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Comment vous vous êtes peut-être fait voler votre vote électronique

Saturday 7 June 2014 at 13:52

vote

Un ordinateur est une machine conçue pour interpréter des instructions, appelées « logiciel » ou « software ». Pour truquer un vote par ordinateur, il y a donc plusieurs manières de faire : modifier le logiciel de vote, modifier l’ordinateur de vote pour qu’il interprète le logiciel de manière différente, modifier le logiciel de comptage ou modifier l’ordinateur qui effectue les comptages. Une seule de ces quatre possibilités suffit à vous assurer le contrôle total des élections. Si vous ne pouvez pas garantir que ces quatre manières sont toutes exclues, il faut vous rendre à l’évidence : vous vous êtes peut-être fait voler votre vote.

Votre vote est-il correct ?

Lorsque vous retirez la carte magnétique de l’ordinateur, que savez-vous du vote qu’elle contient ? Rien ! Il suffirait donc de modifier le logiciel pour que, par exemple, 1 vote sur 10 pour le parti A soit transformé en vote pour B. Simple et efficace.

Il est également possible de modifier directement le lecteur de carte ! Le logiciel serait parfaitement correct mais le lecteur de carte serait physiquement modifié pour que, le jour de l’élection et uniquement ce jour là il invalide les cartes contenant un vote pour A. Ce serait donc impossible à détecter durant les tests.

Remarquons qu’il suffit de la complicité d’une seule personne bien placée chez le fournisseur d’ordinateurs de vote pour mettre en place ce trucage.

Le vote papier, lui, vous donne la garantie que ce que vous déposez dans l’urne est exact.

Votre vote est-il correctement comptabilisé ?

Aucun être humain ne peut comptabiliser les cartes magnétiques. Il faut donc passer par un ordinateur comprenant, lui aussi, une partie matérielle (hardware) et logicielle (software). En admettant que votre carte magnétique reflète votre vote, il n’y a aucun moyen de vérifier que ce vote est bien comptabilisé.

Ici encore, le lecteur de carte pourrait être subtilement truqué pour corrompre les votes pour un parti. Ou le logiciel pourrait faire de subtiles erreurs d’addition ou d’arrondi. Plus simple encore : il est à présent acquis que des « experts » sont partis avec des disquettes illisibles et ont affirmé, sans que personne ne puisse rien confirmer, que les disquettes contenaient des votes pour tel et tel parti.

Une fois de plus, la complicité d’une seule personne bien placée est nécessaire sans que les autres ingénieurs travaillant sur le projet soient au courant. Et nous savons tous que chaque personne a son prix. À titre personnel, j’estime qu’avec une somme entre 100.000€ et 1.000.000€, un individu bien informé peut contrôler complètement toutes les élections électroniques de Wallonie. Peut-être est-il même possible de faire ça à moindre coût. À titre de comparaison, les partis ont dépensé 27 millions d’euros pour la campagne des communales de 2012.

Ce n’est pas une possibilité, c’est la réalité

Ces modifications du vote vous semblent improbables ? Inacceptables ? Pourtant, elles ont déjà eu lieu ! Souvent involontaires et sans malices (bugs) mais néanmoins réelles. En Belgique en 2003, un député a reçu 4096 voix accordées, selon l’enquête, grâce à un rayon cosmique qui aurait perturbé l’ordinateur !

Lors de l’élection présidentielle américaine de 2004, on observa une différence importante entre les sondages de sortie des urnes, qui favorisaient John Kerry, et le résultat final, qui vit George Bush vainqueur. Cette différence était spécialement marquante dans les bureaux de vote qui utilisaient des machines de la société Diebold. Grand ami de George Bush et sponsor officiel de sa campagne, le président de Diebold avait publiquement déclaré qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour élire George Bush.

Des personnes souhaitant voter pour John Kerry rapportèrent avoir reçu un message de confirmation leur disant que leur vote pour Georges Bush avait bien été enregistré. Dans certaines parties du pays, plus de votes furent enregistrés que d’électeurs. S’il n’existe aucune preuve formelle, beaucoup pensent aujourd’hui que George Bush n’aurait pas été élu si le vote avait été uniquement papier.

Faire garantir le système

On rétorque souvent qu’il « suffit » de faire vérifier le système de vote par des experts. Pourtant, cela soulève plus de questions que de réponses : Qui désigne ces experts ? Comment garantir l’indépendance de ces experts ? Et, surtout, que peuvent réellement faire ces experts ?

En Belgique, la société PriceWaterhouseCooper a été désignée comme « expert » pour vérifier la conformité du système de vote. Pourquoi eux ? PwC n’est pourtant pas réputé pour son expertise en cryptographie, élément essentiel du vote électronique. Alors, peut-on leur faire confiance ? Pour avoir été invité il y a quelques années à une de leur soirée de recrutement et avoir discuté en tête à tête avec certains employés, je peux garantir que je ne partage pas leur notion d’éthique. D’ailleurs, certains employés ne voyaient parfois pas ce que je voulais dire par « éthique ».

Mais admettons que PwC soit entièrement honnête et compétent. Tout ingénieur en informatique sait qu’il est strictement impossible de garantir qu’un logiciel ne contient pas d’erreur. Cela est démontré. Par définition un logiciel contiendra toujours des erreurs qu’on corrigera au fur et à mesure. Pour un logiciel de vote, est-il acceptable de trouver des erreurs tous les quatre ans et les corriger au fur et à mesure ?

Pire : PwC n’a absolument aucune garantie que le logiciel audité est celui qui tournera sur les ordinateurs le jour du vote. Ni que les ordinateurs eux-mêmes interpréteront le logiciel de la même manière que ceux de test. Ni que les ordinateurs ne comportent pas une clause pour altérer leur comportement le jour du scrutin. PwC est donc pieds et poings liés mais, comme nous allons le voir, en est parfaitement conscient.

Le rapport du groupe d’experts

Le travail de PwC se résume donc à l’envoi d’un rapport à l’intention du ministère de l’intérieur. Analysons ensemble le rapport de 2010. PwC y précise tout d’abord qu’ils vont vérifier plusieurs points.

capture

- Traçabilité d’un vote émis, du nombre de vote.

Surprise, « la répartition des sièges et des candidats élus » est barrée. En gros, le système se bornera à vérifier que le nombre de votes est corrects, c’est tout !

- système intègre, fonctionnel, fiable, utilisable, efficace et facile à maintenir.

Cette ligne ne veut rien dire car il n’y a aucune définition. Toute interprétation est possible.

- un système dont les résultats sont reproductibles
- respect de la législation

Ce dernier point est assez intéressant car il est ensuite détaillé et fait référence à la loi du 18 avril 1994 qui fixe les modalités du vote électronique.

Qu’à cela ne tienne, PwC insère ensuite un paragraphe complètement alambiqué et obscur qui, en substance, semble déclarer que PwC ne garantit pas que son audit entraîne un respect de la loi. En substance, c’est comme si on avait rayé « respect de la législation » de la liste.

À ce stade, il s’avère que PwC garantit un système où le nombre de vote, et uniquement ce nombre, serait correct et dont les résultats seraient reproductibles, rien d’autre !

Attendez, même ça, PwC ne le garantit qu’avec une « assurance raisonnable mais pas absolue ». Et insiste sur le fait que la responsabilité revient de toutes façons à Stésud, le développeur du système. Cette notion d’assurance raisonnable mais pas absolue est évoquée dans un arrêté royal du 26 mai 2002 qui, en substance, déclare qu’on ne peut jamais avoir l’assurance de rien. Bref, on se demande vraiment à quoi sert l’audit de PwC ici.

Pour l’anecdote, Stésud a été racheté en 2013 par le groupe NRB. Le conseil d’administration de NRB est dirigé par Bernard Thiry, considéré comme mandataire socialiste sur Cumuleo. Le groupe Tecteo, dirigé par le socialiste Stéphane Moreau, est propriétaire à 13% de NRB. Rigolo, non ?

Conclusion

Le bug des 2000 votes non-comptabilisés devrait être une illustration claire qu’il n’est pas possible de garantir un logiciel, que les erreurs arrivent déjà et sont inévitables. Comme le démontre amplement PwC, obtenir une vérification par des experts ne sert à rien et n’est pas contrôlable par le citoyen, au contraire du vote papier. De plus, il s’agit d’un superbe gaspillage de fonds publics. Je serais très curieux de savoir combien l’expertise de PwC coûte au contribuable belge.

Rappelons que toute cette gabégie, ce surcoût pharaonique et ce déni de la démocratie qu’est le vote électronique n’a qu’un seul et unique objectif : avoir les résultats plus rapidement que via le vote papier. Est-ce pertinent ? Est-ce réellement efficace ? Je vous laisse juger.

Certains disent qu’il « suffit » d’avoir un système de vote performant. J’espère que cette petite analyse vous permettra de voir que, aujourd’hui, il n’y a pas de système de vote performant. Et que, justement, c’est quand le vote électronique se passe sans soucis, que les résultats sont rapidement publiés que vous devez vous inquiéter et vous poser la question : « Mon vote a-t-il été réellement pris en compte ? ».

Alors votre vote électronique a-t-il été volé ? Peut-être. Peut-être pas. Personne ne sait le dire. Et c’est justement ça le problème. Mais il est plus facile de se dire que ce n’est pas possible, que ça n’arrivera jamais. Pas chez nous.

 

Photo par European Parliament. Cet article a pu être rédigé grâce à l’aide précieuse de Frederic Jacobs, merci à lui !

 

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Source: http://ploum.net/comment-vous-vous-etes-peut-etre-fait-voler-votre-vote-electronique/


The Blogger from Tomorrow (Part II)

Wednesday 4 June 2014 at 16:26

cocktail
Ceci est le billet 2 sur 2 dans la série The Blogger from Tomorrow

Version en français. Read the first part of the interview.

I’m still facing Max, the famous blogger who is trying to gently lead the conversation towards politics. Innocently, I ask him:

Why the European elections?

Because that year was a clear breakthrough for the Pirate Party.

For years, the Pirate Party had been facing a paradox: it was defending freedom, citizenship, decentralization but needed a president or a central agency that could determine how to spend the money or how to punish a member with a wrong behaviour. What was the rules for a small group to become an official Pirate Party? Depending on what definition? Should we send them money for their project or were they scammers?

The pirates found an awesome solution: they took the crowdfunding concept and scaled it from the project level to the whole party.

Can you give an example?

Yes, on the platform of the Pirate Party, anyone, I mean anyone can propose a project related to the Pirate Party: printing posters, organizing a happening, creating a website dedicated to a specific issue, organizing a general assembly.

For each project, the budget is fixed by organizers and, like any crowdfunding platform, anyone can support the project of their choice. If a person claiming to be a pirate has a bad reputation, the community stop to support his projects.

This is however not very different from Kickstarter or KissKissBankBank.

There is a difference: outside projects, there are also “organizations”, typically the Pirate Party of France, the Pirate Party of Belgium, etc..

If you want, you can support the organization rather than a specific project. I love pirates, I want to send them money but I wish they use it at their own discretion. The Pirate Party doesn’t have a bank account any more. All the money from public grants is immediately sent to the crowdfunding platform.

There’s still the need of deciding how to use that money.

That’s the genius part: everything is automatic. When you give money to a project, you can decide how important this project is according to you. The highest priority projects are then financed automatically by the organization.

Let’s say that I make a project to print posters for my city and I need 10 bitcoins. I already received 2 bitcoins but, as the project is voted as a top priority one by 20 donors, the central organization automatically complete the 8 missing bitcoins.

Once the posters are printed and the project is completed, I put the final bill on the platform, which is of 12 btc because I forgot to take the glue into account. I receive the 12 btc on my account immediately. At the same time, the posters are so successful that half the city decides to give to the project or even to Flattr the initiative. The project is closed but still accept money which is sent back to the central fund.

All of this is completely transparent. Invoices are public and searchable. Some graphics are automatically generated. There’s no longer a central authority that determines who pays what.

So there are print workers who accept bitcoins?

This is only an example. Bitcoin is my main currency, I tend to think in bitcoins. I know this is far from the norm.

I’ve also installed the extension BitSpend in my Firefox: it allows me to pay with bitcoins on the vast majority of e-commerce sites even if they do not accept Bitcoin yet.

An obvious problem is that it is not possible to save, for example for the next election. All the money of the organization is immediately spent on short-term projects.

The solution is immediate: creating a project “Saving for the next elections” with a specific goal. This encourages people to contribute to this fund. And if nobody sees this project as a priority, so be it. This is also democracy.

And what about the member fee?

There’s no need for it any more. Each local team selects candidates for each election. Some have wacky candidates. But others succeed and share their experience. It’s not a real party any more. We moved from a pyramidal structure to a network of local factions. It is no longer possible to say “I am a member of the Pirate Party.” A pirate publish some racist statements? He just lost his credit and will struggle to become a candidate or to obtain the trust of others for his projects. We are in a do-ocracy, not in the discussion.

Fun Fact: At the time, the Pirate Party was widely criticized for his name. They were always told to remove the term “Pirate”, which had a negative connotation.

They agreed to change their name but it is the word “party” they removed. I’ve even heard “In your daily life, do you suffer mostly because of piracy or particracy? “.

Everybody now says “Pirates” and not “Pirate Party”. Which is beautiful to those predicting the decay of the party concept.

But what about your own career? Did you ever get involved in politics?

Not really. But, like many blogger, I closely followed the rise of pirates. I have never been a member or a candidate as I wish to remain independent. But I do not hide that I have voted for them and contribute to some projects.

They were mainly a source of inspiration. If they can do it for politics, why not for me, for my own life?

How did you apply the concept to your life?

I started using a similar crowdfunding platform. I created a project for my monthly rent, a project for a trip to the Silicon Valley, a project for hosting my blog and then a “miscellaneous expenses” project.

It should be noted that, unlike the Pirate Party, I’m not an “open” organization. In a “closed” organization, only members of the organization have the ability to give priority to a project. As I am the only member, I keep control over my life.

A simple example is my rent. I have a recurring project to pay the rent. This is a priority project. The recipient is my landlord’s bank. I have nothing to do. If a reader wants to contribute to my rent for the month, he can. But this is rare. In general, my rent is completely filled by money from the organization, namely me.

When I was in the Google I / O conference in San Francisco, I had a given budget. My readers were interested because I was doing some live broadcasting and analysis. They contributed a lot. My test of a fully automatic car was a buzz and received many Flattrs. As Flattr is integrated to the crowdfunding platform, these specific flattrs were immediately added to the project budget.

In the end, after putting every bill in the platform, including the smallest restaurants, I realized that I had been saving. The project has made a profit that was added to the capital of my organization.

Is everything transparent?

Yes, my life is very transparent. Note, however, that I do consulting for some companies. I create these projects as any other on the crowdfunding platform but they are invisible to the public.

This allowed two of my customers to jointly pay one of my project while keeping the invoicing and accounting straightforward.

Those projects are fully beneficiaries. Note that, as a result, the global budget for my “organization” is private. Like my “saving for a pension” project. Being transparent does not mean not having any privacy.

The crowdfunding platform serves me as a budgeting, billing and accounting tool.

Do you still have a bank account?

Yes because there still are shops where you must pay with a bank card rather than scanning a QR code with your glasses. And also for taxes purpose. But there is only a very small amount of money that goes through my account. It is an accessory. A bit like a CD drive on an old computer: it’s there but we do not use it anymore. My savings is fully in bitcoins on different services. I also have a little money on my Google Wallet.

Besides, I pay the taxes only regarding the money in my traditional bank account. Everything else is in an absolute legal limbo. I’ve exhausted three accountants before giving up. I’m not hiding, I’m not trying to cheat but it’s not my job to solve the problems of the administration and the flaws of the law. Ater all, if I’m ever sued, it would make great blog posts.

But it is a good idea to completely remove the bank account. It would make a series of interesting posts for my blog. I already buy VISA prepaid cards with bitcoins. Can I withdraw cash from an ATM with them?

But your rent is paid on a bank account that is not yours. It means you are not paying any taxes on that money, right? But your landlord is!

Oh, that’s right. I’ll try to convince my landlord to accept bitcoins.

In summary, are you living out of donations?

It was the case as long as crowdfunding were donations only. However, the platform I use also allow to manage contracts, which I use for my consultancy work. They also introduced a new feature: the purchase of shares. A creative project may sell shares of itself. If the project is profitable, the investor will automatically receive a portion of the profit. It is also possible to purchase shares of an umbrella organization setting up several projects.

All of this is done automatically without requiring any accounting. If you hold shares on any traditional exchange, my advice is to sell everything. I’m not sure they will last long. Besides, do you really think that big good old companies will be able to fight against the simplicity of an “organization” on a crowdfunding platform?

But isn’t your crowdfunding platform centralized?

No, it is built on Ethereum which is a Bitcoin derivative. Everything is completely decentralized. There’s no way to shut down the platform.

Thank you Max, a word for the end?

When a new technology appears, we tend to overestimate the short-term impact. The smartglasses the bitcoins, crowdfunding. Everyone raved and made outlandish predictions. And two or three years later, we realized that the world has, in fact, not really changed.

By cons, we have a huge tendency to underestimate the long-term impact of these technologies. Do you remember that 15 years ago, nobody had smartphone and 3G did not exist? All of this is producing a deep change. A change that I foresee without understanding it. A change which is not only underestimated but completely ignored by the powerful, the rich and politicians.

Perhaps it is their interest to not understand this change. Whatever, I’m not waiting for them.

I call the waiter. He brings me a ticket with a QR code. While looking at it, I whisper “accept payment copy expense.” Max gets up and gives me a happy “Thanks for the drink, see you next time! “Before walking away and folding his glasses on his nose.

A little stunned, I stay speechless. I was meeting a blogger to discuss audience and web publishing. I ended reconsidering the whole society. What I thought was science fiction is already the past for him. He no longer lives in the same country as me, the same society. Proof: he does not use the same currency, he does not work and does not pay taxes here. Max is not from here, he’s from Tomorrow.

I sip the last drop of my Mojito. I think I’ve found a catchy title for this paper!

 

Picture by Elisa Pictures. Disponible en français.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Source: http://ploum.net/the-blogger-from-tomorrow-part-ii/


L’aube pirate

Sunday 1 June 2014 at 23:18

aube

Télécharger « L’aube pirate » :

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Parti Pirate, The Pirate Bay, piratage. Que sont ces mots ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Que s’est-il réellement passé ? Comment est apparu le terme « pirate » ? Comment est né le Parti Pirate ? Quelle était la relation avec The Pirate Bay ? Et pourquoi cela a-t-il de l’importance alors que les pirates font des scores électoraux relativement faibles ?

Après de longues recherches, de multiples échanges par mail avec Rick Falkvinge et un entretien en tête-à-tête avec Amelia Andersdotter, je vous invite à découvrir « L’aube pirate », le récit d’un bouleversement technologique, politique et sociétal qui pourrait changer la face du monde. Ou disparaître comme s’il n’avait jamais existé.

Lors des élections de 2009, l’Europe apprend avec surprise l’existence d’un petit parti suédois au nom pour le moins folklorique : le Parti Pirate. Raflant plus de 7% des votes en Suède, il permet à Christian Engström de devenir le premier pirate à entrer dans un parlement. La mise en place du traité de Lisbonne qui change le nombre de sièges attribués à chaque pays permettra même à un deuxième pirate de le rejoindre. Amélia Andersdotter deviendra, à 23 ans, la benjamine de l’hémicycle.

Deux députés pour ce qui ne semble être qu’une blague de potache ? Un parti dont les militants ne semblent intéressés que par la possibilité de télécharger gratuitement de la musique sur Internet ?

En fait, pour comprendre les fondements du Parti Pirate, il faut remonter à la création d’Internet et du World Wide Web.

Le web, une machine à partager l’information

Depuis les années 60, les ordinateurs sont capables de communiquer entre eux. Les utilisateurs peuvent s’envoyer des messages et échanger des informations pour peu qu’ils se soient préalablement accordés sur la manière de s’interconnecter. Mais, en 1993, dans un laboratoire du CERN, Tim Berners Lee et Robert Caillau décident de lancer un nouveau système qu’ils appellent World Wide Web.

Un seul ordinateur, appelé serveur, pourra répondre aux demandes de n’importe quel autre ordinateur et leur envoyer une page contenant du texte ou des images. La véritable innovation se situe dans le fait que la page en question pourra contenir des liens vers d’autres pages. Une invention appelée hypertexte qui révolutionne la communication entre ordinateurs.

Il n’est en effet plus nécessaire de savoir à quel ordinateur se connecter pour obtenir une information précise : il suffit de lire le texte d’une page et de cliquer sur les liens pour accéder à d’autres pages.

Grâce à cette invention, l’information peut se propager librement à travers la planète. Une personne qui souhaite partager un texte n’a qu’à créer une « page web » et à la rendre disponible sur un « serveur web ».

Le système d’hyperliens permet la mise en place d’annuaires de pages web. Les créateurs de pages web soumettent leurs pages avec une brève description à ces annuaires que les utilisateurs peuvent ensuite explorer. Parmi les plus connus, on peut citer Yahoo.

À cause des limitations technologiques du réseau, les pages web sont composées essentiellement de texte, format qui peut être transmis rapidement, d’images de basse qualité et de courts sons. Le contenu d’une page web n’est lisible que sur des ordinateurs peu transportables et dont les écrans font mal aux yeux. Bref, il s’agit d’un outil de travail, certes pratique mais auquel le plus grand nombre ne voit que peu d’utilité.

Au cours de l’histoire, l’humanité a montré une créativité sans limite pour relever les défis technologiques. À la fin des années 90, outre l’amélioration de la vitesse entre les ordinateurs, le format MP3 permet dorénavant de comprimer une chanson avec une qualité proche du CD en quelques mégaoctets. Cela signifie qu’une chanson MP3 placée sur un serveur web peut être téléchargée en une dizaine ou une vingtaine de minutes par un utilisateur utilisant sa connexion téléphonique. Dans les entreprises ou les universités, le téléchargement est encore plus rapide.

L’essor du partage musical

Pourquoi la musique ? Tout simplement car les consommateurs de musique sont déjà habitués à écouter de la musique sous forme numérique à travers les CDs. Si lire ou regarder des images sur un écran d’ordinateur est inconfortable, il est possible de brancher des enceintes de bonne qualité sur un ordinateur et de restituer un son proche du CD.

Mieux : il est possible de graver un CD lisible dans la majorité des lecteurs à partir des fichiers MP3.

Dès 1998, soit à peine 5 ans après les débuts du World Wide Web, le MP3 est tellement populaire que des baladeurs MP3 sont commercialisés.

Du point de vue des utilisateurs, le partage de MP3 n’est guère différent de l’échange de cassettes audio. Il s’agit d’échanges entre amis, rien de plus.

Les grandes maisons de disque voient évidemment la chose d’un autre œil et, prenant Internet en grippe, tentent de s’opposer à la commercialisation de baladeurs MP3. Leur raisonnement est simple voire simpliste : toute personne qui a téléchargé un MP3 sans acheter le disque avait envie d’écouter cette musique et aurait acheté le disque si elle n’avait pu télécharger le MP3. Selon eux, le MP3 est donc un énorme manque à gagner.

De plus, au cours de cette même année 1998, un nouvel acteur est apparu, au nom cryptique et difficilement prononçable : Google.

Au lieu de créer un annuaire de sites où chaque webmaster devrait soumettre sa page web, Google décide de créer un programme automatique qui va analyser le contenu des pages web et suivre les hyperliens afin de découvrir de nouvelles pages sans intervention humaine.

La méthode est tellement efficace que, pendant un temps, il suffit de taper le nom d’une chanson populaire suivi de MP3 dans Google pour en trouver une version.

Les maisons de disque s’étranglent. Mais, fortes d’un oligopole de plusieurs décennies, elles ont les moyens de résister. Se ralliant sous la bannière de la défense du Copyright, elles déclarent purement et simplement la guerre à Internet.

La début d’une guerre

La stratégie est simple : publier de la musique sur un site web revient à la diffuser publiquement. Or, il est interdit de diffuser publiquement de la musique sans accord des ayants droit. Il suffit donc de menacer l’hébergeur d’un site web de poursuites judiciaires.

Les hébergeurs tenteront d’abord de faire la distinction entre l’auteur d’un site web et l’hébergeur, ce dernier n’étant qu’un prestataire technique n’ayant pas toujours les ressources pour contrôler ce que ses clients publient. De plus, arguent les hébergeurs, cela introduit une situation dangereuse ou, pour garantir sa position, un hébergeur devra en permanence exiger de tous ses clients qu’ils prouvent qu’ils ont les droits nécessaires pour publier leur site. Par défaut, un client est donc présumé coupable.

Les défenseurs du copyright savent bien que, souvent, un auteur de site web est anonyme et difficile à trouver. Un hébergeur, par contre, c’est une entreprise qui a pignon sur rue et des ordinateurs connectés en permanence au réseau. C’est le maillon faible.

La jurisprudence confirmera d’ailleurs la responsabilité de l’hébergeur. En France, en 1999, un internaute scanne, à partir d’un magazine people, des photos volées d’une star dénudée et les publie sur son site personnel. La star attaque en justice l’hébergeur, AlternB, qui gère près de 45000 sites web. Le tribunal astreint l’hébergeur à s’assurer que les photos ne sont pas publiées sur son infrastructure.

Vérifier en permanence ce qui est publié sur 45000 sites web n’étant pas matériellement possible, AlternB se voit contraint de fermer boutique et ainsi de couper l’accès à 45000 sites dont la toute grande majorité entièrement légitimes.

Mais revenons à la musique. Pour publier des MP3 sur Internet il faut disposer du CD original, le transformer en MP3 (on parle de « ripper »), avoir accès à un site web et y envoyer les fichiers, ce qui prend du temps.

Dès qu’un site de ce type apparaît sur le web, il suffit donc aux maisons de disques d’envoyer une lettre de menace à l’hébergeur, exigeant le retrait du site sous peine de poursuites judiciaires.

Les défenseurs du copyright ayant à leur disposition une flopée d’avocats, ces poursuites judiciaires ne peuvent que s’avérer extrêmement coûteuses pour l’hébergeur, quand bien même celui-ci serait dans son droit. Il est donc plus simple de retirer le site incriminé. La diffusion de MP3 s’en trouve fortement compromise. Et tant pis si des sites entièrement légaux font le frais des excès de zèle.

La résistance s’organise

Si le maillon faible est l’hébergeur, pourquoi ne pas s’affranchir de l’hébergeur ? C’est ce que propose le logiciel Napster en 1999, avec le principe du pair à pair (peer-to-peer ou P2P).

L’internaute qui utilise le logiciel Napster va choisir, sur son ordinateur, les fichiers qu’il souhaite partager. Automatiquement, le nom de ces fichiers ainsi que, pour chacun, un identifiant unique sera envoyé au site Napster.

De cette manière, Napster sait qui a quel fichier. Lorsqu’un internaute souhaite un fichier donné, il suffit de le télécharger chez ceux qui l’ont.

Première subtilité : le fichier peut être téléchargé chez plusieurs personnes à la fois. De cette manière, chaque internaute contribue au partage selon sa connexion. Si cent internautes envoient chacun un centième de fichier (ce qui est une quantité négligeable), cela fera un cent et unième internaute possédant le fichier qui pourra à son tour partager le résultat.

Seconde subtilité : dès que l’internaute commence à télécharger un fichier, Napster fait en sorte de le partager automatiquement. Ainsi, il vous est possible de partager un fichier que vous ne possédez pas encore complètement ! Bien entendu, vous ne partagez que les parties que vous avez préalablement téléchargées. Mais cela rend le partage extrêmement rapide : plus un fichier est demandé, plus il est rapide à se répandre dans le réseau.

Par analogie, on pourrait dire qu’Internet était avant tout un échange de courriers entre individus. Le World Wide Web équivaut alors à l’imprimerie : il est possible à une personne de communiquer à destination du plus grand nombre. Le peer-to-peer lui est l’équivalent du téléphone arabe : tout le monde communique avec tout le monde et l’information se répand à la vitesse de l’éclair.

Dans le cas de Napster, il reste néanmoins un maillon faible évident : le site Napster lui-même. Les créateurs se défendent en soutenant qu’ils n’hébergent pas les fichiers eux-mêmes mais uniquement une liste. En ce sens, le partage de musique par peer-to-peer se rapproche très fort de l’échange de cassettes entre amis. Napster ne serait qu’un fichier ou chacun peut lister ce qu’il souhaite mettre à disposition de la communauté, ce qui pourrait très difficilement être considéré comme illégal.

Cette notion de communauté devient d’ailleurs très vite fondamentale. Internet n’est plus uniquement un outil de travail, il devient partie intégrante de la vie de nombreuses personnes. Des liens se créent, des rencontres se font et, pour le plus grand plaisir des journaux à sensation, on assiste même à des mariages par Internet. En ce sens, il parait évident aux internautes qu’ils ont le droit de partager leur musique avec les autres internautes tout comme ils peuvent prêter leurs CDs à leurs voisins de quartier. L’expression « village global » fait son apparition.

Malgré tout cela, Napster ne peut que faire long feu et, en 2001, met la clé sous le paillasson. Néanmoins, le logiciel a pavé le chemin pour toute une génération de réseaux peer-to-peer qui tenteront de s’affranchir de ce problème de maillon faible centralisé.

Parmi d’autres, on retiendra l’apparition de Bittorrent. Contrairement à Napster, Bittorrent ne nécessite pas un catalogue centralisé. Il suffit de s’échanger un tout petit fichier, un torrent, qui contient la référence du ou des fichiers qu’on souhaite télécharger. Des sites permettent de faire des recherches parmi ces fichiers torrents mais, contrairement à Napster, ils ne sont pas du tout indispensable. Pour un site qui ferme, un autre est créé sans que le réseau en soit le moins du monde perturbé.

Un tournant moral

À cette époque, les maisons de disques sont rejointes par d’autres défenseurs du copyright : la qualité des écrans et des connexions à en effet élargi le problème du partage aux films, aux jeux vidéos voire, même si cela reste plus marginal, à la bande dessinée, aux mangas et aux comics.

Les menaces de poursuites judiciaires pleuvent sur les utilisateurs mais la popularité du partage par peer-to-peer est telle qu’il est nécessaire de recourir à d’autres armes. Une machine de propagande se met en place et son premier effet est de donner un nom à connotation péjorative au partage de fichiers : le piratage.

Les personnes partageant des fichiers seront donc des pirates. Dans plusieurs pays, des comités anti-piratage se mettent en place. La propagande sera poussée jusqu’à publier des bandes dessinées pour enfants dans lesquelles un valeureux héros, Captain Copyright, protège les artistes contre les vilains pirates. Une rhétorique forte se met en place, présentant les pirates comme uniques responsables de la précarité du métier d’artiste. Les plus grands artistes s’engagent, sur les conseils de leur producteur, dans la lutte contre le piratage.

En Suède, où existe un bureau anti-pirate, l’antipiratbyran, une association se crée pour réfléchir justement aux possibilités offertes par le pirat… le partage. Par ironie, l’association sera baptisée Piratbyran, le bureau pirate.

Entre autres projets, ce bureau pirate met en place un moteur de recherche pour les torrents. Choisissant volontairement de rester dans l’imagerie pirate, le site sera intitulé The Pirate Bay, la baie des pirates.

Rapidement, The Pirate Bay deviendra le principal fournisseur de torrents de la planète et ce, y compris pour des fichiers entièrement légaux : les logiciels libres, les distributions linux, les films et musiques du domaine publics ou sous licences libres. Chacun peut envoyer son propre torrent sur The Pirate Bay et certains artistes y mettront volontairement leurs œuvres dans un soucis de visibilité.

Aussi, lorsque l’équipe de TPB reçoit des menaces de poursuites judiciaires, elle se contente de répondre de s’adresser à l’utilisateur ayant envoyé le fichier torrent en question. Puis, devant l’avalanche de menaces, elle décide de les publier sur leur site web avec des réponses potaches voire vulgaires. Leur ligne de défense est claire : ils n’hébergent aucun fichier illégaux, ils ne peuvent pas matériellement contrôler le contenu de chaque fichier qu’on peut potentiellement télécharger grâce à un torrent envoyé sur le site. Imaginez que tout votre quartier vous envoie volontairement des copies des clés des armoires dans lesquelles ils rangent leurs DVDs. Êtes-vous responsable du contenu de ces DVDs ? Cerise sur le gâteau, The Pirate Bay est en Suède. Les lois américaines ne s’appliquent donc pas.

Le bruit des bottes

Le premier avril 2005, The Pirate Bay annonce que le service est suspendu suite à un raid de la police. Il s’agissait évidemment d’un poisson d’avril et peu de monde prend la blague au sérieux tellement elle semble absurde. Néanmoins, inspiré par le Piratbyran, un certain Rickard Falkvinge pense qu’il est temps d’investir le champ politique avec les questions liées au copyright et aux brevets. À l’époque, le Piratbyran ne souhaite pas avoir de lien avec un parti plutôt qu’un autre. Qu’à cela ne tienne, le premier janvier 2006, Rick lance le Piratpartiet (le Parti Pirate) avec pour objectif de récolter 2000 signatures avant le 4 février afin de pouvoir se présenter aux élections de septembre 2006. En réalité, en guise de parti il s’agit purement et simplement d’une page web simpliste réalisée par Rick Falkvinge. Le parti, inexistant, compte un seul et unique membre. Beaucoup pensent à une blague ou une action symbolique. Cependant, alors que certains médias y voient un simple coup marketing pour The Pirate Bay, les signatures sont récoltées en moins de vingt-quatre heures. Rick Falkvinge n’en croit pas ses yeux : il existe une réelle volonté populaire de créer un parti pirate !

Le 31 mai 2006, la réalité dépasse la fiction. Le juge Tomas Norström ordonne un raid et la saisie de tout le matériel informatique chez l’hébergeur de The Pirate Bay. Ce raid est dirigé par le policier Jim Keyzer et a pour conséquence la mise hors-ligne de The Pirate Bay mais également d’autres sites non liés à l’affaire comme le Piratbyran ou celui d’une agence de presse russe.

Le raid est surprenant, puissant mais terriblement mal organisé. Soixante-cinq policiers visiblement non formés surgissent à douze endroits où sont stockés des serveurs. Incompétents, les policiers saisissent tout ce qui leur passe sous la main : câbles, enceintes stéréo, claviers. Et passent à côté d’autres endroits et de certains ordinateurs. Il n’en reste pas moins que les membres de The Pirate Bay sont choqués.

En réaction, le tout récent Parti Pirate organise des manifestations à Stockholm et dans le reste de la Suède. Le nombre de membres explose. The Pirate Bay est réouvert trois jours plus tard et devient entièrement fonctionnel le cinq juin, hébergé cette fois-ci aux Pays-Bas.

Peter Sunde, porte-parole de The Pirate Bay, affirme que l’équipe travaille à un plan d’urgence permettant de remettre le site en ligne en quelques heures et depuis plusieurs pays à la fois.

Au cours du mois de juin, il est révélé que ce raid a été explicitement demandé par les États-Unis au ministre de la justice Suédois, Thomas Bodström, lors d’une entrevue à la maison blanche. La Suède doit se plier sous peine de sanctions économiques importantes. Cette version sera amplement confirmée en 2011 lorsque, parmi les câbles diplomatiques rendus publics par Wikileaks on trouvera, en toutes lettres, une demande émanant de l’IIPA, l’Alliance Internationale pour la Propriété Intellectuelle, exigeant de la Suède de prendre six mesures prioritaires avant 2009. Cinq de ces points sont d’ordre général : adopter des lois qui permettent de plus facilement attaquer en justice les individus coupables de piratage, augmenter les effectifs de polices liés à la protection du copyright. Mais, dans la liste, le deuxième point contraste :

« Poursuivre en justice autant que faire se peut les propriétaires de ThePirateBay »

Un enjeu politique mondial

2006 marque donc un tournant : de simple jeu de chat et souris, le partage de fichiers devient un véritable combat politique, un conflit où s’opposent deux moralités : les intérêts économiques contre le libre partage de toute forme de connaissance. Des acteurs économiques et politiques de tout premier plan sont dans la bagarre.

Toutes ces révélations ne sont malheureusement pas suffisantes et, en septembre 2006, le Parti Pirate ne recueille que 0,63% des voix. Si le score n’est pas brillant, il permet néanmoins à ce tout jeune parti d’apparaître dans les dix plus importants partis de Suède, sur près de quarante formations se présentant aux élections.

Le 31 janvier 2008, suite aux investigations issues du raid, les membres de The Pirate Bay sont officiellement inculpés de « promotion par des tiers du non-respect des lois sur le copyright ». Un peu avant cela, Jim Keyzer, le responsable en charge de l’enquête, appelle Peter Sunde, qui est en train de déménager de Norvège pour venir vivre en Suède et qui est jusque là considéré comme témoin. Jim Keyzer l’informe que, lors de son arrivée en Suède, il sera inculpé d’un crime et qu’en conséquence de quoi, il a légalement le droit d’exiger la présence d’un avocat. Il lui conseille de prendre le premier avocat venu, qu’il s’agit d’une petite affaire et qu’autant aller vite et ne pas déranger un ténor du barreau. Inquiet, Peter Sunde fait exactement le contraire.

Agacé, Jim Keyzer se montrera très irritable durant les interrogatoires de Peter Sunde, au point que ses paroles ne sont tout simplement plus compréhensibles dans les enregistrements. Et, stupeur, lors du dernier jour de l’enquête, un internaute découvre sur le profil Facebook de Jim Keyzer que celui-ci est en train de prester son dernier jour à la police. Son nouveau job ? Anti-pirate manager chez Warner Brothers, l’un des principaux plaignants dans le procès de The Pirate Bay.

Cherchant à en savoir plus, certains internautes pirateront en 2009 le compte Hotmail de la petite amie de Jim Keyzer. Si l’acte est moralement condamnable, il apportera de l’eau au moulin d’une rumeur tenace : Jim Keyzer aurait, au cours de cette période, acheté une maison inabordable pour n’importe quel policier ou fonctionnaire fédéral.

Le procès, comme le veut la loi Suédoise pour les cas relevant du Tribunal de District, est assigné aléatoirement à un département pour y être jugé. Les départements sont identifiés par un simple numéro. Le responsable du département cinq introduit une demande pour changer le département assigné aléatoirement. Cette requête est acceptée et le procès se tiendra finalement sous la responsabilité du département cinq, celui-là même qui a introduit la demande. Le responsable du susdit département cinq n’est autre que Tomas Norström, le juge qui a ordonné le raid initial.

Une affaire entachée d’irrégularités

Tomas Norström est également un membre actif dans l’association suédoise pour le copyright et siège au conseil d’administration de la SFIR, l’association suédoise pour la protection de la propriété industrielle. Mais Tomas Norström n’y voit aucun conflit d’intérêt. À tel point qu’il oubliera de révéler ces détails ou de révéler que la majorité des avocats de la partie adverse, les grandes maisons de disque, sont également membres de ces associations et qu’il en connait personnellement la plupart. Certains sont mêmes considérés comme des amis proches.

Le procès s’ouvre le 16 février 2009 et est raconté dans le documentaire « TPB AFK », disponible au téléchargement sur… The Pirate Bay. Durant toute la durée du procès, Peter Sunde se révèle confiant : tout cela ressemble à une vaste farce. Chaque élément à charge est minutieusement démonté par la défense. The Pirate Bay n’est rien de plus qu’un moteur de recherche. Il permet de trouver des fichiers légaux ou illégaux selon la juridiction où l’on se trouve. Condamner The Pirate Bay, c’est condamner Google. Toutes les analyses techniques abondent d’ailleurs en ce sens.

Le 17 avril 2009, la sentence tombe : 30 millions de couronnes (près de 3 millions d’euros) d’amende par personne et un an de prison pour chacun des membres de l’équipe de The Pirate Bay. La somme est du jamais vu pour une condamnation en Suède. Le cas de Peter Sunde est emblématique : en tant que porte-parole et non-informaticien, il n’a jamais programmé la moindre ligne de code pour The Pirate Bay. Sa condamnation ne mentionne aucun crime concret, aucune date. Il n’a pas la moindre idée de ce qui lui est reproché. Pire : les très vagues accusations qui pèsent sur The Pirate Bay portent, pour la plupart, sur des périodes avant l’arrivée de Peter Sunde dans l’équipe !

The Pirate Bay fait appel. Le tribunal d’appel est composé de deux juges, tous les deux membres de l’association suédoise pour la défense du copyright. La peine de prison est diminuée à 8 mois mais l’amende est augmentée à 46 millions de couronnes auxquelles se rajoutent des intérêts exorbitants.

Cependant, un sondage révèle que 99,8% de la population estime que The Pirate Bay ne devrait pas être condamné.

L’étincelle…

L’importance de la condamnation, l’ingérence démontrée des États-Unis, les conflits d’intérêts et les nombreuses irrégularités de la procédure laissent une impression amère de corruption. Rick Falkvinge n’hésite pas à dénoncer publiquement cette corruption. Il tente d’ameuter l’opinion publique suédoise et internationale. Le procès de The Pirate Bay est l’affaire du moment sur fond de campagne électorale. Car, le 7 juin 2009 ont lieu les élections européennes. Un raz de marée pirate envahit la Suède. Le Parti Pirate obtient 7,1% des voix et un siège sur dix-huit au parlement européen. La mise en place en décembre 2009 du traité de Lisbonne, octroyant vingt sièges à la Suède, permettra à un deuxième pirate de siéger, Amelia Andersdotter qui, à vingt-trois ans, deviendra la benjamine de l’hémicycle.

Christian Engström et Amelia Andersdotter décident de se concentrer exclusivement sur le domaine de la propriété intellectuelle, cheval de bataille du Parti Pirate. Beaucoup critiquent le principe d’un parti monothématique mais le Parti Pirate suédois tient bon. Selon eux, il est préférable d’être très compétent sur un domaine qu’incompétent dans tous.

D’autres Partis Pirate ont vu le jour dans différents pays, notamment en Allemagne, mais aucun ne perce. À l’exception des deux députés européens suédois, il n’existe aucun pirate élu nulle part.

La croisade du Parti Pirate prend la tournure d’une anecdote, une farce prise au sérieux par quelques jeunes obnubilés par internet.

En 2010, la procédure en appel confirme le jugement envers l’équipe de The Pirate Bay. Les peines de prison sont légèrement réduites mais les amendes sérieusement augmentées. Peter Sunde change ironiquement son pseudonyme Twitter en « @brokep », «P(eter) le fauché ». Freidrik Neij et Gottfrid Svartholm se sont exilés respectivement au Laos et au Cambodge. Freidrik s’y est marié et a fondé une famille. Peter Sunde, lui, lance le service Flattr dans le but de promouvoir les paiements directs aux artistes. Il voyage beaucoup à travers l’Europe, donne des conférences et confie s’être bâti une existence nomade.

Début 2011, le Parti Pirate et le procès de The Pirate Bay sombrent dans l’oubli. Souhaitant éviter de transformer le Parti Pirate en parti Falkvinge, Rick Falkvinge démissionne et laisse le poste de président de parti à Anna Troberg.

…qui met le feu aux poudres

Mais, en Allemagne, une évolution majeure prend forme. Le Parti Pirate allemand décide de sortir du carcan de la propriété intellectuelle pour rédiger un véritable projet politique. Les problèmes de la propriété intellectuelle ne sont que la pointe émergée de l’iceberg, un symptôme. La cause ? Une caste politique incapable de s’adapter aux changements rapides de la société et corrompues par les intérêts financiers.

Avec une campagne humoristique et décalée, abordant tous les thèmes de la société, le Parti Pirate Allemand fait mouche. En septembre 2011, aux élections régionales à Berlin, ce sont près de 9% des voix qui vont au Parti Pirate. Trois autres régions (Landen) suivent avec chaque fois plus de 7% des voix au Parti Pirate, assurant à chaque fois plusieurs sièges.

Dans l’enthousiasme, des partis pirates se créent partout dans le monde. Des pirates sont élus en Tchéquie, en Islande, en Autriche, en Suisse, en Catalogne, en Croatie. Une structure Parti Pirate International se met en place, les pirates débattent et se positionnent sur les principaux faits de société. Rick Falkvinge tente de formaliser la pensée pirate en publiant « La roue des pirates ».

Néanmoins, érigés en modèles, les pirates allemands essuient leur premier revers. Des critiques fusent, des tensions internes apparaissent et de mini scandales éclatent comme celui de cette élue pirate allemande ayant écrit un livre mais qui en interdit le piratage. Dans la plupart des autres pays, les pirates peinent à dépasser le 1% de voix aux élections où ils sont présents.

L’empire contre-attaque

En 2012, Gottfrid Svartholm est arrêté au Cambodge et extradé vers la Suède malgré l’absence d’accord d’extradition entre les deux pays. Certains pays s’étonnent d’une telle promptitude du Cambodge. Moins d’une semaine plus tard, la Suède annonce un don de 400 millions de couronnes (±59 millions de dollars à l’époque) au gouvernement Cambodgien « à des fins humanitaires ». Un mois plus tard, votre serviteur manque de quatorze voix la place de premier pirate élu en Belgique. Mais nulle part en Europe on ne voit les pirates percer réellement.

Après avoir purgé sa peine en Suède, Gottfrid Svartholm est ensuite extradé vers le Danemark où il est à présent en isolement carcéral, en attente d’un jugement pour le piratage présumé de la base de donnée des permis de conduire danois. Il a également été démontré que Gottfrid a été un membre actif de Wikileaks, travaillant notamment sur le dossier « Collateral Damage » de 2010, la fameuse vidéo montrant des pilotes d’hélicoptère américains tuant un journaliste et des civils.

Peter Sunde, lui, décide de se présenter comme candidat finlandais pour le Parti Pirate aux élections européennes du 25 mai 2014. Il est également candidat à la présidence du parlement européen en duo avec Amelia Andersdotter. Malheureusement, il ne sera pas élu et le Parti Pirate perdra ses deux sièges suédois. Seule l’Allemagne enverra un Pirate à l’Europe, Julia Reda, dont la liste n’a obtenu que 1,4% des voix. Alors, le Parti Pirate était-il un feu de paille, une simple anecdote ?

Pour avoir cru que de rendre public les horreurs de la guerre pouvait peut-être apporter un peu de paix, Chelsea Manning a passé plusieurs mois en isolement carcéral maximal, apparenté à de la torture, passera-t-elle les 35 prochaines années de sa vie en prison ?

Pour avoir cru que la transparence pouvait aider à lutter contre la corruption, Julian Assange se terre depuis juin 2012 dans l’ambassade d’Équateur à Londres dans la crainte d’une extradition vers la Suède puis vers les USA. Pourra-t-il en sortir un jour sans crainte ?

Pour avoir cru que le monde serait meilleur si l’information et la science étaient en libre accès pour toute l’humanité, Aaron Swartz a été harcelé judiciairement et poussé au suicide en janvier 2013. Son combat aura-t-il été vain ?

Pour avoir eu la décence morale de confier à un journaliste qu’une poignée d’hommes espionnaient le monde entier, Edward Snowden est traqué à travers le monde entier depuis juin 2013. Pourra-t-il un jour retourner dans son pays et être reconnu comme un bienfaiteur de l’humanité ?

Pour avoir simplement cru que le partage transcendait les intérêts financiers d’une minorité et que la raison triompherait sur la corruption, Peter Sunde est aujourd’hui en prison et endetté à vie. Pourra-t-il un jour en parler comme d’un mauvais souvenir ?

Aucune de ces personnes n’a jamais porté la main sur un autre être humain ni nui à l’humanité, au contraire. Leur seul crime est d’avoir cru que les règles périmées d’hier pouvaient être abolies aujourd’hui, qu’il n’y avait aucune raison de ne pas rendre le monde meilleur si nous en avions le pouvoir. Pourtant, ils sont traités comme les pires des dangereux criminels. Des ressources incroyables sont mobilisées au niveau mondial pour les condamner, les arrêter et les punir.

Alors, la guerre est-elle perdue ? Le Parti Pirate a-t-il échoué ? Ou bien assistons-nous à une naissance douloureuse, aux premiers symptômes d’un mouvement de grande ampleur ?

La réponse à ces questions, c’est à vous qu’il revient de l’écrire. Aujourd’hui et demain. Vous qui estimez que le futur et le bien de l’humanité passent avant quelques égoïstes intérêts individuels du passé. Vous qui, de ce fait, êtes des pirates.

 

Photo par Nik Wilets. Corrections par Raphaël Dunant. Soutenez l’écriture de mes mini-livres sur Patreon.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Source: http://ploum.net/laube-pirate/


Et si on tuait le Parti Pirate ?

Saturday 31 May 2014 at 19:07

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Les élections viennent de s’achever dans toute l’Europe et, pour le Parti Pirate, le message est clair : un seul élu, en Allemagne, avec 1,4% des suffrages dans un pays où le Parti Pirate se situait entre 7% et 8% il y a à peine deux ans. Dans les autres pays, le Parti Pirate voyage entre 0,5% et 4,5% sans jamais franchir le seuil électoral.

Autre nouvelle importante : l’important travail parlementaire accomplit depuis 4 ans par Amelia Andersdotter et Christian Engström, travail également salué par d’autres partis et jamais remis en question, même par leurs plus féroces opposants, ne leur permet pas d’être réélus.

Rick Falkvinge, fondateur historique du Parti Pirate, se veut optimiste. Ou bien apprend-il à manier la langue de bois des politiciens qui ne reconnaissent jamais la défaite.

Personnellement, je pense que le problème est beaucoup plus profond. Et je suggère de, tout simplement, tuer le Parti Pirate.

La politique, deux métiers distincts

Se faire élire et être élu sont deux métiers complètements distincts, ce qui est d’ailleurs une perversion de notre démocratie. Nous votons pour les gens que nous aimons bien, qui passent bien à l’image, qui nous inspirent, que nous connaissons et cela indépendamment de leurs qualités une fois élus. En dépit du scandale prouvant que Louis Michel n’assumait pas sa responsabilité de parlementaire européen, il reste l’élu le plus populaire en Wallonie avec 264.550 voix de préférence. Amelia Andersdotter et Christian Engström, dont personne n’a remis en cause l’assiduité et le travail acharné, ne sont pas réélus.

Parfois, une affaire médiatique porte les nerfs du public à fleur de peau, entraînant un vote émotionnel. En 2009, le Parti Pirate a bénéficié de cela avec le procès de The Pirate Bay. Disons-le honnêtement : Amelia Andersdotter et Christian Engström ont été élus par chance et pas pour leurs compétences. En 2014, malgré l’énorme scandale de la NSA et l’affaire Snowden, les pirates s’évaporent.

Un groupe déjà replié sur lui-même

Fort de ses succès en Suède et en Allemagne, le Parti Pirate a immédiatement créé une superstructure administrative avec des règles, des assemblées générales, un Parti Pirate Européen, un Parti Pirate International. Comme on est des pirates, on refuse la notion de président. Du coup, on appelle le chef un capitaine mais c’est pareil. Et si vous voulez parler au chef, il faut avoir les bons contacts avec les sous-chef et avec le sous-sous-chef, en espérant qu’ils ne soient pas en désaccord entre eux.

Si vous êtes nouveau et que vous souhaitez vous investir, bonne chance ! Je reçois régulièrement des mails de personnes, en France comme en Belgique, qui souhaitent s’investir dans le Parti Pirate. Et beaucoup me recontactent ensuite pour exprimer leur déception : manque de clarté, antennes locales aux mains d’un petit groupe d’illuminés, réunions qui ne sont que des règlements de compte entre personnes, absence totale d’accueil des nouveaux, etc.

vote pirate

Un parti comme les autres

Il faut dire que, comme tout parti, la structure n’est concentrée que sur un seul objectif : les élections. Le monde n’existe pas en dehors des élections. Le Parti Pirate a réussi à faire en cinq ans ce que les autres partis ont mis plusieurs décennies à réaliser : se déconnecter complètement de la réalité des citoyens pour ne plus vivre qu’au rythme des élections.

Il s’en suit, très logiquement, des jalousies et des tensions. Qui sera candidat ? Qui sera simple colleur d’affiches ? Et pourquoi s’occuper de celui qui n’est ni l’un ni l’autre ? Il n’y a même pas moyen de critiquer la moindre décision car cela serait pris comme une attaque personnelle par ceux qui l’ont prise. Tentez la moindre objection et vous serez immédiatement accueilli avec des « Tu n’as qu’à le faire toi-même ! » ou des « Nous travaillons sur la question depuis des mois, qui es-tu pour émettre une critique ? ».

Réformer la démocratie

Un des débats récurrents parmi les pirates est la réalité démocratique de notre processus électoral. Démocratie directe, tirage au sort, démocratie liquide et participation citoyenne sont des concepts théoriques que maîtrisent beaucoup de militants pirates. Théorique est ici le mot clé car, dans la réalité, les différents Parti Pirates n’arrivent pas à se gérer eux-mêmes.

Les pirates apparaissent donc, à raison, comme des espèces d’idéalistes qui veulent changer la société mais qui sont incapable de mettre leurs propres théories en pratique à petite échelle.

Pire : en se présentant aux élections avec un parti traditionnel, les pirates sabordent leur propre message avec un populisme intellectuel presque parodique: « On est contre ce système d’élections alors votez pour nous ! »

Une légitimité nulle

Car quelle est la légitimité actuelle du Parti Pirate ? Qu’à fait le Parti Pirate pour le citoyen ordinaire ? Si l’on excepte le travail d’Amelia et Christian à l’Europe : rien du tout !

Le Parti Pirate est donc un ensemble de personnes avec une vision de la société qu’ils estiment être la bonne. Ils n’ont pas de preuve, pas de légitimité. Ils vous demandent juste de leur faire confiance parce qu’avec eux au pouvoir, la société sera meilleure. Bref, c’est exactement ce que font tous les partis politiques depuis des décennies. Et exactement ce que les pirates reprochent aux autres partis de faire !

La fin du Parti Pirate ?

Force est de constater que le système a réussi à formater le Parti Pirate à son image. Le Parti Pirate est rentré dans le moule. Certes, il continuera à attirer une fraction des 2-3% de la population qui comprennent les enjeux liés à Internet (droits d’auteur, vie privée, etc) mais sans faire d’éclat. Je n’ai aucun espoir en l’avenir du Parti Pirate. Jusqu’au nom, critiqué par tant de gens, que je propose de changer…

La naissance d’un mouvement

En lieu et place du Parti Pirate, je propose la création d’un mouvement, tout simplement appelé « Pirate ». Tuons le Parti dans Parti Pirate ! Créons un mouvement qui oublierait les élections et la politique pour se concentrer sur le citoyen. Un mouvement qui apporterait un réseau international d’entraide, de formations à la technologie, de conférences, d’ateliers de partage et de réalisation d’objet culturels. Un mouvement qui testerait et mettrait en place un nouveau mode de gestion démocratique, à titre expérimental. Un mouvement qui aiderait les citoyens à faire face aux défis technologiques, à envisager un nouveau mode de vie dans une société fondamentalement différente : consommation et travail repensés, recyclage, création, partage, éducation et plus si affinités.

Bien sûr, le mouvement pourrait éventuellement choisir de créer des listes pour des élections ponctuelles ou de rejoindre des listes existantes. Mais le cirque électoral serait accessoire, facultatif.

Nous avons essayé d’adapter le système existant avec le Parti Pirate. Ce fût, à mes yeux, un échec instructif. Peut-être est-il à présent temps d’oublier le Parti Pirate et de créer un réel mouvement international qui serait à la démocratie et à la politique ce que le web a été pour la diffusion de la culture ou ce que le Bitcoin peut être pour la finance : un mouvement décentralisé, incontrôlable et radicalement nouveau. Un mouvement Pirate !

 

Photo par Wendell.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Source: http://ploum.net/et-si-on-tuait-le-parti-pirate/


Et si on comptait les voix ? (élections législatives belges 2014)

Wednesday 28 May 2014 at 16:31

vote

Et si, plutôt que de se fier aux déclarations ou aux savants calculs par cantons et communautés, on regardait le résultat des élections sous la simple optique du nombre de voix récolté par chaque parti. Tout en gardant à l’esprit que certaines parties du pays vont peut-être être appelées à revoter en raison d’un problème informatique.

Entre 2010 et 2014, le nombre de citoyens belges disposant du droit de vote est passé de 7.767.552 à 8.001.278. On observe principalement un pic au niveau des belges vivant à l’étranger et votant par correspondance qui passe de 19.259 à 89.581. Une augmention globale du nombre de votant de 3%.

Si on supprime l’absention, les votes blancs et les votes nuls, le nombre de votes valables aux élections fédérales passe de 6.527.367 à 6.745.059. Une augmention de 3,3%.

On peut donc en déduire que, pour rester stable, un parti doit voir son nombre total de votes croître de 3,3%.

resultats

Source : résultats officiels

Pour la simplicité, je ne m’intéresserai qu’aux partis ayant fait plus de 20.000 voix sur l’ensemble du pays. Notez également que les chiffres continuent de varier sur le site du ministère.

Du côté flamand

Annoncé comme grand vainqueur, la NVA passe de 1.135.617 voix à 1.366.414. 230.797 nouveaux électeurs qui représentent une hause de 20%. Une belle victoire, en effet.

Mais, dans le même temps,le VB perd 259.048 électeurs et la Lijst Dedecker en perd 122163. Si on considère le bloc VB-LD-NVA comme un front séparatiste, cela fait 150.755 électeurs en moins. Étrange.

L’OpenVLD gagne 95.453 électeur, une hause de 17%. Le CD&V gagne 74.903, un gain un peu plus modeste mais significatif de 11%.

Groen séduit 72,629 électeurs de plus, ce qui représente une hause de 43% ! En termes de croissance absolue, Groen est donc le grand gagnant de ce scrutin. Le PVDA+ connait lui un gain de 123%. Plus du double d’électeurs ! Mais cela ne lui permet pas de décrocher un siège.

Le seul perdant (si on oublie VB et LD) est le sp.a, qui perd 7677 électeurs, une baisse de 1,3% (malgré, ne l’oublions pas, une augmentation du nombre de votants de 3,3%).

Conclusion : Groen et la NVA peuvent pavoiser, même si cette dernière devrait se poser des questions quand au subtil désintérêt envers le séparatisme. L’OpenVLD, quant à lui, dépasse largement le sp.a et se met à talonner le CD&V.

Du côté wallon

Le MR se présente comme le grand gagnant. Et il est vrai qu’il gagne 44.673 électeurs. Mais cela ne fait jamais qu’une hause de 7%, rien de comparable avec ce qu’on observe chez les partis flamands.

Il faut toutefois préciser que le FDF, auparavant allié du MR, fait 121,403 voix. Le groupe MR+FDF gagne alors 26%. Mais les deux forment-ils toujours un groupe ?

Le PS se targue d’être le grand vainqueur mais il perd 107.378 électeurs, un plongeon de 12% ! En nombre absolu de voix, le PS n’a plus que 15.472 électeurs d’avance sur le tandem MR+FDF !

Même s’il minimise sa défaite en se targuant d’être le 3ème parti, le CDH a également perdu 24.160 électeurs, une chute de 7%. Correction moins sévère que pour le PS mais cependant loin d’être anodine (n’oublions pas que, pour se maintenir, les partis devaient faire +3,3%).

Ecolo perd lui 90.496 électeurs. C’est moins que le PS en valeur absolue mais cela représente une chute de 29%, le plus gros écart.

Le Parti Populaire gagne 19.594 nouveaux électeurs pour une croissance de 22%. En termes absolus c’est bien entendu excellent mais certains observateurs s’attendaient à plus.

Le PTB, quand à lui, séduit 84.786 électeurs en plus. C’est bien entendu énorme en valeur absolue et cela représente une croissance de 175% ! On n’est pas loin du triplement de la base d’électeurs !

Notons que Laurent Louis obtient un score significatif avec 58.056 votants. C’est très loin d’être négligeable même si cela ne fait gagner aucun siège.

Conclusion : Le MR, le FDF et le PTB peuvent pavoiser. Le Parti Populaire passe avec succès une épreuve difficile. Par contre, le PS et le CDH sont très clairement en perte de terrain, surtout lorsque l’on sait que ce sont les deux partis avec la plus grande inertie électorale, inertie qui freine probablement leur chute.

Et dans tout le pays ?

Si on s’amuse à comparer les scores des familles on observe que le front séparatiste flaminguant perd 150.755 voix.

Les libéraux gagnent 140.126 électeurs auquels il faut éventuellement rajouter 121.403 électeurs FDF. Les chrétiens en gagnent 50.743.

La famille écologiste perd 17.867 voix et la famille socialiste en perd 115.055.

La droite radicale (VB, LD, NVA, PP et La Droite) perd au total 105.217 voix. Si ce fait est passé assez inaperçu, je le considère comme important et significatif.

La gauche radicale (PVDA, PTB, MG, Front des gauches, MSplus) gagne 153.944 votants.

Pour l’anecdote, les pirates font 23.169 voix en Flandre et 9.849 voix en Francophonie, un total de 33.018 électeurs, un gain de 30.818 par rapport à 2010.

Conclusion : il est extrêmement intéressant de constater que, en dehors des grands effets d’annonce, une majorité de la population modérée abandonne clairement le centre gauche (socialistes, écologistes et, chez les francophones, humanistes) pour se tourner vers un centre droit à tendance libérale.

On observe l’effet exactement inverse chez les votes radicaux, qui délaissent la droite radicale pour la gauche radicale.

Cette tendance est confirmée par une analyse en profondeur des petits partis : Wallonie d’abord passe de 36.642 à 11.226, le FN, renommé Nation, passe de 33.591 (et 11.553 pour une dissidence FN+) à 10.226. Même le Rattachement Wallonie France passe de 35.743 à 7.396. On observe également la disparition d’un grand nombre de groupuscules d’extrême droite qui ne sont pas réellement remplacés.

Au final

parlement

Source : résultats officiels

Mon interprétation personelle, si on fait fi de tout jeu politicien, est que le belge veut un gouvernement fédéral de droite libérale (NVA, CD&V, OpenVLD, MR et éventuellement le CDH mais il n’est pas nécessaire) avec une opposition forte à gauche (Socialistes, écologistes et PTB). Je ne peux m’empêcher de penser qu’une cure d’opposition serait une excellente chose pour le parti socialiste qui, quand il est au pouvoir, me semble parfois plus économiquement à droite que bien des libéraux.

Bien sûr, tout ceci présuppose que les élections ont réellement un sens. Ce qui n’est pas garanti. Je vous invite à lire le livre de David Van Reybrouck à ce sujet et à imaginer, peut-être, d’autres formes de démocratie.

 

Photo par European Parliament.

 

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Source: http://ploum.net/et-si-on-comptait-les-voix-elections-legislatives-belges-2014/


999 jours sans gouvernement

Friday 23 May 2014 at 14:28

walking_rain

Alors que je me rends à pieds vers l’épicerie de mon quartier, je m’arrête un instant pour regarder l’état du trottoir. J’essaie de me souvenir, de comparer. Y’avait-il déjà ces fissures et ces herbes folles éparses du temps où nous avions un gouvernement ? Ma vie est-elle si différente ? Demain, nous fêterons symboliquement le 1000ème jour sans gouvernement. Officiellement, les élus de 2014 sont toujours en train de négocier. Enfin, je pense. Je n’y crois plus guère. Nous n’avons plus besoin d’eux.

Je n’ai jamais été très porté sur la technologie. J’avais entendu parler du Bitcoin mais sans réellement le comprendre. Fin 2015, une variante a fait son apparition : le DNACoin. La différence avec le Bitcoin c’est que c’est votre ADN qui sert à vous identifier. Tout ADN humain est compatible et acceptable. Il suffit de s’inscrire.

Pourquoi s’inscrire ? me demanderez-vous. Et bien toute personne s’étant inscrite sur le réseau décentralisé DNACoin reçoit, en échange de son ADN, un paiement automatique sur toutes les transactions en dnacoins et sur toutes les sommes immobilisées. Chaque fois qu’une transaction en dnacoins est effectuée quelque part dans le monde, un impôt de 1% est prélevé sur cette transaction et ce 1% est divisé entre tous les participants inscrits. De même, chaque somme immobilisée se voit prélever 0.005% toutes les 24h. Cette ponction est également redistribuée, de manière entièrement automatique.

L’expérience aurait pu s’arrêter là mais une des fonctionnalités intéressantes du DNACoin est la notion de groupe. N’importe qui peut créer un groupe et définir le type de cotisation : soit une somme forfaitaire pour une durée déterminée, par exemple un abonnement annuel, soit un impôt sur le revenu. Le tout est automatique. Les règles peuvent être modifiées par un simple vote majoritaire au sein du groupe, vote qui est prévu par le protocole DNACoin. Chaque membre d’un groupe dispose d’une et une seule voix pour chaque vote. Ce qui est intéressant c’est que cette voix peut être déléguée à une autre personne qui peut elle même déléguer sa voix (et toutes celles dont elle a la charge) à une autre personne et ainsi de suite. Bien entendu, n’importe qui peut, à tout moment, révoquer sa procuration et redevenir maître de sa voix.

C’est ce système de vote qui a attiré l’attention de quelques uns de mes compatriotes. Si le gouvernement ne prend plus de décisions, pourquoi ne pas nous passer de gouvernement pour prendre nos décisions directement ? Et pourquoi ne pas tenter l’expérience avec le DNACoin ?

Au départ, ce sont surtout des groupes très localisés qui se sont créés. L’expérience s’est révélée tellement concluante que certains quartiers ont décidé de faire sécession de leur commune. Tout citoyen souhaitant être domicilié dans un quartier doit rejoindre le groupe de ce quartier, le plus souvent en échange d’un impôt sur le revenu. Les dnacoins ainsi récoltés servent à l’entretien de la voirie, au paiement des forces de polices et tous les frais de ce type. Les dépenses sont soumises au vote. Dans la plupart des cas, on observe que, par le jeu des procurations, une ou deux personnes sont en charge d’un quartier. En cas d’abus ou de désaccord, il suffit de reprendre sa voix. De toutes façons, toutes les dépenses et décisions sont transparentes et lisibles par n’importe qui dans le monde !

Paradoxalement, c’est la création de ces groupes qui a permis au DNAcoin d’acquérir de la valeur. En effet, certains groupes très privés ont vu le jour : des groupes d’affaire, des groupes permettant l’accès VIP à des discothèques, des groupes sportifs. Pour en faire partie et payer leur cotisation, les membres se sont mis à accepter de travailler en échange de dnacoins. Les commerçants de quartier ont été les premiers à accepter les dnacoins vu qu’ils ne payaient pas la TVA.

Les groupes pouvant eux-mêmes faire partie d’un groupe, la structure du pays s’est informellement reconstruite : immeubles, rues, quartiers, communes, provinces, régions. Les personnes les plus intéressées par la politique, les plus motivées par la gestion de la chose publique se sont donc mis à convaincre leurs concitoyens de leur faire confiance, de leur céder leur voix par procuration. Mais comme une procuration peut être annulée à tout moment, le métier de politicien s’est complètement transformé et est devenu celui d’un gestionnaire de l’ombre sans réel aura médiatique.

Certes, certains ont tenté d’acheter des voix. Mais comme les procurations sont entièrement anonymes et peuvent être annulées, un politicien n’a aucun moyen de savoir qui lui fait confiance ou non. Dans notre univers DNACoin, les politiciens professionnels ont disparu. Ils sont enfermés dans leurs salles de négociation, aveugles au fait que nous avons continué de vivre sans eux. Tout au plus avons nous des gestionnaires qui reçoivent parfois un paiement lorsque le groupe est d’accord.

Je parle de paiement car il n’y a plus de salaire. Au fond, il n’y a plus d’emploi. La couverture sociale est assurée par la redistribution automatique des dnacoins issus des transactions et des immobilisations. Lors de l’échange d’un bien ou d’un service, on parle de paiement. Mais travailler de manière permanente pour une autre personne pour un salaire fixe semble devenu fondamentalement impopulaire. Certains arrivent déjà à se passer totalement des euros.

Après 999 jours sans gouvernement, le monde entier a les yeux braqués sur la Belgique qui sert de véritable laboratoire. Les politiciens de toutes les nationalités tremblent. Sans s’en rendre compte, sans violence, les citoyens belges se sont révoltés et ont créé un pays auto-géré. Presque 1000 jours que nos derniers élus traditionnels négocient. Nous en avons oublié jusqu’aux noms, jusqu’au souvenir.

Au fond, je suis très content de cette évolution. Je viens encore de voter en faveur de l’octroi d’un budget de rénovation pour l’hôpital de ma région. Mais tout n’est pas toujours rose. J’ai entendu parler de certains travailleurs immigrés qui sont forcés de travailler dans une usine sans pouvoir en sortir et sans accès à Internet. Leur employeur contrôle leur compte DNACoin. Je ne sais pas si cet esclavagisme existe réellement ou si c’est une rumeur inventée mais certains militent pour l’ajout d’une clause d’accès à son compte DNACoin dans la charte des droits de l’homme.

Il parait que certains quartiers sont à l’abandon, faute d’avoir réussi à placer leur confiance envers un gestionnaire. Il y a eu également des drames : par exemple cette famille qui avait refusé de faire partie du groupe de quartier afin de ne pas payer d’impôts et qui s’est vu refusé l’accès à l’hôpital après un accident.

C’est étrange. J’avais toujours pensé que le futur serait soit une utopie, soit un dystopie. Que nous étions hier à la croisée des chemins. Aurais-je pu imaginer qu’ils soient les deux à la fois ? Fondamentalement meilleur, utopique ? Et, par certains aspects, effrayant et inhumain ?

Est-ce que le monde aurait été vraiment différent si un petit pays au cœur de l’Europe n’avait pas passé 999 jours sans gouvernement ?

 

Photo par Chris Goldberg.

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Source: http://ploum.net/999-jours-sans-gouvernement/


Votez utile, votez pour un petit parti !

Tuesday 20 May 2014 at 17:07

vote

Une campagne électorale, finalement, ne s’adresse qu’à une petite partie de la population : les électeurs intéressés et indécis. À un extrême, on trouve ceux qui n’ont que faire de tout ce cirque, qui ne s’intéressent pas à la politique ou qui n’ont pas les outils intellectuels pour le faire. Ils voteront blanc, pas du tout ou sans réfléchir. De l’autre, on trouve les militants, les convaincus de toujours. Ils se pressent en masse aux meetings, ils tapissent leur jardin d’affiches et n’auront pas une seconde d’hésitation en mettant le bulletin dans l’urne.

Tout l’enjeu d’une élection se concentre donc sur une petite frange de la population indécise et, par essence, volatile.

Le mensonge du vote utile

Pour les partis politiques, dont le financement dépend du résultat des urnes, un électorat volatil est catastrophique. Pour fidéliser l’électeur et éviter la tentation d’aller voter ailleurs, l’argument massue reste le « vote utile ». Sous-entendu : voter pour un autre que nous est inutile, surtout si cet autre est un petit parti.

Or, si il y a bien quelque chose d’inutile dans notre système électoral, c’est de voter pour un gros parti. Les habitudes sont tellement ancrées que les sièges sont déjà répartis ! Il y a un an, je lisais un article qui expliquait comment les sièges allaient être répartis entre les 4 grands partis dans ma circonscription électorale. À tel point que se pose encore la question : à quoi bon voter si tout est déjà décidé ?

La réponse est simple : tout n’est pas encore décidé. Cette assurance de façade sert surtout à vous résigner. Car si vous comptez parmi les indécis, vous pouvez encore faire changer les choses en vous tournant vers un « petit parti ».

Petits partis, grandes idées

Un petit parti se centre généralement sur quelques idées maîtresses, quelques concepts. Chaque voix vient donc valider une vision. Même sans élus, un petit parti avec des voix attirera l’attention. Les partis traditionnels se pencheront dessus pour voir s’il n’y a pas des idées à reprendre, histoire de récupérer des électeurs. Si c’est le cas, le petit parti aura accomplit sa mission.

Bref, votez pour des idées, pas pour un visage !

Petit parti, nouvelles têtes

Nous n’arrêtons pas d’entendre que voter pour un petit parti, c’est faire le lit de l’extrémisme, c’est permettre à de dangereux nazis pédophiles de devenir parlementaires avec la pluie de sauterelles qui s’ensuivra.

En réalité, le risque est mitigé. Comme l’a démontré de long et en large Laurent Louis, le pouvoir de nuisance d’un parlementaire isolé est relativement limité. Et bien voilà, c’est comme ça qu’on apprend. Pas de soucis, si on ne l’aime pas, il suffit de tenter un autre.

Par contre, les petits partis nous offrent parfois d’excellentes surprises. Avant les élections communales de 2012, j’avais rencontré François Schreuer pour un éventuel rapprochement Vega/Pirate. Connaissant François de longue date et étant souvent en désaccord avec son idéologie, je n’étais pas favorable à ce rapprochement. Force est de constater que je me suis trompé : seul élu Véga du conseil communal de Liège, François effectue un travail absolument remarquable de transparence et d’analyse en profondeur des dossiers où le pragmatisme a clairement pris le pas sur l’idéologie.

Cet exemple illustre à merveille l’intérêt des petits partis : pas de promettre des montagnes qu’ils ne tiendront pas mais bien d’envoyer une taupe au parlement, quelqu’un dont la mission première sera de publier ce qu’il voit, entend. Bref, un pirate, un François Schreuer ou un Snowden dans chaque assemblée.

En Brabant-Wallon, votez Pirate, votez Patrick Installé

Si vous êtes en Brabant-Wallon, la taupe idéale est connue : Patrick Installé, tête de liste Pirate pour le parlement Wallon.

Petit bonhomme joyeux et sautillant, Patrick a tout du non-politicien. La barbe et les cheveux en bataille, l’éternel sac d’écolier sur le dos, il ne cherche visiblement pas à séduire. On l’imagine mal faire de grands discours enflammés face à un auditoire. Passionné, débordant d’enthousiasme, il s’emballe plus volontiers au coin d’une table que sur un podium.

Mais Patrick n’est pas là pour devenir un politicien. Son objectif ? Réimpliquer le citoyen dans le processus politique. Bien avant de rejoindre les pirates, Patrick avait déjà lancé Droit de regard, un site qui compile tout les documents politiques sur lesquels Patrick a mis la main, en majorité les ordres du jour et les comptes rendus de conseils communaux. Infatigable, Patrick sillonne le Brabant-Wallon pour assister aux conseils communaux, pour observer, noter, comprendre. Il y a des chances que Patrick connaisse mieux la politique de votre propre commune que vous-même ! Bref, c’est un Patrick qu’il nous faut au parlement !

Pas de doute, au parlement wallon, ma voix ira à Patrick.

À l’Europe avec Stand Up USE

En Belgique, les pirates ne se présenteront pas à l’Europe faute d’avoir récolté les 5000 signatures nécessaires (et la responsabilité nous en incombe complètement).

Grâce à Nicolas, qui a passé en revue les partis candidats, j’ai découvert Stand Up USE, un mouvement pro-européen qui milite pour la création des États-Unis d’Europe. Une belle idée que je soutiens personnellement vu que c’est une première étape indispensable avant les États-Unis Terriens.

Stand Up USE, outre un nom de liste abscons et digne d’une distribution Linux, n’est pas un parti. Sophie Heine, tête de liste, a gentiment répondu par mails à mes questions. Sophie se définit personnellement de gauche mais la liste se veut hors de ce clivage. Selon elle, l’urgence de l’intégration européenne devrait dépasser les divergences idéologiques classiques.

Afin de promouvoir sa vision de l’Europe, Stand Up USE a créé un journal en ligne, Le Nouvel Européen, qui raconte notre quotidien dans un futur européen où la Belgique aurait gagné la coupe du monde au Brésil. Autant dire que j’approuve sans réserve le procédé.

Stand Up USE déçoit cependant par sa volonté de « créer de l’emploi ». J’ai signalé à Sophie l’absurdité d’une telle affirmation mais elle tient bon. « Ce n’est pas absurde du tout de mettre la création d’emplois au cœur de son programme, au contraire ! Le chômage est un problème dramatique aujourd’hui en Europe. 25% des jeunes sont actuellement sans emploi en Europe! »

Paradoxalement, Stand Up USE s’affirme clairement en faveur du revenu de base. Allez, on va dire que ceci compense cela.

En conclusion

Personnellement, j’ai décidé de voter utile. J’ai choisi deux petits partis qui recevront ma voix. Je ne suis peut-être pas d’accord à 100%, je les vois mal être au pouvoir. Mais, au moins, je suis certain que mon vote ne sera pas dilué dans une insipide majorité.

En votant pour un petit parti, je sais que je vote utile !

 

Photo par Paul Bossu.

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La peur de travailler

Monday 5 May 2014 at 14:39

peur_travail

J’ai peur. J’ai peur des autres, de leur regard. J’ai peur de faire une rencontre, de m’entendre demander :
— Et que faites-vous dans la vie ?

Rien. La honte absolue. Je suis devenu un fainéant, un profiteur. Je ne fais rien car je n’ai pas de salaire, je touche le chômage. Je rase les murs en espérant que personne ne s’en rende compte.

J’ai peur des contrôles, de l’administration. Il y a deux mois, j’ai travaillé pendant trois semaines à mi-temps. Même si ce n’était que trois semaines, j’ai sauté sur l’offre. Le contrat terminé, je suis redevenu chômeur. Le FOREM m’a dit que j’étais resté inscrit. Par contre, la CAPAC, l’organisme qui me verse mon chômage, m’a annoncé qu’il fallait se réinscrire immédiatement au FOREM après chaque période d’emploi, ce que je n’avais pas fait. J’ai passé le mois suivant en coups de fil, en envoi de formulaires papier et en convocations dans leurs bureaux. Ce mois ne me sera finalement pas payé. Le fonctionnaire responsable de mon dossier a décidé unilatéralement qu’il n’avait pas envie de me payer. Que, contrairement à l’avis du FOREM, il considérait que je ne m’étais pas réinscrit à temps.

Pour travailler ces trois semaines, j’ai accepté un salaire nettement inférieur à mon salaire précédant mon licenciement. Comme le chômage est proportionnel au dernier salaire, j’ai découvert que travailler ces trois semaines m’avait non seulement fait perdre un mois mais avait diminué de manière importante le montant de mes allocations.

J’ai peur d’accepter une prochaine offre. Je ne pourrais sans doute pas me le permettre financièrement.

Mais je veux me battre. J’ai décidé de me former, d’acquérir de l’expérience en travaillant comme bénévole un ou deux soirs par semaine dans une ASBL. Tout le monde est le bienvenu dans cette ASBL. Sauf les chômeurs qui doivent obtenir une autorisation de travail bénévole. J’ai rempli les papiers, j’ai demandé l’autorisation. Elle m’est arrivée cinq semaines plus tard avec une simple mention : « refusé ». Pas de justification, pas d’explication. Juste une case cochée. Un fonctionnaire a simplement décidé qu’il ne voulait pas que j’utilise mes soirées comme je l’entendais.

Le responsable de l’ASBL était désolé. Lui aussi il a peur. Les assurances, les contrôles. Une autorité invisible vient de me refuser mon droit au travail. Je n’ai pas le droit de décider, de disposer de mon temps.

Je ne baisse pas les bras. Je compte me lancer comme indépendant. Pour être honnête, j’ai coché les cases sur ma carte de chômeur pour les jours où j’ai commencé à travailler sur mon propre business. Cela a semblé bizarre. J’ai reçu des demandes d’explications. Certaines de mes cartes m’ont été renvoyées. Un contrôleur va s’occuper de mon cas.

J’ai peur. Et si je devais, comme une personne que je connais, rembourser près d’un an de chômage ?

Je suis en train de contacter des fournisseurs, de créer mon propre travail. Je pourrais en être fier. Mais j’ai peur. Peur de faire quelque chose de mal. Peur que, quelque part, un fonctionnaire décide que je ne respecte pas un obscur point du règlement. Peur de me faire définitivement exclure du chômage, peur d’être attaqué en justice pour fraude ou pour n’importe quoi.

J’ai des idées, j’ai un projet, de l’énergie, de l’ambition. Je veux travailler, créer. Mais j’en ai peur. J’ai peur. J’ai peur…

 

Ce texte est fictif mais les anecdotes ainsi que le sentiment général sont véridiques et proviennent de témoignages que j’ai recueillis auprès de différents chômeurs. Photo par Bruckerrlb.

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Source: http://ploum.net/la-peur-de-travailler/


Le minibus et la discothèque

Friday 2 May 2014 at 14:22

minibus

Tous les matins, Gérard se mettait au volant de son minibus et parcourait les rues de la ville, depuis les lointains faubourgs aux quartiers chics du centre-ville. Lorsqu’un piéton lui faisait un signe de la main, Gérard s’arrêtait, embarquait le nouveau passager et continuait sa tournée. Lorsqu’il voulait descendre, étant arrivé à destination, le passager tapait sur l’épaule de Gérard et lui glissait un billet dans la poche.

Gérard était très fier de son métier. « Je permets à tout le monde de se déplacer, disait-il. Une vraie démocratie doit offrir à chacun le droit de se rendre où il veut. Sinon, ce n’est qu’une prison aux barreaux dorés. » Petits et grands, jeunes et vieux, tous bénéficiaient des services de Gérard.

À quelques kilomètres de la ville, dans une banlieue mal fréquentée, Janine avait ouvert une discothèque. Afin de faire venir du monde, elle contacta Gérard.

— Je te propose de mettre sur ton véhicule une grande affiche pour ma discothèque.
— Pourquoi ferais-je cela ? demanda Gérard.
— Sur l’affiche sera placé un code donnant droit à un prix d’entrée réduit dans ma discothèque. Pour toute personne utilisant ce code, tu toucheras 10% du prix de l’entrée. Et puis, ça ne te coûte rien.
— Et tu exiges autre chose de moi ?
— Absolument pas. Tu es entièrement libre de continuer à faire ce que tu as toujours fait. Tu vas où tu veux, comme tu veux.
— Alors, marché conclu !

À vrai dire, la publicité pour la discothèque de Janine ne modifia en rien le travail de Gérard. Tout au plus cela lui permettait de mettre un peu de beurre dans les épinards.

Et puis, comme toujours, le monde changea. Les mentalités évoluèrent. Le réchauffement planétaire avait transformé le climat de la ville qui baignait à présent dans un soleil permanent. Les habitants préféraient éviter autant que possible tout véhicule à essence. Le vélo et la marche à pieds redevenaient extrêmement populaires. Quelques habitués continuaient à faire appel à Gérard mais ils avaient tendance à oublier de verser un billet ou une petite pièce. Ils ne voyaient d’ailleurs pas pourquoi il était nécessaire de payer un trajet qu’ils auraient aussi bien pu faire à vélo.

Voyant le prix de l’essence augmenter et son compte en banque diminuer, Gérard s’assit un soir à sa table pour faire ses comptes. Il fut étonné de constater que ses revenus du vendredi étaient toujours nettement supérieurs à ceux du reste de la semaine. « Bizarre ! murmura-t-il. » Il comprit soudain. Le vendredi, il tournait dans le quartier mal-famé où se trouvait la discothèque de Janine. Il n’embarquait jamais beaucoup de monde le vendredi mais les habitants devait sans doute le voir passer et noter le code de réduction qu’ils utiliseraient le soir à la discothèque.

Ayant réalisé cela, Gérard décida de modifier sa tournée du mardi. Au lieu d’embarquer les personnes âgées de la maison de retraite pour les emmener au centre culturel, il décida d’aller tourner dans le quartier de la discothèque. Les personnes âgées étaient de toutes façons chiches et le mardi était son jour le moins rentable. Il n’embarqua pas un seul client ce jour-là et rentra chez lui, déçu.

Le lendemain, à sa grande surprise, il constata que Janine lui avait envoyé de l’argent. Plus d’argent que n’importe quel mardi !

Il décida alors de remplacer sa tournée du mercredi (les élèves de maternelle qui vont à la plaine de jeu et qui ne paient qu’en boutons de culotte) et sa tournée du jeudi (les travailleurs de l’usine qui vont chercher des frites sur le temps de midi). La stratégie s’avéra payante. Certes, ce n’était pas le Pérou. Mais, au moins, Gérard pouvait continuer à vivre. Mieux : en restant immobile quelques dizaines de minutes à différents endroits stratégiques du quartier près de la discothèque, il économisait de l’essence sans pour autant diminuer son impact sur les habitants. Ils avaient d’ailleurs plus facile à noter le code. Il pouvait même partir manger à midi en laissant son véhicule bien en vue !

Après quelques semaines, Gérard avait complètement abandonné ses tournées traditionnelles. Il se contentait de tourner en rond dans le quartier de la discothèque. Une présence permanente était devenue indispensable car il devait lutter contre la concurrence. D’autres véhicules avaient fait leur apparition. Ils portaient des codes différents pour la discothèque de Janine. Afin d’attirer l’attention sur lui, Gérard équipa son minibus d’un gyrophare et d’une sirène. Lorsqu’il croisait un piéton, il donnait un grand coup de klaxon et montrait le code désormais inscrit en lettres de néon clignotantes sur chaque côté du véhicule.
La dernière fois que je vis Gérard, il buvait une bière avec Janine à la terrasse d’un café. Gérard était amaigri, les traits tirés. Il semblait quémander quelque chose à Janine. Je m’approchai et, après les présentations d’usage, posai les questions qui me brûlaient les lèvres depuis plusieurs semaines.

— Dis-moi Janine, tu n’as pas l’impression de pervertir le travail de Gérard ?
— Mais pas du tout ! Je n’ai aucun contrôle sur ce qu’il fait, il est entièrement libre. C’est plus pour moi une manière de le soutenir. Son travail est important.
— En quoi est-ce tellement important ?

Gérard me darda un regard noir. Il posa son verre brutalement et déclara avec force :
— Je permets à tout le monde de se déplacer. Je suis un pilier de la démocratie car une vraie démocratie doit offrir à chacun le droit de se rendre où il veut. Sinon, ce n’est qu’une prison aux barreaux dorés. Si je disparais, c’est la fin de la démocratie !

J’acquiesçai poliment, réglai mes consommations et enfourchai mon vélo pour rentrer chez moi.

 

Photo par JosEnrique.

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La mort de la presse ? Tant mieux !

Thursday 24 April 2014 at 22:39

Daily News.

La presse est en train d’agoniser. Et, entre nous, c’est une excellente chose.

Je tiens à différencier deux aspects très différents du journalisme : l’information et l’analyse. Il est évident que l’analyse n’est pas possible sans l’information. Et, historiquement, obtenir l’information était le plus difficile. C’est pourquoi le journalisme apportait de la valeur en fournissant principalement de l’information. Au point de parfois oublier la composante « analyse ». D’ailleurs, ne parle-t-on pas de consulter « les informations » ?

Le modèle de fonctionnement était le suivant :

Événements -> Correspondants locaux ou envoyés spéciaux -> Agences de presse -> Organes de publications -> Libraires -> Lecteurs

La valeur réelle du journalisme se trouvait dans toute la chaîne, conçue pour transmettre l’information depuis son origine à n’importe quel citoyen. Mais la monétisation n’arrivait qu’à la toute fin, dans les publications payées par le lecteur. Cela a conduit la plupart des journalistes à penser que ce qui avait le plus de valeur était la mission sacrée de la toute-puissante « rédaction » : choisir ce qui était pertinent ou non, la place sur le papier étant limitée.

Pour s’adapter à Internet, la presse a transformé les publications traditionnelles en sites webs. L’idée de base était de ne surtout rien changer et de faire payer une version électronique, un PDF du journal. Génial, on a trouvé un business model et, surtout, rien ne change. On fait même des économies sur le papier. Et sur les libraires. Mais eux, ce n’est pas très important. Tant que la sacro-sainte presse reste entière, pas de soucis.

Événements -> Correspondants locaux ou envoyés spéciaux -> Agences de presse -> Organes de publications -> Internet -> Lecteurs

Sauf que personne ne paie les versions électroniques. Du coup, les sites se sont remplis de pubs. Et qui dit pub dit course au clic. Au lieu de fournir des articles, il est devenu plus intéressant d’attirer le cliqueur avec des titres affriolants, des vidéos de chatons ou des infos peu importantes mais à caractère sensationnel.

Et, tant qu’à faire, exigeons des subsides du gouvernement ou de Google. Parce que, sans blague, le méchant Ninternet fait que les gens n’achètent plus nos journaux. Donc c’est la faute de Google.

Or la réalité est bien plus simple. Aujourd’hui, la chaîne de l’information c’est ça :

Événements -> Témoin équipé d’un smartphone -> Twitter ou Facebook -> Lecteurs

Twitter et Facebook ont remplacé toute la chaîne de l’information. Ce sont les plus grandes agences de presse du monde avec plus d’un milliard de correspondants et la gratuité de rediffusion de dépêches. Simple, non ?

Tellement simple que les journalistes ou les agences refusent de le voir. Mais il n’y a pas plus aveugle et réactionnaire qu’un humain dont le gagne-pain vient d’être rendu obsolète par la technologie. Le fait qu’ils s’en prennent à Google au lieu de Facebook ou Twitter prouve à quel point ils n’ont tout simplement rien compris. Ils s’accrochent à l’ancienne chaîne sans admettre que l’information se transmet sans eux. Pire : ils sont parfois les derniers informés, n’étant plus que des lecteurs comme les autres ! Du coup, ils publient des articles sur des choses que vous avez déjà lues dix fois sur les réseaux sociaux. La valeur du service rendu est donc nulle. Économiquement, c’est très logique : dans un monde où l’information est rare, elle a beaucoup de valeur. Dans un monde où nous sommes tous bombardés d’informations, elle a une valeur nulle voire négative. Le métier de « transmetteur d’information » doit donc être repensé de fond en comble.

Bien sûr, l’inertie du public fait que le cadavre est encore chaud et remue. Une entreprise zombie typique. Les lecteurs, surtout les vieux, s’abonnent par habitude aux journaux papiers histoire d’avoir de quoi emballer les pommes de terre. Les internautes vont sur les sites des noms historiques d’organes de presse parce que… pourquoi au fond ? Simple réflexe reptilien. Bref, la presse est une poule sans tête qui continue à courir. Mais elle est bien morte. La preuve ? Les journalistes se sentent obligés de défendre leur métier en disant que seuls les « pros » font du bon boulot et que l’état doit les subsidier et que, économiquement, ça mettrait plein de gens au chômage. Bref, on est dans l’archétype du déni et du processus de deuil. Posez-vous la question : quand votre journal favori a-t-il révélé une information importante qui n’existait pas ailleurs sur le web ?

Honnêtement, cela ne m’attriste pas du tout : profitant de son aura et de son audience, la presse est devenue majoritairement un outil anti-démocratique, inconsciemment au service du pouvoir en place, participant à la peoplisation des élites et fournissant du divertissement abrutissant sous forme de chiens écrasés. Car, oui, la majeure partie de l’information est aujourd’hui du divertissement qu’on consomme à la pause café au boulot car c’est socialement plus acceptable que de jouer à Flappy Bird. Les médias sont détenteurs d’un pouvoir de diffusion arbitrairement centralisé. Ils ne font qu’exploiter une splendeur passée et brandissent l’étendard du contre-pouvoir qu’ils ont été il y a tellement longtemps. Certes, ils ont été utiles quand il n’y avait rien de mieux mais, à l’ère d’Internet, ils sont devenus contre-productifs. Pas d’accord ? Citez simplement les propriétaires des groupes de presse pour vous faire une idée !

Pour les journalistes en mal de recyclage, il reste la voie de l’analyse, de la recherche ou de la curation intelligente. Malheureusement, cela demande un talent et un effort bien plus important. Et la concurrence est rude : n’importe qui peut faire de l’analyse sur le web, même sans diplôme de journalisme. Pire, le contenu produit est tout sauf publicliquable. Il est long, fastidieux à lire. La majorité de la presse vivant grâce à la pub, l’idée de faire de l’analyse a donc été le plus souvent abandonnée. Si vous pensez produire un travail journalistique de valeur, et heureusement il y en a, prouvez-le ! Produisez du contenu et demandez à être payé ! Ou proposez des projets et faites jouer le crowdfunding. C’est simple, non ? C’est exactement ce que des structures comme Mediapart font. Et les gens paient.

Les agences de presse et les rédactions traditionnelles disparaissent ? Je m’en réjouis. Par essence, un contre-pouvoir finit toujours par s’acoquiner avec le pouvoir, à l’incarner et le défendre. À ce moment là, il est nécessaire de trouver un nouveau contre-pouvoir. La fin de la presse traditionnelle ne sera jamais qu’un outil de propagande en moins pour une société de consommation et un système démocratique à bout de souffle. Quand aux journalistes, les plus talentueux n’auront aucun mal à s’adapter. D’ailleurs, certains profitent déjà pleinement de cette nouvelle liberté que leur offre le web. Au fond, il ne reste qu’une question à résoudre : dans quoi va-t-on emballer les patates ?

 

Photo par Florian Plag.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Source: http://ploum.net/la-mort-de-la-presse-tant-mieux/