable, en attendant, d’utiliser des services propriétaires comme Dropbox.

Sauf que, dans ce cas précis, Google abuse de sa position dominante pour intégrer le Chromebook directement avec Google Drive sans laisser la possibilité d’utiliser une alternative.

Cette impossibilité d’utiliser un service autre que Google Drive pour accéder simplement à ses fichiers laisse en bouche un goût amer. Utiliser un Chromebook, c’est vendre définitivement son âme à Google. Autant le savoir.

L’écosystème

Les principales critiques du Chromebook portent sur le manque d’applications :  pas de Photoshop, pas possible d’installer un environnement de développement, etc.

Mais il faut garder à l’esprit que l’univers Chrome est encore jeune. Passer à Chrome, c’est un peu comme passer de Windows à Linux il y a 10 ans. Il faut accepter de changer certaines habitudes. Personnellement, j’ai été très surpris de constater la richesse de l’écosystème des applications Chrome. Des applications comme Pixlr Touch Up comblent parfaitement mes maigres besoins en retouche d’image et plus simplement qu’un Gimp, dans lequel j’ai toujours été perdu.

Développer sur Nitrous.io est encore fort limité ? Il n’y a pas l’application exacte pour répondre à mon besoin précis ? Pas moyen d’ouvrir ce fichier zip ? Je pense qu’il s’agit d’une question de temps avant que des solutions durables apparaissent ou que des nouveaux usages rendent obsolètes certains besoins.

La mauvaise gestion du mode hors-ligne

Si le manque de fonctionnalités n’est pour moi pas un réel problème, j’ai été surpris par l’incroyable échec que représente le mode hors-ligne.

Soyons réalistes : dans le monde actuel, nous sommes souvent déconnectés. Le mouvement dans le train empêche une connexion 3G stable, le wifi dans l’avion reste une exception, les pannes des fournisseurs de service sont courantes sans oublier les connaissances qui n’ont pas de Wifi chez eux.

Avec Google Drive et Google Musique, Google a prouvé qu’ils étaient capables de gérer efficacement le mode hors-ligne : en fonction de l’espace disponible sur votre appareil, ces applications vont tenter de mettre en cache les fichiers dont la probabilité est la plus grande que vous souhaitiez y accéder. L’application Dropbox sur Android permet, dans la même optique, de marquer des répertoires accessibles hors-ligne.

Mais le Chromebook n’obéit pas à cette logique. Google Drive, qui est votre disque dur principal sur votre Chromebook, ne permet l’accès hors-ligne qu’aux fichiers de type Google Doc ! Si vous êtes en train de travailler hors-ligne sur un fichier texte ou une image et que vous fermez, par mégarde, l’éditeur, vous serez obligés de vous reconnecter pour réouvrir le-dit fichier. (EDIT: en fait, le mode hors-ligne marche aussi avec les fichiers textes mais ils doivent être marqués individuellement et il n’y a pas d’intelligence comme pour les google docs)

Face à cette critique, certains fanatiques de Google préconisent l’emploi de solutions Google uniquement. Exemple : transformer tous les fichiers texte en note Google Keep.

Sauf que même sur ses propres applications, Google peut se tromper lourdement. Google Keep, par exemple, ne se synchronise que s’il est lancé. Si vous avez des notes modifiées hors-ligne, il ne faudra pas oublier de relancer Keep une fois la connexion réétablie afin d’effectuer une synchronisation. Et, sans raison, Google Drive ou Google Keep vous avertiront parfois de faire une copie de votre contenu et de rafraichir la page, les modifications n’ayant pu être sauvées. Le mode hors-ligne de Gmail est également tellement différent du mode connecté que je me retrouve à préférer trouver une connexion à tout prix plutôt que de l’utiliser.

S’agit-il d’erreurs de jeunesse du Chromebook ou, au contraire, d’une volonté délibérée pour renforcer le besoin d’être partout et tout le temps connecté ? Quoiqu’il en soit, cette dépendance à une connexion va à l’encontre de la tranquilité d’esprit totale que je voyais comme l’argument majeur du Chromebook.

L’efficacité presque totale

Mais s’il y a une chose que je retiens de ma première semaine presqu’exclusivement sur un Chromebook, c’est la sensation d’avoir une véritable machine dédiée au travail.

Depuis vingt ans que j’utilise un ordinateur quotidiennement, l’administration de la machine représente une charge de travail non négligeable. Il faut en permanence effectuer les mises à jour, faire du nettoyage, installer un nouveau logiciel et désinstaller un ancien. Il y a tant de choses à faire sur un ordinateur qu’on peut y passer sa journée tout en ayant l’impression d’être productif.

Durant cette dernière décénnie, ces tâches ont été ma plus grande source de procrastination. Combien de fois n’ai-je pas remis à plus tard un travail urgent parce que je voulais tester la dernière version du logiciel X ? Combien de fois n’ai-je pas décidé de « nettoyer mon disque dur afin d’être plus productif » ? Et même lorsque j’étais motivé, combien de fois n’ai-je pas été interrompu par un popup me rappelant de faire une mise à jour ?

Le Chromebook m’a mis dans un autre univers. Lorsque j’ouvre la machine, je me rends compte que je n’ai rien à faire si ce n’est les tâches de ma todo-list. Une seule touche passe n’importe quelle application en mode plein écran et je peux me consacrer entièrement à une seule et unique idée. Même le clavier, qui fait enfin disparaître les absconses touches de fonction, et le touchpad, bourré de raccourcis pratiques, semblent n’avoir été conçus que dans un seul objectif : me faciliter la vie.

Une machine qui m’aide à être productif, qui se met en dehors de mon chemin, que je n’ai pas peur de casser ou perdre. C’est le prix auquel j’ai vendu mon âme. Ajoutez-y un réel support transparent du mode hors-ligne et je vous la vendrai une seconde fois avec un emballage cadeau.

 

Photo par Morid1n.

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Source: http://ploum.net/jai-vendu-mon-ame-pour-un-chromebook/


Vos observables tuent-elles votre valeur ?

Thursday 20 March 2014 at 13:24

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Dans le lointain pays d’Observabilie, il n’existe plus que deux types de voitures. Les rouges, chères, aux formes aérodynamiques, et les vertes, bon marché, plus fréquentes.

En Observabilie, la sécurité routière est un véritable problème. En effet, une loi interdit l’utilisation de tout type de radar. Les chauffards n’ont que faire des limitations de vitesse.

Cependant, un statisticien renommé a démontré que près de 95% des excès de vitesse étaient commis par une voiture rouge. Les explications possibles sont multiples : les conducteurs agressifs préféreraient le rouge. Les voitures rouges sont plus rapides. Elles sont également plus chères et leur conducteur veut rentabiliser son achat avec des sensations fortes. Au fond, peu importe. La corrélation semble claire !

L’administration Observabilienne met donc immédiatement en place des détecteurs de chauffards qui se basent sur la couleur du véhicule. Si un véhicule rouge passe devant le détecteur, une photo est prise et une amende envoyée au propriétaire.

Bien sûr, certains propriétaires de véhicules rouges seront injustement punis. Et certains chauffards en véhicules verts pourront impunément rouler dangereusement. Mais l’étude statistique montre que ce sont des cas marginaux. Faut-il vraiment s’en préoccuper ?

La corrélation imparfaite entraîne une décorrélation totale

Comme je le disais dans mon article « Méfiez-vous des observables », une forte corrélation (ici 95%) ne permet de tirer aucune conclusion valable. Seule une corrélation absolument parfaite est pertinente lorsqu’on cherche à mesurer une valeur.

Mais il y a pire. En Observabilie, après l’entrée en vigueur de cette mesure, un phénomène étonnant a été observé. Les conducteurs des petites voitures vertes se sont soudain senti le droit de ne pas respecter les limitations de vitesse. Après tout, celles-ci ne concernaient que les voitures rouges. Les vendeurs de voiture de sport ont eux observé une demande pour des voitures rapides et vertes. Les conducteurs n’aimaient pas le vert mais peu importe. Certains frimeurs ont décidé de garder des voitures rouges et de poster fièrement sur Internet leurs contraventions comme preuve de leur manière virile de conduire. Certains jeunes n’ayant pas l’argent pour une voiture de sport ont été vus peignant leur petite voiture verte en rouge juste pour pouvoir également poster des contraventions sur le net et donner une impression de richesse et de vie trépidante.

Que nous dit cette histoire ? Et bien que si une corrélation entre une valeur et une observable n’est pas parfaite, le fait de mesurer l’observable va modifier le système et accroître cette imperfection. Naturellement, le système va tendre vers une maximisation de l’observable en oubliant complètement l’objectif premier, à savoir la maximisation de la valeur.

L’exemple du travail

Dans notre société, l’un des exemples les plus frappants est le modèle du travail. On considère que le travail est une production de valeur et qu’un employé doit être rémunéré en fonction de la valeur qu’il produit. Or, la mesure de cette valeur est très complexe, différente pour chacun et souvent subjective. Il a donc été décidé assez universellement de payer les travailleurs à l’heure, en se basant sur l’affirmation que plus on passe du temps à travailler, plus on produit de la valeur.

Si cette affirmation est vraie dans une usine Fordienne où l’employé n’a aucun contrôle et accomplit mécaniquement des tâches rythmées par une machine, il n’en est évidemment rien dans la plupart de nos emplois actuels.

Par définition, toute entreprise où les employés sont payés à l’heure va donc tendre vers une inefficacité maximale. Chaque employé va avoir une tendance, consciente ou non, à faire durer chaque tâche le plus longtemps possible voir à créer des tâches, à mettre en place des réunions interminables afin de justifier des heures supplémentaires. Le tout en étant parfaitement convaincu de travailler vu que le travail est défini par le fait de passer des heures au bureau.

De même, le système rend implicite qu’un employé mieux payé apporte plus de valeur. Or le salaire ne dépend généralement que des capacités de négociation de l’employé lors de son embauche. Inconsciemment, les managers vont avoir tendance à récompenser les employés qui coûtent plus chers et qui font beaucoup d’heures. La réelle valeur ajoutée est complètement ignorée.

Mon expérience au FOREM relève du même principe : inconsciemment, chaque employé du FOREM, même le plus compétent, sait qu’il ne doit son travail qu’au fait qu’il existe des chômeurs. Tout le système va donc tendre vers une maximisation inconsciente du nombre de chômeurs pour éviter le spectre, irrationnel mais néanmoins effrayant, du plein emploi.

La production de contenu sur le web

Le web est un autre domaine où la décorrélation devient dramatique. Pour beaucoup de créateurs de contenu, seule la publicité s’est avérée un business model relativement rentable. Or, la publicité rémunère à la vue ou au clic.

Il s’ensuit que les producteurs de contenu ne cherchent plus des lecteurs mais bien des cliqueurs. Inconsciemment, tout leur contenu va tendre vers un seul et unique objectif : attirer un maximum de clic et leur faire quitter immédiatement la page via la publicité. Ce qui fonctionne : un titre accrocheur qui donne envie de cliquer suivi d’un contenu très court. Avoir un contenu de qualité devient même un inconvénient : on risque que le lecteur oublie de cliquer sur la publicité ou soit trop bas dans la page pour la voir. Le simple fait que les publicitaires aient arbitrairement choisi une observable « nombre de clics » a suffit pour faire du web une gigantesque machine à générer du contenu de piètre qualité.

Cependant, même le taux de clic n’est pas une observable idéale. Mais on peut estimer qu’il existe une corrélation, même imparfaite, entre le taux de clic et les pages vues. Et entre les pages vues et le page rank sur Google ou le nombre de fans sur votre page Facebook. Il s’ensuit toute une industrie fournissant des moyens d’améliorer des observables qui s’avèrent peu ou prou corrélées avec des observables qui sont elles-mêmes peu ou prou corrélées avec votre objectif de base.

Facebook exploite cette décorrélation à merveille en offrant directement les observables et un bouton pour les augmenter en payant. Lorsque vous administrez une page Facebook, le nombre de vue en dessous de chaque post est affiché. Un simple paiement Paypal et ce chiffre augmente immédiatement. Est-ce utile pour votre business ? Peut-être. Peut-être pas. Mais au fond, ce que vend Facebook, c’est le simple plaisir de voir un chiffre augmenter. Ce n’est jamais qu’un Candy Crush un peu élaboré, l’utilité importe peu.

Que faire ?

Au cours de ma carrière, j’ai vu un nombre impressionnant d’entrepreneurs se perdre dans des observables complètement décorrélées de leur business. Les Google Analytics, les statistiques Facebook et les rapports SEO ont un effet quasi-hypnotique. Ils apportent une satisfaction rapide, comme une friandise. Il est extrêment difficile d’en décrocher.

Gardez à l’esprit qu’un client satisfait qui vous paie avec plaisir vaut mieux que 100.000 fans sur Facebook ou un million de clics sur votre page. Concentrez-vous sur votre objectif, votre spécialité. Produisez de la qualité, partagez de la valeur ! Construisez vos propres observables : combien de mails de remerciement ou de félicitations ai-je reçu ce mois-ci ? À combien de personnes ai-je apporté de la valeur ? Combien d’actions ai-je réalisées qui rendent le monde un tout petit peu meilleur ? Ai-je agi conformément à mes valeurs ?

Vos valeurs personnelles sont centrales. Quand vous les aurez identifiées, vous pourrez tenter de trouver des observables parfaitement corrélées. Ou bien vous passer complètement d’observable, ce qui est préférable que d’en utiliser des mauvaises. Lorsque vous doutez, souvenez-vous qu’en Observabilie, un détecteur de couleur paraissait une excellente idée pour punir les excès de vitesse.

Quels que soient vos objectifs ou votre business, je suis à peu près sûr qu’un chiffre dans Google Analytics, dans Facebook ou sur une pointeuse n’est pas représentatif de votre valeur. En tout cas, pas plus que la couleur de votre voiture.

 

Photo par Motorito.

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Printeurs, livre 1 : La fin de l’innocence

Saturday 15 March 2014 at 13:18

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Dans un monde où les publicités s’affichent directement dans vos lentilles de contact et où les voitures automatiques vous conduisent immédiatement à votre destination, Nellio et Eva vont tenter de mettre au point une imprimante 3D d’un tout nouveau type. Une invention qui risque fort de remettre en question le fragile équilibre entre une classe sociale inactive qui rêve de travail et le monde lointain des stars de cinéma et de la finance. Mais, entre un ciel constellé de drones et des rues tapissées de caméras, Nellio et Eva ne s’attaquent-ils pas à plus fort qu’eux ? Et l’équilibre social est-il bien la seule chose que leur imprimante remet en cause ?

Voici, en deux mots, résumé l’histoire de Printeurs dont vous avez pu lire les 19 premiers épisodes sur ce blog. 19 épisodes qui forment une première partie, « La fin de l’innocence », que je vous invite à (re)découvrir sous forme de livre électronique.

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Sans votre présence, vos partages et vos relectures attentives, Printeurs n’existerait pas. Je n’ai qu’un seul mot : merci ! Merci pour vos messages d’encouragements, vos signalement de fautes, votre impatience à lire la suite. Un merci tout spécial à François Martin, qui a honoré Printeurs de son encyclopédique connaissance orthographique, et à Roudou, qui a réalisé la couverture de cette première partie en moins de 48h !

Comme tous mes écrits, Printeurs est payant. Mais le prix est libre. Si vous appréciez Printeurs, n’hésitez pas à soutenir librement son écriture. Grâce à la suggestion d’un lecteur, vous pouvez également vous abonner à Printeurs sur Flattr. Il suffit de cliquer deux fois pour m’envoyer, chaque mois, un Flatt.

Quant à la seconde partie ? Et bien je vous invite à la découvrir dès la semaine prochaine sur ce blog.

Bonne lecture !

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Un véritable conflit de société est sur le point d’éclater entre, d’une part, la génération numérique et sa soif de progrès et, d’autre part, les tenants du pouvoir actuel qui, loin de rattraper leur retard, s’enfoncent chaque jour un peu plus dans le déni et le conservatisme aveugle. Si Internet et son économie de l’abondance menace l’industrie de la culture, si le Bitcoin peut se révéler le premier clou dans le cercueil du système bancaire, il semblerait que le premier réel coup de feu de cette guerre d’un nouveau genre aie été tiré sur un tout autre front : celui de la voiture.

La voiture, un symbole destructeur

Oui, la voiture est réellement utile. Contrairement aux nombreux systèmes de transports en commun, la voiture permet une granularité temporelle et spatiale particulièrement fine. Je pars à la seconde souhaitée, j’arrive à l’endroit désiré.

Si la voiture n’était qu’un outil fonctionnel, nous roulerions joyeusement dans des automobiles anciennes et bon marché. Mais le marketing en a décidé autrement. Durant des siècles, le déplacement était un luxe réservé à une classe de nobles dont le nom même était issu de leur moyen de locomotion : les chevaliers. Le cheval était un symbole de richesse, de pouvoir. Jouant sur cette filiation, les vendeurs de voiture ont très tôt donné à leur produit un caractère extraordinaire, le rendant complètement indispensable. Quel chef d’entreprise, quel ministre, quel homme riche oserait rouler dans une petite voiture cabossée ? Dans un absurde retournement de situation comme seul peut en créer un bon marketing, la classe moyenne s’est endettée afin de pouvoir rouler dans « une voiture de riche ».

Depuis tout enfant, nous admirons les voitures, nous connaissons les marques, les modèles, nous allons même à des salons ou des expositions pour voir ce qui n’est, finalement, qu’un parallélépipède de métal qui va nous coincer dans les bouchons 2h par jour. Pire, la voiture est extrêmement nocive pour l’environnement et pour la santé. Mais oser critiquer le dieu Voiture relève du blasphème. Toute tentative de toucher à la voiture vaudra immédiatement un lynchage collectif, raison pour laquelle aucun politicien n’ose aborder le problème autrement que par des mesurettes et des périphrases. Le marketing a vaincu la politique, la voiture est le symbole suprême de l’ancien monde.

Une obsolescence prévisible

Pourtant, la voiture est condamnée à disparaître dans sa forme actuelle. À partir du moment où les voitures seront autonomes, et nous n’en sommes pas loin, il ne faut pas être grand clerc pour deviner que posséder son propre véhicule deviendra inutile. Comme je le décrivais, il suffira de cliquer sur son smartphone et une voiture se tiendra devant chez vous en quelques minutes, vous amenant à destination sans que vous ayez à chercher une place de parking.

Actuellement, la majorité du parc automobile est immobilisé la majeure partie du temps. Votre voiture ne roule que lorsque vous vous déplacez, ce qui représente moins de 10% du temps. Les voitures autonomes permettraient d’optimiser cela en gardant les véhicules en activité la plupart du temps. Moins de production de véhicules, moins de déchets. Un grand plus pour l’environnement.

Sans le savoir, les services comme Uber et Djump nous préparent à ce bouleversement. Certes, les voitures sont encore conduites par des chauffeurs humains, ce qui rend le service relativement onéreux et accessible uniquement dans les grandes villes. Néanmoins, le principe est là : un clic sur son smartphone, embarquement dans la voiture, débarquement à destination sans se préoccuper de quoi que ce soit, le paiement se faisant via l’app.

J’aime particulièrement Djump qui pousse le vice jusqu’à laisser les voyageurs fixer eux-mêmes leur prix. Le prix libre appliqué à un service !

Une coalition des entreprises et de l’état

Le coût total d’une voiture, lorsqu’on prend en compte l’achat, les assurances, l’entretien, les changements de pneus, l’essence ou les petites réparations est astronomique. Il est probable que votre voiture vous coûte entre 10% et 20% de votre budget mensuel. Une évolution vers des voitures partagées autonomes est donc entièrement bénéfique aux citoyens qui verront le coût global de déplacement diminuer. C’est également un réel confort de vie. Les heures actuellement perdues en déplacement pourront être passées à travailler, à lire, à communiquer, à se distraire. Le gain écologique sera également phénoménal : les voitures électriques pourront se généraliser car elles seront assez intelligentes pour se recharger dans les heures creuses. Sans compter la diminution drastique du nombre d’accidents.

Malheureusement, toutes ces innovations bénéfiques, toutes ces améliorations de nos vies individuelles et de notre société sont une menace envers le symbole de la voiture individuelle. Les entreprises zombies et les états se sont donc lancés dans une guerre ouverte envers tout ce qui pourrait remettre en cause le monopole de la voiture.

Aux États-Unis, trois états interdisent les voitures électriques Tesla, qui confortent pourtant le symbole de la voiture individuelle mais le font subtilement évoluer. Le prétexte de cette interdiction ? Les voitures sont vendues directement par le constructeur et non pas par un vendeur intermédiaire.

À Paris, les voitures Uber devront attendre 15 minutes avant d’embarquer un client pour préserver le monopole des taxis. À Bruxelles, les véhicules d’Uber ont tout simplement été saisis et l’association des taxis bruxellois a porté plainte contre Djump.

djump

À l’approche des élections, chaque parti aura à cœur de rajouter dans son programme quelques lignes pour la préservation de l’environnement, le désengorgement des grandes villes et l’encouragement au covoiturage. Mais, dans les fait, dès qu’une solution réelle se dégage, elle est immédiatement étouffée dans l’œuf.

Ce qui est extraordinaire dans tous ces événements, c’est que ni les entreprises de l’ancien monde ni l’état ne cherchent à camoufler leurs actions en inventant un quelconque intérêt pour le client. Il s’agit, de la manière la plus ouverte possible, d’artificiellement préserver des business models obsolètes en allant à l’encontre de l’intérêt des citoyens ou de la société. Il n’y a aucun argument, aucune discussion. Il s’agit d’une véritable guerre contre l’innovation.

Paul Graham, fondateur de l’incubateur de startups Y combinator, n’hésite pas à parler de corruption. Et comment appeler autrement cette situation où l’état se met de la manière la plus directe possible au service d’intérêts privés ?

paulgraham

Nous sommes dans la situation absurde où les gens que nous avons nous-même élus se battent contre nos propres intérêts, contre notre propre avenir, contre les jeunes entrepreneurs qui ont investi leur temps, leur argent et leur énergie pour créer un service utile et en tout point de vue bénéfique.

À votre avis, combien de temps un tel système peut-il encore tenir et faire des dégats ?

 

Photo par Wizardhat.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Source: http://ploum.net/la-voiture-premier-front-de-la-guerre-a-linnovation/


BELGIUM POLITICS CHAMBER PLENARY SESSION

Le député belge Laurent Louis est tellement particulier que, lorsque j’ai publié un billet humoristique prétendant qu’il n’existait pas, certains m’ont pris au premier degré. Pourtant, Laurent Louis existe bel et bien et est député fédéral, élu, représentant du peuple. « C’est que les gens votent pour lui ! », entends-je souvent. Et bien non. Car Laurent Louis a cette particularité d’être un véritable accident de la démocratie. Personne, ou presque, n’a jamais voté pour lui. Comment est-ce possible ? Comment est-il arrivé là ? Laurent Louis est le fruit d’une série de hasards que je vous invite à découvrir dans cet article pour une fois sérieux et véridique.

Rudy Aernoudt, brillant politique

L’histoire commence avec Rudy Aernoudt, brillant intellectuel libéral flamand. À travers plusieurs livres, Rudy Aernoudt est l’une des très rares personnalités flamandes à promouvoir l’union de la Belgique, chiffres à l’appui. Il est également l’un des très rares belges à faire carrière des deux côtés de la frontière linguistique en étant tour à tour chef de cabinet de Serge Kubla, ministre MR (droite libérale francophone) puis de Fintje Moerman, ministre OpenVLD (droite libérale néerlandophone).

Qu’on soit d’accord ou pas avec ses idées, Rudy Aernoudt apparaît comme un homme intelligent, proposant des idées originales et soutenant sa réflexion avec des analyses techniques poussées. Loin d’être un tribun, il reste un excellent orateur à l’humour détonnant.

L’homme et ses idées commencent à prendre de plus en plus de place au MR, ce qui fait grincer quelques dents. La raison ? Le MR s’est créé comme la coalition de trois partis : le PRL (libéraux francophones), le MCC (mouvement né d’une dissidence du parti social-chrétien) et le FDF (parti prônant la défense des droits des francophones). Or, il est évident que les idées d’union nationale de Rudy Aernoudt ne plaisent pas au FDF dont le fond de commerce se base sur une certaine animosité envers les flamands. Pire : Rudy Aernoudt est lui-même flamand et il tente de mettre en place un parti à l’intérieur du MR, LiDé, qui serait au même niveau que le PRL, le MCC ou le FDF. Inacceptable !

Le MR doit donc faire un choix : se séparer d’un électron libre brillant ou se couper d’une base d’électeurs importantes, le FDF étant un gros faiseur de voix à Bruxelles. À la tête du parti, le calcul électoral est vite fait et, en 2009, Rudy Aernoudt quitte le MR. Cette décision se révélera, à long terme, un mauvais choix, le FDF quittant malgré tout le MR en 2011. L’un des effets indirects de ce choix sera, en 2010, l’élection de Laurent Louis. Que se serait-il passé si le MR avait choisi de garder Aernoudt et de consommer sa scission avec le FDF dès 2009 ? Intéressant sujet d’uchronie.

Rudy Aernoudt, piètre politicien

Rudy Aernoudt s’est révélé brillant analyste, orateur séduisant. Une frange d’intellectuels et de personnalités influentes le soutient et l’encourage. Il décide donc de faire de LiDé un parti autonome. LiDé, contraction de Libéral et Démocrate, est, selon certains militants, un parti écologiste de droite, le pendant libéral d’Écolo.

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Rudy Aernoudt au lancement de LiDé.

Hélas, si Rudy Aernoudt fait fureur dans les salons acquis à sa cause, il se révèle un piètre meneur, incapable de compter avec les ambitions individuelles et la gestion journalière d’un parti. En mars 2009, les quelques membres du parti excluent Rudy Aernoudt de LiDé, son propre parti, arguant qu’il décidait tout tout seul. Sans meneur, sans membres, LiDé ne se présentera jamais à aucune élection. Dans sa carrière, Rudy Aernoudt sera évincé de trois partis dont deux qu’il a lui-même créés. Ce record n’est pour le moment pas égalé mais Laurent Louis y travaille fermement.

Modrikamen, une rencontre de vacances

Parti en vacances pour se reposer de ces émotions, Rudy Aernoudt croise, complètement par hasard, une autre personnalité belge du moment, l’avocat Mischaël Modrikamen. Modrikamen s’est fait connaître en prenant la défense des petits actionnaires de la banque Fortis contre l’état belge lors du Fortisgate, scandale qui mènera à la démission du gouvernement.

Les deux hommes sympathisent et décident de créer un parti politique de droite, le Parti Populaire. Modrikamen apportera son réseau et des fonds, Aernoudt apportera un programme économique et une caution politique. Dans les co-fondateurs du parti, on trouve également Nathalie Noiret, collaboratrice de longue date de Rudy Aernoudt et Chemsi Chéref-Khan, intellectuel laïque de culture musulmane.

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Nathalie Noiret, Mischaël Modrikamen, Chemsi Chéref-Khan et Rudy Aernoudt sur la toute première photo officielle diffusée sur le site du parti.

 Cependant, le style des deux hommes est fort différent. Aernoudt est progressiste, humaniste. Il analyse et ne tire jamais de conclusions hâtives. Modrikamen, au contraire, est réactionnaire, populiste et cherche à se rapprocher ouvertement de Marine Le Pen. L’alliance entre les deux hommes parait donc contre-nature, à tel point que même les plus farouches partisans du Parti Populaire se définissent, en public, comme « tendance Aernoudt » ou « tendance Modri ».

Les premières élections du Parti Populaire

Le souhait le plus cher d’Aernoudt est l’établissement d’une circonscription fédérale unique, permettant à tous les belges de voter pour n’importe quel autre belge, sans distinction de langue. En toute logique, il se place en tête de liste au sénat, ce qui lui permet d’être candidat dans la Wallonie toute entière et non pas dans une seule circonscription. Le choix est essentiellement idéologique.

Modrikamen, lui, se place en tête de liste au parlement fédéral dans la circonscription de Bruxelles. Contrairement à Aernoudt, il s’agit d’un choix pragmatique. Cela lui permet de concentrer sa campagne sur Bruxelles et, éventuellement, de bénéficier des voix du Brabant-Wallon grâce au mécanisme très complexe de l’apparentement. D’ailleurs, contrairement à Aernoudt qui se fait étonnamment discret, Modrikamen mène sans relâche une campagne de terrain dans la rue et sur les marchés.

En Brabant-Wallon, la tête de liste au parlement fédéral devrait logiquement être Nathalie Noiret, co-fondatrice du Parti Populaire. Bien qu’inconnue du grand public, la jeune femme est intelligente et une collaboratrice de longue date de Rudy Aernoudt. Sa participation à la création du parti en fait la candidate de choix. Cependant, elle ne cherche pas spécialement à être sur les listes et ne semble pas avoir une ambition politique particulière. Un militant particulièrement actif, Olivier Baum, se dit prêt à être tête de liste en Brabant-Wallon.

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Nathalie Noiret, Mischaël Modrikamen et Rudy Aernoudt au lancement du Parti Populaire.

Modrikamen sait que l’apparentement peut, au lieu de le favoriser à Bruxelles en prenant les voix du Brabant-Wallon, avoir l’effet exactement inverse en donnant ses propres voix à la liste du BW. Si la situation semble peu probable, le risque est réel que Nathalie Noiret devienne la seule et unique élue du Parti Populaire. La loyauté de Noiret envers Aernoudt est inébranlable. En cas de désaccord entre Modrikamen et Aernoudt, cette situation donnerait un avantage de poids à Aernoudt. Quand à Olivier Baum, il semble également être de la ligne « Aernoudt ».

Le jour du dépôt officiel des listes arrive. Aernoudt, affichant son habituelle insouciance, est en voyage à l’étranger. Modrikamen prend la liberté de concevoir seul la liste du Brabant-Wallon et de la déposer officiellement sans en avertir quiconque. En tête de liste il place un militant de Nivelles qu’il pense lui être fidèle, Laurent Louis. Laurent Louis a d’ailleurs montré sa motivation en participant à la plupart des meetings du Parti Populaire.

Laurent Louis, une piètre réputation

Piètre psychologue, Modrikamen se fie uniquement à l’apparente motivation du jeune homme. Pourtant, Laurent Louis est un ancien membre actif des jeunes MR, où il a laissé l’image d’une personne peu intelligente, prompte à dégainer des réflexions de bas étage à la limite du populisme voire du racisme. Lorsqu’il a décidé de quitter le MR, personne ne l’a regretté et il fut vite oublié. Son image ne s’est guère améliorée après quelques mois au Parti Populaire. En aparté, certains co-militants le traitent volontiers d’abruti. Sourd aux critiques, Modrikamen voit en Laurent Louis un des meilleurs espoirs politiques du PP, tirant expérience et réseau de relations de ses années au MR.

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 Aernoudt au sénat, Louis à la chambre. Photo issue de Tractothéque.

Découvrant avec colère sa place sur les listes après leur dépôt officiel, Nathalie Noiret cherche à retirer sa candidature, ne souhaitant pas figurer derrière un personnage comme Laurent Louis. Malheureusement, ce n’est pas possible sans invalider toute la liste. Elle se contentera de mener une non-campagne, demandant à ses contacts de ne pas voter pour elle afin que ses voix n’aillent pas à Laurent Louis.

La surprise de 2010

Grâce à la campagne intensive de Modrikamen, qui passe son temps à se plaindre de n’avoir aucune visibilité médiatique, le Parti Populaire acquiert… une très belle visibilité. En fait, le Parti Populaire se taille une visibilité comme n’en a encore jamais eue un nouveau parti se présentant pour la première fois.

À Bruxelles, Modrikamen doit pourtant se contenter d’un décevant 2.37%. En Brabant-Wallon, contre toute attente, le Parti Populaire signe un réjouissant 5.04%. Mais les votes sont essentiellement des votes pour la liste. Malgré sa place de tête de liste, Laurent Louis n’attire que 1345 voix, ce qui est très peu pour une tête de liste. À titre de comparaison, Nathalie Noiret, seconde sur la liste, obtiendra 1064 voix malgré son anti-campagne (sans compter les 519 autres voix qui viennent soutenir sa place de première suppléante).

Cependant, le dernier siège du Brabant-Wallon doit revenir logiquement à Sylvie Roberti, tête de liste CDH (chrétien humaniste) et ses 7875 voix. Le CDH a fait 12.89% des voix en Brabant-Wallon.

Hélas, c’est sans compter avec le mécanisme complexe de l’apparentement. Le CDH ayant obtenu deux sièges à Bruxelles et zéro pour le Parti Populaire, les voix du PP à Bruxelles sont transférées vers le Brabant-Wallon, donnant, à la surprise générale, le siège au Parti Populaire.

laul2Laurent Louis, le lendemain de son élection.

Sylvie Roberti et Nathalie Noiret voient avec colère Laurent Louis pavoiser sur la grand place de Nivelles devant les caméras. Selon beaucoup d’observateurs, les deux jeunes femmes, brillantes, actives, intelligentes avaient chacune l’étoffe d’un excellent parlementaire. Laurent Louis, lui, n’a toujours pas compris par quel hasard il a été élu.

L’après 2010

La suite de l’histoire est relativement bien connue. Laurent Louis se révèle très vite incontrôlable. Rudy Aernoudt le désavoue suite à des propos racistes sur les roms. Modrikamen saisit l’opportunité pour se débarrasser d’Aernoudt en soutenant son député. Il espère encore garder de l’emprise sur Laurent Louis et en faire un homme de paille. S’il avait été intelligent, Laurent Louis aurait très vite compris qu’il avait tout intérêt à s’allier avec Modrikamen, de profiter de cette aubaine pour lancer une longue carrière comme figure de proue du Parti Populaire.

Hélas, l’intelligence, c’est justement ce qui manque à Laurent Louis. Grisé par son élection, qu’il pense ne devoir qu’à lui-même et à ses qualités de politicien, il est finalement exclu du Parti Populaire et devient député indépendant.

Il crée son propre parti, le MLD, qui se présente aux élections communales en 2012. Le MLD tente notamment de conquérir l’électorat congolais. Tête de liste à Nivelles, Laurent Louis obtient… 133 votes, le MLD faisant 1.85% des voix. Par comparaison, votre serviteur, dans une commune de taille similaire, à obtenu 162 votes sur la liste Pirate qui a fait 5.16% des voix.

Laurent Louis est très déçu. Il dissout le MLD. L’électorat congolais n’étant visiblement pas rentable, il cherche ailleurs et rejoint le parti Islam. Il en sera vite exclus et, s’inspirant de Dieudonné, crée le parti Debout les Belges qu’il espère présenter aux élections en 2014.

Deux erreurs de jugement et un flagrant manque d’intelligence

Les frasques de Laurent Louis pousseront certains parlementaires à demander une expertise psychiatrique afin de savoir si, à tout hasard, l’individu ne serait pas fou. Ma théorie personnelle est toute autre : Laurent Louis n’est pas fou, il est tout simplement très peu intelligent. Étant peu intelligent, il n’agit pas rationnellement. Toute personne tentant de pointer les failles dans son raisonnement se verra traiter de complicité avec le grand complot organisé par les quatre grands partis à la solde des pédophiles. Toute discussion est impossible.

Le MR a fait une erreur de jugement en excluant Aernoudt, ce qui a conduit à la création du Parti Populaire. Modrikamen a également fait une erreur en pensant pouvoir contrôler Laurent Louis, situation qui aurait été bénéfique aux deux hommes. Mais Laurent Louis n’a pas eu l’intelligence de l’accepter.

Les deux fois où Laurent Louis s’est présenté devant les électeurs, il a obtenu 1345 voix (sur 270.000 votants) et 133 voix (sur 20.000 votants). Laurent Louis n’est donc pas populaire, il ne représente pas les électeurs. Certains voient en lui un homme qui dit tout haut ce que personne n’ose dire. C’est normal, les gens intelligents n’osent pas sortir de telles conneries.

Si le discours anti-système et le soutien de Dieudonné, qui est étranger à la situation belge, donnent un semblant de légitimité à Laurent Louis, il faut remarquer que personne, ou presque, n’a voté pour lui et qu’en 4 ans au poste de parlementaire, il n’a jamais fait la moindre action constructive, la moindre remarque sensée. Il n’a jamais émis la moindre proposition visant à améliorer la vie de ses concitoyens.

Pourtant, après quatre années au service de nos zygomatiques, Laurent Louis crée un sentiment diffus. Non, on ne peut décidément pas voter pour ce guignol. Oui, c’est un peu la honte de voir les autres pays en parler comme d’un parlementaire belge typique. Oui, on a parfois pitié des parlementaires qui se voient infliger les discours incohérents de l’individu.

Mais, au fond, est-ce qu’il ne va pas nous manquer ?

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Source: http://ploum.net/laurent-louis-le-depute-pour-qui-personne-na-vote/